CHAPITRE IV
Côte d’Angola. — Traite des noirs. — Rivière d’Embrist. — Baie de Cabinde. — Continuation de la traite. — Moyens pour corriger les torts de la nature. — Superstitions, — Jugements de Dieu. — Funérailles. —Séjour à Saint-Domingue. — Retour en France,
En mars 1785, après douze mois de séjour à l'Ile-de-France, un demes parents n'offrit une place d’officier sur un bâtiment qu'il destinait à faire la traite sur la côte d’Angola, côte occiu-ntale d'Afrique (1); les instructions étaient
porter les noirs à Saint-Domingue, et de prendre ensuite la route de France. Le naviresur
(1) Angola, petit royaume de la côte occidentale d'Afrique , situé immédiatement au sud du Congo. On donne le nom de la côte d’Angola au territoire qui s’étend du cap Lopez-Gonsalvo à Saint-Philippe de Benguëla , depuis le premier jusqu’au douzième degré de latitude sud. On évalue sa superficie à trois mille lieues carrées. Le sol en est très fertile,eton y récolte du maïs, des patates douces, des ignames, des oranges, du sucre, des dattes, etc... ; on y trouve aussi des mines d'argent, de cuivre, de fer et de sel.
lequel j'allais m’embarquer était {a Constance, capitaine Santo, du port de trois cent cinquante tonneaux ; il sortit le 19 mars du Trou-Fanfaron, et le lendemain 20, le pilote nous démarra pour nous mettre à l'entrée de la rade. Nous mouillâmes en dehors du Pavillon, par vingtcinq brasses , fond de sable et de corail. Enfin, le 22, à dix heures du matin, le capitaine s'étant rendu à bord, nous appareillâmes , et l'on gouverna à l’ouest sud-ouest, avec jolie brise de sud-est.
Nousaperçümes presque aussitôt sous le vent un vaisseau qui paraissait marcher dans la même direction que le nôtre : des colonnes de fumée qui s’échappaient de son centre nous firent soupçonnerqu'il éprouvait quelque chose
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Q Q A Q Q . 1! \'4 d’extraordinaire. Peut-être avait-il tiré le ca- … , . . . ( non de détresse ; la direction contraire du vent ° . Ê ! . . e pouvait avoir emporté le bruit loin de nous. ; Nous nous dirigeâmes immédiatement sur D ; Le on no lui : ce bâtiment était {4 Nouvelle-Entreprise, mA ms da capitaine Bruneau, venant de Trinquemale .
LI 4 ’ d sel ile Ceylan. Peu de jours après son départ, un . . . ÿ a coup de vent avait brisé son gouvernail et une : : . A . Ke l partie de sa mâture: sa marche avait beaucoup à no
souffert de cet accident ; il était en mer depuis
Constance , tcinquante ‘rou-Fanfaus démarra rade. Nous , par vingtcorail. Enle capitaine illâmes, et , avec jolie
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soixante jours et manquait de vivres. Notre capitaine lui envoya toutes les provisions dont il put disposer, et lui offrit même de le remorquer jusqu’à l'ile Bourbon, plus facile à atteindre que celle de France, qui se trouvait trop au vent; en effet, nous conduisimes la Nouvelle-Enireprise jusqu'au mouillage de Saint-Denis.
L'île Bourbon ne disparut que le 29 au matin; nous la relevions à l’est. Jusqu'au 15 avril , les vents changèrent fréquemment : ce même jour nous eûmes connaissance de la pointe Natal.
Le 14, nous croyant sur le banc des Aiguilles, on jeta la sonde sans trouver de fond. Le 15 au matin , un de nos meilleurs matelots tomba de la grande vergue à la mer ; il fut impossible de le retrouver. Du 16 au 24, les vents furent variablesetlamer agitée:ce dernier jour, à midi, le cap False fut relevé nord-ouest un quart ouest; et celui de Bonne-Espérance , ouest un quart nord-ouest. Le même temps ayant continué, nous ne doublâmesle promontoire quele1“mai, dans la nuit, et nous entrâmes le lendemain seulement en rade, à neuf heures du matin, par six brasses fond de gravier, la Croupe-du- Lion au sud - ouest , et les terres les plus nord au nord-ouest un quart nord. Les vents
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46 MÉMOIRES nous y retinrent jusqu'au 14 mai suivant.
À notre départ, nous gouvernâmes au nord nord-ouest jusqu’au 16° de latitude, et alorsau nord-est, pour rapprocher la côte, dont nous eùmes connaissance le 25 dans la nuit. Nous laissâmes arriver au nord nord-est. Le 26 à midi, 15° 37’ de latitude sud, au coucherdu soleil, la sonde rapportait quatorze brasses, fond de gravier : à minuitnous ne trouvâmespas de fond avec une ligne de cinquante brasses. Le 27, à midi, le chapeau de Saint-Philippe de Benguéla nous restait à l’est un quart sud-est, deux milles de distance; la latitude était de 1 2° 18. De là nous apercevions la ville, qui nous parut considérable ; les Portugais y ont établi des salines. La sonde nous rapporta un fond inégal de vingt, trente, quarante, trente, vingttrois et vingt-huit brasses. jusqu'au matin du 30. Nous eûmes la vue du vieux Saint-Philippe de Benguéla, qui nous restait par notre travers à l’est un quart nord-est , avec un fond de vingt-huit brasses. Les observations donnèrent 10°25/ de latitude,et, pendant les vingt-quatre heures de cette journée. les sondes rapportèrent vingt-sept, vingt et une, dix-huit, seize, quatorze, seize, et dix-sept brasses. Le 51, nous
CAPAn, PONS
ji suivant.
es au nord et alorsau dont nous nuit. Nous t. Le »6 à coucher du rze brasses, Juvàmes pas > brasses. Le Philippe de art sud-est, était de 12° le, qui nous y ont établi rta un fond rente, vingt- Lu matin du int-Philippe r notre tra- . un fond de s donnérent ingt-quatre des rapporhuit, seize, Le 51, nous
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reconnûmes la pointe Palmarendo au nord-est un quart nord. Pendant la nuit, on ne trouva point de fond avec soixante brasses de ligne: à huit heures du matin, nousvîimes le clocher de Saint-Paul de Loango, à l’est sud-est, 5° est.
