‹ Mémoires du cardinal DuboisChapitre 3 sur 10 · M[ÉMOIRE5 I · texte numérisé non relu

M[ÉMOIRE5 I

tonnement de tlint de beafitéqnie à lant ^ grâces, ! ne savait quelle contenance garder; ni) vitrier, bien payé d'a^ance^ flit envoyé à la boutique, et, | selon nos instnuctioiis, il ât sonqer bien tuiut U | richesse et la famille de M* Lucae^^sàna que la marchande pafut y prendre garde. .. ,

« Dubois I nie dit le Prince^ q^e ne pi^s-je dire 1 comme César: P^er^i, vidiy vieil Ann4Hte est un trésor..., . , '

— A qui le dites^vous, Monseigneur? mais je crains fort (^vtA ne soit dest;^né nia yous nia moi« ^

— Bon ! l'inhumaine .veuve résiste à un abbé de ta figure; mais elle cédera ^e grand cCear au duc d'Orléans,

— Peut-être, Monseigneur, si vou&oe^eiitez à l'épouser.

— Moi! Il serait beau voir un bigame^ fat-il prince du salig. . > ,

— C'est une de ces vertus entichées du sacrement et ayant horreur du veuvage; elle se marierait à un rat d'église, pourvu qu'elle se mariât^

— Enfin, je la veux à tout prix.

. — 11 iaudrait encore le consentement de M"* d'Orléans. »

Poarla première fois je sentais un ëgoïsaie qui ressemblait à de la jalousie; je fiîisaisde mon mieux pour detournef le Prince de poursuivre Annette^ que je me réservais si exclusivement. Je ne me rendais J)as "bien qpniptje de ce qui se- passait en rooi^ parcçque jeB*osaism!avouer à moi-même que j aimais eette filUautrement^ite toutes les autres! Mon bonheur était d^ la voir^ de lui parler^ et cela pour prendre patience. C^esf là tout ce que jaimaîs chez Ânnëtt);. Son portrait, que f ai fait de souvenir après sa mort» est un modèle bienimparfait^ et J)ot]rtant j'aîn^e 'encore à examiner ses grands yeux voilés par de longs cils^ se^ cheveux fioirs et brillans et sa bouche souriante. Hélas! toutes ces beautés m'ont appartenu de droit, et je n'ai eu que le privilège de la vue.C'était peu pour un mari: c'étaitheaucoup pour un amant.

Je retournai filçr4e parfait amour auprès de ma belle brodeuse, bien déterminé qde j'étais à la sauver du duc d'Orléans, ou du moins à la gar<àer pour mes menus plaisirs. Je la trouvai préoc^ copée plus sérieusement qne s'il se f&t agi -d'une veste à broder.

« M. DutroJ;, me dit-éUe d'unair qu'elle ne par*

'venait pas à rendre iodifiçrent. voire aminé vieil-

drîi pas? .

— Je-l'espère, repris-je, c'est un maladroit qui porte malheur à votte boutique.

— Vraiment 9 il est bien étourdi ; mais on le jugerait, mieux à l'entendre. . .

— Je ne le crois pas; un libertin, parle comme ilagiti • . •

— ' Est-il marié, s'il vous plaît?

— Çlutôt deux fois qu'uûe, et il a beancoiip d'enfans.

— Tant pis, » achôv;i-t-etle tristement.

Je la dév-orais des yeux, et je voulais tirer àmon

profit la tendre disposition où elle était pour le

duc d'Orléans. Je jouai« passablement mon ber<r

. ger de pastorale; maudit fut l'importun qui vint

se jeter entre elle et moi!

Je vis arriver un homme aussi disgracié de vi> sage que d'intelligence; une sorte de nain contrefait, avecune bosse au moinssurles épautes,les jambes torses, faisaotlegracieuxdel'airleplus hagard, roux de poil, ouvrant une bouche démesurée, avec un sourire effrayant.il vit encore, et. quoiqu*il ait à sa solde ses poètes ^t ses flatteurs, je dout.e qu'on

^ DU CAÎIDINAL DUBOIS. 7^

ose œe démenlîrlsar le périrai! (|ue j'an fais, ja- • louaieà part. Cet agréable Yorsanua^e , que je me' souvenais d'avoir remarquai à )a cour pu àîlt^nip^

i n'était autre que le fameua: Sartluél Bernard, jtiïf de naissance, juif de me'tier, banquier a taillions/

f insolent comme un parvenu, »ot étii-^elh de l'ex-* pression, avare et pirodîgue^selo» les* circonstances. Je ne quittai pas mo;i siégé et lé laissai lancer des œillaJes et joUér §on rôle de Créâuê anaoureux. . . • ' .*

« Ma divinité, dit-il d'une yoik à faire peur, me voilà encore aux plus beaux pietls du monde.

