CHAPITRE T
La charge de seèrétaîre des commaDdemens du duc de Berri. — Dubois solliciteur. — liOngcpierrei, — Bruits infâmes et couplets sur la duchesse de Berri. -«—LaHaye, son amant. — Griefs d'un mari. — Le coup de pied au cul. — Projet d*enlèvement. — ^La chasse. — Mort du duc de Betri.— ' La cassette de la dpchess^e de Bourgogne. — Intrigues du duc du Maine. — Le duc de Saint-Simon. — La généalogie. — Un Saint-Simon, écuyer; Le Bossu et Dubois, — Portrait du duc de Saint-Simon, — Sa femme et sa fille. — Ses ambitions. — La confidence. — Le testament de Louis XIV. — Projets du duc d'Orléans. — Le testament et ranti-testaoïent. — Voyages de Dubois en Angleterre, T-r Le lit du cardinal. — Rejtpur en France.
La. charge de secrélaire des coain^andemens de M. le duc de Berri avait vaqué en 1 70g. Je n'aurais pas été facUé de l'obtenir; mais un autre mieux en cour me devança : M. Pothon acheta cette charge plus honorable que lucrative. Pothon
DU CARDINAL DUBOIS. ia5
noaraty et je m^acharnai à lui succëdar ; tous mes protecteurs s'y employèrent. Le duc d'Orléans me pomit monts et merveilles^ et il avait à cœur de me tenir parole. Massillon mY^jBfrit ses services auprès de M** de Maintenon, (;(ue j'avais cessé de
. voir ; il parvint à la persuader de s'intéresser à moi. La Maintejion demanda l'agrément du Roi pour me faire avoir la charge; elle en eût cette réponse : « Au nom deDien^ Madame, ne me par-
I lez plus de ce coquin d'abbé : je le connaissi bien, que je le qrois digne seulement de la potence. » Il est possible que M"* de Maintenon ait prêté à Sa Majesté ces paroles un peu dures : elle se débarrassait par là de mes importiinités, dont vingt personnes se faisaient complices. Je nç me rebutai pas^ et je tentai d'être admis auprès dçla vieille, espérant la gagner par quelques menues flatteries de courtisan ; elle refusa obstinément de me voir. Ce fut une mortification dont j'eus à rougir devant des valets : le mépris que la Maintenon fai«sait tout haut de ma personne me cbagrina plus que le reste. ; ' «Voyez, dis-je à Massiliop, la Maintenon m'a
traité comme un abbé crotté, et des cuistres de
riS MÉMOmSS
valets se croient en droit de me manquer de res
pect. I
— IjC beau sujet dé peine! me répondit Mas- , sillon; si vous étbs si friand de considération^ montreii-vous seulement dans l'antichan^bre de AI"" de Maintenons informez-vôus de sa santé; faites sonner bien haut le nom du duc d'Orléans ^ et les gens de la livrée vous regarderont comme un personnage,
-— Diable 1 si je remettais les pieds chez cette intrigante^ ce serait pour lui jeter ses vérités au visage«
— Vous n'avez donc aucune chance pour arriver à la charge en question?
— J'en ai mille ^ au contraire, et vous verrez que je ne l'aurai pas. » ^
J'imaginai d^utilisér l'empire que le duc d'Orléans avait pris de force sur le père LeTellier, et une lettre qu'il écrivit à ce bourru de jésuite aurait eu le succès que j'en attendais, sans les préventions du Roi^ qui répondit à ses pressantes sollicitations :« Mon père, je n'aime ni l'inquiétadc ni les fâcheux : qu'on me laisse en repos. » I) se radoucit cependant sur un regard sévère que lui
DU CAMOKAL DUBOIS. is^
adressa son confesseur. « Mon père^ ajouUi-t-il en soariant^ il est rpal séant que le ciel plaide la cause de l'enfer. Ce Dubois est un homme à pendçe. » Je ne perdis pas tout-*à*fait courage; le duc d'Or*, léans^ malgré le mauvais renom qu'il avait à Versailles^ consentit à s'y présenter en ma faveur. «Au moins^ Monseigneur ^ lui ayais*je dit à son àé^' part, je vous prie de n'en rien faire, si vous n'êtes résolu à parler avec âiergie et hardiesse. » Louis KIV ne l'écouta jusqu'au bout que pour le déconcerter, comme tes autres, par ùo refu^ sec, décisif et dédaigneux. Je devinai à l'air mécontent du Prince que sa démarche n'avait pas réussi.
