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TRIANGULATION, LEVÉ, NIVELLEMENT DE LA VILLE

Pour donner une existence réelle à ce Plan, je n'attendis pas l'organisation définitive du Service du Plan de Paris, tel que je l'avais conçu dès le principe, embrassant tout à la fois la Topographie et la Voirie Parisiennes, avec le double Personnel des Géomètres et des Architectes-Voyers de la Ville, comme auxiliaires. Il n'en avait encore aucune, dans son ensemble, et se composait uniquement d'une collection de plans partiels d'alignement des diverses voies publiques, sans lien, sans concordance entre eux.

A cet effet, je fis dresser, avant tout, par M. Deschamps, un projet de triangulation du sol parisien, compris dans l'enceinte du mur d'Octroi, qui formait alors l'extrême limite de la ville. — C'est après l'annexion à Paris de la Zone Suburbaine que ce travail fut étendu jusqu'à l'enceinte des Fortifications. — Le Conseil Municipal, saisi de la question, reconnut la nécessité de l'opération préalable, très coûteuse, proposée en vue de l'exécution du Plan d'ensemble de Paris, dont personne assurément ne pouvait contester l'utilité, l'urgence même, et m'ouvrit les crédits dont j'avais besoin.

La triangulation de l'ancien Paris dura plus d'une année. Elle motiva l'érection, sur tous les points désignés dans le projet de M. Deschamps, de ces grandes bigues de charpente dont beaucoup de personnes doi-

vent encore se souvenir. (L'une d'elles, plantée au coin de la Rue Drouot et du Boulevard Montmartre, afQigea longtemps les regards des promeneurs.) Dépassant le faîte des plus hautes maisons, elles supportaient d'étroites plates-formes, d'où mes plus habiles Géomètres purent mesurer suivant la méthode de triangulation, au moyen d'instruments de précision des plus parfaits, les angles formés par les côtés de chacun des triangles déterminés sur place par les prolongements des tiges centrales de ces constructions passagères. En même temps, les auxiliaires constataient la longueur exacte des divers côtés, par des chaînages répétés plusieurs fois, de la distance séparative des bigues. Elles avaient été placées, à cet effet, aux points de rencontre de voies ou sections de voies absolument droites.

Après l'achèvement et la vérification minutieuse de toutes les parties de cette opération capitale, on leva le plan détaillé des espaces, bâtis ou non, circonscrits par les côtés de chaque triangle, c'est-à-dire des maisons, terrains et voies publiques que son périmètre embrassait, et l'on eut, par la coïncidence de celles-ci, d'un triangle à. l'autre, la démonstration de la justesse du premier travail.

Alors, M. Deschamps, en possession de tous les éléments qui nous manquaient, put dresser le plan d'ensemble avec l'irréprochable exactitude qui fit de son œuvre un document des plus précieux.

Il y rapporta, tout d'abord, les alignements arrêtés des voies anciennes, et, successivement, le tracé des voies nouvelles, au fur et à mesure de leur classement.

Je fis graver ce plan au cinq-millième , en grandes feuilles, où toutes les indications nécessaires aux différents services de mon administration se voyaient distinctement.

La juxtaposition et Tentoilage d'exemplaires de ces nombreuses feuilles dans un cadre porté par des montants sur pieds à roulettes, et placé bien en vue au milieu de mon cabinet de travail, y constituait derrière le fauteuil de mon bureau un immense paravent, où je pouvais, à toute minute, en me retournant, chercher un détail, contrôler certaines indications, et reconnaître les corrélations topographiques des Arrondissements et quartiers de Paris entre eux. Bien souvent, je me suis livré, devant ce tableau fidèle, à des méditations fructueuses.

Une réduction de notre nouveau plan au dix-millième le rendit moins encombrant, quoique bien grand encore (2"*,80 de long sur 1"^,80 de haut).

L'édition au vingt-millième était seule pratique pour le Public.