— Je doute que vous alliez plus loin, intérrompis-'jel ' * •

— Quel est cet abbé? dit-ril en me lorgnant d'un œil courroucé. »

— Un ahbé apparemment, répondis- je pour chasser la vilaine bêto^; '#

— Ma mie, conlinua-t-il eh s^adressant a la

marchande , quand donc -quitterez-vous celte échoppe pour le palais que je vous veux donner?

— Lorsque je voudrai l'accepter ,^ <lit-elle avec une dignité sans pruderie.

— ' Ouais! ajouta le vieux singe, je puis vous

7^4 MÉMOmES

procurer .unef charge dans la maîison du Roi, qui «m'arppelié iS^fiiuel/toul; famiièrement et ndeaipraïUe- de. l'argent comme à'son égal.

*—^ Monsieur, repritrelle, je n'autavde place «que dans la maison d'un mari.

-7- Petite folle ^ dit»-il è0 riailit, tu demandes l'impossible* . "

' — » Je ne vous demande rien, M. Bernard ,,ré- {>Uqua*t-^le, à ma graqde satîsfbctîon.

— He' ! ditril, jjaime qtt'oa nie résiste; je n'y suis pas accoutumé. Pour te montrer r[ue je n'ai pas de rancune, je t'achète toutes ces bagatelles.

'- -^ Je ne «puis vendre deux fois me» m^cbandiseis, reprit-elJé. . * ' •

-^ Bon I s'écria,-t-il , c'est un détour que vous prenez là. Quel est le fat qui m'a devancé ?

nomme-le-moi; je lui paierai ces friperies deux et troià fois leur taleiTr. \

— Monsieur^' lui dis-je, vous me donneriez nnlle écun' de gain sur mon marché, .<|ue je ne le vous céderais pas.

— Voilà, un abbé bien superbe, » dit-il eu grondant; et-ilsortit blessé au vif dans sa. vanité

Je savais, à n'en pas douter, que laveure re-

fuserait tous ceux qui ûe ^'ofiriraient pas pour le

mariage.. La ipaniére dobt elle éconduif^it $£(znuel BemaïKl me prouvait qu^elle était iasensible aux beaux yeux de la cassette. Cet dtranige caprice me parai^ait sublime^ et je m'abandon* nai à un «entim^nt que je^i'Qsais nommer am6ur. Je lis succéder mes galanteries à celles du banquier^ et aqssi v§ipement. A4inette m!arrêta Aslbb mes pre£($antes s<41icitatioo«7 et se mit à* pleurer ;

« Voyez ^ dit-ellé^ la tcistç position oj)l je suis ! le premier venu se çro^t en-drtât de'JOfw conter fleurette. , "" *

— Comment ?,plaifgne%- vous duçrivÛ^gtf des jolies femi96fi! - ' ' . * • ; . •

— Fi douQ ! OaneTeùt pd£ faitqttan4l«)'âvais ^ un excellent mari» •. V * ► - '. •

— Parbleu ! si ce' n'est que cela qVilH^ùt/on • peut vous le rendre. ... '/•%.-

— Pfeise à Dieu ! Je ne fa^ p^s^.la mijaurée , mais je tiens à ma propire e&time, eik toupies ^ôurs. je prie Dieu de m'envoyer un mari., ' ' - /

— Il vous a entendue/ et certes votfeîserviccf* est pjréférable au service de' Dieu : vOici k^mari ^ que je puis vous àpnçer^ *• ' **. •

'j6 MEMOIRES

-r- Votis, moasieur Fabbé !

7— Paurqudi non? j'en yaux bien vn autre.

La c#r€moni6, peut st faire demain : il suffît de meUre bas le petit colfel, et dé changer mon titre d'al>bé eii celui de chevalier.

-— Ne raiUezT-vous-pas?

-^ Dieu ffi'en garde ! je parle net; et si voas Acceptez^ après-denTaiu Paffaire sera bâçïee ; vous

sere2i m^ feanne^ jfe serai v^re mari.

— i- Si itD»^*«e voalez^pas kbuser d^'ane pauVre veuve, je Vous nendrai milfe actions de grâces de ce dévoûmentr

* t — Vcm^ quitterez voire boutique ç car je suis 4SSCZ riche peiir nous deux^ et au diable le palais ^ de Sani^el Bernard*! , \ ■ •

■^M^is/Âine vôtre noûyel e'tat^pourrez-vous ct^isQr wr VQs i>éàéfices"?

— Et'mSxûe en avoir de nouveaux. Laissez liiire^ je ne yoiïs épouserai qu'à bonne enseigne : àitt^h un ipbt) j« me Séoularise^ et dem^inja noce.»

il'fut,*con^eau qtfà cfeuse de mon ancien état,

ta partie f eligieuse du n>ariage se ferait hoxs Té-

giiie^ et par l^entrènii^e d'iin abbe' de mes amis.

