LES VIDANGES
Les dimensions adoptées pour les différents types d'égouts permettaient d'effectuer l'écoulement souterrain des vidanges par leurs galeries etd'affranchir ainsi la Ville de bruits nocturnes incommodes, d'émanations fétides, qu'aucun réactif chimique n'était encore par-
venu complètement à neutraliser. C'était la fin de la circulation, dans les rues, de ces tonneaux immondes et infects transportant aux « dépotoirs » le produit des fosses d*aisances.
Afin d' « arriver à des conditions meilleures » sous le rapport de ces cloaques domestiques et « des divers modes employés pour les vidanges », ainsi que le Conseil Municipal en avait exprimé le vœu dans sa délibération du 12 Janvier 1885, et d'appliquer le système recommandé par une autre délibération du 1 2 Février i 886, il était nécessaire, avant tout, que chaque maison fût mise en communication avec Tégout voisin.
Or, l'article 6 du Décret dictatorial du 26 Mars 1882 contenait cette disposition excellente : « Toute construction nouvelle, dans une rue pourvue d'égouts, doit être disposée de manière à y conduire les eaux pluviales et ménagères. » Cette disposition fut rendue commune à toute maison ancienne, soit en cas de grosses réparations, soit après un délai de dix années, expirant en 1862.
Dès 1888, les propriétaires de 1,324 maisons s'étaient mis en règle au moyen de la construction de galeries de 2", 30 de hauteur sur 1°,30 de largeur, partant du pied de façade de leurs bâtiments et conduisant à Tégout leurs eaux pluviales et ménagères.
Rien n'était plus facile que de prolonger ces galeries sous les maisons mêmes et de les utiliser pour le départ souterrain voulu des matières retenues par leurs fosses d'aisance, ce qui serait, d'ailleurs, beaucoup plus économique, en fin de compte, que le mode d'extraction en usage.
Après bien des recherches et bien des expériences,
le service avait reconnu que la crainte éprouvée par moi, dès le principe, était justifiée. 11 fut démontré, par le résultat d'essais pratiqués par M. Mell, Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, à la ferme de Vaujours, qu'à moins de brûler en quelque sorte les récoltes, ces engrais, trop puissants, avaient besoin d'être dilués dans des masses d'eau très considérables, pour être employées, de préférence, en arrosages fécondants.
Néanmoins, le « Tout à TÉgout » de M. Mille me causant des répugnances invincibles, je fis appliquer, à THôtel de Ville et dans les Halles Centrales, le système séparateur qui projette incessamment à Tégout, sans leur laisser le temps de fermenter dans les fosses, les éléments liquides de Tengrais bumain, étendus par Teau des « water-closets ». On concentrait, sous un faible volume, les éléments solides renfermant le plus de principes fertilisants, qu'on peut désinfecter ou seulement enlever, pour les livrer à l'agriculture, au moyen de tinettes soigneusement closes, par des galeleries communiquant avec l'égout.
L'emploi d'appareils séparateurs, proposé, dès 1835, au Préfet de Police, avait été soumis par ce magistrat, dans les attributions duquel était alors ce service, à l'examen d'une commission dont l'avis favorable resta sans suite; mais il provoqua diverses tentatives de désinfection des matières solides et liquides mélangées dans les fosses, avant leur extraction par les procédés habituels.
En 1852, une ordonnance du Préfet de Police, rapportée en 1854 sur mes réclamations, autorisa l'écoulement libre des liquides prétendus désinfectés dans
les égouts, par les bouches ouvertes sur la Voie Publique, où les caniveaux longeant les trottoirs les amenaient.
Après avoir exposé Tétat des choses au Conseil Municipal, mon premier Mémoire sur les Eaux de Paris, du 4 Août 1854, provoqua le vœu consigné dans la délibération du 12 Janvier 1855; peu de temps après, fut prise à celle du 12 Février 1856, mentionnée plus haut; je résumai dans mon second Mémoire du 16 Juillet 1858 tous les systèmes d'évacuation souterraine des vidanges, exposés dans le dernier travail de M. Belgrand, parallèlement à ses propositions formelles concernant le réseau général des égouts, dont l'adoption rendrait possible la mise en pratique des uns et des autres. Mais le Conseil, bien que ses préférences, comme les miennes, fussent pour le régime séparateur, comme cela résultait de son vote de 1856, ne crut pas devoir en décider l'application obligatoire avant l'exécution de la plupart des galeries d'égout projetées.
Le provisoire continua donc, et il dure encore.
Seulement, chargé du^service des Vidanges, en 1859, par le nouveau règlement d'attributions des deux Préfectures, je fis tous mes efforts pour favoriser la propagation de l'emploi des appareils séparateurs. Dès que le permit l'état d'avancement de la transformation du réseau des égouts de l'ancien et du nouveau Paris, je pris, d'accord avec le Conseil Municipal, un arrêté de principe, aux dispositions duquel je me réservais de faire donner un caractère d'obligation, quand la pratique les aurait confirmées. Tous les propriétaires de maisons bordant la Voie Publique et pourvues d'appareils séparateurs contrôlés par l'Administration, re-
cevaient la faculté d'écouler directement à Fégout les eaux- vannes de leurs fosses d'aisances par les galeries établies en exécution du Décret du 26 Mars 1882, moyennant un droit annuel de 30 francs par tuyau de chute.
Cet arrêté, qui porte la date du 2 Juillet 1867, est toujours en vigueur. Je n'eus pas le temps de le faire remplacer par un règlement d'administration publique. Mais je ne doute pas qu'il le soit prochainement; car, il ressort de documents publiés dans ces dernières années, que le système séparateur est aujourd'hui généralement reconnu comme le seul qui permette, sans inconvénients plus ou moins graves, d'admettre l'évacuation des produits des vidanges par les galeries d'égout.