PREMIÈRE PARTIE
Hers, sans qu'il eût aucune idée de l'établissement dont il allait faire partie : jusque dans ses dernières années, il répétait souvent qu'il ne pouvait se rappeler les trois jours que dura sou voyage, sans éprouver un sentiment de frayeur. Il se trouva placé entre le chambellan et le secrétaire du duc qui, tous deux, lui étaient entièrement inconnus, et qui ne parlaient que l'allemand, langue dont le pauvre enfant ne comprenait pas un seul mot. Son entrée à l'Académie Caroline eut lieu le 4 niai i 784; et pendant les quatre années qu'il y passa, il apprit tout ce qu'on y enseignait dans les plus hautes classes, mathématiques, lois, médecine, administration, tactique, commerce, etc. Après une année d'études consacrées spécialement à la philosophie , il se décida pour la carrière de l'administration, qui, en Allemagne, embrasse les parties élémentaires et pratiques de la législation , les finances, la police, l'agriculture, la technologie , etc. La préférence qu'il accorda à l'administration , provenait principalement des facilités qu'elle lui offrait de cultiver l'histoire naturelle, d'herboriser, et de visiter les collections. 11 profitait avec ardeur de toutes les occasions de se livrer à sa passion favorite ;
Linné , Reinhart, Muhr et Fabricius étaient l'objet de ses lectures habituelles. Dans le cours de ses promenades, il rassembla un herbier considérable , et peignit , dans ses momens de loisir, une immense quantité d'insectes, d'oiseaux et de plantes, avec une fidélité et une correction de dessin surprenante. Plus tard, quand chez lui le naturaliste fut parvenu à la perfection, il jetait souvent avec plaisir un coup d'œil sur ces dessins. Cette supériorité en toutes choses s'était manifestée de bonne heure , car dès sa plus tendre jeunesse, il possédait cette flexibilité de talent qui faisait l'étonneinent de tous ceux qui l'ont connu dans son âge mur. Il remporta plusieurs prix à l'Académie, et fut promptement élevé au rang de chevalier (1), honneur qui ne s'accordait qu'à cinq ou six élèves sur quatre cents que renfermait l'Acadé-
(i) Les chevaliers avaient une table séparée e! jouissaient de beaucoup d'autres privilèges, comme étant sous la protection immédiate du grand-duc. Les leçons de M. Kilmeycr, le même qui reçut plus lard le nom de père de la philosophie de la nature, furent d'un grand secours à M. Cuvier, avec, lequel il étudiait; ce fut lui qui lui apprit à disséquer, ainsi qu'à MM. Pfaff, Marschall , Hartmann, etc. Ils formèrent une société d'histoire naturelle, et celui qui apportait le meilleur mémoire lors des réunions, recevait pour prix un beau des sin exécuté par M. Cuvier.