' Aunetle voulait séiùeuscinent un mari. Elle

availcru me proposer un dilemme embarrassant; elle se trouva comme prise au mol, et ne coati-, nua ses refus que du ton d'une personne qui a. peur quon se dédise avec elle. Je sortis , avec promesse de Revenir le lendemain avec témoins et notaire. Je me sentais la conscience moinslégère qu'en arrivant^ et, quelque joie. que J'éprouvasse de la prochaine possessioi\'de tant de charmes, je m'adressais tout bas des reproches ^qui |*edoublaient mon incertitude. J'allais mq.'jeter en pleine bigamie, et le fait mérite bien qu'on j regarde à . deux fois. Je reparus devant le Prince si piteusement, qu'il s'enquit si pétais devenu eunuque du Grand-Turc.

a Bien au «ontrai're, lui dis-fe ; je me marie demain.

— Toi, l'abbé! • '

— Sans doute, à moins que vous ne vouliez prendre ma place.

— Laquelle ?

— A vos risques et périls. #>

L^-defisps je lui .détaillai' comme quoi j'.en étais, venu à propiettre mariage à la veuvcr^ qui ne fi'etait pas fait prier pour y consentir.

« Voyez, dis- je en finissant^ ce que c'est que l'amour !

— C'est la bigamie apparemment.

— Hélas ! Monseigneur , on est de cliair et d'bfi^ n^en déplaise à la loi, et je risque beaucoup pour avoir bealieoup.

— Fi donc I tu paierais cher une première nuit ' '

— Peut-être cent écus, y compris le notaire , le prêtre, les téûioins, les parens et le souper. ^

— Quelle diabolique ruse as-tu inventée?

— La plus simple du monde : un mariage secret,où il n'y aura de vrai que le plaisir de l'époux.

— Veux-tu que je joue l'époux ?

— Non, Monseigneur, vous ne jouerez personne. Seulement je vous invite à ma noce : vous avez tout ce qu'il faut pour être mon cousin.

— Soit Nous aurons et nous ferons ce qu'il faudra. >>

Le lendemain je retournai à ma Veuve ^ qui n'avait pas dormi de penser à la cérémonie. Je la trouvai plus charmante que jamais^ et mes remords ne tinrent pas contre tant de grâces. J'a-

pu CARDINAL DUBOIS. 79

vais pris un babtt de viWù avSSéz riche pour recommander celui qui le portait Elle me remer-cia de mes bontés pour alW^ et i|ous parlâmes . du mariage. Je m'ezctfsai du secret que je. vou- * lais lui donner à cause de ma famille^ fort en-' Demie <]es avesallianc6s^ et nous convianies dé l'heure^ du lieu et du contrat. On» m'accorda * quelques privautés à*compte sur le mariage, et je partk en cherchant à m'étouivdir de mon bonheur. Je devais, à otoz& heures 'du .soir. Tenir chercher Annette, qui m'aftendait ayec ses plus proches pai^ens, nfarchands, et. même ouvriers, éblouis comme elle :de* sa boQûe fortune. • •*, •

Il me fallait un endroit propîo^ à mes desseins , et comme j'e'ùiis amoureux, je ne regardai ^sa largent. Je me souvins bien à propos de^ denioiseiles LoysoBSV ^^^ ^^^ ^'^S^ ^^ douze* ans, -te* naieDt Lçur dour aq bois de Boûtegçe, où elles donnaient desaudientes particulières dans']es taîllis. £llés étaient jolies, pas trop défaites, et d'un esprit aa-dçssps d*e leilr état. Nous étions les meiheors amis du monde, et„ elles entrèrent d^ns lies vues avec la vivacité que montreht ces- sor-

8o MÉMOIRES

te» de femmes à séduire la vert« et Finnocence* Je louai pour' d-eqx jours, rué Tcav«rsière , un appaxteaienl ^vec los «meubles et le domestique. 'Les LoysoDS s'y installérefll^-et je fus ieuté d'oublier stvec elles mon* protsbain nariage. Cepen« dant ManeV et Forcéville, nies valets de clxambre, •qui faisaient la^ monnaie 4e mon cher Purel^ furent bien endoctrinés à courir la chance d'être' pendus; et parla, j'^us un notaire* et un prêtre à mes ordras. Vn^sou|)er splendide avait été préparé, éi la Loysons aînée se chargea de me procurer quelques ^tïirentes, tantes et pouskies, à bon-marché*. Jé'cpe reposai sur eUé de ce soin, et,f)^sé,,.jparfamé^ aâonisé^ accompagné du duc d'Orléans tôujoi^ns déguisé, j^ailai à la boutique dela«fcrpdeuçe, où ^e trouvai toute une famille qui m'eifibrassa respeetueuscmeOt, J'emmenai ce monde à mon hôtel de Ja* ru^TraVersiere, et la fêté pommeijça? Les Lôysons .nfâyaitent fjro/curé uoe'brîllaDte société, et de*\cbçrs. amis que je n*{ivais jamais vus. - ^ / "

