PARCS DE MONCEAU, DES BUTTES-CHAUMONT, DE MONTSOURIS
Les Champs-Elysées forment une promenade ouverte. Nos parcs, ainsi que leur nom l'indique, sont des promenades entourées de clôtures, mais de clôtures uniquement composées de grilles plus ou moins basses, élégantes, sinon luxueuses.
En 1860, à l'occasion de l'ouverture du Boulevard Malesherbes , je fis exproprier, pour mettre fin à la situation embarrassante créée par le Décret dictatorial du 23 Janvier 1852, la totalité de l'ancien Parc de Monceau, dont cette voie nouvelle devait traverser la partie extrême. Les Princes et Princesses d'Orléans étaient propriétaires incontestés d'une moitié, comme héritiers de la Princesse Adélaïde, et le Domaine de l'État, attributaire en vertu de ce Décret-Loi de l'autre moitié. Celle-ci faisait partie des biens donnés par le Roi Louis-Philippe à ses enfants, le 7 août 1830,. deux jours avant son avènement au Trône, afin d'en éviter le retour à l'État, suivant la règle consacrée par notre vieux Droit Français. La superficie de l'ensemble était près de trois fois aussi grande que celle du Parc de nos jours, qui ne mesure pas plus de 8 hectares 46 ares 02 centiares, ses Avenues d'accès comprises.
L'indemnité réglée amiablement, à forfait, au profit des Princes et Princesses d'Orléans pour leurs droits, quels qu'ils pussent être, sur l'ancien Parc, et celle que réclama le Domaine de l'État pour les siens, portées à
10 millions^ en bloc dans la première partie de ces Mémoires, ne montèrent en dernière analyse qu'à 9,387, 975 francs.
La Ville revendit à M. Emile Péreire, qui m'avait servi d'intermédiaire auprès des Princes et Princesses d'Orléans, moyennant un prix total de 8,1 00,000 francs, les 8, 100 mètres de terrains laissés en dehors des emprises de la Voie Publique et du périmètre de la Promenade que j'entendais réserver à la Population des quartiers voisins.
Si, comme je l'ai dit ailleurs, où cette énonciation sommaire, à côté du sujet essentiel de mon récit, pou* vait suffire, ce prix a couvert exactement les indemnités réglées, c'est après déduction faite, sur le montant net de celles-ci, de la valeur des terrains livrés à la Voie Publique, non seulement pour le passage du Boulevard Malesherbes, mais encore pour le prolongement de la rue de Lisbonne et l'ouverture des rues de lotissement, dites de Vigny et Murillo.
Les dépenses de toute espèce motivées par l'installation et la clôture du nouveau Parc, et qui firent de cette promenade la plus luxueuse et en même temps la plus élégante de Paris, se sont élevées à 1,190,000 francs.
Les magnifiques grilles d'entrée et celles qui l'entourent ne figurent pas, dans ce total, pour beaucoup moins de 500,000 francs.
Les autres dépenses ont eu pour objets : la restauration de la Rotonde à colonnes du Boulevard de Courcelles, et de la Naumachie ; l'établissement d'un Service d'eau pour l'alimentation des bouches d'arrosage et de la cascade tombant du rocher à grotte dont le goût public imposait alors la construction aux dé-
corateurs de nos promenades importantes ; le vallonnement des pelouses, les plantations des arbres et arbustes de choix, isolés ou groupés en massifs, et les corbeilles de plantes vertes et de fleurs.
Tous les travaux furent exécutés en neuf mois, de Janvier à Septembre 1861 .
Le nom des Buttes-Chaumont viendrait, suivant les étymologistes, de la contraction de deux mots significatifs : « Chauve-Mont. » Il aurait été donné, disentils, à ces hauteurs, parce que le sol et le sous-sol, uniquement composés de glaise, de marne compacte et de gypse, se refusaient absolument à toute végétation.
En 1860, lors de l'annexion des communes de Belleville et de La Yillette à Paris, des ateliers d'équarrissage et un dépotoir de vidanges occupaient seuls et rendaient infects ces parages inhabités et peu sûrs.
