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16/4 MÉMOIRES trois infortunés qui devaient s’y trouver encore.
Notre radeau , en dérivant, s'était rapproché de l’île de Horne, et déjà nous apercevions les Malais sur la côte : j’agitai mon mouchoir en l'air pour appeler leur attention, et ce ne fut qu'après être tombés à une grande distance sous le vent que nous découvrimes un bateau qui cinglait vers nous ; un de nos matelots était au milieu des Malais.
Nous arrivâmes à r'île de Horne : M. Deschiens était sur le rivage ; il vint à moi les bras ouverts. Il faut avoir éprouvé toutel’horreur d’une situation aussi affreuse que la nôtre pour sentir ce que nous éprouvâmes en ce moment. Notre bonheur n'était pas sans mélange ; nous restions incertains sur le sort de trois de nos compagnons; nous allions nous remettre à la mer pour leur porter secours, s'il en était temps ence.c, lorsqu'ils débarquerent sur la côte.
Nous n’avions donc à déplorer que la perte d’un seul homme, celle d'un des matelots qui s’étaient jetés à la mer en même temps que moi.
M. Deschiens, qui nous avait devancés, s'était adressé immédiatement au chef de l’île et l’avait conjuré de nous envoyer une embarcation ; malgré ses instances , il n'eùt rien obtenu sans
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l'offre que le chirurgien-major fit de quelques pièces d'argent qu'il avait sauvées du naufrage.
On se rappelle que le capitaine du port d’Onrust nous avait promis un bateau pour minuit; ce bateau n’arriva que le lendemain à sept heures du soir; nous en profitâmes de suite pour nous rendre à Batavia , et nous y arrivâmes une heure après.
Nous traversâmes la ville sans autre vêtement qu'une culotte déchirée , tête nue, les pieds et les mains meurtris par les pointes de corail. Un extérieur aussi pitoyable parut aux Hollandais tout-à-fait plaisant ; nous n’entendions autour de nous que des railleries et des outrages ; ies femmes elles-mêmes, en France et partout si bonnes etsicompatissantes, riaient en nous montrant au doigt. Les Malais du moins n'avaient point insulté à nos infortunes.
A l'hôtel des Etrangers, deux officiers francais, tous deux de l’Ile-de-France, nous dédommagérent par leur gracieux accueil de la dureté que nous venions d’essuyer : c'étaient MM. Dessiette et Ruelland, commandant l’un le vaisseau la Fauvette, et l'autre le brick l’ Aimée.
D'autres naufragés venaient d'arriver à Bata-
via. Le capitaine Édouard, commandant la flûte gu la Pandore, avait été envoyé à Otahiti par le du gouvernement anglais à la recherche des mate- . lots de l’un de leurs vaisseaux qui s'étaient ré- 0 voltés. Après avoir rempli sa mission, il avait fléc fait voile vers la Chine; mais en passant le dé- tou troit de Dampierre , situé entre la Nouvelle- Le
Bretagne et la Nouvelle-Guinée, il avait donné sur un rocher ; sur cent vingt hommes , quatrevingt-cinq seulement s'étaient sauvés dans des embarcations , et n'étaient parvenus à Timor qu’au bout de vingt-deux jours. Pendant cette travrsée, chaque homme avait ésé réduit par jour à deux onces de biscuit, et à la seizième partie d'une pinte d’eau. À Timor, ils avaient trouvé un bâtiment hollandais qui les avait transportés à Batavia.
Batavia est une belle et grande ville (1), ré-
(1) Cette ville est la capitale des possessions hollan-
daises dans les Indes; son port est très commode et
très fréquenté, mais, depuis quarante ans, elle est bien
déchue de son antique splendeur ; sa population se trouve
aujourd’hui réduite de cent soixante inille à quarante-
sept mille habitants. La ville de Batavia fut prise par
les Anglais en 1811 , et rendue aux Hollandais en 1816.
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DU CAPITAINE PERON. 167 gulièrement bâtie, bien fortifiée , et défendue du côté de la mer par une citadelle : ses rues sont spacieuses et tirées au cordeau. Elle possède de beaux édifices et des temples dont les flèches s’aperçoivent à unetrès grande distance : tout dans cette ville annonce la métropole du vaste archipel de la Sonde.