♦Mânfet, en robe de notait'e.noûs, fij;*«isHer le con^trat, où l'imbécile vivait mis Je noàixlç- Dubois «K toutes lettres ': j'fcus la {)rescm;e i'^spvit

DU CAHDINAL DUBOIS. 8i

<le réparer celte maladresse. Vint ensuite Forceville déguisé en abbé^ et la parodie du mariage fut jouée à merveille. Je prononçai le oui sans barguigner, et Annette y répondit d'un air à me faire croire qu'elle me savait gré de tant d'amour. Tout-à-cou^ un éclat de rire étou£Pé m6 fit tressaillir : je levai la tête, et j'aperçus en face de moi ma première femme , qui se réjouissait de ce singulier spectacle. Je fus désappointa complètement, et je craignis qu'elle ne se portât à quelque excès; mais la' présence du duc d'Orléans^ qu'elle reconnut^ lui imposa silence, et elle se contenta de me lancer des regards de Méduse qui me pétrifiaieift. J'ai: toujours eu l'idée que le Prince lû'avtfit ménagé cette surprise pour m'enldVer le frait de la bigamie. Que n'attendaitil au lendemain î *

Je na'efforçai de tenir mon sérieux; et, lorsque je m'échappais en tendresses avec ma nouvelle épouse , l'autre , sans mot dire, venait se placer vis-à-vis de moi^ de manière à glacer mes transports. Je perdis contenance, et Tatlirant dans un coin, je lui dis en fureur : « Coquine, je pourrais te îsâve chasser par mes valets ; mais je te per- III. 6

8à * ' MÉMOIRES

mets d'assister à la comédie^ seulement, au premier mot, je t'envoie pourrir à la Bastille. » ^avertissement produisit son effet ; mais le maudit Prince la fît placer à mon côté. 11 eut aussi l'attention de s'emparer de m'a veuve, qu'il gorgea de douceurs et de friandises. A mon mécontentement près, le souper fut très-^gai, et les princesses que la Loysons avait amei^es s'émancipèrent en gaité; Je n'adressai pas une parole à ûia véritable femme, qui n'était pas embellie, comme j'eus le temps de m'en apercevoir.

Je tirais ma montre à cbaque instant, et les convives ne songeaient guère à se retirer. Enfin le duc d'Orléans', que ces fâcbeux assommaient autant que {Doi, parla de coucher ia mariée.

M** Dubois me jeta alors un coup d'œil pétillant de malice. J'aûnonçai aux assistàns que des lits étaient préparés pour ceux qui préféraient rester : les uns acceptèrent, d'autres s'en allèrent, et je me trouvai seul avec ma vraie femme et le duc d'Orléans. Les Loysons, assistées d'une vieille tante d'Annelte, présidaient au coucher de ma veuve. Je brûlais d'impatience qu'ils me quittassent la place, et j'aliais les hâter de la

DU CÂROINAL DUBOIS. 83

bonne manière^ quand le duc d'Orlëens oie re* tint par le bras.

a C'est maintenant^ Hie dit-il, mon cher Dubois y qu'il est besoin de toute ton atnitlé pour moi fit de tout ton courage.

— Du courage ! repri*-je^ ces choses-ià ne me font pas peur.

— 11 s'agit d'un, sacrifice immense , mais dont I la récompense ^'era immense aussi.

— Hors d'ici, coquine! dis-je à M""* Duboi^ qui me riait au- nez; je te ferai voir ce qu'on gagne à espionner oeque je fais et ce que je dis.

— Tout beau , l'abbe ! as-tu bien le cœur de maltraiter ta femme le premier joar de tes Doces ?.

— Gomment l'entendes-vous? ne sembleraitil pas que je m'en vais coucher avec cette drôlesse ? .

— A votre aise, M. mon mari, repritrelle effroniécaent.

— Sans doute, mon cher Dubois, continua le Prince, puisque tu me cèdes tes droits sur Tautre. • •

— Mes droits! m'éîpriai- je , .déterminé à les

défendre;' Monseigneur, volontiers demain, dans

quelques jours.

— CesUàrdire que t* pourra? ks reprendre demain ou 'quand bon te seqiblçra.

— Non, corbleu! il n'en sera rien, tout grince que vous ête^?, et pour foire de moi un mari comme ily en a tant, vou* attendrez au moins que je vous le permette.

