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bâticsle long de la rivière, dans le faubourg qui leur est affecté , et qui est séparé de la ville et environné, dans toute son étendue, par une haute muraille.
Les édifices destinés aux factoreries sont construits à l'européenne ; ils réunissent aux ornements de l'architecture tous les agréments d’une distribution bien entendue, pour les appartements et pour les magasins ; ils appartiennent à des propriétaires chinois qui les louent fort cher aux négociants étrangers. Leur situation est bien choisie dans l'intérêt du commerce ; ils sont bâtis sur le quai qui borde la rivière. Leur élévation est de deux étages, y compris le rez de chaussée. Des colonnes s'élèvent sur le devant de la principale façade ; les murs sont en pierres d'une éclatante blancheur. Ce luxe forme un contraste remarquable avec les autres habitations, qui, dans ce quartier, sont petites, basses , et tout-à-fait irrégulières. Les rues n’ont aucune largeur déterminée ; il en est dans lesquelles trois personnes ne pourraient marcher de front.
L'entrée de Quang-Tong est, ainsi que celle des autres villes de l'empire, interdite aux étrangers. Je passais avec un de mes compa-
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gnons devant l'une des portes, et comme il n'y avait aucune garde, j'essayai de violer l& consigne. Nous pénétrâmes dans la ville ; nous avions à peine fait quelques pas, lorsque nous fûmes reconnus; les habitantssortirent en foule des preinières maisons et jetèrent le cri d'alarme ; en un instant la rue se trouva remplie de gens qui nous disputérent le passage, ct, malgré nos prières ct nos représentations , force nous fut de rétrograder en toute hâte : nous cûmes à nous féliciter de n'avoir pas payé plus cher cet acte d'imprudence.
Autant qu’il m'a été possible d'examiner cette ville d’une hauteur qui la domine, il doit y avoir quelques rues tirées au cordeau, et même assez larges, mais la plus grande partie n'offrent pas d’alignement, et semblent étroites ettortueuses. Les maisons sont en général petites et n’ont qu'un étage,
De l'autre côté de la rivière, et par conséquent hors de la ville, on aperçoit des édifices assez considérables, et qui ressemblent à des monastères d'Europe : ce sont destemples desservis par les bonzes:; l'accès en est ouvert à tout le monde.
Je fus introduit dans une pièce assez vaste
où plusieurs religieux étaient rassemblés.
Aussitôt qu'ils eurent appris le motif de mu visite, l’un d'eux prit un paquet de clefs et me fit signe de le suivre. Je traversai plusieurs pièces et corridors, et j'arrivai dans une cour spacieuse, entourée de bâtiments, et bientôt après devant la grande porte du temple, qui me fut ouverte. Le plan est celui d’un parallélogramme alongé, sur une très grande dimension, mais d’un étage très bas, eu égarü à son étendue. Le plancher supérieur n’est élevé que de quinze pieds au-dessus du sol, qui est pavé de grands carreaux de marbre noir et blanc. Il n’y à pas d’autel, mais l'ordre et la propreté s'y font remarquer. Des croisées ouvertes du côté gauche seulement laissent pénétrer une vive lumière dans le sanctuaire. Un triple rang de statues dorées de trois pieds et trois pieds et demi de hauteur, et dont la sculpture ne blesse pas les règles de l’art, décorent l’intérieur.
Ces diverses statues représentent les divinités auxquelles les sectateurs des bonzes rendent un culte particulier: À l'exemple des anciens Égyptiens, des Grecs et des Romains, on maintient à la Chine une hiérarchie parmi
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les divinités : les unes sont les grands dieux qui ont la haute main sur le ciel, la terre et la mer; les autres, d’un rang inférieur, n’ont d'empire que sur les vents, les fleuves et les forêts. Les statues de la première classe sont rangées près du sanctuaire ; celles qui sont d’un étage subalterne sont placées sur les côtés du temple, depuis la porte jusqu’à une certaine distance de ce même sanctuaire. Tous les Chinois, et particulièrement leslettrés, n’adoptent pas cette croyance ; mais il y a toujours dans leur doctrine, quelle qu'elle soit, un degré plus ou moins remarquable de superstition.
