‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 14 sur 56 · A HT · texte numérisé non relu

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DU GAPITAINE PÉRON. 97 que. Nous marchâmes toutela nuit, ct le lendemain matin, à huit heures, nous fimes une halte à un makayah, espèce de chaumière isolée au milieu d’une plaine déserte. Cette habitation était construite avec des pieux garnis tout autour de feuilles de dattiers ; le toit était formé de ces mêmes feuilles. L’hospitalité nous fut accordée avec empressement ; ce fut un bonheur pour nous, et pour nos montures, de rencontrer cet abri contre l’ardeur du soleil : quant aux besoins de la vie, nous eussions couru le risque de mourir de faim si nous n'avions eu des provisions; l’eau même n'était pas potable. Fatigués comme nous l’étions, nous ne tardâmes point à trouver le sommeil; les nattes qu'on étendit sur le plancher nous parurent aussi douces que les meilleurs lits d'Europe.

À quatre heures et demie du soir le guide nous réveilla ; la journée de marche pour atteindre Zébid était beaucoup plus forte que celle de la veille ; il n’était guère possible d’y arriver avant dix heures du matin ; il n’y avait donc pas de temps à perdre, et pour remercier nos hôtes de leur gracieux accueil, et pour reprendre notre route.

Nous avions à franchir une plaine de sable mouvant , aussi blanc que la neige , et d’une exiguité qui le rend à peine palpable ; nos montures y plongeaient jusqu'aux genoux , et la trace qu’avaient laissée leurs pieds s’effaçait soudain. Là l'horizon n’a point de limites ; les collines ou les arbres n'apparaissent jamais : cette contrée semble déshéritée par la Providence. |

Vers le milieu de la nuit, des feux follets, sorte de météore occasioné par le dégagement de quelque gaz et la présence d’une abondante électricité, se montrèrent devant nous, à une très grande distance. Notre guide les prit pour les lumieres de la ville de Zébid, et dirigea notre route vers le point que nous avions signalé ; mais plus nous approchions , plus ces clartés semblaient reculer dans le lointain ; il reconnut son erreur, et nous dit qu’il n’y avait pas d'autre parti à prendre que de passer le reste de la nuit sur le lieu même où nous nous trouvions.

Le jour paraît, et c'est en vain que nous cher. |

chons à reconnaître la ville ; aucun indice ne présage son approche. Tout-à-coup notre guide nous fait signe de rester tranquilles ; il saute sur

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DU CAPITAINE PÉRON. 79 son âne et s'éloigne au grand galop. La présence de l'interprète, qui reste avec nous, et son air de candeur nous rassurent d’abord, mais insensiblement l'inquiétude nous saisit ; nous commençons à craindre qu'il y ait un complot formé de nous égarer dans le désert. Le chirurgien - major et moi nous reprenons nos montures , et nous voilà courant , de toute la vitesse de nos coursiers , à la recherche de notre guide. Au lever du soleil nous l’apercevons dans l'éloignement ; il sur son âne, allant et revenant sur ses pas, et décrivant de grands cercles, qu'il réitérait sans cesse en obliquant vers la droite. A l'aspect de cette évolution, la pensée nous vint qu'il pouvait avoir le cerveau dérangé; mais, comme en toute chose il faut voir la fin, nous restons immobiles, attendant qu'il lui plaise de parler.

Impassible comme le destin, il ne daigne pas nous regarder, et, nous présents, va ct revient sur-lui même plus de cinquante fois.

I s'arrête enfin, pousse un cri de joie : son âne avait retrouvé la piste du chemin.

Malheureusement, nous avions perdu six heures de fraicheur; le soleil était déjà de plusieurs degrés au-dessus de l'horizon, et ses rayons

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