— Dubois, dît- il, en s'animgnt, il est bien juste que j'aie part dans cette plaisanterie, où je me suis compromis avec un drôle tel que, toi : la priorité m'appartient à plusieurs raisons

, — Les raisons du !ion,Tepris-je : la première, c'est que vous vous appelez le duc d'Orléans; la seconde, c'est que vous êtes le plus fort; et si je touche à la troisième, vous me châtierez tout d'abord, voilà toute la fable de La Fontaine. »

Le sarcasme produisit impression, car le Prince pie tira à part, et me dit d'union ra'doucii « Ecoute, Dubois, je te pardonnerais diss caprices si tu avais ma naissance et mob rang ^ il faut bien leur accorder quelque chose

— Oui, seulement ma femme!*

— Tu te moqyiesj je te plaindrais si elle l'était

réellemeat^ la farce pqqrcaiJL finir plus tristemeDt qu^elle n'a commencé*.

— Hé bien! dis-je en me ravisant^ comment reconnaîtrez- vous un pareil sacrifice?

— Jç te. juce qu'à la mort du Bpi, je l'enjploierai comme ta le désireras.

— Voos me fertt ministre?

— Tes prétentions soqt ui> peu élevées^ mais avec le talent que je te connais, je ne désespère pas de te voirarriver jusque là,

— Puisque vons le voulez,, c'est dire asse% que je le veux ; mais n'espérez pas que 1» Veuve soit complice de cette conspiration cîontre mes plaisirs? . .

— C'est mon af&ire.On croirai* que tu as fait choi^ de la chambre de noces à mon intention; une petite porte masquée dans Falcôve!'

— En vérité; Monseigneur, jje songeais à vous 1 (]ue les princes sont 'puisons!* vous me faites trahir l'amour •!.....

— Vieux fou^ je tç conseille de parler d'àmouT à cinqu^nté-sept ans,et après la belle vie qae tu as menée? ' '\

— K'^n doutez pas, Monseigaeiir, j'éprouve

86 MÉMOIKES

tout le feu d'un premier attachement^ et la première nuit de mes noces ne m'aura pas refroidi \» On vînt m'avertir que la mariée ëtait au lit^ et j'entrai la tête basse dans ]a chambre^ où je me déshabillai fort silencieusement^ excité un soupir^ auquel Annette répondit par un autre qui me fendit le cœur. Je savais que le Prince était à la porte de l'alcôve, dans le costume de nuit que je venais de prendre inutilement. J'eus un remords de conscience, et j'allais me perdre à jamais en me livrant aux charmes du présent, lorsque la voix du Prince me rappela à mon devoir. «Qui est là?i) dis-je, feignaAt une inquiétude de nouveau marié que tout bruit effarouche, et j'ouvris la petite porte de l'alcôve, où je assigne au Prince dé me remplacer, après avoir crié très-haut: «Le diable vous emporte! c'était bien la peine de. me troubler poUr si peu! » Je refermai la ])orte avec côlèi^e^- laissant ^n duc d'Orléans le soin de terminer l'explication -, je m'acheminai vers un lit que je croyais solitaire, et mon étonnement fut grand de m'y trouver en compagnie conjugale. Je tins t^ de mon mieux à l'ennemi, el je m'endormis tout consolé.

Je CQe réveiliai eo sursaut aux cris qui se firent dans ia chambre voisiùe; le soupçon dé ce qui arrivait ne me donna pas le temps de me vêtir plus décemment^ et J'accourus pour remettre la paix dans le ménage. L'épousée, avertie du quiproquo par les premiers rayons du jour, avait poussé de grands cris pour témoigner de son innocence; je la trouvai dans un désordre fort appétissant^ gonflée de sanglots et se désespérant, quoique fît le duc d'Orléans pour calmer cette violente douleur. Au moment oà j'entrai, elle vint se précipiter à mes genoux eD disaiit:

(( Mon cher mari, pardonnez-moi, je suis innocente j si vous en doutez, tuez-moi.

— Vous tuerl et pourquoi?

— Je suis déshonorée 1* mais je vous jure que je n'ai eu aucune part à ce qui est arrivé.

— Je le crois bien , c'est moi qui ai tout &it.

— Vous, monsieur?

— • Oui, et je ne vous en aime pas moins pour cela.

— Monsieur, monsieur, ne vous jouez pas de mon désespoir.

— Bon Dieu! je v^usen rends grâces; tous êtes aussi innocenté que l'enfaqt qui naîtra dans neuf mois. « ' *

— Monstre! *

-^•Où diantre, madame, voyez »-v§us des monstres là dedans? '

-^ Que je suis malheureuse! où trouver un antre assez sombre pour cacher.roa honte?

— Ma foi, madame , les antres ne suffiraient pas s'il en fallait un pour chacune femme infidèle!

