‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 19 sur 59 · LORD CASTLEREAGH, MARQUIS DE LONDONDERRY · texte numérisé non relu

LORD CASTLEREAGH, MARQUIS DE LONDONDERRY

AU CARDINAL CONSALVL

Aix-la-Chapelle, ce 27 octobre 1S48.

Éminence ,

Permettez que je vous présente M. Stratford Canning, qui aura Thonneur de remettre cette lettre à Votre Éminence. M. Canning est depuis quelque temps notre ministre près la Confédération helvétique. Il fait actuellement son premier voyage en Italie, uniquement pour voir ce pays si intéressant, et pour se soustraire à raffliction que lui a causée la perte de sa jeune et aimable épouse. En le présentant à Votre Éminence comme un jeune homme de beaucoup de mérite , j'ose la prier de lui accorder, pendant son séjour à Rome , un accueil favorable et sa protection toute-puissante.

J*ai r honneur d'être avec les sentiments les plus

distingués, de Votre Éminence, le serviteur très-fidèle

et très-dévoué ,

Câstlëreàch.

LE MÊME AU MÊME

Roy. farm., 15 mars 4819.

L'affectueux intérêt que Votre Éminence a toujours .pris au sort de ma sœur Octavie m'impose le

de l'Empereur l'avait adoptée pendant le règne de son fils. Mais nous avons en notre possession plusieurs lettres écrites par elle et datées de Ronae : elles sont toutes signées ainsi»

pénible devoir de vous annoncer la triste fin de sa malheureuse maladie* La violence de sa toux , à son retour en Angleterre , donna les plus fortes raisons de braindre qu'elle avait porté le dernier coup à sa santé. Le climat d'Irlande était bien loin de pouvoir diminuer sa maladie , et Fimpatience qu'elle eut de retourner dans les environs de Londres , lorsque la saison était encore défoyorable, doit être regardée comme une cause qui a accéléré sa movi. Mais elle était inévitable , et dans cette persuasion ^ je ne sais pourquoi nous nous plaindrions que la Providence ait soudainement abrégé son existence , qui dans les dernières périodes souffrit considérablement. Elle est morte telle qu'elle a vécu , en pensant et en sen* tant plus pour les antres que pour elle , et comme elle fut toujours sensible aux égards flatteurs de Votre Éminence, j'ai cru devoir vous faire connaître en détail sa perte , qui est pour nous d'un grand regret y sûr que Votre Éminence donnera aussi à sa mémoire une partie de cet intérêt qu'elle a obtenu pendant sa vie.

Lady Castlereagh se joint à moi dans tous les sentiments d'égards personnels^ et soyezsère, Émineikce, de mon invariable respect et de ma haute considération.

CASTLKfiBAGB.

LORD ELLENBOROUGH, BEAU-FRÈRE DE LORD GASTLEREAGH, AU CARDINAL CONSALVL

Le S avril 4819.

Très-estimé ami ,

Vous avez appris depuis longtemps déjà, par lady Sandwich , la plus cruelle nouvelle qui pût vous arriver, c'est-à-dire celle de la mort de mon incomparable épouse. Je sais combien vous aurez souffert de cette perte indicible , qui m'est survenue si inopinément, qu'il me semble encore rêver, et qu'après quatre semaines je ne puis parvenir à la comprendre. J'ai résolu bien des fois de vous écrire , mais je n'ai pas eu le courage de le faire. Cependant je tâcherai de vous donner quelques détails qu'il ne vous sera pas désagréable d'apprendre. Au milieu de la désolation où je me trouve, enveloppé par la mort de la femme la plus aimable, de l'épouse la plus chère qui fût jamais, j'ai à remercier Dieu de la manière qu'il lui a plu de la rappeler à lui. Qu'elle soit morte dans mes bras , ses frères qu'elle aimait tant lui serrant les mains , les médecins les plus célèbres étant autour d'elle, qu'elle ait montré une fermeté et une tranquillité d'âme vraiment chrétiennes, et une résignation aux volontés de la Providence digne de son noble cœur et de la pureté de toute sa vie ; voilà de nouveau des sources de consolation et de paix intérieure ; voilà des marques de la bienveillance du Ciel