« Hé biei^ ! Monseigneur, lui criai-je, les nonîelles. sont-elles bonnes ?«...
— Aussi mauvaises que ta réputation, mon cher Dubois; ton nom seul est ton plus grand eanemi. .
— Bah! Monseigneur, repris- je effrontément^ ce n'est pas comme cela que les grâces s'obtiennent. Vous m'avez recommandé avec mollesse et par manière d'acquit; te Roi a pensé que ^ous n'étiez pas très-jaloux d'obtenir ce que vous demandiez.
— Qni t'a dontié ces détails? .
— Une personne bien instruite assurémentren coniiïlus avec La Fontaine que rbieux vaut cent ennemis qu'uti imprudent ami. >i •
Ce petit acjcès de vivacité ne dura pas, et }e renonçai à |a plac^, qu'on accorda le lendemain au baron de Longepierre, qui avait été précepteur du comte de Toulouse, et Tétait du d,uc de Chartres. Sa noblesse était son seul mérite ; si toutefois c'en est un. Il savait un peu de grec et de latin, s'admirait beaucoup lui-même à défaut des autres, rimait des traductions françaises plates et verbeuses^ amplifiait des tragédies antiques, et faisait nn tout fort vain, fort sot effort ennuyeux. OiQ était tenté de s' endormir, dès qu'il ouvrait la bouche. Néanmoins jenelui enviai pas longtemps sa charge de secrétaire des commandemens du duc de Berri. Ce prince mourut assez subitement pour réveiller des soupçons sinistres qu'on n'osa plus arrêter sur le duc d'Orléans, sou béau-père.
La duchesse de Berri n'avait gardé aucune retenue dans ses galanteries avec les jeunes seigneurs^ la méchanceté, si as^due autour des princes, envenimait ses plus innocentes folies.
DU CARDINAIi DUBOIS. ijl^
Le scandale même était si public que je. me souyiens d'avoir entendu chanter^ par un savetier de la rue Richelieu^ ce couplet composé par un cocher de la'ducheisse de Berrij elle même est censée parler :
Quel plaisir d^aroir à mon âge En tous les bergers da village !
C^est an pur abas Qae la constance, Les derniers yenns Sont cens <{Qi dansent !
Sans doute sa conduite avec son père était souvent audacieusement légère, et Louis XIV en fit de graves réprimandes à ce dernier^ qui aurait du avoir autant de raison que sa fille en avait peu; mais ni l'un ni l'autre ne méritait cette horrible épigramme du petit Arouet^ qui n'a-»" voue jamais le mal qu'il fait.
Ce n'est pas le fils, c'est le père ; Cëst I9 fille et non pas la mère j A cela près tout est an mieux.
Us ont déjà fait Etéode, Et s'il yient à perdre les yeQx> Cest le vrai sa jet dé Sophocle « tu.
i9i> MÉMOIRES
Vôili ^e que ron idiàait outnertettoent, «t là eubâle de Sceaux encourageait , payait et réyiâddait c^h infatriieâ. M"^ de Berri nis faisait îju'en rir-e, et le dlic d'Orléans n'y prenait pas garde.
« Veux-tu, me disait-il, que j'augmente la joie de mes ennemis en me désolant de leurs attaques? Ils ne veulent que me désespérer, et ils enragent de n'y pas réussir,
— Non, Monseigneur, rëpondais-je, leur but est plus perfide j ils espèrent, par ces bruits infamés, vous aliéner l'estime et l'amour de tous.
- — En ce cas, ils échoueront encore j car ceux qui me connaissent ne tomberont pas dans ces pièges grossiersj peu m'importe l'opinion de ceux qui ne me connaissent pas.
, -i— Vous avez tort, Monseigneur; il n'est pas d'opinion que l'on doive mépriser 5 l'opinion publique se forme du faisceau de toutes les opinions particulières.
— Jamais un pèi^é n'ajoutera foi à ces atrocités. »
Pour ma part, que je sois père ou non^ îe n'y croirais pas quand bieû ikfehie j^ Tailraîs vu.