— ^Tais-toi, l'abbé, me cria le- Prince, c'est a^sez d'impertinences! -Madame, je vous en supplie, continua*t-il en s^avançant vers elle

— Si vous faites un pas pour m' approcher, dit-elle, je me jette par la fenétrei »

Arrivèrent, à demi vêtues, Loyson* l'aînée, et ma légitime femme, qui crevait de joie dans sa peau de voir mon embarras. EUle était d'une pâ-*leur blafarde et ^vait le regard fixe: je me souvins ensuite de ces particularités, que j'avais à peine remarquées. Le déplorable état où se trouvait Annette agit tellement sur l'esprit de M"" Dubois, qu'elle eut une attaque de nerfs suivie de convulsions pendant lesquelles, la bouche pleine

DU CAJtDINAL DUBOIS. 89

d'écume et les dçûls serré/^^, elle 5e i*oulait sur le pUiDcher«EUle serait inorle daps çetle^crise (e^ quipoavaitdmv^r),Qnn'£ÙtpasiiiaDqyé dem-^tr trihuor encore un empoisonnement! A en croire certaines gçns, il jn'y «uiraît j/M)3ais de mort^i^iturelle parasi les |^r«pds. La Lojspns^ à J'aspect^da ces borribles coay disions, s'étria.^ueja Dubois (Timpudente eoosQTvait mon - nom ) avfut ^té mordtte comme elle par up cliien enragg, et peu s'en fallat qi^e; les convulsions ne la prissent aussi arin$tân(même.\ . * . ! '

La crainte de la rage,. aorte, de teVredr panique dont lesplus'bravç^jsont atteints, nous (jt abandonner Tappârlemçnt ; Annette s'enfuit dans, une autre chambi:e j le.- Prince et moi nous; l'y suivîmes. Quaqt aux deux enragées x)u croyant Têlre, elles furent conduites à la mer, et guérirent sans doute par .VeSet des cierges et des prières qu'offrirent au CieL leurs amis du bois de Boalogne. On a fait sur elles une chanson qui finit ainsi s « .

' Fillfs de graad courage, • Hébico-Î • ' '

Cette elles ont la rage

Yous m'entcnJcz "hica.

Une, journée de. larmes, épuise le plus abondâ^nt cha^in ; I^ veuve ^ qui ne soupçonnait pas la fausseté de noire mariage^ se laissa toucher par tout €0 que lui dit d'aimable le Prince, qui ! passait pour M^' L'ucas. Ja me contentai de Tobseryer, chercbant'roccasion favorable pour rentr«r dans li:^es' droits d'époux. Je me reprochai d'avoir* sacrifié Faraour à ïartibition, ou plutôt je r^procliâis içtérieuveoient au Pf ince d'avoir profité, de nia position critique pour me voler moi^bien. Quand la nuit .fut venue ^ je me hasardai à dire : • ,

« Madaftne, voys devez être lasse d'une journée employée à pleurer j' s'il vous plaisait de venir prendre duTepos?

— Malheureux^ est-ce pour insulter à mon malheur?

-^ Certes non ^ madanae^ mais puisque je suis votre mari^ ne faut-il pas que j'en remplisse les devoirs?

— Scélérat, ne m'approcïie jamais, oii je ne réponds pas de ne te point traiter comme tu le mérites.

DU GtCBBINAX I^UBOIS. 91

— Méchante que vous êtes, ne suis-je pas voCre seigneur et maît re "'

— Vous n'êtes que mon bôuri^eau*

— Allez 9 vos yeux m'ont bien rerfdu le rfial que je vous ai fait. »

Je m'obstinais à une revanche Relatante ^ elle me repoussa avec tfne indignation si expressive, que je ne jugeai pas à propos ée renouveler de vaines tentatives : le duc d'Orléans -ni'ordanna de respecter mafemm^, et j^'obéis pour avoir au moins ce mérite à ses yeux. La veuve remarqua Fempire que le Prince avait sur moi, et s'en servit pour se défendre de mes poursuites conjugales.

a Monsieur, dit^elle avec une grâce dont je fus touché jusqu'aux larmes, si tant est que vous puissiez commander à cet homme, ardoûnez-lui de me fuir, ou sinon de ne me paVler jamais*. , -

— Ir'abbé, me dit le Prince, d'yn air impératif, tu l'entends: je t'en voudrais de désobéir à cet ordre.' .

— Corbleu, M. Lucas ,'m'écri*ai-je, vous me la donnez belle^ n'aurai-je pris une femme que pour votre usage? j'en veux ma part, et je l'aurai selon les lois.

-77 L'a^bë, répliqua le Prince, crois-nioî, dous avons tous leâr deux*des torts avec ixiadame.

~Peste! je regrette de.ne pas avoir les vôtres! Eaiia, il H^est rien que.. je nç hsse pour vous être agréable et à madame pareitlemeQ^.

. *— Ak)P6 va-t-en où tu voiidras.». .

