CHAPITRE VI
Moka. — Voyage par terre à Bet-el-Faki. — Sables mouvants. — Âne savant. — Zébid. — Question historique à résoudre, — Description. — Les femmes. — Le turban ou la mort. — Manufacture de soie et de coton.— La mauvaise rencontre.—Bet-el-Faki. — La nouvelle lune. — Vitres d’écailles de poisson. — Achat et transportdu café. — Chaleurs et moyen de s’en préserver.
Moka présentait devant nous une assez vaste étendue : à peine eùmes-nous pris position que deux grosses chelingues (1) remplies d’Arabes et de Banians vinrent nous reconnaitre. Les Arabes nous firent plusieurs questions sur l'origine du bâtiment, sur son chargement et sa destination ; ils en prirent les dimensions ainsi que le tirant d’eau, afin d'évaluer le droit d'ancrage auquel il leur plut de nous taxer, d'après un tarif plus qu'exorbitant. Ces visiteurs n'étaient autres que les employés de la douane. Les Banians nous firent des offres de
(1) Grand bateau formé de planches cousues et calfeutrécs de mousse, portant un mât et une voile.
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services pour les rafraîchissements dont nous aurions besoin pendant notre séjour en rade.
Le capitaine et le subrécargue se rendirent immédiatement à terre, et, après avoir présenté leurs hommages au gouverneur, ils entrèrent à la factorerie, maison destinée aux étrangers.
Le lendemain des catimarons ou radeaux (1) se dispersèrent dans la rade pour la pêche :
chacun était monté d’un ou de deux hommes nus , à l'exception d’un langouti ou morceau d'étoffe qui leur ceint les reins et couvre les nudités ; ils manœuvrent leur nacelle à l’aide de pagaies à deux pelles, par le double mouvement de droite à gauche et de gauche à droite, et sans changer de main.
La vilie de Moka, située sur la mer Rouge, est ie principal entrepôt de cette vaste péninsule ; son sol ne produit aucune des denrées que le commerce y va chercher. Les cafés se récoltent, en grande partie , dans le voisinage de Bet-el-Faki, ville qui se trouve à quarante lieues environ au nord de Moka , non loin du
(1) Madrier de dix pieds de long sur quatre à cinq de large, liés ensemble et formant une surface entière-
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DU CAPITAINE PÉRON. 79 canton d'Ouden, renommé par la qualité supérieure de ses produits (1).
Notre capitaine , ayant obtenu des lettres de recommandation du gouverneur de Moka pour celui de Bet-el-Faki, ainsi que de plusieurs négociants , résolut de faire partir une petite caravane pour cette dernière ville, présumant que les achats de la première mainseraientplusavantageux que ceux qu'il eût pu faire à l'entrepôt.
Le premier et le second subrécargue furent désignés pour en faire partie, ainsi que quelques uns de nos matelots. Un guide, un interprète et un détachement de soldats arabes leur furent donnés pour escorte, et tous se mirent
(1) Moka, ville considérable de l’Yémen, située dans le pays le plus aride du monde entier. Les rues et les places sant couvertes de boue, et la plupart des maisons tornbent en ruines; d’après lord Valentia , la population n’est plus que de cinq mille habitants. Depuis 1803, les Anglais se sont emparés du monopole de tout le commerce, en ne payant que trois pour cent de droit, tandis que les autres marchands étrangers paient cinq pour cent. La ville de Moka est entourée d’une muraille et possède un bon port, défendu par deux forts; son commerce d'exportation consiste en encens, myrrhe, gomme, séné, noix de galle, etc. , ct surtout en café. |
en route , bien armés et montés sur des ânes. Le trésor et les bagages avaient été chargés sur des chameaux.
Quinze jours après son départ le premier subrécargue nous donna de ses nouvelles ; il nous apprit qu'il n'était arrivé qu'après cinq jours de marche; que ses compagnons et lui avaient beaucoup souffert de l'excessive chaleur et des difficultés d’un voyage au travers de sables brülants ; que le deuxième subrécargue était tourmenté d’une fièvre violente , qu'il ne trouvait autour de lui aucune ressource pour combattre cette maladie : il priait en conséquence qu’on lui envoyât le chirurgienmajor. D'ailleurs il avait à se louer de l'accueil qu'il avait recu, tant du gouverneur que des négociants ; il avait trouvé abondance et qualité supérieure dans les cafés.
Le chirurgien-major , jeune homme plein de dévouement pour les siens, et d'amour pour les voyages, offrit de partir immédiatement ; je me proposai pour l'accompagner.
Le lendemain , 4 mars, à cinq heures du soir, nous cheminions déjà sur la route, caracolant sur des ânes ; notre suite se composail
d'un guide, d'un interprète et d'un domesti-
ms.