‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 23 sur 56 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

côtes de Madagascar. — Baie d’Angousi. — Les femmes ; leur grâce, leur enjouement ; probité qu’elles mettent dans les relations de commerce. — Pêche de la baleine. — Richesse et beauté du sol. — Béniowski ; ses projets et sa fin tragique.

Au commencement de 1791, je partis de l'Ile-de-France comme capitaine en second sur le navire à trois mâs {4 Marie-Thérèse, capitaine Dumaine , ayant destination pour les côtes de Madagascar ; après dix jours de traversée nous entrâmes dans la baie d’Angousi.

La rade est spacieuse et de bonne tenue; elle ne forme à l’ouest qu’une demi-lune dont la pointe la plus nord nous restait au nord nord-ouest, et la plus sud, au sud un quart sudest, ce qui la rend ouverte à tous les vents de mer entre ces deux aires du côté de l’est ; mais un large plateau de corail, partant de chaque pointe, s'étend au large à une grande distance; il se rapproche ensuite de manière à ne laisse: d'autre ouverture pour entrer dans la baie que

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la largeur d'une encablure de cent quarante brasses. Les flots viennent se briser contre cette puissante barrière qui protège la baie. L'effet que le coup d'œil produit au large est assez singulier : où s’imagine que les vaisseaux qui se trouvent rade sont engagés au milieu des rochers.

Le premier jour de notre arrivée, quelques uns des chefs du pays vinrent à bord et nous offrirent des volailles , des fruits et du rizs'ils recurent en échange des miroirs, des chaudrons de fer et des chapelets de rassade (1). Les femmes les avaient suivis ; elles étaient jeunes et fraiches ; elles avaient de la grâce et une tournure élégante. Leur vètement de pagne, de couleurs et de dessins variés, relevaient l'éclat de leurs charmes; leur enjouement , leur complaisance, leur valurent nos hommages, qu’elles accucillirent avec plaisir et reconnaissance.

Les Madécasses eux-mêmes rendent à leurs femmes la justice qu'elles méritent ; ils ne les reléguent pas au fond d’un ménage; ils ne bornent pas leur domaine au cercle étroit du soin des enfants et des plaisirs d’un mari. Les

(1) Grains de verre de différentes couleurs.

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dames madécasses partagent l'empire avec leurs époux , et tandis que ceux-ci s'occupent de la culture des terres , de la chasse ou de la pêche, celles-là sont chargées des autres intérêts ; ce sont elles qui entament les négociations commerciales. Malheur à l'étranger qui s’écarte de la route tracée! il ne trouve avec les hommes du pays ni bonne foi ni sécurité ; les femmes au contraire lui offrent toute garantic; marchandes et courtières tout à la fois, elles n’ont jamais trahi la confiance; soit qu'il s'agisse d'échanges, ou d'achats de denrées , elles se conforment avec une scrupuleuse exactitude aux instructions de leurs commettants.

La culture ne semble être pour les hommes qu’un objet accessoire; la terre ne leur impose ni fatigue ni travail; après en avoir cffleuré la surface, on lui confie les semences de riz et de maïs, et, docile, elle fournit d’abondantes récoltes.

Les Madécasses sont d'une agilité surprenante à la course ; ils sont d’ailleurs très adroits à lancer la sagaie et plus encore à diriger les flèches qui s’échappent de leurs sarbacanes avec la rapidité d’une balle; à la chasse ils préfèrent ces armes aux fusils, qui cependant ne leur manquent pas.

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DU GAPITAINE PÉRO. 117

Leur exercice favori est la pêche et sumout celle de la baleine. Huit à dix hommes embarquent sur de grandes pirogues, formées de planches cousues ensemble , calfeutrées avec de la mousse, et qui ne portent qu'un mät;ils s'éloignent au large et attaquent hardiment ces énormes cétacées. On dirait qu’ils connaissent le siége où réside la vie: c’est toujours à coup sûr qu'ils frappent l'animal.

Aussitôt que la baleine est blessée, elle plonge et se roule au fond de la mer, et tente d’arracher le fer, qui, à chaque effort , semble pénétrer plus avant; quand ses forces commencent à s’épuiser, elle remonte sur l'océan, lance dans les airs deux colonnes d’eau ensanglantée, et expire bientôt après. Les Madécasses se hâtent de la remorquer à la suite de leurs frèles embarcations, et ils la font échouer pendant la haute mer. On commence aussitôt à la dépecer, et cette opération se fait avec tant d'adresse et d'activité, que, quand le flux reparait, il ne reste plus que les os, qui rentrent avec le reflux dans la mer.

