CHAPITRE IL
Départ du Brésil. —Cap de Bonne-Espérance. — Ouragans. — Ville du Cap.— Pont de bois. — Maisons. — Propreté des habitants. — Départ. — Tempête. — Retour au Cup. — Arrivée de deux flottes, l’une anglaise et l’autre française. — Navigation pour l’Ile-de-France. — Mort tragique du capitaine Boucaud. — Nouvelle tempête. — Énergie et sang-froid des matelots français et anglais ; inertie et superstition des matelots russes et espagnols.
Il fallut enfin continuer notre navigation , et nous primes congé des Portugais; une jolie brise de l’ouest nous éloigna bientôt du conti-. nent. Après avoir été contrariés tour à tour par les calmes et par les vents, nous atteignîmes le cap de Bonne-Espérance; nous y fimes une première relâche de quinze jours pour renouveler nos provisions.
Cette colonie est située à la pointe méridionale d'Afrique (1 ) ; elle est placée par la Provi-
(1) Le cap de Bonve-Espérance est une vaste étendue de pays située à l’extrémité méridionale de l'Afrique ;
16 MÉMOIRES dence comme le point d'appui entre l'Europe et l'Asie. La ville repose sur le bord d’une plaine basse, unie, d’une assez vaste étendue, et bornée circulairement du sud-ouest au sud-est, par une chaîne de hautes montagnes dont les sommets , différents par leur forme, sont aussi différents par leurs noms. La plus.élevée de ces montagnes est celle de la Table ; c’est à ses
laquelle sépare l’océan Atlantique de la mer des Indes. L'entrée dans cette mer, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, a été l’un des plus grands événements maritimes , après la découverte de l'Amérique. Cette tentative hardie eut lieu pour la première fois en 1493, par une escadre portugaise ; mais le commandant, cffrayé par les tempêtes qui règnent presque continuellement dans ces parages, n’osa aller plus loin. Vasco de Gama partit du Portugal en 1497, à la tête d’une flotte considérable , doubla ce cap redouté , et fit voir pour la première fois des vaisseaux européens dans la mer des Indes. Les Portugais ayant négligé de former un établissement au cap de Bonne-Espérance, les Hol- Jandais commenctrent, en 1600, à y jeter les fondements d’une colonie, qui ne prit cependant quelque consistance que vers le müieu du dix-septième siècle. Ils pénétrèrent alors dans l’intérieur, ct s’y établirent après avoirchassé les Hottentots dans les montagnes. Les Anglais s’'emparèrent du cap de Bonne-Espérance le 16 septembre 1995, le rendirent à la paix d'Amiens, le re-
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DU CAPITAINE PÉRON. in
pieds que la ville est située ; à l’est de celle-ci s'élève la montagne du Diable. Le vent de sudest, si terrible et si fréquent dans ces contrées, arrive de la mer par la baie de False, où, pendant quelque temps , il s’arrête enchainé ; mais bientôt il se précipite contre ces énormes masses, lutte avec elles, et se fraie enfin une voie entre leurs deux sommets, d’où il plonge
prirent de nouveau en 1806, et l’ont enfin gardé , par suite des stipulations du congrès de Vienne. Ce territoire occupe une étendue d'environ deux cent quarante lieues du sud à l’est jusqu’à l’embouchure d’une rivière appelée Rio-d’Infante par les Portugais, et Great-Fish par les Anglais ; et de cent trente à partir du même point jusqu’à la rivière de Coussie, qui forme sa limite septentrionale ; sa population s’élève à soixante mille habitants, dont vingt-deux mille blancs. La plaine qui avoisine la mer est très fertile, de nombreux ruisseaux y entretiennent la fraîcheur, et le climat y est plus doux que dans l’intérieur ou dans les autres parties. Ce pays est traversé par trois chaînes de hautes montagnes, et on y trouve un désert de cent vingt lieues de long sur quarante de large. 11 est exposé en hiver à des pluies continuelles, et en été à une chaleur excessive. On \ fabrique beaucoup de vin et d’eau-de-vie. La colonie est divisée en quatre districts, qui sont , 1° le Cap-District dans le voisinage de Cape-Town; 2° le Stellenbosch, qui comprend toute la côte occidentale, excepté le Cap-Dis-
dans la baie avec une telle fureur, que peu de vaisseaux lui résistent. Al'ouest de la montagne de la Table on en aperçoit deux autres, qui sont désignées sous les noms de Tête et de Croupe-du-Lion ; à leur sommet sont placés quelques vétérans, dont l'emploi est de signaler les vaisseaux aussitôt qu'ils les aperçoivent au large.