Les Chinois reconnaissent l'influence des génies malfaisants ; ils ont plusieurs pratiques pour s’en préserver. Leur confiance est extrême dans une espèce de bougie, composée de fiente de bœuf, mélangée avec des gommes odorantes. Les riches et les pauvres, le jour comme la nuit, tiennent dans leurs maisons une de ces bougies constamment allumée ; c'est à leurs yeux un talisman assuré contre les entreprises des dieux ennemis. Un autre préservatif non moins infaillible consiste à brûler tous les soirs des papiers peints de toutes couleurs et à faire partir des pétards ou des fusées volantes.
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La multitude ct la variété de ces feux, que réfléchissent les eaux du fleuve, forme un coup d'œil tout à la fois curieux et amusant, On sait d’ailleurs que les Chinois excellent dans l’art de composer les feux d'artifice.
Une ville aussi considérable et aussi peuplée doit avoir une surabondance d'habitants. Plus de soixante mille ont leur demeure sur la rivière ; ils s’y établissent dans des barques ou pirogues ; c’est là leur héritage de famille , de père en fils. L'intérieur de ces cabanes mouvantes est divisé par des cloisons en plusieurs pièces, selon les besoins de ceux qu: les habitent. Les barques sont rangées régulièrement sur la rivière, et forment entre elles des espèces de rues : quand on aperçoit de loin leurs toits, qui s'élèvent uniformément, on croit voir une ville flottante.
La partie de la population qui est reléguée dans un aussi triste asile n’a et ne peut avoir qu’une existence misérable ; les uns sont employés à des travaux pénibles et peu lucratifs; d’autres se répandent, chaque matin, dans les rues, et, à peu près comme nos chiffonniers de Paris, ramassent des lambeaux de soie, de coton, cuir, laine, papier , des os de bœuf ct
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Quelques uns restent aux aguets sur le fleuve ; ils attendent au passage les chats, les chiens , les volailles mortes, ct ils en font leur repas. Leur nourriture ordinaire consiste dans un peu de riz cuit à l’eau, et leur breuvage en une infusion de thé sans sucre. Un tel repas, l’un dans l’autre, leur revient à moins de trois sous par jour. La sobriété n’est point une vertu chez eux; dès l'enfance ils s’en sont fait une
habitude qui est commune à toutes les classes.
Ainsi que les autres grandes villes , Quang- Tong présente le tableau du luxe à côté de la misère , d’un faste insolent auprès des haillons les plus hideux. Plusieurs fois j'ai assisté à des repas de quatre-vingts et de cent couverts. La table des principaux négociants ne le cédait pas, en magnificence , à celle d’un ministre constitutionnel. Les viandes les plus recherchées , les poissons les plus rares , les fruits de tous les pays du monde, les mets les plus délicats étaient servis avec profusion, ct cependant
avec un ordre admirable. Les vins de France et les liqueurs n'étaient point épargnés; et , je dois le dire à notre honte, tandis que les Européens cédaient aux douces inspirations de Bacchus , tandis que quelques uns disparaissaient, en glissant sous la table , les Chinois savaient conserver leur sang-froid; ils faisaient les honneurs de la fête avec beaucoup de politesse ct de grâce, et, soit tempérance, soit bienfait de nature, toujours ils restaient les maîtres du champ de bataille.
