‹ Mémoires du baron HaussmannChapitre 26 sur 91 · NETTOIEMENT. ARROSAGE · texte numérisé non relu

NETTOIEMENT. ARROSAGE

De même que le premier pavage delà Voie Publique, le balayage est mis à la charge des propriétaires riverains, chacun au droit de sa façade, sur une largeur égale à celle de la moitié des rues qui les bordent, par un ancien usage , résultant aussi de l'application séculaire de vieux édits, et réglementé de nos jours. Depuis quelques années, cette largeur est limitée législativement à 6 mètres, soit à 1 2 mètres pour les deux côtés d'une rue de telle ouverture, et l'excédent reste au compte de la Ville.

Cette obligation est maintenant convertie, comme

celle du premier pavage (réduite de moitié, comme on l'a vu plus haut), en une taxe véritable, périodique, fixée par Décrets rendus en Conseil d'État, et divisée en trois classes, selon qu'il s'agit de constructions longeant la Voie Publique, de propriétés bâties partiellement ou de terrains vagues, et en catégories qui la proportionnent aux dépenses, dans chacune des classes, variables suivant la nature des chaussées et le plus ou moins d'activité de la circulation.

La moyenne de la taxe est de 36 centimes par mètre carré, ce qui donne, au maximum, par mètre courant de Voie Publique : 4 fr. 32.

On a vu, dans le Chapitre X du second Volume, concernant la Préfecture de Police, qu'en vertu d'un Décret du 13 Messidor an VIII, elle eut dans ses attributions, entre autres services retirés à la Préfecture de la Seine, le nettoiement et l'arrosage de la Voie Publique, rendus à mon administration par un autre Décret, le 10 Octobre 1889 seulement.

Jusqu'alors, je vis, chaque matin, des escouades de balayeuses pousser la boue dans les caniveaux des chaussées pavées ou macadamisées, et trop souvent par les bouches d'égout sous trottoirs, dans nos galeries souterraines, bientôt encombrées de sables provenant de l'écrasement des matériaux employés à l'empierrement, et même d'une partie de ces matériaux, détachés de la masse entassée par des balais trop zélés.

Des tombereaux venaient prendre les tas de boue obstruant de distance en distance les caniveaux, de concert avec les ordures ménagères dont les habitants de chaque maison se débarrassaient au droit de leurs

portes devant les trottoirs, et le tout s'en allait, cahincaha, aux dépôts nommés décharges publiques, en laissant filtrer, par les planches mal jointes des tombereaux, des liquides sales et infects.

L'arrosage s'opérait, par les temps secs et poussiéreux, au moyen de tonneaux portant à l'arrière des tuyaux en éventails, percés de trous, par lesquels l'eau puisée à des fontaines spéciales se répandait en pluie sur le sol, non sans éclabousser les passants à tous les cahots.

A partir de 1860, ces procédés primitifs de nettoiement et d'arrosage firent place à d'autres, meilleurs à tous égards, que mon administration et celles qui l'ont suivie ne cessèrent pas de perfectionner.

Ainsi qu'on le pratique aujourd'hui, pour les chaussées empierrées, les plus difficiles à maintenir en bon étatde propreté et d'entretien, on employa des cylindres compresseurs pour affermir la cohésion des matériaux fragmentaires qui les constituent. De même on usa de machines, « dites balayeuses », pour rejeter la boue sur les revers des caniveaux bordant les trottoirs, où des cantonniers, armés de balais, de brosses en crin végétal, de raclettes en fer et de pelles, la relevaient en tas, pour la faire s'égoutter.

Chaque balayeuse, attelée d'un cheval et manœuvrée par un seul homme, opère sur des bandes longitudinales de 2 mètres de largeur, au plus, à partir du milieu de la voie, et son travail est plus rapide et meilleur que celui de toute une escouade nombreuse d'ouvrières.

On seconde l'action de cet engin au moyen d'un lavage du macadam à grande eau, chaque semaine, qui

favorise le maintien du profil des chaussées, en délayant les boues à détacher de la surface compacte.