Une baie très vaste et demi-circulaire borne
trict ; 3° le Zwellendam , qui s’étend le long de la côte méridionale ; 4° le Granf-Reynet, qui comprend une partie du Karrou ou désert, et les pâturages situés au pied de la montagne de Sneuwberg.
Le Cap-District est une péninsule formée à l’ouest par la mer , au nord par Table-Bay, etau sud par False- Bay;il se rattache au continent par un isthme plat et sablonneux. Le reste de la péninsule est couvert de montagnes dont la plus remarquable est celle de la Table, qui forme l'extrémité septentrionale du Cap-District ; viennent ensuite la colline du Diable et la Tête-du-Lion, située à l’est de Cape-Town. La ville est agréablement située, à l’entrée de Table-Bay, dans une plaine qui avoisine la montagne de la Table; elle contient onze cent quarante-cinq maisons, cinq mille cinq cents blancs et dix mille noirs; elle est très régulièrement bâtie , et défendue par une citadelle. Son port est en bon état. Latitude sud, 53° %’ : longitude est, 16° 5’.
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DU GAPITAINE PÉRON. 1)
la ville du nord au nord-ouest; une plage de sable, sur laquelle la mer roule incessamment ses flots impétueux, en forme les contours.
Les Hollandais ont construit un pont de bois de vingt-cinq à trente pieds de largeur et de quinze pieds environ de hauteur au-dessus du niveau de la mer, quiétablit la communication entre la villeet la baie, et s'étend à près de cent cinquante toises du rivage. Des deux côtés du pont et dans toute sa longueur sont placés des tuyaux de plomb, de quatre pouces de diamètre, dont les robinets, de distance en distance, et dans un espace de trois cents toises, versent les eaux nécessaires à l’approvisionnement des vaisseaux. Les embarcations , amar rées aux piliers de bois qui supportent le pont. recueillent les eaux à l’aide d’un long tuyau de toile goudronnée.
Deux forts à double batterie, l'un à l’est.
l’autre à l’ouest. défendent l'entrée de la rade.
La ville est peu considérable, mais bâtie avec régularité; les rues sont bien alignées. spacieuses et propres ; sur les deux côtés s’éleve un trottoir. Les maisons, de forme carrée, annoncent le goût des habitants; les toits s'étendent en plate-forme, et se termi-
D Et Palin ven à
nent par une balustrade : les Hollandais vont y respirer la fraîcheur du soir. L'intérieur est d'une propreté recherchée, mais la distribution en est vicieuse. Il n’y a pas de ménage qui n'ait des meubles d'acajou. Sur une table du plus beau poli, on place un réchaud de cuivre rouge artistement travaillé, et sur ce réchaud repose un autre vase du même métal et qui renferme le thé; à quelque instant de la journée que vous vous présentiez , le thé et le sucre candi vous sont offerts; non loin de la théière, vous apercevez une corbeille où se trouvent les pipes et la boîte à tabac ; dans l’angle de l’appartement, plusieurs petits vases carrés, d’un cuivre très clair, appellent l'attention des fumeurs.
