‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] : (volume 2)Chapitre 18 sur 50 · PR PR EE LE TTUES · texte numérisé non relu

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ou d'une pointe basse qui se prolongeait au sud sud-ouest d’une montagne boisée de médiocre élévation.

Les flancs de cette montagne viennent en pente douce se rendre à la mer, et s'y terminent en falaises de dix-huit à vingt pieds de hauteur perpendiculaire sur son niveau : ces falaises se continuent et conservent cette même élévation assez uniformément dans tout le pourtour de la baie qui se présentait devant nous à l’est; elles ne reposent pas sur une base de roche, elles sont formées de terre, ce qui les livre aux attaques et aux perpétuels envahissements des flots. Nous apercevions distinctement du vaisseau plusieurs crevasses. Ces falaises, du côté de l’ouest, servent de limites et de remparts à de vastes prairies ; leur extrême élévation atteste à la fois la richesse du sol et la force de la végétation : c'était pour nos yeux, depuis long-temps fatigués de la monotonie d'objets sombres et arides, un tableau brillant et enchanteur. La verdure des arbres et des plantes était aussi fraîche que celle de nos prairies d'Europe , à la fin de mai, dans nos provinces les plus tempérées; et cependant nous étions déjà sortis de l'été, qui,

sous cette laitude, doit être brûlant. Ce riche paysage est borné à l’est par des montagnes peu élevées, que des arbres couvraient depuis le pied jusqu'au sommet.

Le 23, au jour, le milieu de la baie fut relevé à l’est, dix-huit milles à peu près des plus proches terres. À midi une bonne observation me donna 56° 44! de latitude ct 238° 5’ de longitude : les terres les plus au nord nous restaient au nord-ouest un quart nord, 5° nord , à dix-huit mille: de distance ; les plus sud , au sud-est un quart sud, vingt-sept à trente milles, et le milieu de la baie, est un quart sud-est. Nous courûmes sur la terre jusqu’à deux heures: alors on prit la bordée du sud.

Le 24, à deux heures du matin, nous revirâmes sur la terre, le cap à l’est; à quatre heures , on gouverna au nord-est sous toutes voiles. La brume ne nous permit d’avoir connaissance de la côte qu'à dix heures, sur un seul point , le nord nord-est, à neuf milles de distance. Nous laissâmes arriver à l’est un quart sud-est. À midi, j'observai 56° 48’ de latitude, à neuf milles des terres; nous apercevions l'embouchure d’une rivière dans l’est un quart nord-est.

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Dans la mème direction et devant nous était une montagne isolée, d’une forme oblongue et carrée , l’une de ses extrémités faisant face au sud-ouest, l’autre au nord-est; et l’un des côtés du nord réfléchissant au loin une éclatante blancheur. Au nord-ouest, à la moitié de sa hauteur, qui peut être de cinquante à soixante pieds, une ligne, profondément tracée et assez semblable à une plinthe (1),seprolongeait dans toute son étendue, et semblait marquer une séparation entre deux étages. Au-dessus de cette ligne, des échancrures ou cavités, placées à intervalles égaux, étaient comme autant de croisées symétriquement distribuées. Au-dessous, d’autres cavités, d’une dimension plus grande, figuraient des portiques, des colonnes et des entablements.

Nous n'avions ni cartes ni description des lieux, nous étions sans donnée fixe sur la position réelle de Monterey ; nous n'ignorions pas cependant que nous devions être dans son voisinage. Cette absence de toute direction doit expliquer l'erreur où nous jeta l'illusion d'optique qui abusait nos yeux. Cette montagne,

(1) Ouvrage de maçonnerie.

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c'était le château du gouverneur, situé à moitié côte d’une colline qui en dominait plusieurs autres. La façade principale était tournée au nord-ouest ; aux pieds du château s’étendait au loin la ville de Monterey. Dans quelques heures le navire entrait dans le port, et nous allions goûter enfin les douceurs du repos.

Nous gouvernîmes immédiatement vers le rivage, mais bientôt, comme par l'effet d’une puissance magique, le château s'évanouit , les croisées et les portiques se changèrent en fentes, en hideuses crevasses, qu'avaient creusées les eaux pluviales, ou les fontes des neiges , et le monument des arts, enfant éphémère de la nature, ne fut plus qu'une vaste ruine.

Jusqu'à deux heures et demie nous continuâmes de courir vers la terre ; un temps plus clair nous montra enfin que rous n’étions qu’à un mille de l'embouchure de la rivière, On mit aussitôten panne, et un coup de canon fut tiré.

Je partis dans le canot avec quatre hommes, et me dirigeai vers la rivière. A la distance d’une encablure de la côte, je vis plusieurs cavaliers, qui sortaient d’un enfoncement pratiqué entre deux collines. Ils accoururent vers nous, et me dirent que Monterey était au sud,

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