‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 24 sur 56 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Île d’Anjouan. — Le Prince-Roi; son palais et sa flotte. — Expédition du Prince-Roi contre l’île de Mayotte. — Terreur panique, — Douze hommes, dont six Français, sauvent l’armée d’Anjouan. — Bataille; déroute complète.—Le Prince-Roi vend, comme esclaves, trois cents de ses soldats , en échange de piastres et de munitions de guerre. — Embarquement. — Révolte à bord. — Arrivée à l'Ile-de-France.

Dans le courant de juin 1791, la Marie- Thérèse fut armée de nouveau; M. Dumaine fut remplacé dans son commandement par le capitaine Loiseau; je restai dans mon grade. La traite étant l’objet de la nouvelle expédition, nous appareillâmes pour l’île d'Anjouan, située entre la côte orientale d'Afrique et celle de Madagascar. Peu de jours nous suflirent pour atteindre notre destination ; nous y arrivâmes, après avoir reconnu le cap Ambre , extrémité méridionale de Madagascar (1).

(1) L'une desiles Commorres, dans le canal de Mo-

Le bâtiment mouilla dans une rade ouverte à tous les vents, depuis l’est jusqu’à l’ouest, par le nord, avec quarante-cinq brasses, sur un fond de bonne tenue.

Le capitaine descendit à terre et serendit auprès du Prince-Roi (1).

Sans être absolument blanc, le Prince-Roi avait le teint plus clair qu'aucun des habitants de son île ; sa démarche et son maintien n'étaient pas sans grâces. Il pouvait avoir soixante ans; une longue paire de moustaches, la barbe rasée sur le reste du visage, ct de beaux traits, donnaient à sa physionomie un air imposant et majestueux. Sa taille était de cinq pieds six pouces. Bien fait et d’une force athlétique , il portait avec noblesse un riche turban que surmontait le croissant, signe de sa dignité; son costume était d'étoffes fines et précieuses.

Le Prince-Roi nous reçut fort bien, et parut satisfait en apprenant que nos articles d’é-

sambique. Elle a trente-trois lieues de circonférence, est très fertile, et abonde en fruits excellents et surtouten noix de coco. Elle renferme trente mille habitants presque tous mahométans.

(1) Nom qu’on donne au chef de l’île.

cha pou sou May paye nous plus

princ clave pr'om qu'il

gate] le de poids

La

teur e couvr défen

du po toque forme pierre tende et de est cor à nou

rte st, sur

, aUu-

-Roi \abiainavoir Justare « el 1omie était d'une se un ssant , it d’é-

parut s d’é-

férence, rtouten nts pres-

change consistaient spécialement en fusils, poudre, balles et piastres. 11 se ; disposait à soumettre par la force des armes les îles de Mayotte et de Moelly, qui avaient refusé de lui payer le tribut accoutumé ; les armes que nous avions à lui fournir ne pouvaient arriver plus à propos. Comptant sur la victoire, ce prince ne marchanda pas sur le nombre d’esclaves qu'il aurait à nous livrer; il nous en promit trois ou quatre cents, et nous annonça qu'il allait expédier immédiatement une frégate pour signifier aux révoltés de rentrer dans le devoir, ou de se préparer à subir tout le poids de sa colère.

La ville d'Anjouan est située sur une hauteur et décrit un amphithéâtre, d'où l’on découvre la rade et tous les vaisseaux. Elle est défendue par un fort qui se trouve à la droite du port, et dont quelques soldats, portant une toque rouge et un turban ainsi que les Arabes, forment la garnison. Les maisons sont bâties en pierre, mais sans ornement extérieur ; elles s'étendent à droite et à gauche du fort, à un mille et demi environ de chaque côté. La population est considérable. L’empressement qu’on mettait à nous voir prouve que les habitants ont eu peu

Dei \ {| {fl {| |

134 MÉMOIRES de relations avec les Européens ; nous leur entendîmes cependant prononcer quelques mots portugais ; H$'ne comprirent rien aux questions qui leur furent adressées en anglais, en français ou en hollandais.

Cette ville n'offre aucun monument remarquable; le palais du prince mérite cependant quelques détails.

Il n’y avait devant le palais ni gardes ni valets pour introduire les étrangers ; les portes étant ouvertes, nous y entrâmes sans autre cérémonie. Cet édifice peut avoir soixante pieds de long sur quinze de large. Dans le principal appartement, le plafond a environ vingt pieds d’élévation , le pavé est en marbre blanc.et bleu, imitant assez bien la mosaique ; les murs sont peints en rouge et incrustés de petits vases de porcelaine bleue, sur un fond blanc, de la largeur et de la forme de nos soucoupes : tous ces vases se touchent à la circonférence, et laissent entre eux un vide qui fait ressortir la peinture du fond. Des rideaux de soie, sans draperie, sont placés devant les fenêtres et les portes; sur la droite on aperçoit une niche semblable à nos alcôves, et aussi élevée que le plafond ; les côtés sont.

1 eny mots stions ançais

remarendant

rdes ni 1 portes 1s autre oixante Dans le environ marbre DsaÏique ; ‘ustés de un fond de nos ent à la à vide qui s rideaux s devant on aperôves, et tés sont .

du haut en bas, garnis de glaces à cadres dorés, et d’inégale dimension. C’est dans le fond qu'est le trône : on dirait un lit antique dont le dossier serait renversé. Ce trône est d’un bois rouge odoriférant et artistement travaillé; il est enrichi de damas et surmonté d’un dais élégamment garni de la même étoffe sur le devant; les degrés sont recouverts d’un tapis de Turquie, d'un grand prix; un croissant d’un métal jaune brille au-dessus du trône, et la niche est fermée par de grands rideaux de soie et une ample draperie à franges.

L'île d’Anjouan, sans être fort élevée audessus du niveau de la mer, est couverte de collines et entrecoupée de plaines. Sur la gauche du fort, on découvre un vallon délicieux et de gras pâturages où paissent de nombreux troupeaux de vaches et de chèvres. Les habitants s'occupent peu d'agriculture : depuis quelques années , on à introduit la culture du riz, de la patate , des melons d’eau, des haricots, de la canne à sucre; mais les produits ne suffisent pas à la consommation. On a recours aux îles de Mayotte et de Moelly, et celles-ci paient un tribut annuel en toute espèce de denrées et en noirs de Mosambique.

> reve ae pie ere = ss - u ' SAS RS “se - u

Page 1