Au jardin de la compagnie se trouvent réunis les plantes , les arbres et les arbustes des quatre parties du monde, et dans un état de végétation aussi vigoureux que sur le sol natal. On ne se lasse pas d'admirer la distribution de ce jardin et la main savante qui sait y entretenir un ordre parfait. La ménagerie n’est pas moins remarquable par le choix des animaux que l’on y retient; j'y vis, dans toute leur force et leur vigueur. le tigre, le léopard.
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le lion, le zebre, la gazelle , les singes de la grande espèce, et l’autruche, le premier et le plus fort des oiseaux.
Le chargement des provisions étant opéré, il fallut songer à cingler vers l'Ile-de-France. Une forte brise de mer nous aida à tourner le cap de Bonne-Espérance, et à nous placer à l'est du banc des Aiguilles, à l'entrée du canal de Mozambique. Les vents d'ouest continuant grand frais, nous marchions avec une vitesse de sept à huit nœuds par heure , et, sans le chargement du vaisseau et l'agitation des flots qui s'élevaient comme des montagnes autour de nous, notre marche eût été plus rapide encore , et, en peu de jours, nous nous serions rapprochés des tropiques, mais il nous fallait doubler la pointe méridionale de Madagascar.
Déjà nous étions à égale distance des côtes de cette île et de celles de l'Afrique, lorsqu'une voie d'eau de quatre pouces fut aperçue dans la cale. Le premier jour , le jeu des pompes suffit pour l'épuiser, mais le lendemain l’eau avait reparu avec d'effrayants progrès ; malgré un travail assidu, nous reconnûmes qu'elle ne subissait aucune diminution. Le vent passa subitement de l’ouest à l’est; la mer, cédant à sa
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no
24 MÉMOIRES violence, entr'ouvrit ses abîmes ; ses flots , se précipitant sur les flancs du navire et repoussés dans leurs chocs, s’élançaient irrités à
cinquante pieds au-dessus de nos têtes, et re-
tombaient sur le pont comme une immense nappe; tout ce qui s'y trouvait était balayé. L’effroi devint général ; nous étions à cinq cents lieues à l’est du cap de Bonne-Espérance, à deux cents de la pointe méridionale de Madagascar, et à six cents au moins de l’Ile-de- France. Le vent nous défendait de marcher en avant, et les plus légers retards pouvaient entraîner les plus grands désastres : le retour au Cap était notre unique moyen de salut.
Grâce au zèle de l'équipage, et à la précision des manœuvres, nous aperçûmes en peu de jours la côte d'Afrique, et nous reprimes enfin notre ancienne station. Nous étions alors au mois de juillet, qui correspond à celui de janvier en France , et par conséquent au cœur
de l'hiver. Les vents d'ouest, qui, pendant cette
saison. règnent dans ces parages, rendent la baie de la Table peu sûre ; celle de False l’est encore moins. Quoi qu'il en soit, il fut résolu d'v attendre la belle saison.
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DU CAPITAINE PÉRON. 29 mois ; ce temps fut employé à réparer autant que possible nos avaries.
Pendant notre séjour, deux escadres parurent le même jour dans la rade , l’une française aux ordres du comte d'Estaing, et l’autre anglaise. À la nouvelle de la paix qui leur était parvenue, les deux escadres avaient suspendu les hostilités et retournaient en Europe. Le Sévére, vaisseau de l’escadre française, périt en arrivant au port. Tous les vaisseaux étaient entrés dans la baie par un fort vent de sud-est; ils furent obligés d'alonger leur bordée jusqu'au fond pour venir prendre le mouillage sur l’autre bord ; le Sévére poussa si loin la sienne que, n'ayant point assez promptement viré de bord vent devant, il eut le malheur d’échouer. Itira le canon en signe de détresse, mais la chute du jour et l’agitation de la mer empêéchérent de lui porter secours; l'équipage parvint cependant à se sauver. Un vaisseau de l’escadre anglaise n'échappa que par un heureux hasard à la même destinée. Un coup de vent avait brisé ses câbles, au moment où ses mâts de hune étaient calés ; il se trouvait sans gouvernail , et ne pouvait manœuvrer pour éviter la pointe de Pile Robin, située à lPentrée de la baie;
jeté parini les brisants, et ballotté d'un rocher à l’autre, il erra pendant plus de deux heures, jusqu'à ce que le même vent de sud-est l'eùt repoussé vers la pointe nord de l'ile, d'où il gagna le large.
