LE CARDINAL FESCH AU CARDINAL CONSALVI
Eminence Révérendissime ,
Je viens pleurer avec vous le grand Pape dont vous avez été le grand ministre. Au nom de toute la famille de l'empereur Napoléon , que l'immortel Pie VII a protégée jusqu'à son dernier jour , je dépose sur ce tombeau entr' ouvert l'hommage d'une reconnaissance filiale, et nous désirons tous que, dans ce douloureux moment, vous sachiez que nos cœurs ne vous séparent pas du saint Pontife qui vous avait choisi pour son conseil et pour son ami.
Le nom de Votre Éminence est attaché d'une manière indissoluble à ce pontificat qui devance la postérité et qui est déjà accepté comme une des gloires de l'Église. Vous devez vivre pour le perpétuer dans le Sacré Collège et pour donner à tous l'exemple de
Foubli des injures. Depuis longtemps^ Votre Emînence le sait bien, je na'honorais d'être votre obligé et votre serviteur reconnaissant; aujourd'hui que votre deuil ^ pour ainsi dire privé , devient un deuil pour la sainte Église romaine, permettez- moi d'ajouter que je suis et serai toujours votre ami le plus respectueux et le plus dévoué,
J., CARDINAL FeSCH.
2i août 1823.
LE COMTE DE NESSELRODE, VICE-CHANCELIER DE RUSSIE, AU CARDINAL CONSALVI.
L'Empereur, mon auguste souverain, m'a chargé d'un devoir que je remplis avec une douloureuse émotion. En apprenant la mort du vénérable Pontife dont vous fûtes le glorieux ministre , Sa Majesté a voulu qu'en dehors des offices diplomatiques un hommage tout particulier fût rendu à vos incontestables services et au génie que vous avez déployé dans les plus solennelles circonstances. Je viens donc^ au nom de l'Empereur, remplir ce devoir, qui, pour votre cœur brisé par une perte irréparable, sera, je l'espère, une consolation.
Sa Majesté, qui portait au saint vieillard si cruellement éprouvé une affection presque filiale, tenait Votre Éminence en très-grande estime , et à diverses reprises elle s'est fait un bonheur de vous la témoigner. Reconnaissant de tout ce que vous avez fait de sage et de beau dans l'intérêt de la société chré-
tteDne et plus spécialement dans celui de ses peuples, r Empereur veut prendre part à votre deuil et vous assurer de sa plus sincère affection .
Après avoir été Tinterprète des sentiments de Sa Majesté, que Votre Éminence me permette de lui exprimer tous mes regrets et de lui offrir Thommage de mon respectueux attachement.
Nesselrode.
45 septembre 4823.
Les consolations arrivaient de tous les points de TEurope à celui qui, comme Rachel, ne voulait pas et ne pouvait pas être consolé. Le 13 octobre 1823, la comtesse Thérèse d'Appony lui mandait :
Rome, ce 43 octobre 4823.
C'est avec une reconnaissance extrême et le plus sensible plaisir que j'ai reçu avant-hier soir des mains du comte Parisani la bonne lettre que Votre Éminence a bien voulu m'écrire. Vous avez la bonté. Monseigneur , de mettre un prix à l'attachement que nous vous portons, mon mari et moi, qui, si cela était possible, devrait l'accroître encore, mais cela est impossible. On ne saurait vous regretter plus que nous le faisons; on ne saurait vous aimer ni plus respectueusement ni plus tendrement; on ne saurait désirer plus chaudement tout ce qui peut contribuer sinon à votre bonheur, du moins à votre tranquillité. Nous sommes liés à vous par l'attrait, la sympathie et la reconnaissance. Rien ne saurait affaiblir janàais
nos senlimenis. Et si, comme j'en suis persuadée, !a véritable amitié a aussi ses miVacles , je veux espérer que la sincérité de nos vœux portera bonheur à Votre Éminence.
Nous avons depuis quelques jours des ouragans continuels et beaucoup de pluie. Ce n'est rien pour nous; mais c'est tout pour vous, Monseigneur, et c'est sous ce rapport que nous en sommes désolés et même inquiets. Je crains que vos promenades à dos d'âne ne soient suspendues, et j'en espérais tant pour le retour de vos forces !
Nous avons eu le plaisir de voir le cardinal Arezzo avant-hier soir ; il a passé la soirée d'hier à Albano , et comptait continuer aujourd'hui son voyage à Naples. Les cardinaux Pacca et Testaferrata sont allés aujourd'hui villeggiai^ à Villa-Lucia près de Monte- Porzîo, et le cardinal Galeffii est allé passer deux jours à Albano.
