TRAVAUX DE TOUT ORDRE
La Route Nationale de Paris à Strasbourg fait suite au Cours de Yincennes et passe au Nord du vieux Donjon et du nouveau Fort, dont elle constitue l'accès principal; elle entre au delà du Château dcuis le Parc des Minimes. A droite s'embranchent sur elle la Route Départementale de Yincennes à Joinville et, à gauche, celle de Fontenay. Ces trois routes convenablement décorées devinrent les avenues les plus importantes de cette portion du Bois.
On pénètre de Paris dans les autres, au Nord : 1*" par l'Avenue de l'Esplanade, se greffant sur l'extrémité du Cours de Yincennes, et aboutissant, comme son nom l'indique, à l'Esplanade établie au Sud du Château; S"" par l'Avenue du Bel-Air, commençant à la Place du Trône et conduisant à la Porte de Saint-Mandé, car non seulement les populations du Faubourg Saint- Antoine, mais encore celles du XI' arrondissement tout entier, débouchaient sur cette Place, du Boulevard du Prince- Eugène (Voltaire) ; 3° plus bas, par l'Avenue Daumesnil, qui se bifurque après la Porte de Picpus, pour se diriger : à gauche, en traversant le Parc de Saint-Mandé, vers l'Esplanade ; à droite, en longeant le Parc de Charenton, vers les tribunes de Courses; 4** par deux avenues prenant à la Porte de Reuilly, dont l'une se confond avec la, seconde branche de l'Avenue Daumesnil, et l'autre borde, au Sud, le Lac de Charenton, pour se diviser ensuite en voies secondaires conduisant soit aux Tribunes, soit au Plateau de Gravelle, puis â Joinville et Saint-Maur; 5*" par une belle Avenue s embranchant
sur la Route Nationale de Paris à Genève après la Porte de Gharenton à gauche, et formant Taccès principal du Plateau ; G"" enfin, sur les bords de la Seine, et plus loin de la Marne, au moyen de la Route Départementale de Paris à Saint-Maur, qui longe lé pied des revers boisés du coteau de Gravelle.
Du Nord au Sud, la Route Départementale de Vincennes à Gharenton et deux avenues, dont Tune descend vers l'Asile de Gonvalescence, et Tautre va chercher le Plateau de Gravelle, pour rattacher le Parc de Saint- Mandé à celui de Gharenton, pendant qu'une troisième va de Vincennes à Gharenton même en passant derrière les Tribunes des Courses.
Des voies partant de l'Esplanade et du haut du Parc des Minimes et se croisant à la Pyramide, sur le champ de manœuvres, traversent le Ghamp des Gourses pour gagner : Tune, la Ferme et la Redoute de la Faisanderie ; l'autre, passant aux Tribunes, à la redoute de Gravelle, et, par un embranchement, sur le Plateau de ce nom.
Gette hauteur est reliée par une voie traversant les Ghamps de Gourses et de Manœuvres, en diagonale, au «centre du Parc des Minimes, et, par une autre, à la Ferme Impériale, puis à Nogent.
Les travaux nécessités pour le raccordement et la mise à l'état d'avenues de ces voies diverses, dont les plus considérables existaient déjà, comme aussi des voies secondaires, des allées cavalières et chemins de piétons, ne coûtèrent pas beaucoup moins de 1,700,000 francs somme excédant celle des dépenses du même ordre au Bois de Boulogne.
G'eût été folie de créer une telle viabilité sur les hauteurs du Bois de Vincennes, bien plus sablonneuses.
bien plus arides et perméables que le sol ingrat du Bois de Boulogne, sans nous être assuré le moyen d'abattre, par de fréquents arrosages, les flots de poussière qu'y soulèverait forcément une active circulation. Et nos pelouses?... Comment, sans eau, couvrir d'une verdure protectrice leurs vastes étendues? Et les arbres et arbustes de choix, et les corbeilles de plantes vertes et de fleurs de nos jardins?...
Aussi, ne pouvant faire utilement appel aux réservoirs de la Yille, traitai-je, dès le début, avec la Compagnie du Canal et des usines do Saînt-Maur : elle devait élever sur le point culminant du Plateau de Gravelle, qui domine toutes ses parties, et fournir aux services du Bois de Vincennes une quantité d'eau de Marne fixée à 6,000 mètres cubes par 34 heures, et cela au moyen de pompes mues par les turbines des anciens Moulins de Saint-Maur.
On a vu, dans le chapitre IV du Second Volume de ces Mémoires, que le 9 Août 1864, un Décret (rendu par l'Empereur au Conseil d'État pour cause d'utilité publique) autorisa la Ville à racheter les eaux et les usines du Canal Saint-Maur, pour une somme de 3 millions, dont 980,334 francs payables comptant et le surplus en 80 annuités de 138,702 fr. 80 chacune, à partir de 1868.
Sur l'emplacement des Grands Moulins de MM. Darblay et Béranger, et par une dérivation souterraine coupant la presqu'île nommée Bosse de Marne, M. Belgrand put obtenir une chute de 2", 80 à 8 mètres, suivant l'état de la rivière. Une turbine du système Fourneyron et de la force de 100 chevaux actionnait deux pompes horizontales à pistons couplés, et élevait
chaque jour en moyenne 13,000 mètres cubes d'eau à 3S mètres plus haut, dans le Lac de Gravelle, pris comme réservoir général du Bois. Deux turbines et quatre pomped semblables secondées par quatre roues turbines du système Girard, purent refouler de 32,000 à 46,000 mètres cubes d'eau de Marne en 24 heures, jusqu'à l'étage inférieur des Bassins de Ménilmontant, plus élevés de 67 mètres que l'usine de Saint-Maur. La distance de 8,500 mètres était parcourue par une conduite de 80 centimètres d'ouverture, traversant le Bois et suivant le Cours de Yincennes et la Route Militaire, pour aboutir à son réservoir, après la Porte de Bagnolet, et contribuer à l'alimentation du Service de Paris.