Pour les voies pavées, on se sert également de balayeuses; mais, il s'en faut de beaucoup malheureusement que toutes ces voies aient la largeur nécessaire à leur emploi. Bien au /contraire ; c'est le plus petit nombre. On continue d'ébouer les autres à bras, au moven d'équipes d'hommes et de femmes, dirigés par des cantonniers, et munis de balais-brosses ou de balais de bouleau, suivant le cas.

Dans les deux catégories de chaussées, on doit avoir soin de maintenir libre le fond des caniveaux, pour l'écoulement facile à l'égout des eaux pluviales et ménagères, et, aussi, des eaux de lavage du macadam.

Les sables qui proviennent en majeure partie des tas de boue relevés sur les revers, sont plus facilement chargés avec les ordures des maisons riveraines sur les tombereaux qui les recueillent que les boues liquides et fluentes d'autrefois.

Le service de ces tombereaux d'enlèvement des boues et des immondices de tout ordre est fait à l'entreprise.

Aux Agents du nettoiement de la Voie Publique incombe, accessoirement, le balayage intérieur des pavillons, des stalles et marchés, des postes de police, des urinoirs, etc., etc., le chargement des détritus et ordures sur les mêmes tombereaux, le lavage et la désinfection de tout ce qui motive ces derniers soins de propreté.

En hiver, les glaces et neiges exigent l'organisation d'un service extraordinaire, pour lequel tous les concours sont requis.

Les riverains doivent dégager les trottoirs en redressant la neige en cordons continus sur leurs bords, ou bien en la repoussant sur la chaussée ; répandre du sable ou des cendres sur Taire dallée ou bitumée des trottoirs qu'on rend ainsi praticables; briser la glace des caniveaux, et, au besoin, à défaut d^un nombre suffisant d'ouvriers, relever la neige en tas sur la chaussée même.

Pour cette dernière besogne, TAdministration forme, en dehors de son personnel ordinaire, autant d'équipes exceptionnelles que possible. Elle se sert, pour Tenlèvement des neiges, non seulement des tombereaux des entrepreneurs adjudicataires de l'enlèvement des boues, et de tous les tombereaux de louage qu'elle peut se procurer, mais encore de ceux (au nombre de 80) que la Compagnie des Omnibus est tenue, par son cahier des charges, de mettre à sa disposition en pareil cas. Dans ces dernières années, elle a tenté l'emploi des sels marins pour activer la fusion des neiges au dégel, et ce moyen parait avoir réussi.

Quant à Farrosage, qui se pratique ordinairement pendant six mois de Tannée, du 1" avril au 30 septembre, en général, on ne fait plus usage que dans les rues étroites des anciens tonneaux à jets divergents ; sur les autres, une série de tubes de tôle réunis par des genoux en cuir flexible, montée sur des patins à roulettes et terminée par des lances en cuivre, est vissée, à tour de rôle, aux diverses bouches d'eau sous trottoirs, et permet aux cantonniers d'arroser aisément toute la surface dont chacun a la charge.

Certains de ces appareils, dont les tubes sont garnis

de petits trous, peuvent opérer automatiquement sur les points où l'arrosage doit être de quelque durée.

Le travail des tonneaux coûte 10 millimes par jour et par mètre carré, sur les chaussées empierrées, et 6 millimes seulement, sur les chaussées pavées.

Celui de Tarrosage à la lance est de moitié moins dispendieux.

En 1869, dernière année de mon édilité, la dépense totale du nettoiement et de l'arrosage de la Voie Publique a coûté 3,983,943 fr. 33, soit, pour 1,290 heotares, environ 30 centimes par mètre carré.

Elle a été compensée pour 1 ,001 ,342 fr. 71 par le produit de la taxe de balayage, limitée, on s'en souvient, à 6 mètres de largeur sur chacun des côtés des voies dépassant 1 2 mètres, si nombreuses dans Paris, sans parler des Avenues et Places que ne borde aucune propriété particulière et qui sont entièrement à la charge de la Ville.

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