qui commandent toute notre gratitude. Je ne pense jamais sans frémir à ce qui aurait pu arriver. Je l'imagine quelquefois morte en Italie , loin de moi, de ses parents, des secours de la médecine ; d'autres fois je rimagine morte dans une auberge , quelquefois dans la maison de son vieux père. Mon cher ami, il vaut mieux ainsi. Dieu nous a fait la grâce de la rappeler sans l'exposer à plus de douleurs, et bénissons sa main consolatrice. Puisqu'il n'y avait plus d'espoir de la conserver, puisqu'une vie prolongée n'aurait été qu'une vie de souffrances continuelles , ne devons-nous pas nous résigner comme elle se résigna , et suivre son saint exemple en bénissant la main qui nous punit ? Nous avions eu l'hiver le plus doux qu'on eût éprouvé jamais en Angleterre, sans neige et sans glace. Elle ne fut jamais exposée au froid , par l'attention continuelle de sa mère. Jusqu'à la nouvelle année elle était aussi bien portante qu'à Rome ; mais alors la maladie commençait à faire de très-rapides progrès. Figurez-vous combien nous est arrivé subitement le coup , lorsque je vous dirai que les médecins qui la voyaient à trois heures de l'après-midi croyaient qu'il y aurait encore six semaines ou deux mois , et que tout fut fini avant une heure après minuit. Dernièrement le cœur fut attaqué; je ne crois pas, par ce que l'on me dit, qu'elle est morte de cette ancienne maladie , qui ne fait jamais de si rapides progrès. Vous, qui la connaissiez, vous fne croirez lorsque je vous dis qu'en

in INTRODUCTION.

pensant à toute sa vie, je n'y trouve rien qui ne soit bon , aimable , noble , vertueux , digne de son carac* tère et de sa famille. Quand verra- t-6n une femme qui lui ressemble ? J'attends une lettre de Florence qui me décidera peut-être à y aller pour veiller sur le perfectionnement d'un buste d'Octavie , que Bartblini aurait dû finir il y a six mois. J'ai besoin de ce buste pour faire ériger un monument dans l'église où est enseveli tout ce qui était mortel^ de ma femme, et où j'espère reposer moi aussi. Si je vais à Florence, je passerai certainement par Rome, et je reverrai l'ami le plus fidèle et le plus estimé qu'eût mon Octavie. Je re verrai aussi avec plaisir tous les lieux où je jouis d'un bonheur si parfait avec celle qui m'a été ravie. Loin de vouloir fuir les sentiments douloureux, j'aime à les rappeler en me retraçant de toutes les manières possibles son souvenir adoré. Ainsi je crois lui rendre les hommages dus. Je n'ai écrit qu'à vous senl , en vous ouvrant mon coeur , pour que vous connaissiez le sien. Notre douleur est commune, quoiqu'elle soit de nature différente.

Je vous prie de croire à mon sincère attachement, avec lequel je me dis de vous, le très-dévoué et trèsobligé ami ,

Elleicborough.

LE ROI LOUIS XVffl AU CARDINAL CONSALVI.

Mon cousin, au moment où j'apprends l'heureuse conclusion de l'importante négociation que j'avais

entamée avec le Saint-Siège , mon premier mouvement est celui de la plus vive gratitude envers le Saint-Père , aux pieds duquel je vous prie de déposer l'hommage de ma filiale vénération. Ace sentiment s'en joint un autre,. non moins juste ni moins doux^ c'est celui des obligations que la Religion, l'Église de France , mon peuple et moi en particulier , nous avons tous à la constance, à la sagesse et à l'habileté de vos travaux dans la conduite de cette grande ' affaire. Recevez donc mes remerctments , recevez les témoignages de mon estime et ceux de mon amitié , à laquelle, je l'avoue, je mêle un peu d'amourpropre, car le jugement que j'avais, il y a vingtquatre ans , porté sur Monseigneur Consalvî se trouve aujourd'hui pleinement justifié par le cardinal secrétaire d'État. Sur quoi je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.

Louis.

