‹ Mémoires du cardinal ConsalviChapitre 44 sur 59 · A L'EMPEREUR DE RUSSIE · texte numérisé non relu

A L'EMPEREUR DE RUSSIE

Par la miséricorde divine les cardinaux, évêques, prêtres et diacres de la Sainte Église Romaine.

« Majesté Impériale ,

» La morl du très -saint, très -bon et très -grand pontife Pie VI, qui vient de frapper de douleur toutes les nations et tous les Princes de l'Europe, pleins d'estime et d'admiration pour un Pontife si vertueux et si tristement éprouvé, n'a pu que vous affliger plus, profondément, plus amèrement, vous, trèspuissant Empereur , qui perdez un admirateur avoué des grandes vertus qui brillent en vous, un ami sincère et dévoué. Depuis le jour où il vous accueillit à Rome, où il vous pressa dans ses bras, depuis le jour où son esprit pénétrant reconnut d'un premier regard les nobles qualités de votre cœur , il ne cessa de vous vouer son afTection , de se faire une joie de votre souvenir , de vous prodiguer les louanges , de montrer un vif intérêt à votre personne et à tout ce qui vous touche. Vous ne pouvez donc, très-auguste Empereur, qu'être grandement affligé de la perte

^ L'empereur Paul ^^ de Russie , à qui cette lettre est adressée , n'était pas catholique; mais ayant l'instinct des grandes choses, il avait donné Tordre à ses généraux et à ses armées, guerroyant et triomphant alors en Italie, de protéger l'Église romaine et de veiller à ce que le clergé fût respecté et sauvegardé. Les victoires de Suwarow ouvrirent au Sacré Collège dispersé la route de Venise. C'est pour reconnaître cet immense service que les Cardinaux écrivirent à l'empereur de Russie.

d'un tel ami, qui par son dévouement fut, à n'en point douter, aussi bien dans l'adversité que dans la bonne fortune^ digne de toute votre affection.

» Ce n'est point ici le lieu de glorifier les actes éclatants de ce saint Pontife; la douleur où nous a plongés sa mort > les angoisses où nous sommes , ne nous le permettent point. Au milieu de tant de troubles , de tant de douleurs , de tant de désastres , dans un âge avancé, dans les épreuves de la maladie, dans les privations de toute sorte , parmi les travaux les plus accablants , quelle vertu , pour ne point rappeler ses autres mérites, quelle fermeté d'âme, quelle constance, quelle douceur, quelle patience, quelle fidélité , quelle piété ! Illustre et grand Pontife , la renommée de ses vertus a couru chez tous les peuples; il a ravi d'admiration le monde entier. L'Église romaine pleure justement un pareil Pontife, et ne trouve de consolation qu'au souvenir du bel héritage de gloire et de vertus dont il Ta enrichie.

» Nous avons maintenant, très-auguste Empereur, à élire un nouveau Père, un Chef, un Pilote nouveau qui dirige l'Élise à travers les tempêtes , qui la pré^ serve des écueils de toutes parts se dressant devant elle, et qui la conduise saine au port. Mais pour qu'il ne lutte point en vain , il lui faut le concours de vos bras, votre protection, votre puissance, l'aîde des grands Princes de la terre.

» Parmi ces Princes , qui plus que vous , très-pufesant Empereur, peut conjurer les nombreux, les

grands dangers qui la menacent? Qui mieux que vous peut déjouer les perfides manœuvres des méchants méditant son étemelle ruine ? Rien ne vous est difficile, rien ne vous est impossible. Vos hautes vertus, les belles et admirables actions de votre règne, dont la renommée n'a point publié toute la splendeur et la magnificence, en sont un garant. La louange, Tadmiration des hommes se fatiguent et s'épuisent; vos œuvres se renouvellent inépuisables.

" » Il faut le dire , entre tout ce qui mérite le plus l'admiration et les applaudissements, c'est de vous voir, sans qu'aucune vue d'intérêt vous pousse, malgré les dangers qui se dressent menaçants , consacrer généreusement vos forces, vos trésors, vos ressources sans nombre à défendre, à relever la religion , à rétablir sur leur trône les Princes dépossédés, à rendra aux peuples une paix désirée, à ramener à un état de prospérité l'humanité que les hommes pervers avaient , comme une contagion funeste, corrompue y anéantie sous les maux et les désastres.

» Après cela , quelle gloire , quelle grandeur pourraient être mises au-dessus de votre gloire et de votre grandeur? Qui marcha à la célébrité par un chemin plus fortuné ?

j) Qu'il nous soit permis, très-puissant Empereur, de vous recommander l'Église romaine ; qu'il nous soit permis , noble et magnanime défenseur des fortunes , du droit , de la justice , de vous demander

votre secours, votre défense, votre protection pour le Pontife qui sera bientôt élu. Jaloux de suivre les traces de son prédécesseur , il n'aura rien de plus à cœur que de témoigner à Votre Majesté sa considération, son dévouement, sa vénération, de mériter votre patronage et votre amitié, de vous donner, selon son pouvoir, toutes les marques de sa reconnaissance et de son respect. Votre vertu, votre foi, très -auguste Empereur, nous sont suffisamment connues, et notre espoir ne sera point trompé. En attendant, nous prions ardemment Dieu très-bon et très-grand, qu'il vous conserve, qu'il vous donne succès et bonheur, et qu'il favorise et conduise à bon terme tout ce que vous entreprendrez pour votre bien et le bien des peuples.

» Donné à Venise , etc. »

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