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TROISIÈME RÉSEAU

Les indications données plus baut, touchant plusieurs opérations que je ne réussis pas à faire admettre dans le Deuxième Réseau des voies nouvelles subventionnées par l'État, ont déjà permis à mes lecteurs de constater que ce n'est pas, à beaucoup près, leur défaut d'importance relative qui les fit rejeter du Traité des 180 millions, et me força de les classer dans le Troisième Réseau.

Je n'ai donc plus à démontrer que celui-ci n'était pas le refuge d'opérations d'ordre secondaire ou moindre encore, une sorte de caput mortuum de nos entreprises de Voirie.

Outre les percements de première utilité que j'ai signalés parmi ceux que refusèrent mes contradicteurs, le Troisième Réseau comprenait forcément les grandes voies nouvelles dont la nécessité ne fut évidente que postérieurement à 1888, et notamment, celles à ouvrir dans l'ancienne Banlieue Suburbaine annexée à Paris, de fait, le 1" Janvier 1860.

J'ai déjà cité nombre de celles-ci qui furent la continuation de percements exécutés ou décidés, avant cette date, dans l'ancienne enceinte de la ville.

Au cours de son excellent rapport au Corps Législatif, en 1869, M. du Mirai n'avait pas suffisamment appré-

cié la composition du Troisième Réseau ; il se bornait à mettre en relief, dans le passage de son œuvre consciencieuse que j'ai rappelé, sur la Rive Droite, le prolongement de la rue Lafayette commandé, disait-il, par le besoin des Gares du Nord et de l'Est ; sur la Rive Gauche, l'ouverture de la Rue de Rennes, pour l'accès de la Gare de l'Ouest.

Il faisait trop d'honneur aux deux premiers Réseaux, quand il supposait que c'étaient des œuvres d'ensemble. Dans le Troisième, au contraire, il voyait surtout la réunion de voies complémentaires de celles qu'on avait comprises dans ces œuvres simultanément décidées, suivant lui; comme aussi, d'entreprises] qu'un esprit de justice distributive entre les divers quartiers, anciens et nouveaux, avait fait successivement aborder.

On a vu que, dans bien des cas, et parallèlement, la Ville avait exécuté des percements répartis entre les trois Réseaux.

M. du Mirai avait raison, quand il ajoutait, au sujet des entreprises que le Troisième Réseau résumait : « Elles n'ont pas toutes, il faut le reconnaître, un égal degré d'utilité ; cependant, on peut affirmer qu'il n'en est aucune qui ne constitue pas une amélioration réelle pour les quartiers anciens, ou ne favorise la création de quartiers nouveaux. » Mais, je vais en signaler un certain nombre qui ne le cèdent en importance à aucune de celles que j'ai décrites jusqu'à présent.

Au premier rang, je place les voies non-subventionnées du groupe constituant les abords de l'Opéra ; la suppression de la presque totalité de la rue Dasse-du-

Rempart, qui me permit d'établir la Place précédant notre grand théâtre lyrique; et TA venue Napoléon (maintenant, de TOpéra), qui lui fait face.

Je n'en pus faire exécuter que le commencement et la fin ; mais, je n'y dépensai pas moins de huit millions, y compris le prolongement de la Rue Réaumur (aujourd'hui. Rue du Quatre-Septembre).

La portion de ce prolongement comprise entre le Boulevard des Capucines et la Place de la Bourse, qui forme pendant à la Rue de la Paix, de l'autre côté de cette Avenue, a le grand mérite de créer une communication facile et directe entre les plus beaux quartiers de Paris et les plus commerçants, spécialement avec notre grand marché des valeurs.

Cette seule voie coûta 66 millions ; l'emplacement et les abords de l'Opéra, de 27 à i8 millions.

A ce groupe se rattache la portion du Boulevard Haussmann allant de la Place Saint- Augustin à la Rue Taitbout, en attendant sa continuation jusqu'au grand carrefour que formera sa rencontre avec les boulevards des Italiens et Montmartre et les rues Drouot et Richelieu. C'est évidemment l'une des voies les plus animées de Paris.

Sa jonction avec les rues Scribe et Meyerbeer, et le prolongement de la Rue Lafayette, venant du Faubourg Poissonnière, à travers le Faubourg Montmartre et la Chaussée d'Antin, dégagea ce monument, au Nord, derrière l'Opéra de M. Garnier.

De ce pomt à la Porte de Pantin, où l'ancienne coûte d'Allemagne l'a continuée après l'Annexion, la Rue Lafayette terminée a près de 5 kilomètres

la démolition de Thôtel où je suis né, l'Avenue de Friedland, son complément, le relie au système de la Place de rÉtoile.

Le Troisième Réseau contribua pour plus de 32 millions, au dégagement de cette immense Place, en supportant les dépenses d'ouverture du plus grand nombre des Avenues qui en rayonnent, et de la Rue Circulaire intérieure.

