PLAN DE L'ILJ D'AMSTERDAM, MER PACIFIQUE
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DU CAPITAINE PÉRON. 179 tuyau tourné vers la terre. La montagne dont le tiers de la circonférence supérieure aurait été coupé perpendiculairement sur le tiers correspondant de la circonférence inférieure s'élève de huit cents pieds au-dessus de la mer. Elle s'abaisse brusquement des deux côtés de la baie, et se termine par d'énormes galets que la mer y a jetés. Ces galets forment deux pointes, entre lesquelles existe un passage de soixante-seize à quatre-vingts pieds de largeur; c'est par là que les embarcations entrent dans le bassin, mais seulement quand la mer est haute.
L'aspect du bassin et de la montagne qui le cerne en grande partie indique que là était autrefois le foyer d’un volcan dont l’orifice se trouvait au centre de la partie de la montagne qui à disparu en totalité. Le feu aura miné l’intérieur à une grande profondeur, et le sommet n'étant supporté que par des bases fragiles ou trop écartées, se sera affaissé sur lui-même, laissant debout cette fraction circulaire dont l’inclinaison est à peine de 30° en plusieurs endroits. L’ébranlement d’une pareille masse à dû se faire sentir au loin; d'énormes rochers, à moitié détachés du flanc de la montagne, restent comme
suspendus dans les airs et semblent menacer de leur poids quiconque oserait y porter la main.
La baie est de forme circulaire ; elle a deux milles de tour, Au moment de la marée montante, il n'y a pour les embarcations aucun risque à courir; il y a plus de danger lorsque la mer se retire : elle s'échappe par l’issue qui lui est ouverte, avec une vitesse de huit à dix milles par heure, et dans ce moment, quoique cahne au dehors, elle forme des lames courtes et précipitées qu'il est impossible de maîtriser.
Près de l'embouchure de la baie, du côté du nord, età environ cinquante toises de distance de la côte , un rocher nu et isolé s'élève au-dessus des eaux , à une hauteur perpendiculaire de deux cent quatre-vingts pieds ; les navigateurs anglais lui ont donné le nom de Vine-Pins; je lui ai donné celui de Pain de Sucre comine donnant une idée plus exacte de sa forme.
La baie d'Amsterdam est aussi sûre que les
meilleurs ports d'Europe; avec peu de dépense
il serait facile de balayer quelques gros galets qui sont posés les uns sur les autres par couches horizontales et qui en gênent l'entrée,
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et de la rendre accessible à des bâtiments de deux ou trois cents tonneaux lorsque Ja mer est haute. Le mouillage est de vingt-sept brasses et presque égal partout. En dehors, la rade offre un bon mouillage, qui s'étend à plus de deux lieues au large, par vingt-cinq et trente brasses.
Le climat de cette île est tempéré et très sain; pendant un long séjour , mes compagnons et moi nous avons constamment joui d'une bonne santé, car je ne mets pas en ligne de compte la dyssenterie que nous a valu la mauvaise qualité des aliments auxquels nous fûmes réduits. La température , en été , est à peu près la même qu’à Bordeaux. Pendant les mois de septembre, d'octobre et de novembre, il tombe beaucoup de pluies; mais, quoi qu'en ait dit sir Georges Staunton, il ne tombe pas de neige, ou du moins fort rarement. Pendant le mois de décembre, l'atmosphère se charge de brumes très épaisses; à aucune époque de l’année le froid n'est assez vif pour faire éprouver le besoin du feu.
Le sol est d'une grande profondeur et susceptible de culture; je le crois même fertile, quoiqu'on n’y trouve actuellement qu’un très
petit nombre de plantes, telles que des mousses, des herbes courtes et fines, du céleri sauvage et du laiteron , et peu d'arbres. Les glaïeuls couvrent presque toute l’île de leurs racines entrelacées; on pourrait les arracher , et semer ou planter les productions des climats analogues ; il faudrait toutefois avoir égard, dans cette opération, au système volcanique, dont les effets se font sentir dans plusieurs parties de l’île; la fumée et l’excessive chaleur sont des indices que les feux souterrains ne sont pas éteints. L'île Saint-Paul, qui n’est éloignée que de dix-huit lieues et dont le sol offre les mêmes accidents, présente quelques arbustes de dix à douze pieds de hauteur.
