‹ Mémoires du capitaine Landolphe (volume 2)Chapitre 7 sur 19 · NO · texte numérisé non relu

NO

Je priai l’ambassadeur d’écrire à M. Thomas, qui remplaçait M. Poissonnier dans les fonctions de consul à Baltimore , de mettre aussitôt le Mermaid à ma disposition, en me laissant le droit de choisir mes officiers et mes matelots, d’y faire toutes les réparations que je jugerais dans l'intérêt de l’entreprise , et de l’armer d’une telle sorte qu’il

En français , la Sirène.

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IjS MÉMOIRES, liA;

pût se mesurer avec honneur contre une frégate ennemie* M,. Fauchet m’accorda le pouvoir d’agir selon mes souhaits.

Je ne fus point trompé dans mon attente , ear? à mon retour à baltimore , le consul m’accueillit p3rfaitement et me dit qu’il avait déjà reçu les ordres dont je sors dénoncer le sujet.

Ayant visité le Mermaid , je m’aperçus qu’il fallait le caréner et le calfater entièrement. M. Thomas me fit Téloge d’un officier qu’un naufrage avait jeté sur les côtes de ce pays. Il me l’adressa le soir même chez M. Delrimphe , où mon logement était conservé. Ççt officier appelé Brément avait été reçu capitaine au Havre; c’était un Normand* fort instruit , et dont l’édp cation avait extrê-

* Les Normands sont les meilleurs marins de Fran-

/ \ - * ce(i).

(i) Je peux ajouter également, sans appréhender un démenti, que cette grande province a toujours fourni de très-excellents soldats.

DU CAPITAINE LANDOLPHE. 17g

ra em en t développé l’esprit naturel. Son entretien me plut. Je lui offris l’emploi de second sur mon navire avec la promesse de lui faire délivrer un brevet d’enseigne de vaisseau. Je ne lui cachai point que la destinnation du Mermaid était secrète. Il acceptai Je chargeai M. Brément de suivre le travail des ouvriers , et lui recommandai de leur dérober la connaissance de ma qualité de capitaine dans ce vaisseau*. - Tous^ les jours j’allais me promener à bord i comme un étranger curieux de visiter Fopération d’un radoub, et chaque soir M. Brément venait dans ma chambre pour conférer ensemble sur les travaux du lendemain. :De son côté , le capitaine Laurenti donnait tous ses soins* à îacorvette la Liberté . Nous fîmes courir le bruitparmi les habitants, qui ne conçurent aucun doute de nos motifs, que nous allions armer nos vaisseaux en course. Toutes les

provisions furent apportées la nuit pendant une semaine. On embarqua sur mon bâtiment la plus grande partie des équipements

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militaires et des munitions de guerre. Je reçus â bord plus de cent milliers de poudre à canon , huit mille boulets de divers calibres, quatre-vingts milliers de plomb pour faire des balles, six mille habillements complets , six mille paires de souliers, huit cents barils de farine.

La Liberté , ayant moips de grandeur que le Mermaid , était aussi bien moins chargée. L’équipage de Laurenti fut aussitôt formé que le mien. Nous espérions mettre à la voile sous peu de jours; mais un soir , à huit heures, on vint me prévenir que le congrès avait pris la résolution de mettre obstacle à notre sortie, parce que l’ambassadeur anglais à Philadelphie , instruit de l’armement du Mermaid et de la Liberté qui devaient conduire des provisions de guerre , avait représenté au congrès que le traité entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis s’opposait au transport de ces munitions par une nation ouvertement ennemie de l’Angleterre. Cet avis me chagrina ; je passai la nuit sans dor-

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mir. Les ténèbres, sans le repos, enfantent les réflexions. J’eus l’idée de faire annoncer , dès six heures du matin , au son de la caisse , que tous les officiers et les marins du Mermaid, qui se rendraient soudainementàbord, recevraient une gratification pour récom-

penser leur zèle aux travaux de Farrrçement. Cette publication produisit son effet. Mon second fit l’appel , tout le monde était à son poste avant midi. On se rappelle quant refois j’avais usé , sur la Négresse (i), d’un semblable moyen avec le même succès.