..Nous allâmes nous coucberchacun à notre écot^ et le lendemain je.vis avec plaisir qse du grand { désespojf .^' Admette H ne ]:e$(ait- que des yeux j rouges et'un air mélancolique. Xê due d'Orléans, > g ui s'était fait presque pardûntier la liberté gr an de^ \ comme on dit à Briv^-la«Gaillarde^ tint consul avec ma veuve, et selon nos conventions, j'écoutai spns avoisla licence d'éateltre mon avi&

« Que vafs-je «devenir ! dit Anbette eu se lamentant j après. mon infortune,. je de répar^iîtrai jamais dans ma^^boutiquel

— Jer saiâf trop là répugnance que vojus Javez pour votre mari, et je iie vous engagerai pas à vivre avec luf.* * .

— Tenez, Monseigneur, interrompis-je, vous ne sauriez donner à unedame un meilleur conseil.

-^ Monseigneur ! » dit-elle avec étonnemeut.

Je m'aperçus de mon étourderie lorsqu'il était

trop tard pour la réparer, çt féyitai de, m'y appesantir.

« Madame, continua le duQ d'QrléaBs, vous

plairait-îl de vons retirer à 1^ caxppagnf ? . • . •••

— Sans doule^ ajoutai*J6, à deu2( ou trois cents

lieues de Paris.

— Qui vous parle, M. Dutrot? (fit sévérebiènt le Prince. . * \ .;

— Hélas! partout où je ne verrai pa€ àe inotL&^ tre, je serai aussi heureujse quon peut Tétre (|uaad on n'a plus qu'à mourir. •» .. '

Mon amour, augmentait en raison de sa liain^, et ce fut avec un sNensible déplaisir quQ je fne.vis forcé de renoncer à la voir. Le dvic d'Orléans me remboursa tous les frais du prétendu mariage et au-delà. Par ses ordres J'achetai à Surénes une maison que je meublai somptueusement; x^'esblà que ma vçUVe se cloîtra pour expier une fautQ qui n'était pas la siende ; la méiancolie'p'^ut qu'un temps; elle finit par pardonner au Prince pour m'oublier tout-à-fait. Je n'avais pas la philosophie qu'il mè fallait pour l'imiter, lorsqu'un funeste incident porta à sa sensibilité un Coup mortel.

f>4 MÉMOIRES

l^epuis que Samuel Bernard était d< eveuu créancier du Roi, son orgueil croissait et sa fortune décroissait. Il ne parlait que de Sa Majesté, de caillions et de fçmmes. Ces dernières , qu'il estimait a proportion du prix où elle$ s'estimaient olles-mêmes, rivalisaient avec Louis XÏV ppur*eng1otitû: son or. Samuel avait des pourvoyeurs en campagne été comme hiver ^ et la dépense qu'il faisait surpassait ses besoins, et les co,nquétes qu'il devait à l'avarice î^es grandes dames, lui donnaient de sa personne une opinion qu'il e^Lbien voiilu voir^ à tout le monde.. Il en était au point de cnoire à sa beauté. De la ses $acrifices pour enlever les maîtresses des plus huppés de la cour* Il y avait réussi souvent en faisant un pont d'or à ces infidèles.

,La disparition de la, veuve du Palais - Marchand avait chagriné son aaiour propre; ua refus de la .part d'une grisette lui semblait un ' outrage, et pour en avoir satisfaction il eût dépensé, des sommes énormes. Ses agens ne purent découvrir ce qu'était devenue Annette. Il s'adressa à M. d'Argenson, qui se fit payer cher et I comptant l'oracle de la police. Samuel Bernard

DU CARDINAL DUBWS. ^5

apprît atec dutant de surprise que de colère^ue le duc d'Orléans l'avait ^mportç sur lui : il jura- ' de supplanter le Priûéc à «on toilr, dut-il ,péné-* trer en pluie dW chez la D^naé de. Sttréiiesi II n'eut pas de .gardes à endarpoir ni de verroux à briser pour amvef dans ce-sànctuaire» > Il trouva " Annette plus b^le encore ; elïé aussi le- irtjruva plus laid : coinparaiÀ)n enoore à l'avantaga du Prince. ' • • • •

« Ma Vénns, lui dit-il^ depuis que Iç Rbi m'a promené dans son jjare de Marly, je n'avais pas ' ea le plaisir que fe sens à vous revoir/

— Qui votfs apMnè^ monsieur? reprit -elle.

Etes- vous dépêche par Vinfâine ahbé Dutrôt?

— Fi donc ! ma* chère : pepsez-^Q,U6 que Samuel Bernard fVaie avec des abb^s,* petites gens bons pour l'antichanoibre ou là cujsinje. ^ * -

' — Ejifin^ monsieur, quç voulez-vpu^?.

— Que pui»-je youloir^.si ce n'est vous; morceau digne, d'un roi ou de Samuel Bernar4 ? '

— Laissez -moi, monsieur,^ et giirdez qu'on ne vous voie.». • '

— Le Prince? n'est-ce pas-, petite?