L'original, de dimensions supérieures même à celles de la première édition au cinq-millième, permettait au Service du Plan de donner l'alignement, sans coup férir, aux constructeurs de maisons en bordure des voies publiques, même de celles qui n'étaient pas encore ouvertes. Jamais aucune erreur ne vint révéler une inexactitude quelconque des remarquables travaux de mes Géomètres et de leur Chef éminent.

Mais il ne pouvait me suffire d'avoir une plauimétrie parfaite de Paris. Il me fallait, en outre, constater les ondulations du sol, au moyen d'un nivellement général, qui n'avait pas encore été fait. Je devais

reconnaître les obstacles que des différences notables de relief risqueraient d'opposer à Touvertare de ces voies, entre les quartiers à mettre en communication par les voies nouvelles tracées au plan de l'Empereur. Je dus en faire exécuter le travail parallèlement à la Triangulation de Paris, et nous primes pour point de repère un plan idéal passant à 50 mètres audessus du niveau normal des eaux du bassin d'arrivée du Canal de TOurcq, à la Villette, niveau supérieur de 51"*, 49 à celui de la Mer moyenne, de façon qu'on sût aisément dégager, des cotes de nivellement annotées sur notre Plan de Paris, l'altitude absolue de chacun des points de la ville.

Il me fut d'autant plus facile de faire admettre la nécessité de cette seconde opération, qu'on avait pour exemple des mécomptes auxquels on s'expose en adoptant des projets étudiés, à la légère, sur des plans dépourvus de cotes d'altitude, la cruelle déception tout récemment éprouvée par l'Administration Municipale. Quand on ouvrit le prolongement de la rue de Rivoli, du Passage Delorme à la Place de THôtel-de-Ville, on rencontra, dans la dernière portion, l'obstacle de la butte Saint- Jacques-la-Boucherie, dont on ne pouvait avoir raison qu'au prix de travaux imprévus, entraînant des conséquences très onéreuses.

En effet, il ne suffisait pas d'y pratiquer la tranchée, de plusieurs mètres de profondeur qu'exigeait le passage de la nouvelle voie. Il fallait raccorder avec celle-ci les anciennes rues qu'elle coupait, et, pour cela, déniveler tout un quartier, celui des Arcis, rendu très populeux, très marchand, par le voisinage des Halles;

partant, démolir, sans aucune exception, les nombreuses maisons qui s'y pressaient. Bien plus, il fallait reconstruire le Pont Notre-Dame, dont les rampes étaient déjà trop ardues, afin qu'on y pût accéder aisément de la rue Saint-Martin abaissée; comme aussi, remanier, sur les deux rives du fleuve, les quais adjacents, et modifier le relief de la rue de la Cité, voire même du Petit-Pont !

Quant à la Tour Saint-Jacques-la-Boucherie, plantée sur le point culminant de la butte, il était indispensahle de la reprendre, de l'allonger en sous-œuvre ; travail fort délicat, durant lequel ou dut d'abord la maintenir en l'air et la préserver de tout ébranlement, puis l'asseoir, au même niveau, sur un nouvel étage inférieur, accosté de quatre forts piliers et ouvert par des arcades sur les quatre faces, où je plaçai la statue de Pascal, en souvenir des expériences relatives à la pesanteur de l'air et à la chute des corps, faites par lui dans cette Tour.

L'œuvre architecturale qu'il incombait à mon administration d'aborder, dès ses débuts, n'est certes ni des moins ardues, ni des moins curieuses qu'elle ait accomplies.

L'abaissement du Pont Notre-Dame et ses conséquences marquèrent, de même, mes débuts dans les Grands Travaux Publics, et les opérations complémentaires de l'ouverture du prolongement de la rue de Rivoli et du dégagement des Halles Centrales, dans les grandes entreprises ayant l'amélioration de la Voie Publique pour objet. La déconvenue de la Ville, que j'ai relatée plus haut, avait été, pour 1 Empereur, l'occasion

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déterminante du remplacement de M. Berger par un Préfet, et de ma désignation comme agent d'exécution des projets de transformation de Paris conçus par Sa Majesté.

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