Alors, pour la première fois, je me déclarai le capitaine du navire. J’ordonnai à deux officiers, armés chacun de deux pistolets et d’un sabre , d’aller h terre couper les liens qui le retenaient au quai. Cette action , aussi prompte qu’inattendue, porte les matelots à réclamer la gratification promise. Je leur dis : « Mes enfants, j’engage ma » parole et ma tête que vous la recevrez dès

(i) Voyez tome i , pages 234 ;

» que le bâtiment aura jeté l’ancre à deux » lieues au-delà du port. Montez vite au& » mâts et déferlez les huniers. »

Quand le vent enfla les voiles, mes craintes se tournèrent vers le fort , armé de soixante bouches à feu , et placé justement à l’entrée du port. Le commandant n’avait encore aucun ordre du congrès de me fermer le passage, ce qui dut me rassurer un peu sur les suites de ma sortie.

Le Mermaid et la Liberté mouillèrent à deuxlieuesdu fort, comme je l’avais annoncé. Laurenti et moi nous nous embossâmes (1) de manière à lutter avec avantage contre les bâtiments que Ton pouvait envoyer à notre poursuite. Cette précaution nous fut trèsutile. Je remplis ma promesse envers l’équipage.

" 1 " * * *' ii ■ .i - . — ..

tO S’embosser, c’est mouiller une ancre dans une direction telle que le navire présente sa batterie à I objet dont il veut se défendre , soit pour son propre salut , soit pour la garde de quelque passage, ou d’un mouillage qui lui est confié.

Beaucoup de matelots, qui ne s’attendaient point à un départ si précipité , ayant laissé leurs effets chez leurs hôtes, dèmandèrent là permission d’aller les retirer. J’y consentis au moyen d’une commission nommée par eux et accompagnée d’ün officièr. Elle se composa de dix hommes, parmi lesquels se trouvaient deux officiers de marine et un officier major. Je leur recommandai de presser leur retour , en ce qu’il me tardait déjà de lever l’ancre.

Le jour suivant , à neuf heures de la matinée , noüs vîmes arriver de Baltimore une très-grande embarcation , portant cinquante h dm nies armés. Nous la hélâmes. On nous dit que , venant de Baltimore 5 on aVait reçu Tordre du congrès de saisir nos batiments» Je fis répondre que nous méconnaissions cette autorité; que l’embarcation devait a l’instant s’éloigner au large, si elle ne voulait couler à fond. Le chef mè.répliqua que j étais fort malhonnête, et qu’il ne souffrirait point tant d’effronterie sans Verbaliser contre

moi. Ayant ordonné de pointer deux pièces de son côté, je îe sommai de nouveau de s’écarter de mon navire , en ajoutant que je me riais * de son procès-verbal. Cette réponse. énergique, soutenue de préparatifs trop clairs pour laisser aucune incertitude dans l’esprit de ce commandant, le détermina promptement à virer de bord, pour revenir à Baltimore.

La commission des marins étant rentrée , je chargeai mon second de dresser le rôle de combat , afin d’être prêt à soutenir une attaque en sortant de la baie. Chacun connut bientôt son poste. J’avais organisé cent cinquante passagers en une compagnie de fusiliers. Durant deux jours , on fît l’exercice du mousquet et du canon. Cinquante matelots, remplis de résolution , furent destinés à montera 1 abordage, si le cas l’exigeait. J’eus lieu d applaudir à la précision des manœti-

* Toujours avec un juron.

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vres ; je lis connaître ma satisfaction à tous , et j'essayai d'exciter leur courage par le discours suivant :

« Mes amis , votre cœur saigne encore » de la proclamation des Anglais, qui ont » essayé de vous ravir l'honneur à la Guade- » loupe. Vous savez également que si vous » tombez dans leurs mains vous périrez, » ainsi que votre capitaine , par le plus » ignominieux des supplices , celui de la » corde *. Qui de vous pourrait soutenir » cette réflexion de sang froid ? ou plutôt » quel est ici celui dont Famé n’est pas » enflammée de courroux , en songeant qu'il » perdrait la vie par la main des perfides » qui lui ont juré de le ramener en France, » quand joignant la ruse à la trahison , ils 9 le conduisaient dans un port d’Angleterre, » afin de l’y laisser pourrir sur ses pontons?

