‹ Mémoires du baron HaussmannChapitre 84 sur 91 · M. BALLU · texte numérisé non relu

M. BALLU

Après les Halles, l'Église Saint-Yincent-de-Paul et le Palais de Justice, les seules constructions importantes en cours, lors de mon entrée en fonctions comme Préfet de la Seine, étaient l'Église Sainte-Glotilde, confiée à MM. Gau et Ballu, l'Hôtel de la Mairie de la rue de la Banque et la Caserne des Petits-Pères, dont MM. Girard et Grisart achevaient les travaux. — Ces deux derniers n'en eurent pas d'autres sous mon administration.

M. Gau mourut en 18S4, et M. Ballu resta seul chargé de l'achèvement de leur œuvre commune.

C'était encore un jeune homme alors, Grand-Prix de Bome, plein de savoir et de talent.

Le sentiment du style gothique dont il faisait preuve

à Sainte-Glo tilde, fut la raisoa de la préférence que je lui donnai pour la reprise en sous-œuvre et la restauration de la Tour Saint-Jacques, déchaussée par les déblais de la rue de Rivoli.

Nous fûmes en désaccord, ce qui Tafifecta beaucoup, au sujet de la grille qui entoure le Square établi autour de ce monument. Malgré la distance qui sépare la tour de cette grille très basse, très simple, dont je lui avais donné le dessin pour limiter la dépense, il crut devoir, selon Tusage suivi jusqu'alors, l'établir sur un socle de niveau, sans se préoccuper de l'inclinaison des quatre voies latérales, et il en résulta que les socles qui étaient d'une saillie raisonnable au point de départ, avaient une hauteur ridicule sur d'autres. Je n'hésitai pas à lui faire déposer la grille pour qu'il rétablit les socles suivant la pente des rues. Le supplément de dépense occasionné par cette réfection était peu de chose auprès du principe que je voulais faire prévaloir et qui prévaut sans conteste aujourd'hui, après bien des résistances, à savoir: que les clôtures, étant des défenses, doivent présenter le même obstacle sur tous les points du périmètre qu'elles suivent, et que c'est, dès lors avec la Voie Publique et non pas avec les monuments qu'elles entourent toujours à distance quïl faut les raccorder. Les disgracieux redents, qu'on était obligé de commettre, pour observer la loi du niveau, le long des voies à grandes pentes, condamnaient de reste cette loi absurde.

M. Rohault de Fleury s'était conformé à mes indications pour la grille des deux hôtels en briques et en pierre de style Louis XIII qu'il avait construits et qu'on voit encore dans le haut des Champs-Elysées, et il s'en était applaudi.

Lorsque M. Lefuel, Architecte de l'Empereur, dut, à la suite du dégagement des abords du Louvre, enclore les terrains qui forment les nouveaux jardins précédant la célèbre colonnade, côté de la place, il avait, bien entendu, posé de niveau les socles de sa grille, qui touchait presque le sol du côté de la rue de Rivoli et était juchée sur un vrai mur du côté du quai. Je priai FEmpereur d'aller juger lui-même de cet effet, et Sa Majesté donna tort à M. Lefuel, qui dut aussi refaire un travail déjà achevé.

Pour consoler le pauvre M. Ballu de sa mortification, bien moindre, après tout, que celle qu'avait subie, aux Halles Centrales, M. Baltard, son ancien, je lui donnai à construire l'Église de la Trinité, au bout de la rue de la Chaussée-d'Antin sur l'emplacement d'une ancienne caserne démolie pour dégager les issues des rues Blanche et de Glichy.

Je lui recommandai de ne s'astreindre à aucun style. Je voulais, en effet, une église moderne, commode, élégante, avec un porche permettant de descendre de voiture à l'abri, devant la porte principale, que surmonterait le clocher ; ce porche devrait s'encadrer en perspective dans la largeur de la rue de la Chausséed'Antin (44 mètres).

L'Eglise serait en recul notable sur la rue Saint-Lazare, afin d'avoir une crypte, où, dans ma pensée, devraient être célébrés les services funéraires, sauf de rares exceptions, pour éviter la rencontre,trop fréquente ailleurs, des convois mortuaires et des cortèges nuptiaux. (On l'a transformée en chapelle de catéchisme.)

Des rampes carrossables bordées de balustrades donneraient accès au porche, et, entre elles, on établirait

un square pour assainir Tair du quartier, avec une cascade pour en animer Taspect.

Enfin, les terrains disponibles, après l'ouverture des rues d'isolement de TÉglise, seraient vendus avec obligation d'y construire des maisons d'un modèle déterminé, dont les lignes principales se raccorderaient avec celles du monument religieux.

Je remis à M. Ballu un croquis de la silhouette que le tout devait avoir pour répondre à mon idée. Après la rédaction de son projet, il en fit une maquette en plâtre qui me donna toute satisfaction, et c'est grâce à ces précautions et au talent d'exécution si souple de M. Ballu, que la Trinité se trouve être, non pas un monument très remarquable ni grandement estimé de certains maîtres de l'art, mais un de ceux du nouveau Paris que le public a le mieux adoptés.

Cette église a coûté 3,200,000 francs.

M. Ballu, suivant l'exemple donné par M. Baltard à Saint-Augustin, employa, pour le même motif, la fonte et le fer dans la construction du chœur de la Trinité ; mais, au lieu de laisser à nu ces matériaux, comme son Directeur, on lui reproche de les avoir enveloppés de briques et enduits de stuc, ce qui rend invraisemblable la résistance des colonnes et des arceaux qui paraissent être en pierre. Cette critique est trop savante pour toucher beaucoup de monde.

Je lui fournis, un peu plus tard, quand il fut l'un des Architectes en chef divisionnaires de la Ville et, bientôt ensuite, Membre de l'Institut, l'occasion de faire son chefd'œuvre pour une dépense moindre (2,147,000 francs) : Saint- Ambroise, dans le XP arrondissement nouveau, entre le Boulevard du Prince-Eugène (aujourd'hui Bou-

levard Voltaire, on ne sait pas pourquoi) et la rue Saint- Maur, sur laquelle j'avais fait réserver un emplacement pour y construire ensuite le presbytère, derrière le chevet de l'Église.

C'est l'abbé Langénieux, maintenant Cardinal et Archevêque de Reims, qui fut le premier curé de Saint- Ambroise. Les cloches ont eu l'Empereur et l'Impératrice pour parrain et marraine.

Je ne parle que pour ordre du petit Temple du Saint- Esprit, avec Maison Consistoriale, que je fis élever par M. Ballu, à l'angle des rues Roquépine et d'Astorg, pour remplacer une chapelle du culte réformé détruite lors de l'élargissement de la rue Saint-Lazare.

La dernière grande construction qu'il fit pour la Ville fut celle de l'Église et du Presbytère Saint-Joseph, dans le Faubourg du Temple, entre la rue Saint- Maur et le Boulevard Parmentier projeté, suivant le prolongement de la rue de l'Orillon. Il reproduisit, alors à Saint-Joseph, dont la dépense n'excéda pas i, 809,204 francs, le type de son église d'Argenteuil, que beaucoup d'architectes mettent encore au-dessus de Saint-Ambroise.

C'est lui qui fut chargé, après concours, de la reconstruction de l'Hôtel de Ville incendié en 1871.

En inscrivant son nom sur les plaques d'une des rues de Paris, l'Administration actuelle a justifié surabondamment la faveur marquée, très jalousée au début, avec laquelle j'ai toujours traité cet éminent architecte.

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