Pour rendre justice à qui de droit, je dois dire que les Madécasses sont les premiers harponueurs du monde, et je n'étonne que

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nos vaisseaux baleiniers qui se rendent dans le canal de Mozambique ne cherchent pas à recruter ces hommes aussi adroits qu'intré. pides.

Les Madécasses, ainsi que tous les Indiens, mangent la chair cuite de la baleine ; ils prétendent qu'elle est plus tendre et plus délicate que celle de leurs meilleurs bœufs. Is se servent de l'huile fraiche'pour préparer leurs aliments, et quand elle a vieilli, ils la brûlent pour s’éclairer la nuit. Les fanons sont pour eux un objet lucratif de commerce.

Plusieurs navigateurs ont peint cette contrée avec des couleurs sombres et rembrunies; ils ont dit que le sol de ce climat brülant est aride et desséché ; que les habitants sont farouches et inhospitaliers : j'ai eu lieu de reconnaître que ces renseignements sont erronés.

J'ai pénétré plusieurs fois dans l'intérieur du pays ;je ne sais si la vanité nationale nous a présenté de préférence les objets qui pouvaient flatter nos yeux , mais partout la nature s'est montrée à nous dans sa fraicheur et dans son éclat: de riants bocages, des prairies émaillées de fleurs. des ruisseaux d'une eau

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DU CATMITAINE PÉRON, 119

tour gais et majestueux , tel fut le tableau que j'admirai d'autant plus que je m'y attendais moins.

Peu de temps avant de quitter notre station.

nos achats étant consommés, le capitaine me propesa de faire une reconnaissance dans l'ile et d'avancer plus loin que nous ne l’avions fait jusqu'alors. Quelques indigènes offrirent de nous accompagner ; et notre petite caravane se mit en route.

Nos guides nous conduisirent à travers des bosquets qui ne le cédaient en rien à ceux que nous avions déjà tant admirés. Un peuple d’oiseaux, errant dans le feuillage, animait par ses chants son heureux domaine ; d'immenses prairies, où paissaient de nombreux bestiaux, se présentérent ensuite devant nous; la verdure et les fleurs , imprégnées d'une abondante rosée, rafraichissaient et parfumaient Patmosphère. Ces prairies étaient bornées du côté de l’ouest par des collines que dominaient de grands arbres d’une couleur foncée : au sommet de l’une d'elles apparaissaient les débris d'un fort, et quelques pièces de bois d'une grande dimension. C'est le fort de Béniowshki.

nous dirent les ipsulaires, À ce nom, que nous

connaissions déjà, nous les pressâmes de questions, et voici ce que nous avons recueilli sur cet homme qu'on a peut-être mal jugé.

Béniowski, Polonais d'origine, avait fait plusieurs fois le voyage de l'Ile-de-France à Madagascar : il avait été frappé des avantages que cette île grande et fertile offrait à un établissement colonial. Il présenta plusieurs mémoires au gouvernement français, demandant protection et des armes : on ne l’avait pas écouté. Fatigué de l'inutilité de ses instances, mais non découragé, il s’associa quelques aventuriers , et arriva sur la côte sans armes et sans argent.

Un bâtiment se présente en rade, Béniowski le surprend ; il enlève les fusils, les canons, les munitions de guerre : ce premier succès attire auprès de lui de nombreux partisans.

Un mois après son arrivée, Béniowski se trouve à la tête de cinquante blancs et de mille Madécasses. Il partage sa troupe en trois classes : l’une est employée à la construction d’un fort ; l’autre à défricher et à cultiver la terre; et la troisième à rôder sur la côte pour assurer les subsistances de la colonie.

Déjà ce chef aventureux roule dans sa tête de brillants projets; il veut fonder une ville

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DU CAPITAINE PÉRON. 121 qu'il appellera Louisbourg, et créer un empire dont il sera le chef. Nous ne pouvons dire s’il avait les talents administratifs et militaires qu'exigeait une aussi haute ambition; on ne peut du moins lui refuser le mérite d’avoir conçu l’idée d'établir une colonie féconde en ressources, sous un beau ciel, et dans une contrée dont les communications sont faciles avec l’Inde et les côtes orientales de l’Afrique.

