CHAPITRE XIIL
Continuation de la navigation de la Chine à Boston.—Iles des Cocos. — Banc des Aiguilles. — Eau empoisonnée par les feuilles du mancenillier.—Banc de Nantucket. — Cap Sable. — Navigation aérienne. — Chrdages de cristal. — Portland. — Navire ballotté par des rochers
| de glaces. — Famille de cultivateurs. — Hospitalité. —
Ki] Société commerciale, — Voyage en traîneau.—Peperel-
i] Borough. — Saco. — Montagne d’albâtre. — Ponts de
fai la nature; voûtes étincelantes de diamants. — Portsmouth. — Pont de bois, d’une seule arche, sur une rivière de deux cent quarante pieds de largeur.
Le 21 juin 1797, nous appareillâmes à une heure du matin, dirigeant la route à l’ouest da | sud-ouest. À midi, j'observai 6° 9/ de latitude, et 105° 5:/ de longitude. Dans ce moment,
| l’île de Cracatoa (1) nous restait depuis l’ouest \ jusqu’à l’ouest 14° nord ; le pic Tamarin, ou it Sabezée , au nord 50° ouest ; la pointe nord de
| (1) Cette île est couverte de montagnes et a un pic très élevé. Sur sa côte septentrionale il y à une üiguade très sûre, et, dans un village malais qui n’en est pas éloigné , on trouve des fruits et des légumes,
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DU CAPITAINE PÉRON. 249 la baie d’Anger-Point, au nord 55° est; la Petite-Toque, au nord, 49° est; la Grande- Toque, au nord 37° est; l’île du Milieu , du uord 35° est, jusqu'au nord 20° est; la pointe aux Cochons, au nord; la troisième pointe de Sumatra, au sud 16° ouest ; une autre au sud de celle-ci, au sud 20° ouest : notre distance des côtes les plus voisines de l’île de Java était de cinq milles. Au coucher du soleil, nous lîimes route , sous toutes voiles, pour éviter un rocher submergé qui se trouve à huit milles de distance de l’île de Cracatoa, dans cette direction.
Le lendemain , au point du jour, nous étions par le travers de l'île du Prince, qui fut relevée à huit heures, depuis l’est jusqu’au sudest un quart sud, à sept ou huit milles de distance. À midi, latitude 6° 43/, longitude 104° 52’; la pointe aux Capucins de l’île de Java, à l’est 3° sud, quatorze lieues de distance.
Nous étions enfin sortis du détroit. Le 27, à midi, latitude 11° 24”, longitude 100° 26’; la plus nord des îlesdes Cocos nous restait à l'ouest 18° sud , à soixante - une lieues deux tiers.
Les îles des Cocos sont au nombre de quatre, toutes trés basses et couvertes de cocotiers ; on
ne peut les apercevoir à plus de quatre lieues de distance ; elles s'étendent, l'une par rapport à l’autre, du nord nord-est au sud sudouest, sur un espace d'environ douze lieues.
La plus septentrionale gît par 11° 50’ de latitude, et 97° 13’ de longitude ; la plus méridionale a ses extrémités depuis 12° 4/ jusqu’à 12° 23! de latitude; ce qui place son centre par 12° 15/delatitude, et 97° 24’ de longitude : elles sont entourées d'ilots et de brisants, mais entre eux se trouvent des passages praticables pour les bâtiments.
Le 18 juillet, nous avions coupé le méridien de l'Ile-de-France, qui nous restait à quarante lieues au nord. Le lendemain, 19, j'observai 55° 19/ 20” de longitude , qui est précisément celle du centre de l’île Bourbon; celle-ci, d’après la latitude observée à midi, 23°16/, nous restait à quarantelieues au nord. Nous coupâmes pendant la nuit le tropique du capricorne. Le 28, nous atteignimes le méridien du cap Sainte- Marie, extrémité méridionale de l’île de Madasascar, distante de trente-cinq lieues environ.
Le 22 août. latitude observée à midi 36° 24', longitude 22°, ce qui nous plaçait sous l'accore du banc des Aiguilles. On mit en panne
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pour sonder, mais on ne trouva pas de fond avec une ligne de cent cinquante brasses ; l’opération réitérée jusqu'au 25 ne donna pas d'autre résultat. Nous avions constamment fait valoir la route de l’ouest sud-ouest, en suivant la direction donnée à la limite méridionale de ce banc; ces expériences servent à établir qu'il ne s'étend pas au-delà du 56° 30/ de latitude.
