‹ Mémoires du capitaine Péron sur ses voyages [microforme] :Chapitre 31 sur 56 · PR “CA EE · texte numérisé non relu

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Le poisson abonde autour de l’île et dans la baie : les espèces les plus communes sont le requin, le chien de mer, une espèce de morue, la carpe , l’écrevisse; plusieurs sont d’une excellente qualité.

Excepté les pétrels, aucune espèce d'oiseaux ne reste stationnaire dans l’île d'Amsterdam. Chaque saison amène des oiseaux voyageurs, qui tous repartent à des époques périodiques. La plupart ne séjournent que pour le temps de la ponte ou de la mue.

Les pingoins, précurseurs des loups marins, arrivent par bandes nombreuses ; aussitôt que ceux-ci rentrent dans la mer, ceuxlà prennent leur essor et ne reparaissent qu'à la saison suivante. Cette espèce de rendezvous n’amène cependant aucun rapport entre eux. Le corps droit sur les jambes, la tête en

avant, les pingoins grimpent sur les rochers par troupes de quarante à cinquante, et n’avancent que par petits bonds, aussi sont-ils très faciles à aborder ; mais leur chair est mauvaise, et les chasseurs dédaignent une proie inutile. L'époque de leur résidence est celle de leur mue, et tant qu’elle dure, ils ne vont point à la mer. Ces oiseaux , enfants disgraciés de la

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nature, ont les plumes du dos couleur vert d’eau , celles du ventre et du cou blanches comme la neige; de chaque côté du bec s’échappe un rang de plumes jaunes qui se prolongent horizontalement derrière la tête, la dépassent d’un demi-pouce, et retombent en forme de panache. Leur bec et leurs jambes sont rouges. La grosseur des pingoins est égale, à peu près, à celle de notre canard domestique. Lorsqu'ils vont à l’eau, on ne leur voit que la tête ; ils nagent très vite, surtout lorsqu'ils plongent tout-à-fait. Leurs ailes sont étroites et pendantes le long du corps; inutiles pour voler, elles leur servent de nageoires ; elles sont rècouvertes de plumes courtes très dures etembriquées à la manière des tuiles : c’est peut-être cette conformation qui les a fait appeler manchots par les naturalistes. Les pingoins ne déposent dans l’île ni leurs œufs ni leurs petits. L’albatros est le plus grand des oiseaux qui fréquentent Amsterdam: on en voit qui ont neuf pieds d'envergure. Îl est plus gros que nos oies d'Europe ; il a la tête grise, le béc très fort, long et crochu, de couleur jaune ; le dessus du corps blanc sale, le dessous blanc ; son cri ressemble à celui d'un âne qui prélude. Il est ". 13

très vorace; il dévore en un instant les cadavres des loups marins restés sur la grève ou flottant sur leseaux. La vaste capacité de son estomac, la voracité avec laquelle il poursuit, dans la vaste étendue de l'Océan et sur les rivages lointains , les animaux morts, feraient croire qu'il a été chargé par la nature d’une fonction spéciale, celle de faire disparaître les objets qui fatiguent les yeux et empoisonnent les airs. C'est avec beaucoup d'effort qu’il s'élève, surtout quand il est plein de nourriture. Avant de prendre son essor, il court pendant quelque temps sur la terre, ou sur la mer, les ailes déployées , à moins qu'il ne s’élance de la pointed’un rocher. La poule mauve , beaucoup plus petite, mais

agile et courageuse. l'attaque souvent dans l’air,et ce n’est qu'après avoir dégorgé une partie de ce qu'il a dans l'estomac qu’il retrouve assez de force pour se dérober à ses poursuites. L’'albatros ne pond pas dans l’île. Cet oiseau , ainsi que la poule mauve, n’est d'aucune res-

source pour la table.

La poule mauve, c'est ainsi que les marins nomment la poule du cap des Anglais, est un peu plus grosse que notre corbeau d’Europe , et de la même couleur. Elle a les ailes

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courtes, mais larges et fortes. Elle poursuit avec un égal acharnement les pétrels noirs , verts, bruns, noirs et blancs, qui se trouvent en si grand nombre sous ce parallèle , ainsi que tous les oiseaux aquatiques qui se nourrissent de poissons. Comme elle ne fait sa chasse que le jour, les pétrels n’abordent dans l’île qu'après le coucher du soleil; mais elle devine et fouille les trous dans lesquels ils se retirent, et en grattant finit par les atteindre ; elle n’en dévore que le cœur et le foie. La poule mauve pond ordinairement deux œufs gris tachetés de brun, de la grosseur de ceux de la poule d'Inde ; elle fait son nid sur la terre avec un peu d’herbe sèche.

Les pétrels sont de la grosseur d’un pigeon ; ils ne pondent qu’un œuf par couvée ; cet œuf est à peu près du même volume que celui de la poule d'Europe, de la même couleur, et bon à manger. Chaque espèce de pétrel paraît avoir une saison particulière pour la ponte; les mêmes trous leur servent successivement à cet usage.

L’alcyon , que les marins appellent satanique, parcequ’au moment d’une tempête il apparaît en grand nombre autour des vaisseaux

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est une espèce de pétrel beaucoup plus petite que les autres. Il est moins gros que notre hirondelle, à laquelle il ressemble; ses pattes sont extrêmement longues pour sa taille ; lorsqu'il vole, elles effleurent l'eau, ce qui peutêtre empêche ses ailes de se mouiller ; ïl est cependant assez près pour saisir avec sôn bec les parcelles de nourriture qui surnagent, imperceptibles pour d’autres yeux que les siens. On a prétendu que cet oiseau faisait son nid sur la surface de l’eau : c’est une erreur ; dans l’île d'Amsterdam, on rencontre un grand nombre de nids dans les crevasses de rochers.

La goëlette, que les Anglais appellent sylverbird, est le plus joli des oiseaux qui fréquentent l’île d'Amsterdam; elle a le dessus de la tête et les yeux noirs, le dos gris, le ventre d'un blanc éclatant, le bec et les jambes d’un rouge écarlate. Elle est très agile, et ne vit que de poissons. Lorsqu'en voltigeant sur les eaux elle découvre quelques petits poissons, elle suspend sa course, se précipite comme un trait, s'enfonce dans la mer, et reparaît bientôt, rapportant sa proie dans son bec. La goëlette fait deux pontes par an.

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tous, ainsi que les amphibies, leur subsistance de la mer.

À Amsterdam on ne rencontre aucun reptile; quelques chenilles vertes , beaucoup de mouches, voilà tout le système des insectes; et, parmi ces derniers, les cancrelats, insectes orthoptères, fuient le jour , courent très vite, rongent le cuir, et ravagent les comestibles.

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