A l'exception de l'Avenue de l'Aima, tous les percements effectués dans le quartier de Chaillot (24 millions, en somme ronde) restèrent à la charge exclusive de ce Réseau.

Il en fut de même, sauf pour la première partie de l'Avenue de l'Empereur, du système du Trocadéro. Il comprenait :

En bas de la Butte, la jonction de l'Avenue dléna et de la Rue Pierre-Charron, d'un côté, avec l'Avenue Delessert, continuation de la Rue de Passy ; de l'autre, avec le Quai, sur trois points, par des amorces, dont la principale est ouverte dans Taxe du Pont d'iéna ;

En haut, sur la Place, une nouvelle étoile de larges voies formée par la convergence :

D'une Avenue centrale aboutissant au point de croisement des rues des Sablons, de Longchamp, des Belles-Feuilles et Decamps, à laquelle on a donné le nom d'Eylau que portait jadis l'Avenue Victor- Hugo;

Puis, à droite de l'Avenue Malakoff (autrefois, de Saint-Denis) partant de la Porte de Neuilly, de l'Avenue du Roi-de-Rome (Kléber) venant de la Place de l'Étoile, et de la première partie de l'Avenue de TEmpe-

reur (maintenant, du Trocadéro) montant du Quai de BiUy;

Et à gauche, de la continuation de celle-ci (maintenant, Avenue Henri-Martin) ; plus, d'une autre grande voie à percer quand on aura pu déplacer le Cimetière de Passy, voie qui se dirigera vers le Ranelagh, et enfin de la Rue de Franklin, élargie.

Ces diverses opérations grevèrent encore le Troisième Réseau de plus de 30 millions.

Non loin de là, je fis régulariser le Rond-Point de Tancienne Avenue d'Eylau (Victor-Hugo), qui forme également une étoile régulière au croisement de cette Avenue, avec TAvenue Malakoff et l'ancienne Avenue Dauphine (Avenue Bugeaud), en face de laquelle se bifurquent les rues Boissière et Copernic. Mais les dépenses de ce petit travail et de l'abaissement, sur sa demi-largeur, de la première partie de TAvenue principale, furent mises au compte du dégagement de la Place de l'Étoile et de ses abords.

Revenant à l'ancien Paris, je ne dois pas oublier la régularisation d'un Rond-Point bien plus important : celui des Champs-Elysées. Elle fut obtenue par l'ouverture d'un prolongement de l'Avenue d'Antin jusqu'au Faubourg Saînt-Honoré, devant l'Église de Saint-Philippe-du-Roule, où vient aboutir la Rue de la Pépi%ière, continuée par la première partie de la Rue Pierre-Charron. En effet, cette Avenue, ainsi complétée, croise la Grande Avenue des Champs-Elysées sous un angle semblable à celui que fait, avec elle, l'Avenue Montaigne, continuée par l'Avenue de Marignan.

Le prolongement de l'Avenue d'Antin coûta 8 mil-

lions et demi, et la régularisation du Rond-Point 3 millions et demi.

Passant de là sur la Rive Gauche par le Pont de la Concorde, se trouve la section principale, non-subventionnée, du Boulevard Saint-Germain, et les amorces du Boulevard d'Enfer, pour un chiffre de dépense nette s'élevant à 24 millions ; la Rue de Rennes, avec tout ce qui s'y rattache, avec un total encore bien plus élevé de 38 millions.

Voilà certes assez de preuves de l'importance des opérations réunies dans le Troisième Réseau de voies nouvelles :

L'énonciation complète des autres améliorations de la Voie Publique, réalisées au compte de la Ville seule dans tous les quartiers de Paris, serait aussi longue que fastidieuse. Mais, parmi ces entreprises, d'ordre très secondaire, je citerai les suivantes, avec le chiffre de la dépense de chacune :

L'amorce de l'Avenue des Amandiers (1 million 1/2) ;

Le prolongement de la rue des Buttes-Chaumont (760,^00 francs) ;

Les rues Crozatier et de Chaligny (au delà de 2 millions) ;

L* prolongement de la rue Drouot (1 million 1/2) ;

Celui de la rue de la Glacière (plus de 600,000 francs) ;

L'Avenue Henri IV (600,000 francs) ;

L'Avenue Lacuée (1 million 1/2);

Le relèvement du Quai de la Mégisserie et la reconstruction de toutes les maisons en bordure (plus de 3 millions).

Le prolongement de l'Avenue Parmentier (près de 2 millions 1/2) ; "^

Le Boulevard Philippe- Auguste (2 millions) ;

Le prolongement de la Rue du Pont-Louis-Philippe (1 million 1/2);

Les percements du Quartier Rollin'(800,000 francs) ;

La rectification des abords de la Porte Saint-Denis (1 million) ;

Le prolongement de la Rue des Saints-Pères (1 million, environ).

C'est la démonstration de la justice distributive dont parlait M. du Mirai.

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