Les travaux pour les réparations de notre navire n'avaient point répondu à l'effet qu'on s'était proposé; la voie d’eau subsistait toujours, ne donnant plus, il est vrai, que vingt pouces par heure , au lieu de trente-quatre : mais les deux pompes royales du Sévère nous ayant été accordées, et ces pompes réunies aux nôtres nous mettant à même de rejeter cent cinquante barriques d’eau par heure, uotre inquiétude s'évanouit, et nous remîmes à la voile dans les premiers jour de février. Une polacre à trois mâts, de Marseille, commandée par le capitaine Boucaud, marcha de conserve avec nous, ayant aussi sa destination pour l'Ile-de-France; les signaux de reconnaissance , pour le jour et la nuit, furent convenus, en cas de séparation.
Notre navigation s'annonça sous d’heureux auspices ; des vents légers et venant de l’ouest au nord rendaient la marche du vaisseau douce et rapide. Les houles de la mer étaient creuses,
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mais sans écume; notre compagne de voyage ne nous perdait pas de vue, et il s'était passé peu de jours sans avoir des nouvelles les uns des autres. Nous étions pleins de joie et d'espérance, forsqu’un événement affreux vint jeter la consternation parmi nous.
Le capitaine Boucaud avait profité d’un calme profond pour se rendre à notre bord; il était accompagné de deux officiers qui s'étaient embarqués comme passagers pour l'Ilede-France. Notre commandant s'empressa de leur faire fête ; on leur offrit à dîner, et, autant que le permettaient nos ressources, le banquet fut brillant et recherché. Malheureusement on dépassa les bornes de la tempérance : les vins et les liqueurs avaient été servis avec profusion.
Sur les cinq heures du soir, une forte brise du sud-ouest étant survenue, le capitaine Boucaud annonce qu’il veut retourner à son bord ; en vain on lui fait observer qu'il est imprudent de s'exposer, dans une frêle embarcation , sur une mer aussi agitée , que probablement le calme renaitra avant la nuit, et qu’à tout événement il peut rester au milieu de nous jusqu'au lendemain. Les deux officiers
La) x.
26 MÉMOIRES ÿ qui l'avaient suivi se joignent à nous; mais , pr | en dépit de nos prières , le capitaine Boucaud, ht | la tête troublée par les fumées du vin, persiste dans sa détermination. 11 hêle son canot et part seul; son bâtiment met en panne pour l’attendre, et il n’y aborde qu'après avoir couru { mille dangers. À peine est-il monté sur son bord, qu'il hisse son pavillon, et tire sur nous
j au | un coup de canon à boulet, forçant en même À |! temps de voiles pour nous joindre. Il arrive 1 à notre travers , et, saisissant un énorme portevoix, il nous crie de lui rendre à l'instant ses
passagers, et nous menace, en cas de refus, de nous couler.
