‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 43 sur 59 · A L'EMPEREUR DES ROMAINS · texte numérisé non relu

A L'EMPEREUR DES ROMAINS

Par la miséricorde divine les cardinaux j évêqiws, prêtres et diacres de la sainte Église romaine.

« Sacrée Royale et Impériale Majesté Apostolique, salut et sincère charité dans le Seigneur.

)) Les grands et immortels triomphes des victorieuses armées de Votre Sacrée Majesté nous avaient apporté la joie et l'allégresse. La nouvelle de la mort

santé. Dans ce moment, il est dans un bien meilleur état que lors de sa promotion. Comme on ledit communément, et comme nous le saurons, il doit y avoir une aulre raison.

» Maintenant nous vous demandons si vous voulez suivre le premier exemple ou plutôt le second. Nous, qui vous avons eu à côté de nous pendant plusieurs années, qui vous avons tenu pour homme d'honneur, pour digne ecclésiastique r nous ne pouvons mettre en doute lequel des deux partis vous prendrez. Par le premier, vous couronnez vos jours de gloire ; par le second , vous vous couvrez de honte, et vous donnez un exemple trop détestable et pernicieux. Cher Cardinal, prenez courage et ayez confiance dans Taide du Seigneur, qui vous assistera , nous l'espérons , comme nous le lui demandons de toute la sincérité de notre cœur, en vous donnant a\ec affection notre paternelle et apostolique bénédiction.

» Plus P. P. VI. »

i Vers Tannée 800, Charlemagne rétablit en Occident l'Empire romain , qui , dans l'histoire ecclésiastique et profane , s'appelle taatôt TEmpire, tantôt le Saint-Empire ou mieux encore le Saint- Empire romain. Les empereurs d'Allemagne se disaient empereurs des Romains. L'Église leur accordait volontiers ce iitre, qui, le 26 décembre 1805, disparut avec le Saint-Empire lui-même, à la paix de Presbourg, conséquence forcée de la bataille d'Âusterlitz.

tit MÉMOIRES

du très-saint , très-bon et très-grand pontife Pie VI est venue, trè^auguste Empereur, comme un coup de foudre, nous jeter dans la douleur. Quel deuil plus grand pouvait fondre sur la sainte Église de Dieu ? Quelle douleur plus amère pouvait saisir nos cœurs ? Votre Sacrée Majesté comprend assurément , mieux qu'il n'est possible de l'exprimer, la gravité des circonstances où la mort d'un tel Pontife laisse l'Église. Ce n'est point ici le lieu de glorifier les actes éclatants de ce saint Pontife : la douleur où nous a plongés sa mort , les angoisses où nous sommes , ne nous le permettent point.

» Au milieu de tant de troubles , de tant de tristesses, de tant de désastres, dans un âge avancé, dans les épreuves de la maladie , dans les privations de toute sorte, ^armi les travaux les plus accablants, quelle vertu , pour ne point rappeler tous ses antres titres à l'admiration! tîuelle fermeté d'âme, quelle constance, quelle douceur, quelle patience, quelle fidélité , quelle piété ! Illustre et grand Pontife , la renommée de ses vertus a couru chez tous les peuples ; il a ravi d'admiration le monde entier, les hommes éloignés de la foi aussi bien que les catholiques. L'Église pleure justement un pareil Pontife ; avec raison elle s'empresse de glorifier son nom, de le combler de louanges, et ne trouve de consolation qu'au souvenir du bel héritage de gloire et de vertus dont il l'a enrichie.

» Jamais y très-auguste Empereur, la sainte Église

DU CARDINAL CONSALVL î«3

de Dieu n'a été , par la vicissitude des choses , plongée dans un si grand deuil au pied du trône de son défenseur et de son protecteur. Jamais, comme en ce jour, elle ne se vit entourée de toutes parts d'ennemis acharnés, en proie à leurs coups, et menacée, après la mort de son chef, de voir presque chanceler et s'effondrer tous les appuis qui la soutenaient. Dans ces conjonctures, sur qui portera-t-elle ses regards , vers qui tendra-t-elle ses bras, très-auguste Empereur, si ce n'est vers vous, César, que nous voyons par sa piété, sa religion, sa foi, l'éclat de toutes les vertus enfin, non-seulement égaler, mais encore surpasser les Princes qui ont vécu dans les âges passés , mérites qui feront l'étonnement de nos descendants ?

» C'est un effet des conseils divins que l'Église ait trouvé en vous seul ses Constantin , ses Théodose et ses Charlemagne , dont le souvenir vivra béni dans la reconnaissance des siècles. De toutes les nombreuses et violentes attaques que l'Église a essuyées, nulle n'avait montré comme en ce jour, très-puissant Empereur , quel lien étroit unit la dignité , la sécurité de l'Église et de TEmpire. Vous le comprendrez aisément si vous considérez que ceux qui se montrèrent ennemis de l'Eglise sont vos ennemis. Que la dignké de l'Église disparaisse, et le pouvoir des Princes tombe comme 9 hélas 1 trop de tètes couronnées l'ont vu de nos jours.

)) Ramenez l'Église de Dieu à son smtique splen-

deur, très-pieux Empereur, et les ennemis du pouvoir royal trembleront effrayés devant le glaive puissant qui protège le Saint-Empire. Il n'est rien, César, que rÉglisé ne se promette de votre religion, de votre piété et de votre munificence. Ses droits, ses biens, sa fortune, son autorité, elle les recommande à Votre Sacrée Majesté; elle se met sous votre protection et votre garde ; toute son espérance est en vous. Vos grandes vertus , votre foi lui sont connues ; son espoir ne sera point trompé.

» Pour nous, nous prions ardemment^ et nous nous promettons votre aide, votre secours, votre protection. Nous les demandons avec d'autant plus de confiance en ce moment, que nous devons à votre bonté et à votre piété d'être réunis en conclave, dans une des possessions de votre Empire, pour procMer à Téleclion d'un nouveau Pontife. Enfin, nous supplions Dieu, très-bon et très-grand, de vouloir conserver longtemps Votre Royale, Impériale et Apostolique Majesté, de vous accorder prospérité et bonheur, et de bénir tout ce que vous entreprendrez pour votre bien , pour le bien de la religion et des peuples.

» Donné à Venise, au Palais patriarcal, dans notre Congrégation générale , sous les sceaux de nos trois chefs d'ordre.

» Hercule Consalvi ,

» Auditeur de Rote, pro-secrétaire du Sacré Collège.

» Le 8 octobre de Tan 4799. »

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