‹ Mémoires du baron HaussmannChapitre 69 sur 91 · CHAPITRE XEII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XEII

Pétitions au Sénat. — Critiques. — Oppositions. — Résistances. — Chemin de fer spécial. — Enquêtes. — Suites de rÂffaire.

Dès que j'eus le Rapport complémentaire de la Commission des Recherches, je me hâtai d'aller au-devant de la première objection que le système d'un cimetière unique, à Méry, ne manquerait pas de provoquer : Téloignement. Je chargeai M. Bassompierre, Ingénieur en Chef du Chemin de Fer de Ceinture, de l'étude à faire, d'accord avec les membres de la commission et avec l'Inspecteur Général du Service. Plus tard, je lui donnai à préparer le projet d'un Chemin de Fer spécial de Paris à Méry-sur-Oise, avec sa gare principale à Montmartre, des gares secondaires au Père-La-Chaise et au Mont-Parnasse; enfin l'étude des raccordements avec le Chemin de Fer de Ceinture, et de la jonction à ce chemin de la ligne nouvelle à créer de toutes pièces.

C'est seulement le 8 juillet 1867, c'est-à-dire deux ans après, que M. Bassompierre me remit le résultat de ses nombreuses études, et l'avant-projet qui résumait ses propositions.

Mais je n'avais pas attendu jusque-là pour m'occuper des moyens d'assurer à la Ville de Paris, aux prix

habituels de la contrée, avant qu'aucun acte ofQciel, trahissant mon dessein, n'eût fait hausser le prix des terrains sur le plateau de Méry, les 827 hectares nécessaires aux besoins présents et à venir de notre Service des Inhumations, avec des concessions temporaires, payantes ou gratuites de 30 ans, et environ 200 hectares que réclamerait l'élévation de la durée de ces concessions à 50 ans, pour une population de 3 millions d'âmes.

Devançant le Rapport complémentaire de MM. de Hennezel, Belgrand et Delesse, le lendemain pour ainsi dire de la présentation de leur premier travail (1 " Décembre 1864), j'avais mandé M. Bélier, Maire deMéry-sur- Oise, homme très intelligent et très actif. Mis en éveil par les recherches minutieuses et les sondages réitérés de mes trois Commissaires, il comprenait mieux que la plupart de ses collègues de Seine-et-Oise les avantages que sa Commune devait retirer de la création, d'un établissement qui motiverait d'immenses et continus travaux, et le mouvement d'une population de^visiteurs se chiffrant par millions chaque année. Je l'abouchai, de suite, avec M. Emile Delapalme,un des notaires de la Ville, en donnant à ce dernier mandat formel de traiter conditionnellement des achats de parcelles que M. Bélier se faisait fort de lui faciliter, à des prix modérés, en opérant sans trop de presse.

Ses négociations, menées parallèlement avec les études de M.Bassompierre et celles de l'Inspecteur Générel des Cimetières, M. Feydeau, durèrent toute Tannée 186S, et je ne pus saisir officiellement le Conseil Municipal de toute l'affaire qu'au début de 1866, afin

d*en obtenir l'autorisation de régulariser les premières acquisitions faites par M. Delapalme sous réserve de de l'approbation municipale.

Elles ne comprenaient pas moins de 5,800 parcelles, d^une contenance de plus de 813 hectares, et d'un prix total de 1,227,830 francs, soit, en moyenne, de moins de 24 centimes par mètre, prix bien raisonnable pour un sol propice, en général, aux aspergières. Je note ici, pour ordre, qu'une de ces acquisitions embrassait la propriété dite : « la Garenne de Maubuisson », ayant 82 hectares environ d'un seul tenant; elle permettait d'ouvrir, à bref délai, une première section du cimetière projeté.

Ceux qui m'ont blâmé de ce qu'ils appelaient ma précipitation auraient dû me louer d'avoir prévenu, pour les 813 hectares achetés, qui pouvaient longtemps suffire à tous nos besoins, renchérissement dont nous étions menacés dans le cas contraire. En effet, déjà les recherches de la Commission, qui n'évaluait l'ensemble du plateau de 2,000 hectares que sur le pied de 1 ,600 francs l'hectare, en moyenne, semblaient avoir aggravé de moitié les prétentions des propriétaires, lors des acquisitions conditionnelles de M. Delapalme. Qu'eussent été leurs demandes après l'adoption du projet, très hypothétique à cette époque et maintenant encore, malgré sa nécessité désormais incontestable?

Je n'éprouvai, alors comme aujourd'hui, que le regret, de n'avoir pu traiter, pour plus de 813 hectares, quand il en fallait 1,200 ou bien près, selon moi, pour réaliser le projet en entier. •

Au fond, ce qui motivait le reproche de mes contra-

dicteurs, c'était que ma prétendue précipitation, dégageant une des inconnues du problème à résoudre, en facilitait la solution dans le sens de mes idées.

Toutefois je me trouvais couvert, ce qu'ilsHjmettaient de dire, par deux délibérations du Conseil Municipal de Paris, en date, Tune du 13 Mars, et l'autre du 21 Décembre 1866, dûment approuvées les 29 Mars 1866 et 28 Janvier 1867.

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