L'insubordination de ses sujets vint l’interrompre au milieu de ses travaux. Les dangers auxquels ils étaient exposés n'avaient pas tardé à les dégoûter ; et d’ailleurs, l’uniformité de la vie sédentaire convenait peu à des hommes habitués au désordre et au pillage. Béniowski vitses forces s’affaiblir par la désertion ; bientôt il ne compta plus auprès de lui que trois compagnons. Un détachement de grenadiers est envoyé par le gouverneur de l'Ile-de-France, avec ordre de le saisir mort ou vif; ils débarquent la nuit et marchent droit au fort. Béniowski les aperçoit; et, regardant la fuite comme indigne de lui, il met en batterie un ‘anon chargé à mitraille; il a baissé le bras pour y mettre le feu, lorsqu'une balle l'atteint

et le renverse sans vie.

Ainsi périt, vers le milieu de l'été de 1786, un homme qui eût rendu degrands services à la France, si la politique du moment n'eût pas cru devoir repousser ses offres; avec d’autres moyens , avec d’autres hommes , Béniowski eût peut-être fait ce que ses devanciers n’ont pu faire (1).

Le souvenir de Béniowski a laissé des traces profondes dans l'esprit des insulaires; leurs gestes expressifs nous prouvèrent qu'ils n’entendaient pas son nom sans respect et sans terreur. Les devins avaient déclaré qu'il était fils du soleil et qu'il était appelé à faire la conquête de l’île ;il n'enavait pas fallu davantage pour lui attirer de nombreux prosélytes pendant sa vie, et lui conserver des enthousiastes après sa mort.

Le fort Béniowski est élevé de vingt pieds environ au-dessus du sol; l’éminence artificielle sur laquelle il est bâti ressemble à un cône tronqué dont la base peut avoir cent einquante pieds de circonférence , et la partie supérieure cinquante pieds à peu près. Cette masse est soutenue en dehors, jusqu'à ia moi-

(te) Dans lun des chapitres suivants nous donnerons

quelques nouveaux détails sur Madagascar.

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DU CAPITAINE PÉRON. 129 tié de sa hauteur, par des pieux d’un bois très dur et profondément enfoncés dans la terre.

Les différentes couches avaient été alternativement fournies de terre et de poutres dont les unes étaient placées horizontalement et les autres perpendiculairement, ce qui a donné à cette construction assez de solidité pour braver l'injure des temps. Du côté de l’ouest, qui fait face aux collines de l'intérieur de Pile, un glacis se prolonge à cinquante toises de distance et communique à l'intérieur du fort; il en résulte que cette partie n’a qu’une ouverture de vingt toises. Ce glacis est recouvert de madriers épais sur lesquels, à ce qu'il paraît, reposaient les canons.

Avant de quitter ces lieux , nos guides nous mencrent au tombeau de Béniowski, à cent toises de distance au nord-est du fort: ce n’était qu'une simple fosse, et la terre ne couvrait pas entièrement le squélette : quelques parties restaient encore exposées aux injures de l'air (1).

(1) Maurice-Auguste comte de Béniowski, magnat des royaumes de Hongrie et de Pologne, nè en 1741 à Werbwna, servit à Pâge de 34 ans dans le régiment

impérial de Siébenschten, et se trouva présent aux

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Notre séjour dans la baie d’Angousi fut de quatre mois; nos opérations de commerce avaient eu tout le succès que l’on pouvait en espérer; les provisions fraîches nous avaient

