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mie. Neuf mois après son arrivée à Stultgard il remporta Je prix de langue allemande.
Le jeune Cuvier pouvait aspirer par ses talens à remplir les plus hautes fonctions dans le -ou vernement de son pays; mais la gêne de sa* famille ne lui permettait pas d'attendre encore deux ou trois ans l'emploi que Je grand-duc lui destinait. Le désordre des finances de la France était tel alors, que le paiement de la pension de son père avait même été suspendu. Il se vit ainsi obligé d'entrer dans une carrière entièrement différente de celle vers laquelle le portaient son choix et les intentions de son souverain. Le duc Frédéric, qui commandait à Montbéhard pour son frère le duc Charles, s'étant retiré en Allemagne, M. Cuvier perdit en lui un de ses plus zélés protecteurs. Sans espérance d un avenir plus heureux, il se détermina à embrasser la profession de précepteur, idée avec laquelle il s'était familiarisé jusqu'à un certain point, attendu que Monlbéliard, depuis l'époque où Paul I«« y avait pris sa femme , fournissait des instituteurs à toute la jeune noblesse de Russie. Il ne se sentait néanmoins aucun désir de se rendre dans le Nord, sa poitrine, naturellement délicate , .'étant encore nffeïbliè par
suite de ses éludes assidues; il accepta donc un emploi de précepteur en Normandie. Cette résolution fut regardée par ses amis, qui connaissaient ses talens extraordinaires et les honneurs qu'ils lui avaient déjà valu, comme un parti désespéré. Mais il devait prouver de nouveau que ce qui nous paraît au premier coup d'oeil une sévère infortune, devient souvent, pour l'homme de génie, une source de succès et de gloire; car, obligé en quelque sorte d'accepter des fonctions qui paraissaient au-dessous de lui, M. Cuvier, en s'y résignant, jeta les fondemens de cette renommée cosmopolile qui devait marquer sa carrière. Nous allons maintenant le voir arriver à Caen, au mois de juillet 1788, et entrer dans une famille protestante pour faire l'éducation d'un fils unique : il possédait déjà, quoique n'ayant pas encore atteint sa dix-neuvième année, cette variété et cette profondeur de connaissances qui devaient en mûrissant le rendre un savant illustre; il apportait en même temps de l'Allemagne cet amour du travail , cette puissance de réflexion , cette persévérance et cette droiture de caractère dont il ne dévia jamais. À ces bases vraiment admirables de sa gloire future, il ajouta
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par la suite cette clarté clans l'exposition des systèmes, celte perfection dans la méthode, ce tact qui se borne à ne dire que le nécessaire ; en un mot, cette élégante concision qui distingue éminemment les écrivains français. Ces précieuses qualités étaient accompagnées par la modestie la plus parfaite et par ce respect de soi-même sans lequel « le plus beau talent fait de la science un métier sordide, un misérable moyen de parvenir (i). »
Pendant son séjour dans la famille du comte d'Héricy , M. Cuvier vit toute la noblesse des environs : il acquit, dans ce cercle distingué, l'usage et les formes de la meilleure société, et se lia avec quelques-uns des hommes les plus remarquables du temps. Mais les nouveaux amis et les nouveaux devoirs dont il était entouré ne diminuèrent en rien son ardeur pour son étude de prédilection. Un long séjour sur les bords de la mer fit naître d'abord en lui le désir d'étudier les animaux marins; mais entièrement privé de livres et dans une solitude complète , il se borna à ceux qui étaient le plus à sa portée. Ce fut dans cet intervalle (de 1791 à
I M. le k.rmi de H.
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1794 ), que quelques térébratules trouvées en fouillant la terre près de Fécamp, lui donnèrent l'idée de comparer les espèces fossiles à celles actuellement vivantes (1). La dissection d'un calmar (2) qu'il eut occasion de faire par la suite , l'engagea de même à étudier l'anatomie des mollusques , et de celle-ci naquirent les vues profondes qu'il développa plus tard sur tout l'ensemble du règne animal. C'est ainsi que se fit entendre pour la première fois , d'un coin obscur de la Normandie , cette voix qui bientôt remplit d'admiration le monde civilisé ; qui devait révéler au genre humain un si grand nombre des merveilles cachées de la création , mettre au jour les débris des siècles écoulés, changer la face de l'histoire naturelle, et, enfin , laisser en s'éteignant la science sur le seuil d'une nouvelle époque. Linné, en créant la classe des vers , y avait compris tous les animaux inférieurs, et l'avait laissée dans la confu-
(1) M. Cuvier n'est pas le premier qui ait conçu l'idée de faire servir les fossiles aux progrès de la géologie; plusieurs autres naturalistes paraissent l'avoir eue aussi bien que lui , mais il l'emporta sur tous par l'usage qu'il fit de cette idée , et en la poussant bien audelà des prévisions de ses prédécesseurs ou de ses contemporains.
(2) Espèce de seiche.
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sion la plus complète. Ce fut par ces êtres placés aux derniers rangs de la création que le jeune naturaliste commença ses recherches; il étudia leur organisation , et les classa en divers groupes , établis d'après leurs affinités naturelles. C'est ainsi qu'il jeta, presque à son insu , les fondemens de ce vaste édifice zoologique qu'il devait élever par la suite. Voici ce qu'il écrivait à cette occasion à un ami : « Ces manuscrits ne sont que pour mon usage; et sans aucun doute ils ne contiennent rien qui n'ait été fait ailleurs, ou qui n'ait été beaucoup mieux exposé par les naturalistes de la capitale, car j'ai travaillé sans livres ni collections. » Ces précieux manuscrits offraient cependant, presque à chaque page , une foule de faits neufs et de vues lumineuses supérieurs à tout ce qui avait paru jusque-là sur le même sujet. Il existait alors dans la petite ville de Valmont, voisine du château de Fiquainville appartenant au comte d'Héricy, une société qui se réunissait chaque soir pour discuter sur des matières relatives à l'agriculture. Parmi ceux qui assistaient aux séances, se trouvait fréquemment M. Tessier, qui avait quitté Paris pour fuir le règne de la Terreur, et qui remplissait sons un autre
ll\ MÉMOIRES SUR M. CUVIER.
nom le poste de chirurgien d'un régiment en garnison à Valmont. Il parlait avec une telle facilité sur la matière , et paraissait la posséder si bien , que le jeune secrétaire de la société , M. Cuvier, devina qu'il était lauteurdes articles d'agriculture du Dictionnaire de l'Encyclopédie Méthodique. 11 s'approcha de lui, et le salua en l'appelant par son nom; M. Tessier, que son titre d'abbé avait rendu suspect à Paris , s'écria : — « Me voilà découvert : je suis perdu ! — Perdu ! répliqua M. Cuvier; au contraire : vous allez devenir désormais l'objet de nos soins les plus empressés. » Cet incidentdevint l'origine de l'intimité qui s'établit entre eux ; et ce fut par l'entremise de M. Tessier (1) que M. Cuvier entra en correspondance avec plusieurs savans auxquels il adressa ses observations, principalement avec Lamethrie , Olivier, Lacépède, Geoffroy Saint-Hilaire et Millin de Grandmaison. Leurs démarches et les mémoires que M. Cuvier avait publiés dans plusieurs journaux scientifiques , le firent appeler à Paris , où l'on s'occupait
(i) « Je viens de trouver une perle dans le fumier de Normandie, » écrivait M. Tessier à son ami Parmentier, devinant ainsi le grand naturaliste dans les premières productions de M. Cuvier, et sachant apprécier son talent encore en germe.