Je conçus ridée, bizarre au premier aspect, d'en faire, après les avoir débarrassés de ces établissements insalubres, un lieu d'attrait pour les Populations des XIX* et XX* arrondissements nouveaux, par la conversion en Promenade Publique de io hectares de terrain; il comprendrait tout le massif des Buttes, que la Société dite des Carrières du centre possédait entre les rues de Crimée et de Puebla, dans un sens, et les rues de Vera-Cruz et de Mexico, dans l'autre.
Je soumis à l'Empereur mon plan, qu'il comprit et qu'il accepta de suite.
Je n'avais pas sujet, du reste, en cette circonstance, comme pour la question du Parc de Monceau, de redouter les préventions qu'eût rencontrées probablement, chez un esprit moins large, moins calme et moins
politique, mon désir d'éteindre une affaire plus qu'ennuyeuse, par l'addition d'un membre de phrase inoffensif dans le grimoire habituel de la procédure d'expropriation, et par l'allocation équitable d'une indemnité quadruple de l'estimation d'inventaire de tout l'ancien Parc, antérieure à la Révolution de 1848 et, partant, au Second Empire, mais ne grevant en rien la Ville, grâce à l'énorme plus-value donnée par mon projet aux lots de revente.
Cette fois, ainsi que l'autre, après délibération approbative et enquête, un Décret, en Conseil d'État (22 juillet 1862), déclara d'utilité publique l'acquisition résolue. Elle fut consommée en 1863.
Les travaux, commencés en 1864, ne prirent fin qu'en 1867, tant ils étaient considérables et présentaient de difficultés.
En effet, les déblais et remblais qu'exigeaient le creusement du Lac baignant de toutes parts le pied de nie formée par le promontoire central ; le comblement des excavations laissées à découvert par les anciennes carrières de pierre à plâtre ; le tracé des allées carrossables et des chemins et sentiers de piétons, suivant des inclinaisons suffisamment adoucies, et les transports de terre végétale indispensable à la réussite de la plantation des massifs et des gazonnements des pelouses, prirent une telle importance qu'il fallut une voie ferrée mobile et l'aide de locomotives pour en venir à bout.
La longueur développée des voies sillonnant le Parc en tous sens dépasse 8 kilomètres.
Le service d'eau fut assuré par une machine spéciale montant Teaudu Canal de l'Ourcq aux points les plus élevés de la nouvelle Promenade. Il desservait, outre
le réseau des conduites et bouches d'arrosage, la grande cascade qui part des hauteurs de la Butte dite de Yera* Cruz, pour descendre, par des chutes successives, à 32 mètres plus bas, dans le Lac, et deux ruisseaux qui s'y déversent également.
Des murs de soutènement en roches factices consolidèrent certains points abrupts qui menaQaient de s'écrouler.
On construisit deux ponts donnant accès au Promontoire central, isolé par le Lac. Un troisième pont franchit la portion en tranchée du Chemin de fer de Ceinture, qui traverse la pointe septentrionale du Parc.
La grotte inévitable se trouva préparée, dans le Promontoire même, par les galeries d'une ancienne carrière dans des proportions d'étendue et de hauteur exceptionnelles. Un escalier descendit de la plate-forme du Promontoire aux bords du Lac.
On vallonna fort aisément les pelouses décorées d'arbres de prix et de corbeilles dont on couvrit une partie du sol tourmenté des Buttes, et l'on massa des plantations variées sur le reste.
Enfin, M. Davioud édifia :
i^'La Rotonde couronnant le Plateau du Promontoire, d'où l'on jouit d'une vue splendide;
2' Trois belvédères;
3* Trois chalets-restaurantSy — sur le bord du Lac, au-dessus du tunnel du Chemin de fer de Ceinture, et sur le versant de la Butte dite de Puebla;
4"* Huit pavillons de gardes ;
S** Une habitation affectée au Garde-Général des Promenades Intérieures de Paris.