Je puis témoigner du bon usage de la turbine Fourneyron parce que, vers la même époque (il y a plus de vingt-cinq ans), j'en ai fait installer dans la Gironde, au Moulin de Rouillac, une petite actionnant, de même qu'à Saint-Maur, deux pompes horizontales à pistons couplés. Depuis lors ces pompes fonctionnent bien et continuent d'alimenter régulièrement le réservoir desservant tous les étages et toutes les dépendances du château de Gestas, parc et jardins compris.
Du Lac de Gravelle, où s'approvisionne le réseau de conduites des eaux d'arrosage dans tout le Bois, sortent deux rivières aboutissant l'une au Lac de Saint- Mandé, l'autre au grand Lac de Bercy dans le Parc de Charenton. Une troisième, dite Rivière de l'Hippodrome, se dirige, à travers le Champ de Courses, vers le Lac des Minimes.
Deux ruisseaux, ceux de Join ville et de Mogent, prenant sources dans les pièces d'eau secondaires alimen-
tées par le trop-plein des conduites d'arrosage, au carrefour de Beauté, d'une part, et près de la Porte de Nogent-sur-Marne, de l'autre, et vont également se déverser dans le Lac des Minimes. Les eaux de ce dernier sont mises en communication avec celles du Lac de Saint-Mandé par un canal souterrain croisant le Champ de Manœuvres et le Polygone.
Les terres extraites du Lac de Gravelle ou provenant de déblais opérés sur les avenues y conduisant, ont permis de donner à la Butte qu'elles ont produite au-dessus du sol de l'ancien Plateau, une vue magnifique sur tout le cours de la Marne, et sur sa longue et luxuriante vallée à l'Ouest et au Midi ; sur celle de la Seine et sur Paris,' à l'Est ; sur les coteaux de Fontenay , de Rosny, de Belleville, au Nord. On va bien loin pour chercher des panoramas qui ne valent pas celui-ci.
Je ne saurais m'attarder à décrire les dispositions prises par le Jardinier en Chef de la Ville, afin de régler pour le mieux l'ordonnance et la décoration des massifs de bois, des pelouses, des rivières et cascades, des lacs avec ou sans îles, des différents Parcs, Jardins et Parterres se partageant la superficie de cette Grande Promenade de Vincennes demeurée libre de toute servitude; encore moins, les plantations d'alignement et le repeuplement du sol des avenues supprimées. Ce serait une banale répétition de ce que j'ai dit au sujet de ce qui a été fait dans la Transformation du Bois de Boulogne.
Quant aux travaux du ressort de l'architecte spécial du service des Promenades et Plantations, ils eurent cette fois pour but plus de restaurations que de constructions neuves. Les acquisitions considérables ren-
dues nécessaires par l'obligation de régulariser de toutes parts le périmètre du Bois, surtout du côté deCharenton, de Saint-Mandé, et même de Yincennes, avaient mis la Ville en possession de bâtiments nombreux, et principalement d'habitations, qui furent affectés au logement du Conservateur et de ses bureaux ; à l'usage de magasins, de casernes et de maisons de gardes. Us laissèrent à l'imagination de l'artiste moins de marge que les chalets neufs, édifiés dans le Bois de Boulogne pour ces utiles serviteurs.
Cependant, et sans tenir compte d'une foule de constructions secondaires,d'abris, d'embarcadères, de ponts rustiques, cascatelles, grottes et clôtures, qui rappellent beaucoup ce qui fut fait dans l'autre, on peut citer, à l'honneur de M. Davioud :
l"* Le Café-Restaurant de Saint-Mandé;
2*" Le Buffet, le Kiosque de Concert et la Rotonde, qui se voient dans l'Ile du Lac de Bercy-Charenton, dite de Reuilly ;
S"" Le Grand Café-Restaurant de l'ile dite de Bercy, dans le même Lac où fut utilisé le chalet suisse acheté par la Ville, à l'Exposition universelle de 1867 ;
4' Le Café-Restaurant dit de la Porte-Jaune, dans la première île du Lac des Minimes ;
8° Le Grand Restaurant, avec écuries et remises, du Plateau de Gravelle et la Rotonde couronnant la Butte d'où l'œil parcourt un si merveilleux panorama.
On devait également à M. Davioud les constructions en bois de charpente du Champ de Courses, comprenant le Pavillon de l'Empereur, et des deux côtés des rangs de tribune distribués en loges avec des affectations diverses.
Quant au Champ de Courses, il contenait deux pistes comme celui de Longchamps : la petite, dont une partie se développait sur les revers du coteau de Gravelle ; la grande embrassant les champs en culture de la Ferme Impériale; toutes deux semées d'obstacles dont rénumération serait trop longue et sans intérêt.
La nomenclature que j'ai donnée dans diverses parties de ce chapitre des établissements créés par la Ville, dans les dépendances du Bois de Vincennes, sera complète, quand j'aurai mentionné les glacières qu'elle y fit établir dans les mêmes proportions que celles d'Auteuil.
Ce sont les produits de ces divers établissements qui représentent le Capital de 2 millions de francs déduit ci-dessus du montant des [dépenses nettes, pour le ramener à 10 millions.