On n'y rencontre qu’une seule source d’eau potable ; il y a bien quelques ruisseaux formés par les pluies, mais qui tarissent promptement, et des eaux minérales qui s’échappentau travers des rochers par de petites ouvertures, et vont se perdre dans le pourtour de la baie : aucune d’elles n’est au-dessus du niveau de la mer lorsqu'elle est haute ; il faut donc attendre qu'elle se soit retirée pour en faire usage.
Plusieurs sources jaillissent en l’air et forment des jets d’eau de la grosseur d’un tuyau de
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les légumes ; en l'absence du bois, elles peu-
vent être fort utiles.
L'ile d'Amsterdam n’est habitée par aucun quadrupède, ou du moins je n’en ai pas rencontré.
Plusieurs espèces de phoques fréquentent cette île; celle des loups marins est la plus nombreuse. On n'en voit presque pas dans les mois de septembre, d'octobre et de novembre ; | ils commencent à se montrer en décembre, et, dans les mois suivants, ils arrivent plus nombreux. Ils abordent au rivage en grandes troupes, souvent par centaines, quelquefois en moindre nombre, et même un à un.
Les mâles marchent à la tête ; leur grosseur les distingue des femelles. En arrivant, ils choisissent leur place et établissent des rangs parallèles , le long durivage, assez loin cependant pour n'être pas atteints par les vagues; ils se couchent tous, la tête tournée du côté de la mer, et celui qui en est le plus près est censé occuper la place d'honneur. Cette place n’appartient qu'aux plus gros et aux plus vaillants; elle ne s'obtient, elle ne se conserve pas sans effort.
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Les premiers qui sortent de la mer s’en emparent; d’autres arrivent, mais les moins diligents ne sont pas les moins ambitieux ; un combat sanglant est livré, etle vaincu se retire au second rang. Il y trouve aussi des'adversaires; une nouvelle lutte s'engage, etcelui qui succombe recule au troisième rang. Le plus faible ou le moins courageux est ainsi honteusement rejeté jusqu’au poste que l'on dédaigne , et qui est toujours le plus éloigné de la mer. Les jeunes mâles n’ont rien à craindre; ils traversent tous les rangs et vont se fixer au-dessus de la troupe. Peut-être cette tactique a-t-elle un autre motif que la gloire : l'amour a des flèches, et pour les hommes, et pour les monstres de l'Océan; c’est lui qui enseigne au loup marin la route que va suivre celle qui doit être sa compagne. Aussitôt que la femelle est sortie de la mer, il s’élance au-devant d'elle et la contraint de monter au lieu qu'il a choisi pour le théâtre de ses exploits de guerre et d'amour. La fidélité pour lui n’est point une loi de rigueur; ce sultan prodigue ses faveurs à vingt ou trente favorites , l’une après l’autre, et quelquefois même il jette un œil de convoitise sur celle que son voisin a choisie. Celui-ci ne cède
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DU CAPITAINE PÉRON. 159 pas sans résistance celle qu’il honora deses faveurs; un combat, plus terrible que le premier, se termine souvent par la mort de l’un des deux rivaux.
Ces rixes terribles ne s'engagent qu'entre les
mâles des deux premiers rangs, où se trou-
vent les plus forts. Ceux des troisième et quatrième profitent parfois de l’occasion qui leur est offerte ; tandis que leurs chefs et leurs vainqueurs s’abandonnent aux soins de leur vengeance, ils s’approchent du lieu du combat, et saisissant l'Hélène avec leurs dents, ils l’entraînent jusqu’à leur rang. S'ils y parviennent sans être aperçus, ils y demeurent paisibles possesseurs de leur proie, soit que les premiers l’oublient en ne la voyant plus, soit que, fatigués de la lutte qu’ils ont soutenue, ils ne songent plus qu’au repos.