* I*3 proclamation portait que, cîan& le cas où les déportés reviendraient dans File , on les pendrait avec les capitaines qui les ramèneraient.

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» Ecoutez- moi , mes enfants : si nous » sommes attaqués par une frégate de ces » hommes sans foi , n’ayons jamais la honte » d’amener devant elle notre pavillon. Je

» suis déterminé à le faire clouer sur le » mât, et j’aime encore mieux embraser les » poudres que de me rendre pour subir le » châtiment infâme qui nous attend après » la défaite. Ainsi, mes amis, nous n’avons » d’autre alternative que de vaincre ou de » mourir glorieusement. »

Les cris unanimes de vaincre ou mourir couvrirent la fin de ma courte harangue. Quelques-uns , saisissant un pavillon , y dessinent une tète de mort et deux tibias en sautoir, avec ces mots écrits en gros caractères: La liberté ou la mort * L’équipage de la corvette la Liberté prit la même résolution. Je convins avec Laürenli, qui poussait la bravoure jusqu’à la témérité , que si le brouillard oju le mauvais temps nous séparait, le pavillon tête de mort servirait à nous rallier.

Au nombre des passagers sur mon bord se

trouvait M. Dormois, l’un des quatre députés

w de la Guadeloupe auprès du ministre Fau-

chet. 11 était ravi de voir parmi lequipage

la ferme résolution de soutenir l’honneur , ' * du pavillon français. Les passagers l’aimaient

beaucoup, en ce qile son éloquence avait

déterminé l’armement du Mermaid , qui

portait une valeur de seize cent mille francs ,

non compris celle du vaisseau, Chaque

jour il prenait soin d’entretenir cette ardeur

belliqueuse par ses discours , dont il variait

la forme et l’énergie avec beaucoup d’art.

Rien ne plaisait plus aux marins, comme aux

passagers, que cette chaleur de lame, qu’il

savait faire passer avec tant de succès dans

celle de ses nombreux auditeurs. Aussi le

serment de vaincre ou de mourir se renou-

velait-il après chacune de ses harangues

Les voiles étant déployées, nous allions

nous écarter des côtes, lorsqu’arrivés à la

vue du cap Henri, la Liberté nous signale

l’apparition d’une escadre anglaise de qua-

torze vaisseaux, en croisière à Feutrée de la baie de îa Chesapeak. O coup inattendu ! Il était impossible de sortir de la baie sans tomber en la puissance de cette fatale escadre. Un pilote côtier américain, rempli d’habileté,

remarquant mon extrême embarras, m’assura

que si je voulais me confier à sa probité ainsi qu’à son expérience, il conduirait les deux navires en sûreté dans un lieu parfaitement inaccessible à l’ennemi.

Je consultai sur cette proposition Laurenti , qui parlait très-bien l’anglais. Ce capitaine, après un court entretien avec le pilote, médit : « Nous pouvons nous reposer » sur la foi de ce marin ) c’est un brave » homme. 11 va nous faire entrer dans la » Seven * ; mais il ne faut point s’effrayer , » bien qu’elle soit hérissée de* rocs. Aucun » navire anglais ni américain n’y a jamais » navigué. Le pilote se flatte de nous y » introduire sans nul risque. Une fois dans

* Septième rivière de îa baie de la Chesapeak.

» ces eaux, nous y serons tranquilles comme >> sur un étang. » J’accordai mon consentement à l’offre de l’Américain.

Les deux bâtiments furent dirigés vers ce point. Aux approches de Fembouchure de

la rivière , la mer brisait sur les rochers. Il fallait longer les bords de fort près. Le ressac (i) venait rejaillir jusque sur nos bâtiments. Nous entrâmes dans le fleuve sans accident. Nos ancres tombèrent à cinq cents toises de la rive , sur une mer aussi paisible qu’unJ>assin , selon la promesse du pilote; mais nous ignorions combien de temps l’ennemi nous retiendrait dans ces lieux.

