LE PRINCE DE HESSE-HOMBOURG AU CARDINAL
GONSÀLVI.
Étant infiniment redeviible de toutes les bontés que Votre Éminence a bien voulu me témoigner , j'ose encore la supplier de vouloir ajouter celle, si l'occasion s'en présente, de déposer aux pieds de Sa Sainteté mes sentiments du respect bien profond que son auguste personne m'inspire. Je fais des vœux bien sincères que la santé de Votre Éminence se
remette bientôt , à laquelle tant d'intérêts se rattachent, tant pour ceux qui ont le bonheur de vous connattre personnellement, que tant d'autres que des rapports d'affaires lient à la personne de Votre Éminence.
J'ai l'honneur de me dire avec une considération bien distinguée , de Votre Éminence , le très-humble et très-obéissant serviteur ,
Louis , PRINCE DE HeSSE-HoMBOTJRG.
Rome, ce 11 février 1823.
Palais Savelli , le U février 1 823.
Monseigneur ,
Je remercie très-particulièrement Votre Éminence de la bienveillante communication des dépèches de Madrid, qui éclaircissent d'une manière très-intéressante plusieurs points que des articles des journaux français laissaient dans une grande obscurité. Je regrette beaucoup que Monseigneur le Nonce paraît s'occuper moins des négociations de l'Espagne avec l'Angleterre, dont l'importance est pourtant supérieure à toutes les autres. Mais il est évident que, à côté de tant d'autres défauts du caractère national , un secret connu d'un grand nombre d'individus de la plus grande diversité de caractères et d'opinions, est cependant parfaitement gardé en Espagne.
Je priai M. de Fuscaldo de dire à Votre Émi-
nence en mon nom que je lui demandais la pennissicm de lui écrire sur un sujet dont je m'étais {lyroposé de lui parler. Les conférences de M. de Laval nous privent presque , nous autres , de ce précieux avantage. Quel malheur qu'on né' peut pas le limiter à un certain espace de temps ^ comme les orateurs anciens I
Ce sujet , c'est la permission d'exporter .là statue de Diane de l'héritage Golonna, dont j'ai fait Tacqui-. sition, et que j'ai payée pour le Roi, qui en a eu un plaisir très-marqué. Votre Éminence a bien voulu me donner l'assurance que la permission sera accordée ; voudra-t-elle aussi daigner me dire dans quelle forme je devrai la solliciter formellement? Il me semble que, comme il s'agit d'une affaire qui regarde le Roi, je ne peux pas convenablement m'adresser à la Commission, mais que plutôt je devrai, écrire officiellement à Votre Eminence. La décision ne presse pas ; il me suffit, pour le moment, de l'avoir soumise à la réflexion de Votre Éminence , afin de me dire ce que je dois faire; seulement, il m'importe que tout soit arrangé avant que je quitte Rome, et ce moment approche avec une extrême rapidité. Je sens bien que cette démarche est un grand sacrifice que je fais à ma femme, et qui certes lui est dâ; ce n^est pas seulement un avenir très-incertain , maiis la conscience intime de tous les avantages que j'abandonne qui me serre le cœur. De tous ces avantages il ne me restera , en çeu de semaines , que le souvenir et
la reconnaissance; ces sentiments seront ineffaçables, et, avant tout,! ils se dirigeront vers Votre Éminence. Ayant étudié Rome tellement en détail que j'en emporterai l'image la plus minutieusement exacte dans ma mémoire , je désire profiter des bontés de Votre Éminence pour lui recommander deux objets qui se sont présentés à mon esprit, précisément dans les courses que je fais maintenant pour dire adieu à . tous lefe endroits qui me sont particulièrement chers. J'ose me flatter que Votre Éminence voudra bien s'en occuper, aussi un peu par bonté pour moi.
I. Dans la salle ronde du vase de porphyre, au musée du Vatican, l'intention de Pie VI était de faire placer les grandes statues , placées autour du vase , sur des bases de cipoUin , ou plutôt incrustées en cipoUin, et ornées d'un bas-relief antique. Or, il n'y a que trois , ou tout au plus quatre , de ces bases en marbre; peut-être la révolution est -elle survenue lorsqu'on n'avait achevé que cela; les autres sont en bois ou en stuc de cipollino; le marbre des bases qui ont été achevées est d'une variété peu commune, mais enfin il est à supposer qu'en le cherchant on parviendrait à en trouver d'autres morceaux pareils, et une petite différence ne serait observée que d'un œil très-exercé , et comme on se le forme seulement par un très-long séjour à Rome; mais les bases provisoires sont indignes du local.
II. Un des plus superbes monuments des antiquités de Rome, la Porta maggiore, est dans un état aban-
donné qui m'a toujours fait une profonde peine. Le chemin par lequel on monte dans Tintérieur est tellement couvert d'ordures,' qu'il faut toute l'ardeur d'un antiquaire pour le tenter. Je supplie Votre Éminence de vouloir bien y passer pour s'en convaincre, et pour ordonner que tout ce qui occupe et cache la façade du côté de la ville , à droite de la rue en sortant, soit abattu, et que la sentinelle ait la consigne d^empêcher qu'il s'y accumule des immondices. — L'escalier devrait aussi être raccommodé ou plutôt fait. — Ensuite , je suppose que des murs barbares dans l'intérieur du monument, audessus des portes, pourraient être enlevés sans nuire en rien à la solidité de ces immortelles murailles; des architectes en décideront. — Tout ceci n'exige qu'une dépense tellement modique, que plusieurs fois j'ai songé à demander la permission de faire exécuter ces travaux à mes frais. Un travail beaucoup plus considérable, mais infiniment intéressant, serait de faire une excavation devant la façade dont j'ai parlé, afin d'arriver jusqu'au niveau de l'antique via Lavicana^ et de découvrir la partie encombrée du monument. Il y a des raisons à croire que, dans le seizième siècle, on avait fait une fouille de ce genre, et que de là dérivent les dessins de Gamucci et d'autres auteurs de ce siècle.
Voilà mes derniers vœux , lesquels , comme tels , auront peut-être quelque titre à être accueillis par
Votre Éminence.
h ' Il
\^t INTRODUCTION.
Ce E'est pas sans éiDotion que j'offre cette fois à Votre Ëminenoe rhommage de mon respect et celui de ma vive reconnaissance et de rattachement dévoué avec lesquels je suis, Monseigneur, de Votre Éminence , le très-humble et très-obéissant serviteur.
NiEBUHR.