‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] : (volume 2)Chapitre 19 sur 50 · SE LR VS EE ÈS · texte numérisé non relu

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DU CAPITAINE PÉRON. 119 vers l'extrémité du croissant que forme la côte; je la parcourus vers le sud, l’espace de trois milles, sans trouver un abord praticable. Partout la mer brisait avec violence contre la falaise; on ne pouvait en approcher sans danger imminent.

Les rochers escarpés qui bordent le rivage étaient couverts de loups marins et de loutres ; on y remarquait aussi de numbreuses familles d'oiseaux ; celle des goëlands ne cessa de voltiger sur nos têtes.

Le navire fit route à l'est un quart sud-est et est sud-est ; le temps pluvieux et sombre nous intercepta constamment la vue de la terre.

Le 25, à 10 heures, le brouillard s'étant dissipé, nous aperçümes toute la baie depuis le nord jusqu’au sud , et malgré que nos regards s'étendissent au loin, et que notre distance des plus proches terres ne fût que de six milles, aucun indice ne signalait l'existence d’une ville ou même d’un village. Enfin, dans le nord nord-ouest, à quinze ou dix-huit milles de distance, un petit groupe d'habitations se montra.

À onze heures, je repartis dans le canot ; à midi et demi j'arrivai à la côte ; je la remontai

deux milles environ avant de trouver un lieu propice à l’arrivage du canot. Les falaises ont partout douze ou quinze pieds de hauteur, là où elles semblent s'abaisser davantage. J'aperçus enfin une plage de peu d'étendue, qui s’avançait au fond d’un ravin étroit; l’impatience où j'étais d'arriver me fit braver la présence d’une barre, sur laquelle la mer brisait en lames extrêmement fortes, et j'eus le bonheur de dé.

barquer sans accident. A l’aide du ravin, trois de mes hommes et moi nous gravimes la falaise.

Une prairie se développa devant nous, s’étendant à droite et à gauche, et bornée à l’est et au nord par des collines, dont les croupes étaient revêtues d'arbres touffus : la nature semblait avoir prodigué dans cet heureux site ses richesses et sa variété. De nombreux troupeaux de moutons et de bœufs paissaient au loin, sans guide et sans gardien. Dans le nord était un village qui se laissait entrevoir au milieu d’un vallon que formaient deux collines.

Je marchai dans cette direction, traversant gaiement la prairie, et foulant aux pieds les fleurs et la verdure ; mais, après avoir parcouru l'espace de deux milles, je fus arrèté tout court

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DU CAPITAINE PÉRON. 117 lieu par une rivière de quarante ou cinquante pieds mn de largeur. J'obliquai vers une colline qui me à où restait à gauche, et du sommet de laquelle je rqus pouvais découvrir le cours des eaux. La rivière dut courait à l’est aussi loin que la vue pouvait ; ou s'étendre, et n'offrait aucun passage praticable. une il Il me fallut renoncer à de nouvelles recher- EX» ! ches, et je regagnai le canot.

dé- La barre qui se trouvait à l'entrée du ravin ui | était plus grosse qu’au moment de notre abord; à fa- & la violence du vent rendait le ressac plus ter-

: | E rible ; nous fûmes, cette fois encore, assez heu- HA ! reux pour en triompher. Nous atteignimes le l'est navire à six heures et demie.

pes À ma rentrée à bord, je relevai les terres les Rues | 4 plus sud au sud, vingt-quatre milles, et celles x site 1 les plus nord, ouest un quart nord-ouest, à dix- Lrou- À huit milles ; le bâtiment ne se trouvait qu’à it'au i trois milles de l'endroit où j'avais débarqué. Cet nord endroit est remarquable en ce qu'il forme une È mi- pointe en dedans de celle du nord de la baie, Ines. ? et qu'à l'ouest de cette pointe sont deux rochers rsant { très peu éloignés du rivage.

s les 1 Nous fimes route au sud-ouest un quart ouru 1 ouest, pour nous éloigner de la terre. Le 26. court | Ja terre ne fut visible qu'à dix heures, de- :

puis le nord-est jusqu'à l’est sud-est ; la plus voisine était à la distance de quatre milles. À midi, j'observai 36° 20° de latitude; la terre nous restait dans cet instant depuis le nord jusqu'au sud-est un quart sud, et présentait la forme d’un ilot; distance des plus proches terres par notre travers, trois milles. En suivant la route du sud, nous côtoyâmes le rivage intérieur à trois milles et demi et quatre milles de distance; mais l'aspect d’une côte uniforme et sans ouverture nous prouva bientôt que le port devait être au nord du lieu où nous avions fait notre dernière observation.

Au coucher du soleil, les terres les plus nord furent relevées au nord un quart nord-ouest, quinze milles de distance, ct les plus sud au sud-est, à vingt-quatre milles. Le bâtiment n'était éloigné que de quatre milles des terres les plus voisines.

Le 27. à deux heures du matin, nous ralliâmes de nouveau la terre, qui, au lever du soleil, nous apparut dans différentes directions, à douze milles de distance ; à dix heures, nous reprimes la route du nord, vers la baie, dans laquelle nous étions la veille ; nous étions persuadés que le port de Monterey devait être

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situé dans sa partie méridionale, et que les brouillards, presque continuels, nous empéchaient d'en prendre connaissance ; nous lonseûmes la côte à six milles de distance, et au coucher du soleil nous relevâämes la pointe sud de la baie de Monterey, au nord nord-est, neuf milles de distance, celle du nord au nord-ouest, trente milles, et les terres les plus sud , un îlot rond peu distant de la côte, au sud-est un quart est, à neuf ou dix milles; le bâtiment se trouvait à trois milles de la terre ; on prit la bordée du large, le cap au sud-ouest un quart sud. À sept heures, nous découvrimes un feu sur la pointe sud de la baie.

Le 28, au jour, laterre nous restait à quatre inilles ; à neuf heures et demie, nous revimes de la famée au même endroit que la veille. A midi j'observai 36° 50’ de latitude , n'étant qu’à un mille de la pointe sud de la baie. Un fort courant du sud et le vent nous tourmentérent beaucoup le reste de la journée et pendant toute la nuit.

Dans la matinée du 28 , un officier avait été expédié avec quatre hommes sur le point où nous avions vu de la fumée; ils ne reparurent

que le lendemain , à trois heures de l'aprés-

midi. Pendant ce long intervalle, mille pensées d'inquiétude et de terreur nous avaient agités : avaient-ils été renversés par cette barre que j'avais eu tant de peine à franchir? avaient-ils été arrêtés, assassinés ? Îls nous rejoignirent au moment où j'allais m'embarquer pour leur porter secours, s'il en était temps encore. Leur retour fut pour nous une véritable fête, et les nouvelles et les provisions fraiches qu'ils apportaient avec eux servirent à augmenter l’allégrese générale.

L'officier nous rapporta qu'ayant voulu aborder à une petite anse qui se trouve à un demi-mille plus loin au nord que l'endroit qu'on lui avait indiqué pour le débarquement. il avait chaviré, et que dans ce moment plusieurs Espagnols étaient arrivés à son aide, et l'avaient tiré de ce mauvais pas. Ils lui avaient conseillé de transporter à dos d'hommes le canot depuis cette anse, qu’ils appellent du Carmel, jusqu'à la baie de Monterey, qui en est à trois milles de distance. Cette opération avait occupé noire officier jusqu’au lendemain dix heures. Aussitôt après son arrivée, il s'était rendu chez le gouverneur, qui lui avait fait le plus gracieux accueil, lui avait procuré

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