‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 29 sur 59 · L. DE SÀiNt-LEir · texte numérisé non relu

L. DE SÀiNt-LEir

Rome, 30 septembre 4St1.

Monseigneur,

Les lettres que Votre Ëminence m'envoya hier arrivèrent à temps, avant que j'eusse cacheté mon paquet.

Je suis infiniment reconnaisssuit à Votre Ëminence de la communication qu'elle a bien voulu me faire de la note et de la circulaire de M. de Strogonoff (mal écrites toutes les deux, à oe qu'il me paraît), dont , n'ayant pas été sorti depuis quelques jours , je n'avais point encore connaissance. Voilà donc le Rubicon passé.

Sans égard au, schisme , plus d'une fois les Papes se sont prononcés, dans les siècles passés, pour sau-

ver les Grecs en faisant combattre les infidèles. Serais-je visionnaire en supposant que le moment serait beau pour un Pape aussi généralement vénéré que Pie VII d'influer d'une manière grande et brillante sur les destinées de l'Europe , en se faisant le médiateur pour l'expulsion des Turcs, et l'établissement de nouveaux États, sans agrandissement quelconque pour les États voisins? Ne pourrait-il pas résulter un bien immense d'une démarche glorieuse qui consoliderait, d'une manière toute nouvelle et conforme aux circonstances de nos jours, la dignité et la considération du Saint-Siège ? L'empereur Alexandre en serait frappé.

L'Europe sent qu'elle a besoin d'un médiateur pacifique dont la puissance ne soit pas matérielle , et une démarche faite promptement, avec, la sagesse que Votre Éminence y mettrait, serait certainement accueillie avec respect par toutes les Cours.

L'amitié de Votre Éminence me rend assez hardi pour lui dire un avis que tout autre, excepté elle, trouverait peut-être téméraire de la part d'un individu qui certainement n'a point le droit de vouloir offrir des conseils à elle.

Sans doute. Votre Éminence avait déjà eu la bonté de me communiquer les notizie du 4 ; comme Votre Éminence n'en a pas reçu datées de la fin du mois, il me paraît démontré qu'une dépêche, soit du 31 juillet, soit du V' août, n'est point arrivée.

Je suis avec respect et dévouement, Monseigneur,

de Votre Éminence, le très-humble et très-obéissant serviteur,

NiEBUHR.

Palais Savelli, le 2 décembre 4821.

LE COMTE DE SAINT-LEU (LOUIS BONAPARTE, EX-ROI DE HOLLANDE), AU CARDINAL CONSALVI.

Monseigneur ,

La visite que je devais à Votre Éminence, en sortant de chez Sa Sainteté, avait aussi un but secondaire : je voulais lui demander un nouvel acte de bonté et peut-être de justice. Je prie Votre Éminence de me permettre de le faire par écrit, afin de ménager son temps précieux.

Je viens prier Votre Éminence de ne pas trouver mauvais que le colonel Armandi , pensionné de Sa Sainteté , et qui demeure chez moi '^ porte , comme tous les autres anciens militaires décorés depuis longues années , au moins le ruban de ses ordres à sa boutonnière. Ce militaire regarderait comme une dégradation d'en être empêché , et quant à moi , je recevrais par là, avec gratitude, Fassurance que la

^ Ce colonel ou général Armandi, que le Pape pensionnait et auquel Louis Bonaparte avait le malheur de donner l'hospitalité, fut Tun des membres les plus actifs de toutes les Ventes de Carbonari. Il conspira; en 4834 , il prit les aroies contre la Papauté. Il trompa ainsi la bonne foi évidente de celui qui signait L. de Saint'Leu. Longtemps après le coup d'État du 2 décembre 4854 , Ârmandi, ancien général des Sociétés secrètes, mourut dans la sinécure de bibliothécaire du château de Saint-Clôud.

demeure de cet officier près de moi ne lui a pas fait perdre la protection et la bienveillance de Sa Sainteté et celle de Votre Éminence.

Je saisis avec autant d'empressement qne de plai-> sir l'occasion de renouveler à Votre Éminence Révérendissime y ]es sentiments de ma profonde estime et de la plus haute considération.

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