A Paris , ce 5 septembre i 81 9.

LE COMTE DECAZES, MINISTRE DE LOUIS XVm,

Monseigneur,

Votre Éminence a rendu à l'Église de France ,s à la Religion , au trône du Roi Très-Chrétien , le plus éminent service qu'il pût recevoir d'elle. Le cœur paternel de Sa Sainteté doit jouir de ce bienfait, elle en peut jouir en toute sécurité de conscience, et

dans la confiance profonde du bien qu'elle a fait et du besoin qu'éprouvent le Roi et son gouvernement de répondre à cette confiance et de la justifier. M. le comte Portails a entretenu Votre Éminence des moyens à employer , et de la marche à suivre , relativement aux Chambres, pour l'érection des nouveaux sièges ; il me renvoie à son retour pour connaître votre opinion , dont j'ai d'autant plus besoin , qu'est grand mon désir de ne rien faire qui ne soit agréable à Sa Sainteté et conforme aux règles et aux ' convenances.

Le Roi a témoigné lui-même à Votre Éminence sa haute reconnaissance : il me permet cependant de vous en renouveler l'assurance , et de vous dire que la modestie seule de Votre Éminence a empêché Sa Majesté de lui en donner les marques éclatantes et publiques qu'elle voulait lui en oflFrir.

En m'apprenant que vous avez bien voulu> me mettre aux pieds de Sa Sainteté , et qu'elle a daigné accueillir avec bonté et indulgence l'humble hommage de ma vénération et de mon profond et respectueux dévouement. Votre Éminence m'a pénétré de reconnaissance. J'ose la prier de solliciter de Sa Sainteté la continuation de cette indulgence , et de lui parler de mon zèle , qui s'efforcera toujours de la justifier et de mériter la confiance qu'elle a bien voulu m' accorder et dont j'espère que je ne cesserai d'être digne.

J'apprends avec bien de la douleur, par-M. de

INTRODUCTION. iVà

PortaliSy que Votre Éminence est encore souflFrante. Je sais que le poids des affaires Taccable, et qu'elle leur sacrifie son repos et les soins que réclamerait sa santé ; elle ne doit pas oublier cependant combien elle est nécessaire pour l'accomplissement du bien qu'entreprend Sa Sainteté.

Permettrez-Yous y Monseigneur, aux sentiments que doit un fidèle à son pasteur , que je recommande à vos bontés auprès de Sa Sainteté Monseigneur Tarchevêque de Bordeaux , . mon archevêque dont j'ai appris depuis ma jeunesse à vénérer les vertus et lès hautes qualités ^y dans le diocèse duquel vil mon père et toute ma famille et sont toutes mes propriétés ? Si je savais un prélat plus vénérable , j'en parlerais de préférence à Votre Éminence , mais il n'en est aucun à l'élévation duquel l'Église de France et les fidèles ne fussent plus empressés d'applaudir. Le Roi l'honore personnellement, et M. le duc d'Angoulême se rappelle avec reconnaissance que ce fut le premier prélat qui, dès le 12 mars 181 4, le salua comme le fils 'de nos rois et appela les bénédictions du Ciel sur lui.

J'oserais bien aussi parler à Votre Éminence des titres de M. Isoard si je ne craignais d'abuser de sa bienveillance ; je sais d'ailleurs ce qu'elle a de bontés pour lui , et je n'aurai pas la témérité de croire que mon intérêt y puisse rien ajouter.

* L'archevêque de Bordeaux était alors Monseigneur Daviau du Bois de Sanzay.

M. le comte Portails veut bien se charger d'exprimer à Votre Ëminence toute la reconnaissance dont je suis pénétré pour les expressions si pleines de bienveillance de sa lettre , et pour les marques d'estime et de confiance que je reçois d'elle et que je mettrai ma gloire à justifier. Je la prie de daigner en accueillir avec bonté la nouvelle assurance , avec rhommage du respectueux et inviolable dévouement avec lequel je su», Monseigneur , de Votre Éminence , le très-humble et très-obéissant serviteur ,

Le comte Degâzes.

Paris, ce 47 septembre 4819.

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