L'instinct de la reproduction et le besoin de la mue sont les motifs qui expliquent l’arrivée, à époques fixes, de ces monstres dans l'ile d'Amsterdam. La mue est pour eux une crise violente; plusieurs n’y résistent qu'avec peine, et surtout les gros mâles, qui, pendant toute sa durée, se retirent dans les cavités des rochers; ils n’en sortent même pas pour aller
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186 MÉMOIRES à la mer, à moins qu'il n'y ait nécessité pour \ de w eux de se soustraire à un danger imminent. heur Lorsqu'après un séjour de six mois les mâles met abandonnent l'île, ils sont moins gras qu’au qu'à moment de leur arrivée , ce qu'il faut attribuer petit à l'épuisement du rut et aux souffrances de n'est la mue. mêrm Cette dernière maladie est commune aux fe- Le melles, mais elles n'en souffrent pas autant. petit Les femelles sont vivipares ; elles portent onze de n mois et mettent bas ordinairement dans les . au 0 mois de mars et d'avril ; elles ne font qu’un tard petit. seur:
Leur tendresse maternelle mérite une men- mâle tion spéciale ; aucun danger ne les effraie, s’il à s'a s’agit de défendre leur petit; jamais elles ne l’a- est bandonnent. C’est dans la mer qu’elles vont seur: chercher leur nourriture; à leur retour, elles Le jettentun cri d'appel, semblable'au hurlement deux des loups, et auquel les petits, du fond des ro- les 1 chers, répondent par une espèce de bêlement.
Chaque mère reconnaît celui qui lui appartient; le s ce n’est jamais qu'à lui qu’elle donne à téter. ee Bien que les petits jouent parfois ensemble, en Pr troupes de cinquante à soixante, et qu'il y ait pour
entre eux une parfaite ressemblance, il n’y a pas supé
DU CAPITAINE PÉRON. 187 de méprise à craindre. Si l’un d’eux a le malheur de perdre sa mère avant l’âge qui lui permet de se suflire à lui-même, il ne lui reste qu’à mourir de faim. La mère qui a perdu son petit erre çà et là, inquiète et plaintive ; elle n'est occupée que de sa douleur, et périt ellemême sur le lieu où elle lui a donné le jour.
Les femelles ne quittent l’île que lorsque les petits ont assez de force pour les suivre dans de nouveaux parages ; leur émigration a lieu au mois d'août, et même elle aurait lieu plus tard si elles n'étaient harcelées par les chasseurs, qui préférent leur fourrure à celle des mâles (1). Un autre motif engage les chasseurs à s'attacher à leur poursuite ; quand la mère est morte, le petit reste dans l’île, et les chasseurs sont sûrs de le retrouver.
Les petits ne vont à l’eau que vers l’âge de deux mois; pour leur début, ils choisissent les lieux où la mer ne porte que les dernières
(1) La fourrure des femelles est plus recherchée dans le commerce de la Chine; les Chinois en font des ornements et des doublures d’habits. Les Européens préférent la fourrure des mâles; elle leur convient mieux pour harnais de voiture, souliers et hottes, et elle est supérieure aux meilleurs cuirs d'Europe.
