SERVICE DES INHUMATIONS
Les premières mesures prises par l'Administration Publique afin de régulariser cet important service ne remontent pas au delà du commencement de notre siècle. Jusqu'alors, il était abandonné purement et simplement à la libre concurrence, et ce service ne se faisait pas toujours avec la décence et la régularité désirables.
Les corps, enlevés à domicile par des entrepreneurs de tout ordre, étaient transportés aux lieux de sépulture : les uns, dans des voitures des types les plus divers qui, parfois, contenaient plusieurs cercueils ; les autres, à bras. Ceux des indigents, les seuls dont l'Administration se préoccupât, enfermés, pour la durée du trajet, dans des cercueils à l'usage de tous, précurseurs de la fosse commune, où l'on allait déposer ces malheureux cadavres à peine couverts d'un suaire grossier, étaient portés par des brancardiers mal surveillés en route, qui les remettaient aux fossoyeurs chargés de les enfouir en terre dans une odieuse promiscuité.
Un Arrêté du 21 Ventôse an IX, signé de M, Frochot, le premier des Préfets de la Seine, qui fut Comte et Sénateur de TEmpire, proscrivit le transport à bras. Désormais, les corps durent être conduits à leur dernière demeure isolément, dans des chars funèbres attelés de deux chevaux marchant au pas. Un Ordonnateur et trois porteurs en costume accompagnaient les convois dont la Ville supportait les frais quand il s agissait d'indigents. Elle fournissait, dans ce cas, le linceul et le cercueil du mort.
Le produit d'une taxe d'inhumation, déjà perçue par elle depuis l'an IV, sur les familles pouvant la payer et maintenue par M. Frpchot, couvrait la dépense faite pour les morts indigents.
Les dispositions de TArrêté Préfectoral du 21 Ventôse an IX furent confirmées et complétées par la Loi du 23 Prairial an XII et par deux Décrets Impériaux des 18 Mai 1806 et 18 Août 1811.
L'Article 18 de la Loi de Prairial autorisa, je dirai même prescrivit le rétablissement des cérémonies religieuses usitées « jadis » à l'occasion des convois funéraires; mais, d'après ses dispositions, toujours en vigueur, dans les communes telles que Paris, où différents cultes se trouvent professés par les habitants, elles doivent s'accomplir à l'intérieur des églises ou temples, et des lieux de sépulture, seulement.
Les frais de ces cérémonies et les rétributions des ministres du Culte, pour leur assistance aux convois, furent à la charge des familles ; mais les Fabriques et Consistoires sont tenus d'en exonérer celles dont l'indigence est certifiée par le Maire de leur Arrondissement.
Les Fabriques et Consistoires ont, en retour, le droit
exclusif de fournir les chars et voitures des convois, les tentures, les ornements, et, en général, tout le matériel nécessaire pour les enterrements et pour la décence des funérailles. Ces fournitures peuvent être affermées à des entrepreneurs, sous l'approbation de TAutorité Civile.
A Paris, ces fournitures sont adjugées périodiquement sur un cahier des charges fixant : 1* ce qu'elles doivent être pour les diverses classes de convois autorisées par le Décret du 1 8 Mai 1 806, et réglées, après avis de l'Autorité Diocésaine et de l'Autorité Civile, par une décision du Gouvernement ; 2° les rétributions à payer par les familles non indigentes et la somme à prélever sur ces rétributions au profit des Fabriques et Consistoires; 3** les frais des convois d'indigents remboursables à l'entrepreneur par la Ville.
L'Administration Municipale paye directement les traitements des agents de tout grade préposés au Service des Pompes Funèbres.
Des crédits figurant aux Budgets de ses Dépenses Ordinaires étaient affectés chaque année, pendant mon Administration, à ces traitements et aux frais des convois gratuits.
Ils montaient ensemble à 390,700 francs pour 1883, et à 479,300 francs pour 1869.
Les autres crédits alloués au Service des Cimetières et Inhumations étaient, pour le premier de ces exercices, de 108,300 francs seulement, et de 4SI, 300 pour le dernier, grevé des dépenses des nombreux petits cimetières des communes et portions de communes annexées à Paris en 1860.
Gela faisait, au total, 461,600 francs d'une part, et 936,600 francs de l'autre.
En regard de ces charges, il convient de placer :
1<> Lo produit de la taxe des inhumations, exhumations, etc. . . 225,000 fr. 490,000 fr.
2® Les remboursements dus à la Ville par l'Entreprise, les Fabriques et Consistoires, etc 172,500 fr. 248,525 fr.
Ensemble 397,500 fr. 738,525 fr.
Les concessions de terrains dans les Cimetières ont donné, parallèlement,auxdeuxpériodesextrémes. 700,700 fr. 1 ,701,000 fr.
Le total des ressources montait donc à 1,098,200 fr. 2,439,525 fr.
Chaque Cimetière avait son Conservateur, logé dans son enceinte, assisté d'employés de bureau, de gardes et portiers-consignes, logés également, habillés, équipés, et de fossoyeurs à la tâche dont le nombre variait suivant les exigences du service.
Un Inspecteur Général des Cimetières, secondé par un Inspecteur Adjoint, tenait sous sa main tout ce Personnel, dont le Préfet nommait les chefs. Ses fonctions embrassaient la police des lieux de sépulture, et le contrôle des diverses branches du Service des Inhumations. Il déterminait pour chaque Cimetière les emplacements à concéder, exerçait une action vigilante sur la mise en possession des concessionnaires et sur la construction des monuments funéraires dont l'Administration accordait l'autorisation, après l'avoir consulté. Enfin, il agréait les projets, et s'assurait de l'exécution des prescriptions de l'Autorité relative aux sépultures.
Ce poste important relevait, en 1883, de la deuxième Section du Service d'Architecture dirigée par M. Jay, l'un des quatre architectes en chef de la Ville, à cette époque. II fut placé, de 18SS à 1863, lorsque j'eus porté le nombre des sections de 4 à 6, dans la troisième, dirigée par M. Jollivet. A la réorganisation de ce Seri'^ice, dont M. Baltard devint le Directeur unique, l'Inspection Générale des Cimetières passa définitivement sous les ordres de M. Bailly, Architecte-Inspecteur Chef de la deuxième Division.
Elle fut confiée, pendant tout le cours de mon Administration, à M. Alfred Feydeau, l'un de nos Architectes les plus capables, avec lequel je traitai directement la plupart des questions que l'état du Service Spécial des Cimetières et des Inhumations me força d'étudier et de résoudre sans retard. M. Feydeau fit preuve, dans l'affaire du Cimetière de Méry-sur-Oise, notamment, d'un zèle infatigable, d'une intelligence hors ligne, et je fus heureux de reconnaître son dévouement et sa grande valeur en le faisant décorer pour services exceptionnels.