DISTRIBUTION DES EAUX ANCIENNES ET NOUVELLES
De même que le projet de compléter en eaux de source l'approvisionnement de Paris, conçu bien avant qu'il ne fût question d'étendre ses limites, tenait compte seulement des besoins de l'ancienne Ville, de même le système général de distribution de ses ressources présentes et de celles qu'il s'agissait de lui procurer, embrassait exclusivement les 3,802 hectares compris dans l'enceinte du Mur d'Octroi.
Mais, avant comme après l'annexion, le principe du plan d'ensemble de la nouvelle organisation projetée par les Ingénieurs de la Ville et la donnée commune de leurs propositions diverses ayant pour but de la compléter, était la séparation du Service Public et du Service Privé.
A celui-ci, les eaux de source à dériver sur Paris, et celles des Puits Artésiens, jusqu'à parfaite satisfaction de toutes les demandes des consommateurs.
A celui-là, d'abord, les eaux de rivière amenées par le canal de l'Ourcq ou puisées dans la Seine et la Marne au moyen de machines élévatoires, et subsidiairement les eaux d'Arcueil, de Belleville, des Prés-Saint-Ger-
vais, impropres aux usages domestiques, et pour les quartiers élevés, les eaux de source et les eaux artésiennes surabondantes.
Cette division des deux services, qui s'explique d'ellemême, nécessitait un double réseau de conduites et des réservoirs distincts.
C'était une œuATe considérable, qu'on ne pouvait réaliser immédiatement dans toute la Ville, quant aux conduites de distribution. L'établissement de nouveaux réservoirs aflectés à l'emmagasinement des eaux de source à dériver sur Paris devait, au contraire, marcher parallèlement, tout au moins, aux travaux de l'aqueduc à construire, quel qu'en fût le point de départ.
Voilà pourquoi, sans attendre le résultat de l'option définitive que M. Belgrand avait à faire entre la dérivation des eaux de la vallée de Somme-Soude, proposée par lui dès 1854, et toutes autres qu'il reconnaîtrait préférables, en dernière analyse ; je me fis autoriser, dans une délibération du Conseil Municipal prise le 29 Février 1886, et sanctionnée par un Décret du 21 Juin suivant déclaratif de l'utilité publique de l'entreprise, à placer un réservoir pour l'alimentation régulière des quartiers hauts du Nord-Ouest de Paris, limités encore par le Mur d'Octroi, entre les rues des Bassins, du Bel- Air et de Ville juif, au point le plus élevé de la colline de Passy.
Construit à deux étages, en vue de la réception, dans sa partie supérieure, d'eaux nouvelles provenant de l'aqueduc de Somme-Soude, ce réservoir devait être d'abord totalement approvisionné en eau de Seine élevée par les nouvelles machines de Ghaillot.
Il comprenait, à son étage bas, deux bassins d'une contenance totale de 28,000 mètres cubes , au-dessus de Tun desquels, portés par des piliers et des arcs en meulière et ciment de Vassy, s'en élevaient deux autres contenant chacun 6,000 mètres cubes, et couverts en voûtes de briques légères.
Le 24 Juillet 1887, une autre délibération du Conseil Municipal demanda la déclaration d'utilité publique, — obtenue le 24 Janvier 1888 seulement, — du projet d'établir, pour le service de Paris, à la cote 83°", 80 audessus du niveau de la mer (celle où devait arriver, d'après les dernières études, l'aqueduc de Somme- Soude), un réservoir bien plus important. Ses deux bassins voûtés d'une contenance totale de 100,000 mètres cubes, occuperaient seuls plus de 2 hectares de terrain, sur la croupe la plus rapprochée des Buttes- Chaumont, commune de Belleville, entre le chemin dit de la Chaudière d'Enfer et celui des Ballettes, à l'entrée du tunnel du Chemin de fer de Ceinture.
Le jugement d'expropriation des terrains nécessaires fut rendu le 8 Juin 1888, et j'étais en mesure de faire commencer les constructions quelques mois après avoir saisi le Conseil Municipal des propositions définitives de M. Belgrandy favorables à la dérivation des eaux de la vallée de Somme-Soude.
Le projet d'un troisième réservoir voûté, pouvant recevoir également 100,000 mètres cubes d'eau, fut présenté par lui dans le même rapport que ces propositions.
Construit sur le territoire de la commune de Mont-
rouge, non loin de la Barrière Saint- Jacques, à la cote 80, c'est-à-dire à 3°, 50 au-dessous du second, à cause de la perte de charge à subir par Ténorme conduite en siphon de 4", 10 de diamètre, devant aller de Tun à l'autre, il reçoit aujourd'hui les eaux de Taqueduc de la Vanne.
Grâce à l'attribution projetée des trois grands réservoirs de Passy, de Belleville et de Montrouge à l'approvisionnement du Service Privé, l'aqueduc de Ceinture et les anciens réservoirs de Monceau, de Saint-Victor, de l'Estrapade, de l'Observatoire et des rues Racine et de Vaugirard, devaient être réser\-és à l'alimentation du Service Public.
Je ne saurais, sans lasser l'attention de mes lecteurs, entreprendre la description des deux réseaux de conduites traversant la Ville de part en part dans toutes les directions, et dont l'jBntre-croisement était combiné de façon à rendre solidaires toutes celles que les propositions des Ingénieurs affectaient au même service. Mais je crois intéressant de résumer leur travail en quelques chiffres.
L'ensemble de la distribution projetée des eaux du Service Privé comprenait 100,500 mètres courants (25 lieues) de conduites principales et secondaires de diamètres variant de 1",10 à 30 centimètres, et 429,500 mètres courants (107 lieues) de conduites d'ordre et de diamètre inférieurs.
La distribution des eaux du Service Public comprenait, indépendamment de l'Aqueduc de Ceinture, 75,200 mètres courants (plus de 19 lieues) de conduites
principales et secondaires et 1S2,800 mètres courants (plus de 38 lieues) de conduites moindres.
Toutes les conduites qu'on n'avait pas encore placées dans les galeries d'égout devaient y être transférées, et Ton comptait remplacer graduellement celles d'une capacité trop faible, en profitant de toutes les occasions pour ramener leurs diamètres à des types moins nombreux.
La dépense totale de toutes les améliorations en cours ou projetées montait, d'après les évaluations des Ingénieurs, à 12 millions pour les nouveaux résen^oirs et à 8 millions pour les deux réseaux de conduites, savoirs
Remplacement d'anciennes conduites et développement du Service Public 3,203,036 fr.
Mêmes travaux pour le Service Public 2,939,240 fr.
Déplacement d'anciennes conduites posées en terre
à transporter dans les égouts 1,359,640 fr.
Imprévus 498,084 fr.