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extrémités de ses vagues ; ils s'avancent peu à défe peu et finissent par s'aventurer davantage ; lors- mier qu'ils ont plus de force et d'expérience, ils s’é- dress lancent au - dessus des flots , plongent tour à large tour, et reparaissent sur la surface, heureux de d'où leurs premiers ébats. À quatre ou cinq mois, chau ils ne le cèdent à leur père ni en adresse ni freu en courage, et entreprennent gaiement avec bless eux le grand voyage vers des contrées loin- pour taines. L
On se sert, pour attaquer ces animaux, d'un sitôt fort bâton de trois pieds et demi de longueur; casse un seul coup, appliqué sur la tête, suffit pour mers les abattre. La grande difficulté est de les sur- alba
prendre , c’est-à-dire de se placer entre eux et lerai la mer. Ils ont un instinct admirable pour se lend mettre à l'abri des accidents de ce genre; leur lieu odorat est très fin et leur ouïe très subtile ; dans moi le sommeil même , un je ne sais quoi les avertit; Q au moindre danger, ils se précipitent à la mer. plac Lorsqu'on est parvenu à les tourner , à les iso- don ler du lieu de leur retraite, il n’y en à qu’un sur] petit nombre qui échappent; on peut frapper à son! droite et à gauche sans s'inquiéter de ceux qui L ont succombé. Dans les cas de surprise, ils ne de,l
désespèrent pas d'eux-mêmes; ils tentent de se mêr
DU CAPITAINE PÉRON. 189 défendre; un chasseur novice pourrait, au premier aspect, s’effrayer de leurs menaces. Ils se dressent sur leurs quatre ailerons, ouvrent une large gueule, armée de longues dents canines, d'où s'échappe une espèce de salive épaisse et chaude. Ils aboient et hurlent avec un bruit affreux, et se jettent sur le chasseur, qui peut être blessé grièvernent s'il n’a pas assez d'adresse pour les éviter et les frapper.
La chasse terminée, il faut s'occuper aussitôt du soin d'enlever les fourrures. Les carcasses restent abandonnées sur le rivage, et la mer, en montant, les livre aux poissons. Les albatros, gros oiseau carnassier, dont je pare lerai tout à l'heure, en font aussi leur curée ; le lendemain, la plage est nettoyée, et le même lieu qui à vu une scène si sanglante, n'est pas moins fourni de loups marins que la veille.
Quand les peaux ont été enlevées, on les place sur un chevalet pour exprimer l'huile dont elles sont imbibées; on les étend ensuite sur la terre, fixées par des piquets ; lorsqu'elles sont sèches , on les met en magasin.
Les gros mâles ont généralement sept pieds de:longueur ; ils pèsent trois cents livres , et même davantage. Les femelles ont de quatre
ent quarante à cent cinquanke livres. La couleur des uns et des autres est gris plus ou moins clair lorsqu'ils ont plus®@’un an. La couleur des petits est d’un beau noir d’ébène. Ils se nourrissent tous de sèches et autres mollusques. Leur accouplement alieu de la même manière que celui des autres quadrupèdes.
Une question d'histoire naturelle, curieuse à traiter, serait celle qui fixerait la durée de la vie des loups marins. Les poissons et les animaux qui vivent dans l'eau existent plus long-temps que ceux qui habitent sur la terre. Les loups marins doivent vivre un siècle, peutêtre même au-delà ; la lenteur dans l’accroissement des petits. la vigueur que conservent les vieux mâles, malgré leur voix presque éteinte et leur poil qui a blanchi, viennent à l'appui de cette opinion.
Quelques lions marins descendent aussi sur la plage; ils sont d’un volume plus considérable que les loups marins, et paraissent vivre avec eux en bonne intelligence. Lorsque ceuxci font entendre leurs hurlements aigus, les lions marins y répondent par leurs rugissements; c’est une symphonie digne de l'enfer.
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Les lions marins ont dix-huit pieds de longueur et autant de circonférence; on tire um bon parti de leurs peaux ; on fabrique de l’huile avec la graisse dont leur corps est enveloppé jusqu’à six pouces d'épaisseur.
Les tigres de mer sont à peu près conformés comme les lions ou les éléphants, mais ils sont en général plus maigres. Ils n’ont pas, comme les loups marins, des espèces de picds de derrière; leur corps se termine en queue de poisson, et ils n'ont que les nageoires de devant fortement articulées qui les aident à se traîner sur le ventre. Cette organisation les rend lourds et paresseux ; on les approche et on les tue sans craindre de résistance. Les tigres sont de la longueur des gros loups marins, mais moins gros. Leur peau est sans duvet et n’a d'autre mérite que celui d’être tachetée de brun et de noir sur un fond blanc.
Les baleines fréquentent aussi ces parages et s’y montrent en grand nombre. À l’époque de leur arrivée, les loups marins s’éloignent; ils ne reparaissent que lorsque les baleines se sont éloignées à leur tour. On ne voit les baleines que pendant les mois de septembre, octobre, novembre et décembre.
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