L'affluence des étrangers , la réunion sur un même point de tant d'individus qu’attire la cupidité , l’espérance ou la misère, produit dans cette grande cité un chaos dont Paris seul peut retracer l’idée. Une foule de voitures et de charrettes se croisent dans tous les sens ; les mendiantsassassinent les passantsde leurs cris; des boueurs, en ramassant les immondices, font jaillir autour d'eux une pluie qu’il faut se hâter d'éviter ; les porteurs d’eau heurtent, en leur criant de faire place, les piétons qui les devancent; des kou-lis ou portefaix. chargés de lourds fardeaux, culbutent tout ce qui gêne icur passage ; des perruquiers ambulants, du bruit aigu de leurs sonnettes, avertissent qu'ils
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DU GAPITAINE PÉRON. 203 sont prêts à raser, au premier venu, la barbe ou les cheveux, ou même à lui nettoyer les oreilles ; des cuisiniers, armés de leurs fourneaux portatifs, établissent leur camp et leurs ragoûts le long des maisons, et leur nombre est si considérable qu'on est tenté de croire qu'en ce pays tous les habitants dinent en plein vent. Au travers de ce peuple mouvant arrivent les escamoteurs, lestireurs de cartes, les baladins, dont quelques uns sont en même temps sauteurs et comédiens: ces artistes élèvent , à la hauteur des maisons, un théâtre en planches, à l'aspect duquel la foule s'arrête attentive.
Un jour je fus surpris dans une rue par une telle affluence de monde qu'il me fut impossible de passer outre; bon gré mal gré, il me fallut entrer au spectacle, et voici ce que j'y ai vu, car, ne comprenant pas la langue chinoise, je n'ai pu satisfaire que le plaisir des yeux.
Le premier acte commença fort gaiement.
Huit ou neuf personnages entrèrent en scène, soit ensemble, soit tour à tour; tout le monde riait, acteurs et spectateurs : mais insensiblement l'intrigue se compliqua; des individus qui paraissaient d'accord, se fâchèrent , et le
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héros de la pièce, après avoir été assailli de reproches et de menaces, fut renversé de son siége et emporté presque mort derrière les rideaux qui tiennent lieu de coulisse.
Un entr’acte eut lieu. L'acte deuxième ramena les mêmes personnages; mais ils parurent avoir oublié ce qui s'était passé: chacun s'occupa de sujets agréables ; des chants et de la musique se firent entendre; l’allégresse était générale; une profonde sécurité régnait sur la scène et au parterre.
Tout-à-coup des eris de mort retentirent; on tira les glaives, on agita les lances. Presque tous les personnages frappaient ou étaient frappés ; les soupirs des mourants se mêlaient aux accents de joie des vainqueurs; puis, un instant après, les tués, les blessés et les vivants revinrent sur la scène, chantant, riant et faisant mille contorsions et bouffonneries que le public accueillit avec de nombreux applaudissements.
11 fallait que cette pièce eût quelque mérite ou qu'elle fût merveilleusement adaptée au goût du public chinois; ce fut un véritable succès d'enthousiasme , un trépignement convulsif; la satisfaction se peignait sur toutes les
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physionomies. J'eus à regretter de n’avoir point un interprète à mes côtés ; car, de tout ceci, il ne me resta qu’une idée imparfaite. Toutefois je dois faire observer qu’en cette circonstance ilne s’agit que d’un spectacie forain; dans l'intérieur de la ville il y a des théâtres plus brillants.
À Quang-Tong, comme à Londres, et ainsi qu'à Paris, il y a des gens qui coupent très proprement la bourse. Pendant la représentation dont je viens de parler, au moment où les personnages de la pièce se livraient un combat si sanglant, un des spectateurs qui était placé un peu en avant de moi se lève, et essaie de se frayer un passage, écartant la foule de ses deux coudes; je m'incline pour éviter un coup de tête qui s’adressait tout droit à ma poitrine ; le filou , profitant avec la rapidité de l'éclair de l’avantage que lui donne ma position, met la main à mes poches, et ma bourse disparaît.
Les filous chinois ne le cèdent point à leurs confrères des autres pays en fait d’audace et de subtilité ; j'ai fait plus d’une fois, à mes dépens, l'épreuve de leur savoir-faire.
J'étais entré dans une boutique pour acheter quelques objets : le prix convenu, je jette une
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