Notre guide était payé par le consul de France, à raison de trente francs par jour , avec la condition de se rendre utile aux deux navires. 11 montait un pi lot-boa t avec cinq hommes. Tous les jours nous l’envoyions à la découverte pour avoir des nouvelles de la

(i) Le retour de la lame du côté du large, lorsqu’elle a frappé contre quelques rochers.

igO MÉMOIRES

croisière. L’ambassadeur anglais apprit biem tôt notre position. Il prévint le chef d’escadre, qui nous fermait le passage que deux vaisseaux français chargés de monde et de provisions de guerre, s étant échappés de Baltimore malgré ses précautions , avaient trouvé un refuge dans la baie de la Chesa-r pealî 5 qu’il devait exercer sur eux la plus stricte surveillance et mettre en oeuvre tous les moyens de s’en emparer à leur sortie.

Nous voilà donc plongés dans le chagrin d’attendre, bien long-temps peut-être, qu’il plût à l’amiral de rompre sa station ! Déjà trente jours venaient de s’écouler , et l’ennui commençait à gagner les matelots. Us demandèrent la permission d’aller à terre. Je leur représentai quelle ne pouvait s’étendre que sur un petit nombre, en ce qu’il fallait que tout le monde fût rentré au vaisseau pour appareiller, dans le cas où l’ennemi nous laisserait la liberté de sortir. Je décidai que dix hommes chaque jour , favorisés à tour de rôle par la voie du sort , deseen-

draient du navire , mais afin d’y revenir tous les soirs.

Cette décision leur convint. Le premier tirage s’exécuta paisiblement. Le lendemain ceux qui, la veille, avaient reçu la faveur du destin , montrèrent de l’exigence à renouveler la mesure. Je dus m’opposer à cette injuste prétention qui .pouvait également exclure quelques hommes de l’avantage d’une seule sortie, et multiplier celle de plusieurs autres individus. On continua l’ordre du tirage pendant notre séjour dans la rivière.

Les vivres destinés pour notre malheureuse traversée se consommaient sans profit, et sans espoir de les remplacer, car j’étais éloigné d’environ quarante cinq lieues de Baltimore, et de soixante-cinq de Philadelphie. Au milieu de cette cruelle perspective, je pris le parti d’expédier avec son pilot-boat le pilote américain pour cette dernière ville : un de mes lieutenants monta sur son bateau ; il portait une lettre que j’adressais à M. Oster, consul général. Après avoir décrit notre

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affreuse situation , je le priais de l’exposer aux yeux de M. Fauciiet , afin que ce ministre pût nous envoyer promptement des vivres et de l’argent.

L’intérieur des fleuves communiquant l’un à l’autre jusqu’à Philadelphie seconda mon projet. Le pilote, un des plus habiles hommes de sa patrie , fit ce voyage en deux jours et demi. A la réception de ma lettre , le consul alla chez l’ambassadeur , qui ordonna soudain de charger un petit bâtiment

de toute sortes de provisions de bouche. Le

pilot-boat en reçut aussi une cargaison. M. Os ter s’embarqua sur cette chaloupe.

Le huitième jour depuis son départ de la baie, l’Américain , à mon extrême satisfaction , déposa sur mon bord les vivres qu’il rapportait. J’en fis distribuer une partie au capitaine Laurenti.

M. Oster , à qui les dispositions intérieures d’un bâtiment armé en guerre étaient encore inconnues , manifesta l’envie de visiter le mien et de voir un exercice à feu. Pour lui

MJ CAPITAINE LANDOLPHE. - igS

complaire, je commandai subitement une manœuvre générale d artillerie, de mous-

quetene avec le simulacre d’un abordage.

Après l’exercice, l’équipage reçut de grands compliments du consul , qui me remit alors l’argent dont ma lettre faisait mention , et que je destinais à l’exécution d’un projet formé depuis long-temps.

Le consul ayant passé trois jours à bord *

s’en retourna sur le bâtiment qui nous avait amené des vivres. Il me protesta qu’il allait rendre compte au ministre de la belle manœuvre dont il avait été le témoin sur les deux navires.

À peine était-il parti qu’une douzaine de matelots vint me dire : ce Capitaine , vous » avez permis à dix hommes de descendre à

» terre; il faut que ce nombre soit doublé, » ou cela n’ira pas bien *. » Je leur réponds i ce Mes enfants , il paraît , à la hauteur de » votre langage , que vous desirez me faire

* Propres mots des marins.

