DÉLIBÉRATION DU. CONSEIL MUNICIPAL
Saisi par moi du résultat des recherches nouvelles et des propositions définitives de M. Belgrand, le Conseil Municipal chargea de les examiner une Commission spéciale à la tète de laquelle prit place M. Dumas, lïUustre chimiste, son Président, et qui se composait de :
MM. Chaix d'Est- Ange, Secrétaire du Sénat;
Comudet, Conseiller d'État;
Devinck, Député de Paris ;
Pelouze, Membre de FAcadémie des Sciences ;
Bayvet, Censeur de la Banque de France;
Fouché-Lepelletier, Député de Paris ;
Denière, Président de la Chambre de Commerce, et le docteur Ségalas, Membre de l'Académie de Médecine.
C'est le 18 mars 1889 seulement que le Conseil put entendre le Rapport de cette Commission, délibérer sur les questions soulevées par mon Second Mémoire et statuer sur Tensemble des projets soumis à son vote.
Ce Rapport fut rédigé par M. Dumas, qui n'en voulut céder à personne l'honneur ni les responsabilités. Après les investigations les plus minutieuses de la Commission, l'appel, dans son sein, des auteurs de contre-projets, la consultation de toutes les compétences, en un mot, après l'accomplissement consciencieux de son mandat, se trouve une appréciation de mon propre travail, dont je suis trop fier pour m'abstenir de la consigner ici :
« Le Mémoire de M. le Préfet de la Seine sur les « Eaux de Paris demeurera comme un des documents « les plus importants qu'ait suscités l'Administration « de la Grande Cité !
« Paris, la France, l'Europe, j'en reçois tous les « jours les plus sûrs témoignages, l'ont lu avec curio- « site, Font médité avec attention pour le? vives lu- « mières qu'il répand sur la plus grave des questions « de l'hygiène publique, et en adoptent les principes « avec une véritable conviction. »
A la fin du même document, je relève une vérité, généralement peu comprise, mais bien encourageante pour les travailleurs sérieux, qui poursuivent un but jugé par eux digne de leurs eiforts, et qui n'ont souvent d'autre soutien, au milieu de difficultés ardues, que leur amour du Rien ou leur sentiment du Devoir.
« L'eau, l'air, la lumière, ces premières conditions « d'une bonne hygiène, sont plus que jamais les don-
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« nées fondamentales de l'organisation de la Cité, et si « les projets qui nous sont soumis en vue de leur dis- « pensation libérale, oifrent souvent tous les caractères « de la grandeur, c'est que, lorsqu'il s'agit des intérêts « d'une immense population, pour être grand, il suffît « d'être utile. »
Voici le texte de la délibération du Conseil, dont je supprime les visa qui feraient longueur ici :
« Le Conseil, etc.,
« En ce qui touche les travaux de dérivation des eaux « à emprunter aux craies de la Champagne :
« Considérant que, dans les conditions actuelles, les « eaux distribuées dans Paris ne satisfont, par leur na- « ture ou leur quantité, ni aux besoins domestiques de « ses habitants, ni auxexigences municipales, quoique « ce service ait déjà reçu les plus utiles améliorations ;
« Considérant que l'alimentation des parties élevées « de la Ville ne peut être effectuée en ce moment par « les pompes de Chaillot qu'avec de grands frais et d'une a manière toujours insuffisante, et que chaque partie « accroît à la fois les exigences des habitants qui s'y por- « tent, et l'impuissance des moyens dont l'Administra- « tion dispose à leur profit;
« Considérant que les recherches poursuivies par « M. Belgrand, Ingénieur en Chef des Eaux et Égouts « de Paris, démontrent qu'il est possible d'emprunter « 100 000 mètres cubes d'eau par jour aux craies per- « méables de la Champagne et de les conduire à Paris, « à l'altitude de 83", 50 au-dessus du niveau de la mer, « moyennant une dépense de 30 millions de francs au « maximum;
« Considérant qu'il résulte de ces mêmes recherches « que l'eau ainsi obtenue sera constamment pure, lîm- « pide et fraîche ;
a Considérant que, si la dépense de 30 millions à « effectuer pour cette dérivation est importante, elle « doit être répartie sur un certain nombre d'années, et « qu'en conséquence, elle ne dépasse pas les forces de « la Ville ; qu'en outre, elle sera compensée par un ac- « croissement de revenu certain, résultant de la vente « des eaux ainsi amenées à Paris ;
« En ce qui touche la distribution des eaux dans la « Ville :
« Considérant que la plupart des grandes artères sont « déjà établies, et qu'il convient de procéder à l'exécu- « tion successive de leurs ramifications ;
« En ce qui touche l'assainissement :
« Considérant qu'il a déjà été pourvu, par diverses « délibérations, à la construction des principaux égouts « compris au plan général, et qu'il a été prescrit des « mesures pour empêcher l'écoulement libre des lii( quides des vidanges dans les égouts, tant principaux « que secondaires ;
<c En ce qui touche le concours à réclamer des pro- « priétaires riverains de la Voie Publique :
« Considérant que ces propriétaires ont un intérêt « évident à l'exécution des galeries souterraines qui « doivent recevoir les eaux pluviales et ménagères ve- « nant de leurs maisons, et procurer aux vidanges une « issue directe et exempte d'émanations insalubres ;
« Que, dès lors, il convient de poser, dès à présent, « le principe de la contribution qu'il y aura lieu de « leur demander, par application des dispositions de
« la loi du 16 Septembre 1807 relatives aux travaux (( d'assainissement dans les communes, sauf à déter- « miner ultérieurement les bases et les conditions de « ce concours ; « Délibère :