Les rues de Batavia sont coupées par de larges canaux dont les bords sont couverts d'arbres élevés. Sur ces canaux on a construit des ponts dont les têtes sont défendues par de petites fortifications, destinées à tenir en respect les Malais et les Chinois; ces deux peuples vivent en bonne intelligence, et se trouvent avecles Hollandais dansla proportion deun à cent. Tous les canaux se réunissent à un plus grand quiaboutit
à la mer ; c’est par celui-ci qu’entrent et sortent les divers objets de commerce. Les bureaux de la douane sont situés à son embouchure; pour prévenir la fraude pendant la nuit, on a établi une barrière de poutres mobiles, qui, s’abais-
sant à la chute du jour, terme entièrement l'entrée du canal. Les immondices de la ville , les chiens , les chats, les chevaux morts, et même les cadavres humains, flottent arrêtés à cette barrière. Le matin j'ai vu vingt à trente cai-
mans (1) étendus surle sable et attendant leur proie.
Le climat de Batavia est son meilleur boulevard contre les attaques de l'étranger; aussi les Hollandais ne semblent-ils prendre aucune mesure pour assainir l'air empoisonné qu'on respire. Les immondices qu'on retire des canaux en les nettoyant sont déposées sur les deux bords ; on ne les fait enlever que lorsqu'elles sont desséchées. De ces boues putrides s’exhalent des miasmes pestilentiels qui, sous un ciel ardent , propagent au loin les maladies etla mort.
Une observation assez bizarre , c'est que chacun , dans cette déplorable contrée, se familiarise avec le tableau des misères humaines. A notre hôtel des Étrangers, lorsque l’un de nos habitués était absent, on annoncait froidement qu'il avait paye le tribut au elimat : ceux qui avaienteu des relations avec le défunt ouvraient leur portefeuille ; et s'il ne leur devait rien, on passait à l’ordre du jour sur la nouvelle de sa mort.
Le 15 janvier 1792, je m'embarquai, comme
(1) Espèce de crocodile.
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leur passager pour l'Ile-de-France, à bord de {« Fauvelte , capitaine Dessiette. M. Deschiens ue avait pris le parti de passer dans l'Inde sur un "88: vaisseau de la compagnie anglaise. Nous laisad sâmes tomber l’ancre à Onrust, petit île à l’est Hop de Batavia, pour ÿ prendre un chargement de Lis poivre et de café. Ayant quitté cette île le 17, r les nous vinmes échouer sur des sables qui s’étenss dent à une grande distance de la pointe de Java. rides Nous parvinmes à redresser le bâtiment. Le 18, relevant le mât de pavillon de l’ile d'Amsterdam adies à l’est, 5° est, le milieu de la petite Cambaye à l’ouest nord-ouest, 5° nord, nous échouîmes cha- encore sur des bancs de sable, à l’ouest de la nilia- première. Nous ne nous remîmes à flot qu'aes. À près avoir jeté à la mer une grande partie des e nos cafés , et défoncé plusieurs pièces de rack. Le en 23, dans la nuit, étant mouillés par six brasses # qui près des rivières Lampouse et Tanquelangue, aient nous perdimes la chaloupe ; il fut impossible rien, de la retrouver. Le 27, à neuf heures du matin, Ile de nous étions à l’ancre, par quinze brasses, vis-àvis le milieu de l’île Manchester, qui nous restait
mme
au sua un quart sud-ouest, et la pointe nord de la grande Cambaye à l’est un quartnord-est. Le lendemain à dix heures nous avions l'ile Baby
ane ? Po tlue 7 = - l'Auiniitl at LS, es A
au nord-ouest un quart ouest, et la pointe ouest des armes de Horn au nord-est un quart nord.
Le 31 à midi nous relevâmes l’île du nord au nord-ouest un quart nord, 5° nord, et la Grande Toque au sud un quart sud-est , 3° est. Le 2 février, nous sortimes enfin du détroit après dixsept jours detraversée. Nous fimes route au sud pour rattraper les vents généraux. Le 9, à deux heures de l'après-midi , l’île Noël ou Mony se montra dans l’est un quart nord-est, cinq à six lieues de distance. Cette ile inhabitée est située par 10° 30° de latitude sud et 102° de longitude orientale.
Le 1% mars nous passâmes au sud de l'ile Rodrigue, et le 5 nous jetâmes l’ancre dans le port de l'Ile-de-France.