batailles de Lobwsitz, de Prague, de Schweidnitz et de Darmstadt. Il quitta le service de l’empire pour se rendre en Lithuanie auprès du staroste de Béniowski, son oncle. Bientôt après il apprit la mort de son père et l’envahissement de ses biens par ses beaux-frères ; irrité de cette violence, il se retire à Krussava, dont la seigneurie dépendait de Derbowa, s’y fait reconnaître par ses vassaux, arme contre ses beaux-frères, ct parvient à s'emparer de toutce qu’ils avaientenvahi: mais, présenté à la cour de Vienne comme un sujet rebelle, il fut, par un décret de la chancellerie, dépouillé de ses biens ct forcé de s’enfuir en Pologne. Il se rendit à Hambourg, à Amsterdam , à Plymouth, où il s’appliquait à s’instruire dans l’art de la navigation , lorsque différentes lettres des magnats et des sénateurs de Pologne le rappelèrent à Varsovie. Il se réunit à la confédération qui se formait alors pour ne reconnaître le roi que lorsqu’elle aurait déclaré son élection légale ; pour s’opposer aux Russes par la voie des armes, et ne quitter les drapeaux de la confédération que lorsque les Russes auraient évacué la Pologne. Il fut envoyé , en juillet 1768, à Navitaig, pour conduire de à un régiment polonais de six cents hommes à Cracovie, mais ses tentatives pour ravitailles cette ville furent vaines; poursuivi par lacava-

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lerie russe , il fut blessé et tomba au pouvoir de l'ennemi. Échangé, il forma le projet de s'emparer du château de Lublan, sur la frontière de Hongrie; il y fut reçu par le gouverneur, et engagea secrètement plus de la moitié de la garnison à servir la confédération : son projet ayant été éventé, il fut arrêté et envoyé au général Apraxin. Ayant recouvré sa liberté , il fut attaqué par un parti de cosaques et repris. Le commandant russe l’envoya à Kiow, chargé de chaînes. Un ordre étant venu de Pétershourg de transférer les prisonniers à Cazan, Béniowski, malade, fut laissé à Nizym, où il parvint à se rétablir , et dut un instant de liberté aux instances du maréchal Czarnesky Potockzy; mais bientôt, accusé d’avoir conspiré contre le gouvernement, il fut obligé de se sauver à Pétersbourg. Il y traita avec un capitaine hollandais, pour le passer sur son bord en Hollande : mais le perfide Hollandais lelivra à un détachement envoyé pour l’arrêter. On le transféra dans le fort de Saint- Pierre et Saint-Paul avec ses camarades d’infortune. Après un an de souffrances à Tobolsk, à Tara, à Thomsky, on les embarqua le 26 octobre 1770 , à Ochoczk , et ils arrivèrent dans les premiers jours de décembre au Kamtschatka. Les malheureux compagnons de Béniowski le nommèrent pour leur chef, et se jurèrent

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nos relations avec les naturels. Avant de quitter la rade, notre capitaine voulut leur témoigner sa reconnaissance, en leur donnant une petite

fête.

solennellement une amitié et une fidélité éternelles. Le hasard fit tomber entre leurs mains un vieil exemplaire des Voyages d’Anson ; sa lecture leur suggéra l’idée de s'échapper de Kamitschatka et de se rendre aux îles Marianes. Pendant qu’ils formaient secrètement ce complot, le gouverneur ayant entendu parler du rang et des talents de Béniowski, désira le connaître; ille reçut chez lui, st le chargea de surveiller l'éducation de son ils et de trois filles qui composaient sa famille. L’intérêt qu'Aphanasie, âgée de 16 ans, prit au sort du comte, se changea bientôt en une ‘passion vive. Aphanasic ayant appris que le comte avait dessein de s'évader, se rendit à son appartement, et l’accabla des reproches les plus amers. Le comte se justifia par le déshonneur attaché à sa situation, et le besoin de lui offrir un rang qui dût relever en elle le titre de son épouse. Elle lui fit serment de le suivre jusqu’au bout de l'univers. L’intimité que cette explication établit dès lors entre Aphanasie et le comte Paida à être instruit de tout ce qui se passait chez le gouverneur. Quelques semaines après, Aphanasie alla chez lui secrètement , et lui apprit que quelques mots échappés à son père indiquaient qu'il soupçonnait le projet; elle Pinvita à ne point venir au fort. Le comte ne perd pas un instant, se met à x tête

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DU CAPITAINE PÉRON. 12 Le jour fixé pour la cérémonie, le vaisseau fut pavoisé, et vingt-un coups de canon annoncérent que la fête allait commencer.