De plus, on ceignit de grilles le Parc entier, auquel
on accède par des entrées ménagées dans le périmètre de ces clôtures , et spécialement du c6té de Paris par la rue Sécrétan, à l*extrémité de la rue Lafayette.
La dépende totale atteignit presque 6 millions de francs.
Les travaux de rArchitecte y sont portés pour 475,850 fr. 88; les autres, pour 2,936,760 fr. 50, et le prix d'acquisition des Buttes, pour le surplus, c'est-àdire pour 2 millions et demi environ.
L'énormité relative de ces chiffres, qu'aucune revente importante de terrains n'est venue atténuer, mettait mon Administration dans l'obligation d'autant plus pressante, de créer, comme elle en avait le dessein, an Sud de Paris, un autre Parc, afin de procurer aux quartiers extrêmes des XIII* et XIY* arrondissements des avantages équivalant à ceux dont le Parc des Buttes-Chaumont avait doté les nouveaux quartiers du Nord de la Ville.
Je choisis, à cet effet, la colline de Montsouris, que je connaissais depuis mon enfance et que les fortifications avaient mise dans la Zone Suburbaine réunie à Paris en 1860.
De cette hauteur, on domine la vallée de la Bièvre, et l'œil embrasse un vaste et curieux horizon du côté de Paris.
L'établissement du Parc de Montsouris sur un espace en forme de trapèze mesure 15 hectares 84 ares 76 centiares seulement, délimité, au Nord et au Sud, par l'Avenue de Reille et le Boulevard Jourdan (Route Militaire), à l'Est et à rOuest, par les rues Gazan et Nansouty ; il fut déclaré d'utilité publique par un Décret, en
Conseil d'État, du ii Juin 1 865 ; mais les acquisitions, comprenant de nombreuses propriétés privées, qu'on n'a pu acheter toutes à l'amiable, durèrent de 186S à
Une Avenue spéciale, partant de l'ancienne Barrière d'Enfer, et bordée à gauche par le chemin de fer de Sceaux, à droite, au bout, par les réservoirs de la Vanne, conduit à la nouvelle promenade. Malheureusement, la voie du chemin de fer coupe celle-ci en tranchée de part en part, du Nord au Sud, en deux portions inégales. On dut construire trois ponts afin de relier la partie haute, la plus considérable des deux, à celle qui descend vers la rue Gazan et masquer la tranchée de la voie ferrée par des plantations habilement disposées à cet effet.
Une grande pièce d'eau fut creusée dans la partie basse.
Au sommet de l'autre partie, près de la mire de l'Observatoire de Paris, on voit le Bardo, reproduction du Palais du Bey de Tunis, que la Ville acheta, moyennant 180,000 francs, à l'Exposition Universelle de 1867. Par des installations intérieures qui motivèrent une dépense complémentaire de 35,000 francs, il fut transformé en observatoire spécial de météorologie pour l'étude de l'atmosphère, au double point de vue de la Science et de ses applications à THygiène Publique et à l'Agriculture.
Des voies carrossables entourent et séparent les deux vastes pelouses vallonnées qui montent à cet édifice.
Une troisième voie carrossable contourne une troisième pelouse au milieu de laquelle se trouve le lac.
Le Réservoir de la Yanne assure le service d'eau, sur lequel je n'insiste pas plus que sur les plantations d'arbres, de massifs, etc., etc., pour épargner à mes lecteurs des redites inutiles.
Indépendamment de la réédification du Bardo, Tarchitecte du Service des Promenades et Plantations construisit les maisons de garde à Montsouris, et ferma le parc entier de grilles.
La dépense des travaux de toute nature n'excéda pas 1,750,000 francs, soit moitié de celle des Buttes- Chaumont. Cela se comprend, du reste, quand on compare la contenance et la nature des terrains à transformer, des deux parts, en Promenades publiques.
Acquisitions comprises, je trouve pour le total des sommes payées par mon Administration, arrêté le 13 Décembre 1859, 4,215,298 fr., 78.