Dans l'après-midi, nous doublâmes le méridien du cap de Bonne-Espérance, à quarante lieues de distance. Nous n’arrivâmes sous le parallèle de la baie de la Table que le 29 à midi, par 33° 44! de latitude, et 15° 54’ de longitude. Le 6 septembre, à neuf heures du matin, nous coupâmes le tropique par 5° 42/ de longitude.
Depuis notre départ, sur quarante-un individus dont se composait l'équipage, vingt-trois étaient atteints de la dyssenterie , et incapables de rendre aucun service. Je devins moi-même d’une faiblesse extrême. Nous n'avions pas de chirurgien à bord, ni aucuns médicaments. Il paraît que cette maladie provenait de l’eau que nous avions recueillie à Anger-Point, dans des trous qui se trouvaient sur le lit désséché de la rivière. Des mancenilliers étaient sur les bords ;
les feuilles de cet arbre vénéneux avaient sans doute empoisonné l’eau, qui restait stationnaire. Le seul moyen que je trouvai de me guétir fut de m'abstenir de ce liquide; avec le temps je recouvrai la santé.
Le o septembre, à six heures du matin, nous avions coupé le méridien de Paris par 20° 12! de latitude ; le 10, celui de Greenwich, par 19° 3; la veille nous étions à l’ouest de l'ile Sainte-Hélène, à quarante-huit lieues et deux tiers de distance.
Le 15, à midi, latitude, 15° 21/ sud, longitude occidentale 9° 24’ 30”. Le 25, nous atteignimes la hauteur de l’île de l'Ascension par 21° 15’ de longitude, à cent trente lieues de distance, à l’ouest. Le 30, à deux heures de l'après-midi, nous traversâmes l'équateur par 26° 50’ de longitude. Le lendemain, 1‘ octobre, au coucher du soleil, nous dépassimes le parallèle de l’île Penido-San-Pedro, à seize milles à l’est; notre longitude était de 27° 24. L’amplitude nous avait donné, ce jour-là,7°de variation nord-ouest. Le 16, notre latitude, à midi 13° 15 nord, et la longitude 35° 28’ 45” ouest, à deux cent quarante lieues de distance des îles du cap Verd, et à quarante-cinq lieues à l’est sud-est
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DU CAPITAINE PÉRON. 299 du banc de Maalstroom, dont nous atteignimes la hauteur le 18, à six heures du matin, par 57° 10’ de longitude.
Le 1°“ novembre, au lever du soleil, nous coupâmes le tropique du cancer par 52° »3/ de longitude ; à midi, latitude nord 24° 23, longitude 53° 9’.
Le 12, nous parvinmes dans la région assignée au courant qui, sortant du golfe du Mexique, entre la Floride du sud et les iles Lucayes, va se perdre dans l'Atlantique, avec une rapidité de trois à quatre milles à l'heure, par-delà le banc de Terre-Neuve, après avoir prolongé, à la distance de quatre-vingts à cent lieues, les côtes des États-Unis et de la Nouvelle-Écosse. Notre latitude, à, midi, était de 36° 55’, longitude 68° 53’. Le cap Cod, à l’entrée de la baie de Boston, me restait au nord 6° 30’ ouest, à cent quatre lieues de distance environ , et la partie sud-ouest du banc de Nantucket, au nord 6° ouest, à environ soixantequinze lieues. Le 14,à midi, latitude 38° 34, longitude 69° 39', à quarante-trois lieues un tiers de la pointe sud-ouest du banc de Nantucket. Le 19, à midi, latitude 40° 16’, longitude 68° 37’; nous étions sur le banc de Nantucket,
et à dix-sept lieues de la batture, ou de la partie la plusélevée du banc, si redoutable pour toute la marine des États-Unis.
Du 25 au 28, le froid augmentatellement, que les lames d’eau gelaient sur le pont à mesure qu'elles y étaient portées. Nos cordages ressemblaient à des colonnes de cristal, les voiles ne faisaient plus qu’un seul corps avec les vergues: cet aspect effrayant, et le dénuement complet où nous étions, déterminèrent enfin le capitaine à gouverner vers Halifax, qui nous restait au nord.
