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SERVICE MUNICIPAL DES TRAVAUX PUBLICS

Ce très grand Service n'avait pas, à beaucoup près, en 1853, l'importance qu'il prit graduellement, à partir de cette époque, par suite du développement de la Transformation de Paris, importance presque doublée après l'extension des limites de la ville.

Un Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, ayant le titre de Directeur, M. Dupuit, en réunissait toutes

les branches : Voie publique, Eaux, Égouls, Promenades, etc., etc.

Il avait sous ses ordres deux autres Ingénieurs en Chef : MM. Homberg et Féline Romany ; six Ingénieurs Ordinaires : MM. Baudart, Vaudrey, Rousselle, et MM. Mille, Buffet, Delaperche, — que j'ai tous vu nommer Ingénieurs en Chef, successivement, — et deux Inspecteurs des services publics et privés des Eaux.

Cette organisation et ce personnel subirent promptement des modifications profondes.

Quand M. Belgrand fut attaché définitivement à TAdministratîon de la Ville, je retirai les Eaux et les Égouts (Vidanges comprises) aux deux sections territoriales du Service Municipal des Travaux Publics, pour en former une section spéciale dont il fut chargé sous mes ordres directs, avec la collaboration de M. Rozat de Mandres, Ingénieur Ordinaire, que, tous deux, nous avions connu dans FYonne.

Puis, les Voies Plantées formèrent, avec les Promenades,une quatrième section, sous rautoritédeM.Alphand.

Dès 1856, MM. Mille et Baudart quittèrent le Service de la Voie Publique, et passèrent avec les Eaux, les Égouts et les Vidanges, sous les ordres de M. Belgrand. MM. Mayer et Vaissière occupèrent les deux postes d'Ingénieurs Ordinaires de la Voie Publique devenus ainsi disponibles.

Peu de temps après, M. Darcel fut adjoint à M. Alphand, et remplacé par M. Allard. Plus tard, M. Alphand obtint d'autres auxiliaires : M. Foulard, d'abord ; et M. Grégoire, ensuite.

Lorsque M. Belgrand, d'Ingénieur en Chef, fut élevé

très justement au grade supérieur d'Inspecteur Général de V classe, il reçut le titre de Directeur des Eaux et des Égouts.

Quand, de son côté, M. Alphand devint [Inspecteur Général, en 1869, et que je réunis dans ses mains le Service de la Voie Publique à celui des Promenades et Plantations qu'il avait depuis 1860, je l'investis également du titre de Directeur.

Mais je plaçai Tun et Vautre sous Tautorité de M. Michai, Directeur de l'ensemble du Service Municipal, alors Inspecteur Général de !'• classe; il centralisait tous les projets, en surveillait Texécution, et assurait l'unité de la marche de nos travaux publics de tout ordre.

Indépendamment du Bureau Technique dont le concours était une nécessité pour lui, comme pour chacun de ses deux subordonnés, ce Directeur Général avait, depuis ma nouvelle organisation des bureaux de la Préfecture, datant de l'Annexion, un droit de suprématie à l'égard de l'ancienne Division des Travaux Publics, devenue simple section, et composée de trois bureaux^ alors que précédemment chacun lui donnait des ordres.

Quant à son Personnel, en 1869, à la suite de nombreuses mutations, il comprenait, dans les deux directions de MM. Alphand et Belgrand, savoir :

!• Voie Publique.

M. Yaissiëre, Ingénieur en Chef, assisté de MM. Gardier, Obry de Labry, Grégoire, AUard et Cirodde, Ingénieurs Ordinaires ;

M. Rozat de Mandres, Ingénieur en Chef, secondé par

MM. Foulard, Couche, Rousseau, Bernard et Loche, Ingénieurs Ordinaires.

Les vingt Arrondissements de Paris formaient dix sections d'Ingénieurs.

S*" Promenades et Plantations.

M. Darcel, Ingénieur en Chef, avec le concours des dix Ingénieurs Ordinaires ci-dessus nommés, pour les travaux des voies plantées, et celui de tous les agents de son grand Service, pour les promenades proprement dites, les parcs, squares, places et fontaines monumentales, etc.

M. Alphand avait en plus, sous son autorité, les agents du Service spécial de TÉclairage public et particulier, et ceux du Service des voitures, des stationnements sur la voie publique, etc.

3** Eaux, Égouts.

(La première division de ce Service, considérablement agrandi, se trouvait sous les ordres immédiats du Directeur.) MM. Mouton et Humblot, Ingénieurs Ordinaires ;

M. Rousselle, Ingénieur en Chef, avec le concours des dix Ingénieurs Ordinaires de la Voie Publique, pour la construction et l'entretien des Égouts et la pose des conduites d'eau, et de M. Gallet, Inspecteur, pour les travaux de curage ;

M. BufiFet, Ingénieur en Chef, chargé de la construction et de l'entretien des aqueducs, avec la collaboration de MM. Huet et Lesguillier, Ingénieurs Ordinaires, et des Inspecteurs Renard et Lalo.

