ÉTAT DES CHOSES £N
De tout temps, j'avais été frappé de cette différence et je m'étais démodé pourquoi Ton ne créerait pas un corps d'architectes publics, recruté parmi les meilleurs élèves de l'Ecole des Beaux-Arts, de ceux chez qui l'ambition de se vouer entièrement aux œuvres grandes et durables l'emporterait sur le désir de faire fortune dans la construction privée. De même qu'on a deux catégories d'Ingénieurs : les Ingénieurs de l'État et les Ingénieurs civils, on aurait ainsi deux catégories d'Architectes. Dans un pays où les sentiments élevés ont tant de puissance, on n'aurait pas à craindre de manquer de candidats. Il en serait comme pour toutes les écoles qui ouvrent Tentrée de certaines carrières publiques.
Plus tard, je réalisai partiellement mon idée en organisant et réglementant un corps d'Architectes de la Ville, dont tout le temps appartenait au service, hors des cas exceptionnels dont le Préfet restait juge. Mais ce service ne me survécut pas, et, je le dis à regret, quelques-uns des architectes d'élite dont je m'étais efforcé de le composer, ne furent pas des derniers à
saper Tinstitution, afin de retrouver avec la liberté absolue la faculté de cumuler Thonneur et Targent.
Il n'était question de rien de semblable quand je me trouvai, pour la première fois, en présence de l'armée des Architectes occupés aux travaux, neufs ou d'entretien, de la Ville et du Département.
Le service d'entretien avait une sorte d'oi^anisation.
Il formait six sections distinctes comprenant : 1 "" l'Hôtel de Ville, les Édifices religieux, les Places et Promenades, les Bâtiments communaux, à l'exception des Mairies qui dépendaient delà troisième section; le Collège RoUin, les Écoles supérieures et.primaires communales, les Salles d'Asile; 2'' les Barrières et le Mur d'enceinte de Paris, les Bâtiments de l'Octroi, les Entrepôts, les Abattoirs, les Postes de police, les Bureaux de navigation, les Cimetières; 3"" les Tribunaux, les Mairies, la Bourse, les Marchés ; 4^ les Casernes et corps de garde, les Prisons, les Dépôts de Saint-Denis et de Villers-Cotterets, la Morgue ; S** tout l'Arrondissement de Saint-Denis, sauf le Dépôt de mendicité; 6* tout l'Arrondissement de Sceaux.
M. Baltard était à la tête des architectes de la première section, avec M. Durand pour auxiliaire; M. Jay, à la tète de ceux de la seconde; M. Jolivet, de ceux de la troisième, et .M* Messager, de ceux de la quatrième. L'Arrondissement de Saint-Denis était confié à M. Naissant, et celui de Sceaux, à M. Lequeux.
Quant aux travaux neufs, le nombre des architectes qui en étaient chargés variait chaque année. Souvent, on les donnait à des architectes du Service d'entretien. Mais, en général, on choisissait, pour les plus impor-
tants, des architectes ea renom, des membres de l'Institut ou des Grands Prix de Rome qui s'étaient signalés par des œuvres antérieures. On formait, pour chaque entreprise, une agence spéciale d'architectes, inspecteurs, vérificateurs, dessinateurs, etc., etc.