Le 14 décembre , sur les onze heures , nous découvrimes des brisants qui se présentaient en avant du vaisseau à une petite distance. À midi, un long brouillard s'étant dissipé, nous distinguâmesle cap Sable, à l'extrémité méridionale de la presqu'ile de la Nouvelle-Écosse, à trois milles de distance, ayant au sud le Brasil- Roc, sur lequel portaient les brisants que nous avions aperçus le matin. Le cap Sable était la première terre que nous reconnaissions distinctement depuis cent soixante-quinze jours que nous étions sortis du détroit de la Sonde. Des arbres dépouillés de leurs feuilles , et couverts de couches épaisses de givre, des rochers hé-
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rissés de glaçons que la main du nord avait entassés les uns sur les autres, nous offraient unspectacle lugubre, et cependantnous ne pouvions nous lasser de lecontempler : c'était pour nous le terme du voyage. Un bateau pêcheur nous guida dans un canal d'environ quatre milles de longueur, entre une île qui nous restait à stribord et une grande étendue de rochers que nous laissions à bâbord , à peu près à une égale distance de l’une et des autres. À quatre heures, nous eùmes connaissance du phare de Rosen-Way dans le nord nord-est; le vent, qui changea subitement, nous ôta toute espérance d'aborder dans la soirée. Le lendemain, le vent étant devenu plus favorable , nous résolûmes de gagner directement Boston, et nous fimes route à l’ouest sud-ouest , en passant au nord de Brasil-Roc. Àu crépuscule du soir, nous relevions le cap Sable au nord-ouest, quatre lieues de distance. Jusqu'au 20, la neige tomb: à gros flocons, et le froid redoubla d'intensité; ce dernier jour nous aperçümes l’île de Shouls. qui me parut petite et plate.
Le 21, au lever du soleil, les nuages se dissipèrent, le ciel s’éclaircits une belle journée s’annonça. Une fumée épaisse, assez semblable
256 MÉMOIRES à celle que produit l'évaporation d’un liquide bouillant, s'échappa de la mer, et, s’élevant à vingt pieds, resta stationnaire à cette hauteur. Je montai dans la grande hune; la mer et le bâtiment disparurent à mes yeux, le ciel seul se montra : cependant le navire continuait à marcher; on eût dit que nous voguions sur les nuages.
À deux heures, rous fûmes épouvantés par la vue de la terre, qui, quoique basse, se montra dans sa partie supérieure, au-dessus de la vapeur qui nous enveloppait : c'était la côte de March-Field , au sud du cap Cod, à deux milles de distance. On voulut revirer de bord, mais nos cordages étaient enduits d’une épaisse croûte de glace de huit à dix pouces de circonférence ; il fallut les battre avec des anspecte . ette opération fut longue et pénible.
Le 25, la vapeur se dissipa; la terre nous apparut dans le nord-ouest un quart ouest, à sept ou huit lieues de distance.
Le 26 à midi, nous étions en vue du cap Élisabeth , à trois ou quatre lieues de distance, et à deux heures, par le travers de l'ile de Richemond. Le vaisseau se dirigea sur le phare de Port-Land, qui nous restait au nord un quart
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nous apst, à sept
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ouest, à cinq ou six milles de distance. À quatre heures , nous nous trouvions à l’entrée du port, entre le phare qui nous restait à l'ouest, par 43° 39/ de latitude et 70° 8’ de longitude , à un quart de mille de distance, et une petite île située à l’est, à un demi-mille. À cinq heures du soir, nous étions à l’ancre.
Le 28, le jour nous montra une mer couverte de glaçons épais, qui, balayés par le courant de l’Ébe, étaient entraînés dans la mer au travers de la passe que nous avions traversée pour entrer dans le port. Ce courant est d’autant plus rapide que la baie est très spacieuse, et qu’il reçoit les eaux de plusieurs rivières. Autour du navire d’autres glaçons s'étaient amoncelés; nos embarcations s’y trouvaient comme enchaînées ; il fallut un long travail pour briser ces pesants liens. Nous manœuvrâmes du côté de l’ouest, pour nous rapprocher dela ville, et afin d'éviter le choc des glaçons quiarrivaient en masse à l’entrée du port. Le 29, au jour, la mer étant prise entre nous et la ville, toute communication nous fut interdite avec la terre. Quelques uns de nos matelots, après beaucoup d'efforts , réussirent enfin à se frayer un chemin vers la côte.