‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 12 sur 56 · PAS EN PES SE · texte numérisé non relu

PAS EN PES SE

on découvrit une petite île dans le sud-ouest, qu'on crut être celle de Bab-el-Mandeb, située à peu près au milieu du détroit. Le vaisseau fut dirigé sur ce point; mais, en avançant, on reconnut que les terres qui nous restaient au nord fuyaient dans le sud-ouest. Cette découverte étonna d’abord, et il fallut bien avouer qu’au lieu d’avoir donné dans le détroit, nous nous étions égarés dans la baie de Zeila , sur la côte d’Abyssinie. Les observations donnèrent 12° 20’ de latitude.

Nous étions alors à une petite distance de l'ile du même nom, on tâcha de remonter au nord en louvoyant.

La baie de Zeila est entourée de montagnes d’une prodigieuse élévation ; du côté du nord, elles apparaissent les unes derrière les autres, en décrivant un amphithéâtre. Vers les quatre heures , des nuages épais s’abaissèrent surleurs sommets ; l’air s’obseurcit , le tonnerre retentit à travers les collines , et l’écho des montagnes, en répétant 5es lugubres mugissements, semblait annoncer la destruction de l'univers ; jamais, dans aucun endroit du monde, un fracas aussi redoutable n’a retenti à mon oreille,

Le vent était tombé; craignant d’être surpris

par le calme dans une baie aussi périlleuse , on manœuvra pour rapprocher de l’île ; le navire jeta l'ancre vers les cinq heures sur un fond de sable par trente brasses, l'île au sudouest, les terres le plus nord en vue, au nord-

estun quart nord.

Au coucher du soleil, deux Indiens montant une pirogue formée de planches cousues, nous abordèrent sans hésiter ; ils prononcèrent à plusieurs reprises le mot de Zeila , et frappèrent du pied sur le pont , comme pour nous faire comprendre que nous y étions. L'un de nous prononça celui de Moka; ils nous expliquèrent par signes, et aussi clairement que possible , qu’au lever du soleil la brise de terre suffirait pour nous y conduire. Au moment du départ, on leur offrit quelques articles de verroterie qu'ils acceptèrent avec re: … et, se piquant aussi de générosité, ils nous pré: sentèrent des tronçons de requin : notre refus ne les offensa pas ; ils se retirérent en nous faisant un adieu amical, et disparurent dans l'intérieur de Ja baie, qui, d’après nos aperçus, doit contenir l'embouchure d’une rivière.

Notre pêche fut moins heureuse que sur le

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Cette baie ne paraît offrir aucune ressource aux navigateurs : peut-être y trouveraient-ils de l’eau , si même nos conjectures ne sont pas illusoires.

Le 6, à trois heures du matin , une brise légère de sud-ouest s’éleva; nous mîimes à la voile, gouvernant à l’est, et le vent ayant soufflé de ce point, au lever du soleil, nous obliquâmes vers le nord, pour doubler le cap Raz-Bel. Le 7. à six heures du soir, nous passimes au sud de l’île de Bab-el-Mandeb, et nous entrâmes dans la mer Rouge , avec un fort courant portant au nord-ouest. Il fallut ensuite cingler au nord pour attraper la côte d'Arabie en dedans du cap de Bab-el-Mandeb. Le 8, au jour, la terre nous parut très basse le long de la mer, et très élevée dans l’intérieur. Nous la rangeñmes à une lieue et demie de distance, conservant dix à douze brasses d’eau. À trois heures de l’aprèsmidi, à deux lieues environ de la rade de Moka. la côte était couverte de daitiers, arbres qui ressemblent aux cocotiers : c'était la premiére verdure qui reposait nos yeux depuis plus d’un

mois. Nous primes le large. manauvrant pour

tenir sur un fond de quatorze brasses, afin | d'éviter le banc de sable et corail qui cerne la ? x rade de Moka du côté du sud et qui n'offre que deux brasses d’eau, quelquefois moins. Après avoir relevé la Grande-Mosijuée à l’est sud-est, nous gouvernâmes dessus jusqu’à quatre heures et demie, et nous laissâmes tomber l’ancre par six brasses, fond de sable fin de bonne tenue , relevant la Grande-Mosquée à l’est un

quart sud-est 4° sud, et la pointe sud de la baie au sud, 3° est.

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