— La plaisante question ! Tudieu! quel in-

9<5 . ' *:MËMQmES

faàie vous feitds \'je w ëal« ^uî Tops poijte avenir .mHnsulter.daûs ma maisôtu

-—.Venez Épecm(À,'ïa vous ^n: donnerai une plus-bâUe,;^^ plu3 ripliçment arnée^ mieux fournie en doo^esb^es^.-tMonseiignear n\^ pasbanquiér/ il i^ii les choses, me^^ùiniementi •••^^Jonseignèûrl ^' " r ' ' \ -

nr^ C'est ce fourbe 4'aïib^ Dubois fjjoi vous a dçterre'ej je sais tbUt, te* liî f§fa(i tin 'mauvais parti au prçs dtf BQSi*ejt àe* miùii^tres. ', -^' L'abbé Dabois ! grâ»d^6iett ! • ' • , — Le'dupxl'Orléap^.peuti^ vaiglteT d'avoir le plus hardi fripon. à son service!.».':»* . • *

•Cette révélation fut un-coup de faudre pour jLniiette'^»<fui»tom{)a'«ans cômmissadc&y* Samuel Bewiard se^tp\^a au bruit cfui se fit'dan^k maisonj p'était;moî que le Prrqce envoyait eiji .courrier e3itraoFdiilairc,\souS prrételite d'atononder à la yen ve. une indisppsitioh qui l'epipêchait de la veqir voir, il commençait à s'en I^siser,^ et j'aspirais à lui suceéder/ Annette filt portée! <lans son •lit, et les premiers mots qu'elle pro«ionça m'apprirent la cause de cet événement/ « L'abbé Dubois î le duc d'Orléans, » répélak-elle dans

un affreux délire. Je coiqpris que Samuel Bernard avait trahi notre secret. J'essayai toutes les consolation^ qui furent en mon pouvoir ; le duc d'Orléans ne fut pas plus heureux : Annette a^ait perdu sa raison : une fièvre chaude l'emporta après quinze jours de souffrances. La tendresse du Prince s'était ranimée à côté de ce lit de mort, et plusieurs fois mes larmes se mêlèrent aux siennes.

Quand Annette eut cessé de vivre ^ je ramenai au Palais-Royal le Prince ^ qui voulait mourir avec elle. La comtesse d'Argenton tirait parti de ces circonstances, où le duc d'Orléans avait besoin d'une amitié consolatrice^ pour s'emparer de nouveau de ce cœur faible et fait pour aimer. Le Priace lui était attaché d'habitude, «t il la traitait comme sa maîtresse jusqu'à ce qu'il eut porté ailleurs son inconstance. Ces'retours amoureux ne duraient pas long-temps, et celui-ci fut, je crois, le dernier. M** d'Argenton ne se cacha plus pour payer au Prince le centuple de ses infidélités.

J'allai rendre les devoirs suprêmes à la pauvre veuve, qui nous avait aidés à la tromper ellem. 7

9» XÉMOIttES

même; je ne revendiquai pas le titre d'4t)ouz^ qui avait été pour moi sans résultat pendant les deux mois qu'elle vécut sous le nom de M"' Dutrot. Les regrets dont j'honorai sa niémoira étaient plus réels que mon mariage. J'aurais volontiers transporté sa mort à une autre qui se porte bien malgré tous mes souhaits du contraire.

Le lendemain de l'enterrement , je reçus de ma première femme cette lettre laconique :

i< Monsieur mon mari, j'ai tant à ccfeur de vous » contrarier que je ne suis pas morte encore ; cer- )) tainement je suis moins enragée que vous ne le M serez en recevant cette nouvelle. )i

J'envoyai aux diables cette carogne dont les diables ne voulaient pas ^ et je lui fis savoir $ous main que si elle s^avisait de rompre notre traité^ en laissant transpirer notre condition respective; je lui rétirerais sa pensio» et Ta jsieltraià .dans ui cul de basse-fosse. Ma menace eut son eiïet.

Le duc d'Orléans fût si frappé dé la mort su bite de la veuve de Surénes^ qu'il m'en accusa j pour tranquilliser sa conscience. Il ne là iiàxB înâit que ma victime : cela le soulageait^ et je 1 laissais dire. Il rencontra un jour Samuel fiei

DU CABBIVAL DUBOIS. 99

nard à la cour^ et ne fut pas maître de son ressentiment :

« Monsieur, lui dit-il, si j^étais roi de France je vous ferais pendre sur la tombe d'une dame que vous avez tuée.

— Monseigneur, reprit le banquier, vous vous méprenez sans doute ^ me prenez- vous pour un méd^n? Je suis Samuel Bernard, ^ui a trentehuit^milUons de fortune et prête dp l'arg^i^t à toute r£arope. Sa Majesté m'estime assez pour m'avpir montré elle-même ses jardin^ de Marly,

loo MÊMOIllES

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