La duchesse de Devoushire a la persévérance d'y rester encore ce mois-ci, je crois. Nous avons toujours étonnamment peu d'étrangers. J'ai vu M. ^de Marcellus, ci-devant chargé d'affaires de France à Londres, dans la loge du duc de Laval, hier au soir, et ce matin sur ma table j'ai trouvé la carte de lady Drummund, mais aussi voilà tout.
Nous avons diné hier avec le duc de Laval et les cardinaux français à Villa-Torlonia. La maîtresse de la maison comptait faire sa cour au Pape aujourd'hui à deux heures.
Si je me laissais aller au plaisir de vous parler. Monseigneur, je devrais craindre de vous fatiguer; j'aurai donc le courage de me priver d'une aussi agréable occupation, et je me bornerai à. vous répéter que vous êtes l'objet de nos regrets, de notre tendre affection et d'une éternelle reconnaissance.
Votre dévouée servante et amie ,
Thérèse Appont.
P. S. — Je n'ai pas besoin de vous dire, Monseigneur , que si jamais vous aviez besoin de livres français dans votre solitude, toute la bibliothèque de mon mari est à vos ordres. Il a de bons mémoires dans sa collection. Plus vous disposerez de tout ce qu'il a et plus vous le rendrez heureux. Je vous présente ses plus tendres hommages.
Le 22 janvier 1824, le duc de Blacas, son vieil ami , lui faisait des plans de vie nouvelle et des offres de service dont le Cardinal ne devait même pas connaître la teneur.
Monseigneur,
Je viens de recevoir la lettre dont Votre Éminence m'a honoré le 6 de ce mois, et quoique je sois peiné de ses souffrances, je crois cependant entrevoir daps ce qu'elle me dit sur sa santé qu'elle en est moins mécontente; et j'aime à me flatter qu'elle se rétablira assez bien pour que Votre Éminence puisse exécuter son ancien projet de voyage en France, où je serais
si heureux de la voir. Elle sait que j'ai un appartement à ses ordres , et qui ne sera jamais occupé que par elle. Je ne saurai^ lui exprimer le plaisir que nous aurions, madame de Blacas et moi, à voir Votre Éminence , à lui témoigner tous les sentiments qui nous attachent à elle ; et nous le désirons d'autant plus, que je suis persuadé que le climat de la France vous serait salutaire. Je ne veux pas fatiguer Votre Éminence par de nouvelles instances , et je me bornerai à l'assurer encore une fois du bonheur qu'elle nous ferait éprouver en se rendant à nos souhaits.
Nous sommes inquiets de la santé du Saint-Père , et si les maux dont il souffre sont tels en effet qu'on nous les représente, son pontificat n'aura pas été beaucoup plus long que celui de Léon XI.
Vous saurez probablement déjà qu'une contrerévolution a éclaté au Brésil , et que c'est sous les auspices du soi-disant empereur que le roi de Portugal a recouvré son autorité en Amérique. Voilà un bien bel, un bien noble exemple; le siècle où nous vivons est fertile en événements, et l'on ne peut désespérer de rien quand on reconnaît partout la main invisible qui dirige tout.
Votre Éminence aura su les mesures qui ont été une suite d'une publication intempestive que Votre Éminence n'aurait pas laissé faire; il faut espérer cependant que les choses s'arrêteront là, et je le désire beaucoup.
Les affaires continuent en Espagne à ne point aller, comme on pourrait le souhaiter; il semble même qu'il s'y forme de nouvelles guérillas, et je doute que sans nos troupes la tranquillité pût s'y maintenir. Je ne vois cependant prendre aucune mesure efficace pour remettre l'ordre et pour l'assurer à l'avenir.
Le moment de nos élections approche; les libéraux s'agitent, mais ils chercheraient en vain à troubler la paix publique. La France est trop riche et trop heureuse pour ne pas vouloir conserver le repos dont elle jouit, et la prospérité qui accroît chaque jour promet son bonheur futur.
Je rends mille grâces à Votre Éminence de son intérêt pour moi et pour tous les miens. Ils sont assez bien dans ce moment-ci ; madame de Blacas et sa mère font tous leurs compliments à Votre Éminence, et je la prie de recevoir une nouvelle assurance de la fidèle amitié et du tendre Tespect de son très-humble et très-obéissant serviteur ,
Blagâs d'Aulps.
Paris, ce 22 janvier 1824.
Cinq jours auparavant, le 17 janvier, le roi George IV de la Grande-Bretagne , dont l'active amitié fut si chère au cardinal Consalvi et si utile à l'Eglise, lui adressait cette touchante dépêche :
Monsieur le Cardinal,
le m'empresse de témoigner à Votre Éminence tout le plaisir que m'a causé sa lettre du 1 5 décem-
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