si U Le capitaine Boucaud était d’un caractère | naturellement doux et sociable; jusqu’à ce moment nous n'avions éprouvé de sa part que
de bons procédés ; il ne fallait donc attribuer cet emportement qu'au trouble momentané de sa raison. Tous les officiers de son bâtiment s’'empressent autour de lui et cherchent à mo- | € dérer sa fureur : de notre côté, nous lui ré- | \ | pondons que le mauvais temps à seul empêche ses deux passagers de partir avec lui; qu'ils
{ à sont restés de leur plein gré, et que le lende-
main ils retourneront À son bord. Rien ne
nous ; mais ; ine Boucaud, vin, persiste son canot et nne pour l'ats avoir couru nonté sur son tire sur nous ant en même andre. il arrive énorme porteà l'instant ses cas de refus ,
d'un caractère ; jusqu'à ce de sa part que donc attribuer nomentané de son bâtiment erchent à mo- , nous lui réseul empêche ec lui; qu'ils que Île lendebord. Rien ne
DU CAPITAINE PÉRUN. 27 peut l’apaiser; il court comme un furieux de l'avant à l'arrière de son vaisseau, jurant et menaçant de nous exterminer tous. Dans sa marche précipitée , il franchit le bastingage, et saute dans les grands porte-haubans. Son portevoix lui échappe des mains, il se baisse pour le reprendre; mais, n’ayant point saisi d’une main assez ferme le hauban qui devait le retenir, il tombe à la mer. Nos embarcations et celles de la polacre sont lancées à l’eau , mais en vain nous cherchons à le retrouver ; l’infortuné avait disparu pour toujours.
Un autre accident, quelques jours après, nous enleva un de nos mousses. Il s’'amusait à grimper le long de l'écoute de la grande voile d’étai; la violence du vent était telle qu'il fut jeté à dix toises dans la mer; il conserva assez de présence d'esprit pour crier lui-même : Un homme à la mer! La polacre qui était derrière nous vint à son secours, mais au moment où on allait le saisir il fut englouti.
Trente-trois jours s'étaient écoulés depuis notre départ du Cap, et nous n’étions encore qu'à la moitié de l'embouchure du canal de Mozambique. à la même hauteur où nous
avions dû terminer notre premier voyage, Jus-
28 MÉMOIRES qu'à ce moment la polacre nous était restée fidèle ; mais par le méridien de Sainte-Marie , extrémité méridionale de l'ile de Madagascar, des grains violents nous surprirent : la séparation devint inévitable; les vents augmentaient de force d'heure en heure, la mer devenait extrêmement turbulente.
Il était quatre heures de la nuit : des nuages très bas accouraient de l'ouest à l'est avec une prodigieuse rapidité; le vent, toujours impétueux, saute subitement au sudest, et sans qu'on ait eu le temps de diminuer les voiles, le vaisseau change de direction, et est jeté sur le stribord. Le tonnerre retentit; l'horizon est enflammé, la foudre tombe et brise le petit mât de hune ainsi que la vergue, qui dans leur chute renversent et entraînent à la mer les deux mâts de perroquet; la porte du four s'ouvre, le feu se déclare à l’entrepont, et, dans cet affreux moment, les vagues, poussées par des vents contraires, se heurtent, s'élancent vers les nuages, et semblent se confondre avec eux.
Notre équipage , au depart de France, était composé de quatre-vingt-un hommes, moitié Russes, moitié Français; au Cap, nous avions
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DU CAPITAINE PÉRON. 29 pris un renfort de vingt-cinq hommes, Anglais et Espagnols.
Les Russes et les Espagnols, désespérant du salut commun, se jettent à genoux ; les mains tendues vers le ciel , ils supplient Dieu de leur faire la grâce d’une bonne mort, et lui demandent le pardon de leurs péchés.
Le capitaine Moreau jette sur les périls qui nous environnent le coup d'œil du sang-froid et de l’audace ; il donne ses ordres avec calme et précision. Les Français et les Anglais, tout
confiants qu'ils sont dans l'assistance de la divinité, se réunissent et redoublent d'efforts ; les écoutes des huniers sont coupées, et après quinze minutes des plus cruelles anxiétés, le navire se relève. Mais pendant ce court et terrible intervalle le feu avait étendu ses ravages dans l'entre-pont; la fumée sortait par les écoutilles en épais tourbillons ; les mâts et les vergues qui étaient à la traîne étaient ramenés par les vagues toujours furieuses contre le flanc du vaisseau ; ils le frappaient à coups redoublés, et les manœuvres qui les retenaient menacaient de s’engager dans le gouvernail.
Malgré les ténèbres et l'incertitude qu'elles jetaient dans nos travaux , les manœuvres sont