T. II

» la loi ; sachez que je ne l’ai jamais reçue « de mes subordonnés , et que je ne suis » point disposé à vous obéir. La décision » restera dans sa force , telle que je l’ai ren- » due ; pas un homme au-delà des dix dési- » gnés par le sort ne sortira du Mermaid : c’est » ma volonté, mes enfants; croyez que tout » ira bien. » Ils se retirèrent en murmurant.

Trois jours après cette démarche, vers les cinq heures du soir, un mousse, que je ne veux point nommer, entre en pleurant dans ma chambre et se jette à mes pieds : « Capi- » taine , l’on doit vous tuer tantôt avec tous » vos officiers ? si vous ne permettez à Féqui- » page daller à terre. Dans le changement » de quart (1), à minuit, les matelots ont

(1) Le temps que l’on reste sur le pont afin d’y servir et d’y veiller. La moitié' de l’e'quipage fait le service de la manœuvre , et s’occupe à tout , pendant que l’autre moitié dort. Les quarts se font de midi à six heures du soir pour la moitié de l’équipage , et de six heures à minuit pour l’autre moitié* ensuite \ ils se font de quatre heures en quatre heures jusqu’à

n résolu de braquer quatre pièces de canon » de l’avant ; ils les pointeront sur le gaillard « d’arrière. Ils disent qu’il faudra bien que » vous soyez soumis à leur désir ; qu’ils sont » dans un pays libre, et qu’ils veulent 1# » liberté. » A la suite de cette déclaration , je dis au mousse : « Va dormir * mon ami; tu » peux être fort tranquille , jamais on ne » saura que cette révélation vient de toi. » J’appelai M. B ré ment , je lui découvris le complot. «Ce soir, à neuf heures, » ajoutai-je , « en visitant la batterie , vous serez . »... - ?

» muni d’un pot à l’eau , caché sous votre » habit.Vous soulèverez la platine des quatre n pièces de chaque bord , dont vous arrose- » rez les amorces. Quand l’opération sera » terminée, vous m’en rendrez compte. »

Le second, ayant remis les platines à leur

midi. Lorsque le quart finit, on sonne la cloche pour éveiller ceux qui dorment dans l’entrepont , et l’on y envoie les officiers mariniers afin de faire monter le inonde , et changer ceux qui veillent.

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place , vint à moi. Je continuai : « Au lieu » de sonner la cloche à minuit, on avancera » cette mesure d’une heure. La générale » battra. Lorsque tout le monde sera sur le » pont , vous ferez un appel nominal et » marquerez le nom des absents. »

Les marins se rendant à leur poste au bruit du tambour, demandaient les uns aux autres ce qu’il y avait de nouveau. Je parais sur le gaillard d’arrière où j’avais placé cinquante fusiliers. Je commande le port d’armes , ensuite de coucher en joue. Je m^avance à la tête du détachement, et parle ainsi à l’équipage : « Mes amis , un complot infernal » vient d’être ourdi parmi vous. Quelques » hommes , voulant sans doute régner en » maîtres sur ce vaisseau , se sont flattés de » me donner des ordres sous le vain pré- * texte qu’ils sont libres ; comme si la liberté » devait user de tyrannie pour se faire obéir ; » comme si le chef devait descendre au » rang d’inférieur sur le simple désir d’un » subordonné ! Qu’ils viennent, s’ils l’osent,

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m ces méchants , qu’ils Tiennent s’emparer » des quatre bouches à feu , pour les pointer » à minuit contre moi et mes officiers ; je » les attends. Mais, convaincu que de braves » marins tels que vous doivent expulser de )) leur sein , dès qu’ils le connaîtront , le » misérable qui a pu séduire quelques-uns » de vos camarades faibles et crédules, » j’exige qu’il me soit livré sur-le-champ.

» Je vous déclare à tous que , si vous » gardez un coupable silence sur un point » qui viole si ouvertement ou plutôt d’une » manière si atroce les lois de la discipline, » je vais poser quatre sentinelles à la porte » de la cambuse (i), afin qu’aucune distri- » bution de vivres n’ait lieu avant que ce » perturbateur me soit signalé. »

Tout le monde se tut. La plupart de ceux

(i) Retranchement fait d’ordinaire dans l’avant de l’entrepont, pour y placer les boissons et tous les vivres de l’équipage, excepté le biscuit qui se met toujours à l’arrière , soit en boucaut, soit en soute.

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