A onze heures , les chefs du canton et leurs

des exilés, s'oppose avec avantage au détachement envayé contre lui , le met en fuite, s'empare du canon. ct le tourne avec succès contre le fort, où il pénètre avec une douzaine de ses camarades par le pont-levis ; il se rend chez le gouverneur, le conjure de se réfugier à l'appartement de ses enfants, pour conserver sa vie ; la résistance de celui-ci fut cause de sa mort. Béniowski. maître du fort par cet événement, fut bientôt en état de résister aux cosaques qui l’assaillirent, et ayant réussi par adresse à capituler avec eux, il se trouva bientôt maître de tout le Kamtschatka, et fit sans danger tous les préparatifs de son départ. Il init à la voile en nai 1971, du port de Bolsha, à la tête d’un équipage de soixante-treize hommes, douze passagers et neuf femmes , parmi lesquelles se trouvait la jeune Aphanasie, déguisée en mousse ; s’abandonnant à sa fortune, il cingla vers les côtes de la Chine, arriva le 28 août à l’île de Formose, où, après plusieurs combats avantageux contre les naturels du pays, il fit avec le souverain de l’île un traité solennel pour y revenir et y établir une colonie. Au milieu de septembre, il quitta l’île, et peu de jours après entra dans le port de Macao en Chine. {l accepta les offres qui lui furent faites par les directeurs de la compaguic française des Indes. et fit

femmes sc rendirent à bord; celles qui nous avaient servi de courtières et quelques autres y étaient arrivées la veille. En attendant le repas, la plupart de nos convives se mirent à danser sur le pont, et, dans cet exercice, ils montrèrent beaucoup de souplesse et d’agi-

voile à bord d’un bâtiment de la même nation pour la France ; il y arriva en août de l’année suivante. Il fut bien accueilli par le duc d’Aiguillon, alors ministre, qui lui offrit un régiment d'infanterie ; il l’accepta, sous la condition de former des établissements au-delà du Cap. Il partit du port de Lorient le 22 mars , et se rendit à Madagascar le 14 février 1774. Malgré les obstacles qu'il y éprouva, il parvint à former un établissement à Foul-Point , et à se faire des alliés des nations qui l’environnaient. Bientôt après, une vieille négresse venue avec l'équipage de Béniowski, ayant assuré les chefs de la nation des Sambarines que le comte était le fils de la fille héritière de Ramini, qui, ayant été prise prisonnière , avait été vendue avec elle comme esclave, les chefs, convaincus du rapport de cette femme, donnèrent à Béniowski le titre d’Armipansacabé, ou de chef suprême de la nation. La comte sut profiter adroitement d’une erreur qui semblait si bien favoriser ses projets : investi de la souveraineté , il reçut des ambas sadeurs, fit des traités d'alliance, entreprit des guerres et remporta des victoires; maïs, sentant qu’il ne pouvait se soutenir qu’à l’aide de la protection de quelques uns des

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Un coup de canon annonça l’heure du repas; les tables étaient abondamment servies, et nos

grands états de l’Europe, il se détermina à entreprendre ce voyage ; il fit inutilementdes propositions à la cour de France, à celle de Vienne et au cabinet de Saint-James. Il ne se laissa point abattre par ce défaut de succès ; il se rembarqua à Londres et se rendit au Maryland, d’où il fit voile pour Madagascar. Arrivé dans l’île le ? juillet 1985 , il prit terre à Antangara; et s'étant rendu à Angomy, il s’empara d’un magasin de vivres qui appartenait aux Français, et envoya un détachement pour se saisir de leur comptoir à Foul-Point, ce qu’il ne put exécuter à cause de la présence d’une frégate qui s’y trouvait à l'ancre. Instruit de ces mouvements, le gouverneur de l'Ile-de-France y envoya un bâtiment avec des troupes réglées qui attaquèrent le comte le 23 mai 1786. Il s'était construit à la hâte une redoute défendue par deux canons , dans laquelle il s’était retranché; il fut atteint d’une balle dans la poitrine , et ne fut retiré de derrière le parapet que pour expirer peu de temps après. Les Voyages et Mémoires de Béniowski sur la Pologne, rédigés par P.-J.-H. de Magellan, ont été publiés à Paris, 1791, 2 vol. in-8°. ( Dictionnaire historique. ) t. 9

convives firent honneur à tous les mets. La gaieté régnait sur tous les visages; aucun acci- | ee. dent, aucune querelle, ne troublèrent l’allégresse générale.

Lorsque le banquet fut terminé, les danses

recommencèrent; elles ne finirent qu’à la chute Île d

du jour. En ce moment , on parla de se retirer, ù

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