Le 1‘ juin, nous n'étions qu’à une lieue de la rade de Saint-Paul, qui nous restait à l’est un quart sud-est. La ville est protégée par un fort; nous n'avions point encore vu sur cette côte d'établissement portugais aussi considérable.
Le lendemain, sur leshuit heures, deux noirs furent aperçus sur le rivage. Le capitaine fit embarquer huit matelots et deux officiers, avec ordre de s'informer s’il y avait moyen d'ouvrir sur ce point quelque opération de traite. Nous continuâmes de prolonger la côte au nord ; mais, au coucher du soleil , le canot n'ayant point reparu, l'inquiétude nous prit et nous mouillâmes par douze brasses. Une lanterne fut hissée à la tête du grand mât, et d'heure en heure on tira le canon. Enfin le lendemain, au jour naissant, le canot fut signalé à une distance de cinq à six milles derrière nous ; il nous aborda vers les neuf heures.
L'officier commandant rapporta qu’il avait
été arrêté à quelque distance de la côte par la violence des lames; que les noirs l'avaient anerçu et s'étaient mis en mer pour lui porter secours; qu'il était monté sur leur embarcation avec deux de ses hommes, et qu'un noir était resté en otage sur le canot. Arrivé à terre, il avait été bien traité par les habitants du pays, et le matingue, c’est ainsi qu'ils appellent leur chef, lui avait conseillé de prendre mouillage dans la rivière d'Embrist, qui se trouvait plus au nord , offrant toute sécurité pour l'ancrage; il lui avait assuré que sur ce point les opérations de la traite s’ouvriraient immédiatement.
Nous appareillâmes en conséquence pour la rivière d'Embrist ; et le navire y entra à quatre heures du soir par douze brasses. fond de sable blanc, le cap de ce nom à l’est un quart sud-est, et le milieu de la baie au nord-est un quart est ; notre latitude était de 7° 50’.
Le 4 au matin, six hommes armés et un officier furent expédiés au rivage. Deux noirs, se qualifiant de courtiers, les accompagnèrent à leur retour; ils donnèrent au capitaine l’assurance qu'il pourrait traiter immédiatement de deux à trois cents nègres, ce qui le déter-
ite par la l'avaient lui porter r embarqu'un noir jé à terre.
itants du appellent re mouilse trouvait pour l’ane point les immédia-
ce pour là ra à quatre s. fond de tun quart iu nord-est 7° 90”.
‘més et un Jeux noirs, ipagnérent bitaine l’asédiatement ii le déter-
inina à descendre à terre ; l’instant de son débarquement fut annoncé par cinq coups de canon. L’entrevue avec les chefs eut lieu de suite, et en peu d'heures les conditions du marché furent arrêtées.
Un comptoir fut établi par les noirs à deux milles de la côte, au milieu d’une cour spacieuse , fermée de palissades et entourée d’arbres nombreux et touffus ; il se composait de trois huttes, couvertes de feuilles de cocotier, qui, dans un espace assez rapproché, furent destinées . l’une à recevoir les esclaves, l’autre au magasin, et la troisième à la cuisine.
Après avoir pris quelques mesures de précaution, nos marchandises d'échange furent transportées dans cet établissement. Le premier jour, neuf noirs furent achetés et expédiés à bord; et jusqu'au 24 on traita de soixante-neuf, tant hommes que femmes. Le prix de chacun d’eux consistait dans une ou deux pièces de toile de
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… de verre).
À roirs et quelques chapelets de rassade
. coton bleu, dite guinée, une ou deux pièces … de nicanèse, espèce d’étoffe de coton fond blanc rayée d’autres couleurs, un ou deux mi-
rains
Le 25, ne voyant plusparaître aucun noir. le
capitaine appareilla pour Cabinde. Nous jetâmes l'ancre à une lieue de laterre, vis-à-vis le Zaïre, fleuve très rapide et dont l'ouverture a plus de quinze milles de largeur: ses eaux portaient au nord-ouest et charroyaient des arbres entiers avec une vitesse de quatre milles à l'heure. Ce ne fut que le 11 juillet que nous atteignimes la rade de Cabinde; nous y primes position par quatre brasses , fond de vase molle , la pointe de Cabinde à l’ouest sudouest, demi-lieue de distance.
Cette baie , ouverte du nord au sud-ouest à tous les vents de l’ouest, forme une échancrure assez profonde du côté de l’est, d'où l'on aperçoit l'embouchure de quelques petites rivières. Les ressacs, qui, dans la nouvelle et dans la pleine lune, se font sentir avec violence, rendent l’arrivage à terre difficile.
Sur cette plage , comme à Embrist, les noirs nous firent un établissement composé de quelques cases ; ils se prêtèrent à tous nos désirs de la meilleure grâce du monde, et s’offrirent même à transporter nos effets sur leur dos.
Nos opérations marchèrent aussi rapidement qu’à Embrist ; seulement, on préférait dans les échanges la poudre à canon, les fusils et l’eau-