MM. Mille et Baudart avaient quitté par avancement le Service Municipal : l'un et l'autre ont terminé leur carrière avec le grade d'Inspecteurs Généraux.

MM. DUPUIT ET MIGHÂL

M. Dupuit, llngénieur en Chef Directeur de 1853, était un homme de grande valeur.

On lui doit, entre autres choses, la construction du premier grand égout de Paris : celui de la rue de Rivoli prolongée, qu'il continua sous la première section de cette voie, et que l'on considéra, alors, comme une merveille.

C'était assurément une œuvre fort remarquable, parce que les égoutiers, au lieu d'y ramper, comme dans toutes les anciennes galeries, pouvaient y circuler debout, sur de petits trottoirs bordant la cunelte et garnis de rails à leurs angles, pour permettre le passage, au-dessus de celle-ci, de wagonnets portant les matériaux et l'outillage nécessaire.

Bientôt cet ouvrage fut relégué au second rang par la construction de la Galerie de Sébastopol, des Égouts des Quais et surtout des Collecteurs de la Rive Droite et de la Rive Gauche ; mais cela ne diminua en rien le mérite de l'Ingénieur qui l'avait conçu, réalisé, mis en pratique.

Je pus, du reste, profiter sans retard des rails et des wagonnets du Grand Égout de la rue de Rivoli prolongée, pour faire appliquer aux égouts de Paris le mode ingénieux de curage que j'avais vu fonctionner dans les fossés des Marais de Blaye , où l'avaient importé, sous le règne de Louis XIII, des Hollandais, appelés par le Gouverneur de cette ville et de la Citadelle, — le duc de Saint-Simon, père de l'auteur des célèbres Mémoires.

Je l'ai déjà décrit ailleurs.

A Blaye, on dévasait les fossés de dessèchement des Marais, au moyen de bateaux-vannes, mis en mouvement par les eaux qu'arrêtait l'abaissement des engins auxquels ces bateaux devaient leur nom.

A Paris, pour le curage de l'Égout de la Rue de Rivoli prolongée, c'est à des wagonnets que je dus faire adapter ces vannes.

Dans les deux cas, celles-ci, poussées par l'accumulation des eaux qu'elles retenaient, chassaient devant elles les vases dont il fallait débarrasser la cunette obstruée.

Un dissentiment grave s'éleva bientôt entre M. Dupuit et moi.

Cet Ingénieur était imbu du préjugé, alors général, que l'eau de la Seine était la meilleure qu'on pût donner en boisson à la Population de Paris. Il voulait donc assurer l'alimentation du Ser%'ice d'eau de la Ville au moyen de machines élévatoires puisant dans le fleuve.

Déjà, une des nouvelles pompes de Chaillot avait été commandée à l'usine du Creusot. La livraison donna même lieu à de graves difficultés, qui me causèrent une situation embarrassante vis-à-vis de M. Schneider, Yice-Président du Corps Législatif; mais, je réussis à la sauver. Les réservoirs de la Rue des Bassins avaient été agrandis, à cette occasion.

Quand je voulus faire prévaloir l'idée de sources amenées de loin, sur l'eau de la Seine pompée à Chaillot et même au Port-à-l'Anglais ou au Pont d'Ivry, en amont de Paris et du confluent de la Marne, et ma préférence pour les vieux aqueducs romains sur les machines élévatoires modernes, je rencontrai, chez M.Du-

puit, une résistance que je dus combattre patiemment, pied à pied, pendant huit longues années, dans le monde savant ou ignorant, et dans les régions officielles, mais que je ne pouvais pas tolérer un instant de la part du Directeur du Service Municipal.

M. Dupuit fut nommé Inspecteur Général, comme il le méritait, et remplacé par M. Michal, qui n'avait pas de parti pris, et qui ne fit aucune difficulté pour accepter mon programme.

M. Michal venait d'être promu, comme son prédécesseur, au grade d'Inspecteur Général de 2* classe. Il fut élevé ultérieurement à la 1" classe, sans quitter le service de la Ville, qui, je Tai dit déjà, prit, pendant sa Direction un développement considérable.

C'était un Ingénieur de premier ordre, grand mathématicien, calculateur passionné, jouissant, dans son Corps, d'une grande considération et de l'autorité morale . nécessaire pour maintenir l'harmonie, parfois difficile, entre ses collaborateurs, et entre son Service et ceux des autres Ingénieurs relevant aussi de la Préfecture de la Seine.

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