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CRITIQUES. OPPOSITIONS, RÉSISTANCES

En somme, ce triomphe n'était qu'un ajournement, fort opportun, delà lutte engagée prématurément, mais non moins résolument, contre mon Administration, par les opposants, de parti pris, à l'établissement lointain de tout nouveau cimetière. La discussion des pétitions écartées par le Sénat fut même une occasion, pour eux, de grouper tous les intérêts menacés par le projet de Méry-sur-Oise ; la publicité que reçut cette discussion fut un avertissement pour mes adversaires systématiques des embarras sérieux qu'ils pouvaient me causer, en appuyant les résistances aveugles, intraitables, avec lesquelles j'allais avoir à faire des assauts sans cesse renouvelés autour de ce projet, si digne, à tous égards, d'un autre accueil.

A partir de cette époque, et pendant tout le reste de sa laborieuse carrière, M. Belgrand dut monter nombre

de fois sur la brèche pour soutenir sans relâche, contre tous et chacun y le danger de£\ cimetières de banlieue, auxquels on revenait constamment, et que le Conseil Municipal Républicain a fini par concéder, de guerre lasse, comme solution « provisoire » des difficultés dont on Tobsédail. Tous mes successeurs, et ce Conseil à leur suite, ont en effet reconnu que la seule solution qui répondit à tous les besoins, était l'adoption de mes plans, la création du cimetière de Méry, délibérée à deux reprises, en 1874 et 1881, — car il fallait bien y venir, malgré le tort de son origine ; — mais son exécution se fait toujours attendre.

Un Rapport très remarquable de M. Hérold (qui fut Préfet de la Seine plus tard), fut fait au Conseil le 11 Avril 1874, au nom d'une commission spéciale, et les conclusions en furent votées, le 14 Août, après mûres discussions : il ne laisse aucun doute sur le caractère d'expédients attaché par elle aux ouvertures et agrandissements de cimetières qu'elle proposait d'entreprendre sous les murs de Paris, en même temps que l'appropriation immédiate de la Garenne de Maubuisson à cimetière parisien, sur le plateau de Méry.

Quoiqu'il en soit, les arguments décisifs par lesquels M. Belgrand justifiait sa conviction profonde méritent d'être résumés.

Il citait, d'abord, les observations de M. Boussingault, membre de l'Académie des Sciences, qui, dans l'eau des puits avoisinant le cimetière Mont-Parnasse, avait trouvé jusqu'à 1 kilogramme d'acide azotique par mètre cube, soit, l'équivalent de 1"*,87 de salpêtre; puis, celles de M. Hervé Mangon, Ingénieur des Carrières,

constatant la même proportion d'acide azotique dans l'eau de la couche souterraine des puits des quartiers bas de la Rive Gauche, suintant goutte à goutte du plafond des catacombes. D'où cette conclusion que le cimetière Mont-Parnasse était « une immense nitrière » , comme le deviendrait tout lieu d'inhumation établi dans les calcaires ou marnes perméables.

Le Cimetière du Père-La-Chaise, en pleines marnes vertes, se trouvait, selon lui, dans un état encore plus grand d'insalubrité :

(c Les morts y sont enterrés dans l'eau, disait-il. J'ai « été chargé du drainage d'une petite partie de ce Ci- « metière, et voici ce que j'ai vu de mes yeux : la Fosse « Commune, ouverte la veille, s'était remplie, pendant M la nuit, d'une eau chargée de matières grasses, recon- <c naissables aux irisations couvrant toute la surface (( du liquide. Le sol de la Fosse Commune est donc im- « prégné de matières organiques, lorsque la Ville en « reprend possession. Les nouvelles sépultures accroi^- « sent, tous les cinq ans^ ces horribles reliques, et, après « un certain renouvellement d'inhumations, le sol ar- « rive à un état permanent d'infection. »

Voici maintenant, sur le même sujet, les observations de M. Delesse :

« En contre-bas du Père-La-Chaise, les eaux des « nappes souterraines sont chargées de matières orga- « niques exhalant, au bout de quelques jours, une « odeur très prononcée, et marquant un degré hydro- « timétrique élevé. Sur divers points, on a même renu contré de véritables eaux sulfureuses, assez abon- « dantes pour que l'Assistance Publique ait songé à les

« utiliser pour le traitement des malades de THôpital « Saint-Louis!!! »

M. Delesse signalait d'autres sources d'eaux sulfureuses existant près du Pont d'Austerlitz, et surtout une source, très chargée, rue Demours n** 19, aux Ternes, indépendamment de la rue Sauffroy n"" 11, à Montmartre, dont j'ai déjà parlé.

Dans une étude spéciale sur les nappes d'eaux souterraines de Paris, indiquant leur profondeur normale et faisant voir, par des courbes de niveau la direction qu'elles suivent pour se rendre en Seine, ce très savant Ingénieur a démontré que les eaux du Përe-La-Chaise traversent le XI", puis le XIP Arrondissement, et se déversent entre les Ponts de Bercy et d'Austerlitz, et au-dessous même de celui-ci ; que celles du Cimetière Mont-Parnasse, après avoir infecté le sol des VP et VIP Arrondissements, débouchent des deux côtés du Pont des Saints-Pères, et que celles du Cimetière Montmartre se divisent en deux courants, dont l'un s'écoule au Midi, sous les ÏX.% VHP et P' Arrondissements, pour aboutir des deux côtés du Pont de la Concorde, et l'autre, au Nord, sous le quartier des Épinettes, et, au delà des fortifications, sous le bourg de Clichy.

Très justement ému de la dénonciation faite de ses égouts comme les vrais auteurs de l'infection de la nappe d'eau des puits et des caves des maisons, quand cette nappe les envahit, refoulée par une forte crue de la Seine, M. Belgrand démontra leur étanchéité parfaite et, partant, leur innocuité, prouvée, du reste, par l'enquête qui suivit l'inondation si persistante des caves, en 1867.

Dans un Rapport qui lui fut demandé par un des Préfets de la République, en 1874, après la conclusion habituelle de tous les documents dus à sa plume infatigable, je trouve le Delenda Carthago dont il ne se départit jamais, touchant les cimetières, rapprochés ou lointains, dirigeant leurs eaux d'infiltration vers Paris et la Seine, et cet avertissement plein de sagesse :

« Les Administrateurs de Paris ne doivent se faire « aucune illusion : pour rester dans la voie ouverte par « leurs prédécesseurs, pour prendre les mesures qui, « peu à peu, amèneront l'assainissement de la Ville, il « leur faudra déployer une grande et surtout une per- « sévérante énergie : tout projet présenté dans ce but « sera attaqué de toutes parts. On attaque aujourd'hui « les projets de grands cimetières ; comme on a attaqué « les projets d'égouts collecteurs ; comme on a attaqué « l'ouverture de larges voies ; comme on a attaqué les « projets de dérivation d'eau de source; comme on « attaque tout ce qui ne donne pas lieu à un résultat « immédiat, tout ce qui est l'œuvre des siècles, et no- « tamment, tout ce qui conduit pied à pied, si je puis «m'exprimer ainsi, à la purification de l'air, de Teau, « de rhabitation. »

Au Sénat, j'avais parlé déjà du peu de cas à faire des contradictions que tout acte, soit du Gouvernement, soit d'une grande Administration Publique, troublant les habitudes routinières de notre pays, ne peut manquer d'y provoquer de la part de « certaines personnes, qui semblent attendre chaque fois ce qu'on va décider pour soutenir immédiatement la thèse inverse ».

Malheureusement, toute la Presse vit de ces contradictions systématiques!

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