CHAPITRE V
Monterey. — Population. — Description de la baie, — Palais du gouvernement.—Affabilité du gouverneur.— Industrie; obstacles qu’elle éprouve de la part du gouvernement et des naturels. — Manœuvres des imarsouins. — Îles Sandwich.— Montagne de Mouna-Kaah. —Cascade.—Owhyhée.—Mowée.—Baie de Karakaoua.
— Signalements divers.
Monterey est la résidence d’un gouverneurgénéral, dont la juridiction s'étend sur toute la Californie, depuis le vingt-troisième jusqu’au trente-huitième degré de latitude nord. D’après les renseignements que je me suis procurés sur les lieux, la population peut être évaluée à quatre ou cinq individus par lieue carrée ; elle promet de s’accroître avec rapidité ; la beauté du climat et la fertilité du sol sont des causes nécessaires qui la favorisent dans ces contrées. La civilisation n’a point fait de grands progrès ; le zèle des missionnaires a échoué jusqu'à ce moment contre l’obstination des naturels. quoique cenendant il ait adouci
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12/ MÉMOIRES leurs mœurs: c’est toujoursun pas vers un meilleur ordre de choses.
La baie de Monterey peut avoir à son ouverture une étendue de vingt-deux à vingt-quatre milles, entre la pointe nommée du Nouvel-An, au nord, et celle des Pins, au midi, qui gisent, l’une par rapport à l’autre, nord-ouest un quart ouest 5° nord, et sud-est un quart sud 5° sud (1); sa plus grande profondeur, en dedans de la ligne d'ouverture, n'excède pas douze milles, quoiqu'on puisse mouiller dans tous ses points, par trente brasses , à deux milles du rivage. Le mouillage le plus sûr et le plus convenable est en dedans de la pointe des Pins; la côte courant au sud, l’espace d'environ deux milles, et ensuite à l’est, en obliquant vers le nord, forme une anse où les bâtiments sont abrités contre les vents d'ouest et de sud-est, qui donnent en plein dans la baie, souvent avec une violence qui fatigue beaucoup les navires.
Le fort, que les Espagnols nomment Presidio, est construit sur la pointe des Pins ; il domine
(1) Du compas, comine tous les autres relèvements que j'ai établis.
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DU CAPITAINE PÉRON. 125 entièrement le mouillage ; c’est à ses pieds que doivent se faire les débarquements sur un sol bas et marécageux, ce qui cause beaucoup d'embarras, surtout lorsque la mer est basse.
Le but de notre relâche était de nous procurer des vivres et autres approvisionnements ; notre première démarche fut de nous rendre auprès du gouverneur. Nous partimes, M. Dorr et moi, pour aller à terre. A l'embarcadaire, nous fûmes reçus par l’officier du poste et par le secrétaire du gouverneur. Ces messieurs avaient amené avec eux des chevaux de main, qu’ils nous offrirent ; mais nous avions le pied marin, ce qui nuit un peu à la grâce du cavalier ; soit par le plaisir que nous trouvions à jouir de la promenade, soit peut-être par amour - propre , nous préférimes marcher à pied: ces messieurs voulurent bien nous accompagner de la même manière.
La route que nous avions à traverser était une plaine inculte, mais dont le sol, léger et couvert de verdure, offrait toutes les apparences d'une riche végétation. Au bout d’une heure, nous arrivâmes à la porte d’une enceinte qui nous parut être considérable. La garde était composée , moitié de fantassins, moitié de ca
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valiers. On nous fit entrer dans un bâtiment à droite ; l'aspect d’un lit de camp nous fit comprendre que nous étions au corps-de-garde. Il était deux heures , et l’audience du gouverneur ne devait avoir lieu qu'à trois heures et demie. Pour charmer les ennuis de l'attente, on nous servit une excellente tasse de chocolat ; cette politesse fut reçue par nous avec reconnaissance ; pour des hommes qui, depuis si longtemps, étaient réduits au biscuit et au poisson salé, c'était une bonne fortune qu'une tasse de chocolat.
A l'heure dite, un sergent vint nous avertir que le gouverneur était prèt à nous recevoir. Avant d'arriver à son appartement, il nous fallut traverser un emplacement carré , très spacieux, et entouré de murs de douze pieds de hauteur. L'appartement du gouverneur est, ainsi que les magasins et tous les édifices destinés à la garnison, situé dans le fond de l'emplacement, adossé au mur de l’ouest, et la façade tournée à l’est. Ces diverses constructions sont peu considérables ; elles n’ont d'autre étage que le rez de chaussée, et peuvent à peine suffire au logement de cent individus , ce qui est hors de proportion avec la garde et