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Le caprice le plus ioexplicable avait part aux liaisons que nouait et rompait la duchesse de Berri avec la même facilité. Ses amaus d'aujourd'hui ne ressemblaient pas à ceux de la veille 3 elle lorgnait de préférence des figures plus laides que belles^ plus communes que nobles. Le brun succédait au blond ^ le sot à Thomme d'esprit, et toujours l'amour s'en allait aussi vite qu'il était venu. La seule passion qu'elle conduisit trois années environ à travers mille infîdélitési a l'air encore d'un caprice. Ce fut un page du Roi qui i'inspira^ non pas un page galant ^ nùgnon comme on en voit, mais un malotru, ^ec, long, &t, et de la plus déplaisante mine. Cet Adonis à visage pourpré se nommait La Haye; quelque fils de paysan ou d'apothicaire comme moi, et rien pour racheter cette défaveur. La Duchesse le distingua entre vingt plus jeunes^ plus beaux et mieux expérimentés en amour. £Ue s'alla mettre â sa merci sans qu'il fît un pas vers elle, et pourtant sa froideur ne réussit qu'à enflammer de plus belle la Princesse. Elle lui écrivait des lettres brûlantes et djss vers amoureux, qu'il li* sait à peine, s'il ks Usait. Ce La Haye, qui avait .
toute la' fatuité de la sottise^ disait un jour devant Ravannes :
« J'ai passé deux heures devant le miroir à me répéter que la Duchesse n'avait pas le goût si
— Je parie, lui rétorqua Ravannes^ que pendant ce tem{^s-là vous avez rougi comme a l'ordinaire. »
M"^ dé Berri s'occupa de sa fortune, et l'établit écuyer de son mari ; elle l'attacha de plus en plus à sa personne en l'intitulant son chambellan; elle le faisait toucher dans un cabinet voisin de sa chambre^ tant elle était jalouse de ce museau écarkte» De son côté, le duc de Bern avait sous la main sa chère femme de chambre : partant bon accord dans le ménage.
Le duc de Berri s'inquiétait peu que la duchesse jouît de toute la liberté d'une veuve ; il lui aurait même permis le scandale, s'il n'en avait pas souffert; mais le ridicule pénétre l'écorce la plus épaisse; une raillerie a souvent pi lis de force que la raison. Le duc de Berri entendit un Valet dire à son camarade :
« M. de Berri ne sera jamais roi.
DU CARDINAL DUBOIS. iSa
<— -Pourqnoi? demanda le butor.
— Parce que sa femme a mis ordre à ce que la couronne ne puisse tenir sur sa tête. »
C'était une boutade d'anticbacûbre qu'il ne (allait pas relever. Une autre fois La Haje^ par distraction ou par . insolence ^n'ôla, pas son cha-* peau en passant devant lui ^ u Monsieur, lui dit le Prince^ qui de nous est le duc de Berri?»
Enfin, pour mettre le comble à ces griefs^ il sentit une nuit quelque velléité conjugale; mais sa femme l'accueillit avec des griffes dont il garda les marques moins lopg-temps que sa rancune.
C'est dans ces dispositions qu'il trouva une lettre écrite par sa femme à La Haye pour le décider à d'incroyables projets de. folie. Le duc de Saint-Simon^ son confident' intime et son familier de tous les instans, le voyant outre contre la Duchesse^ qu'il desservait de son mieux (je n'ose pas soupçonner pourquoi)^ lui montra d'autres lettres et des vers dont ]a cour s'amusait à ses dépens. Le duc de Berri , si facile à émouvoir et tournant au moindre vent, sortit brusquement de son indifférence; et jura de cloîtrer sa femme,
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comme font les pères dexomëdie. Plein de cette idée qu'il pensait devoir réussir, il partit pour Rambouillet, où était le Roi. La Haye l'accompagna, selon les devoirs de sa charge, et la duchesse de Berri , qui ne s'accommodait pas de l'absence de son favori^ arriva presque aussitôt que lui à Rambouillet. M. de Berri avait mis bas son caractère contraint, silencieux, et timide* ment niais. Son plus pressé était de voir le Roi, qu'il rencontra dans les jardins avec la Maintenon. Il venait de leur conter ses griefs et de déployer les lettres accusatrices, lorsque M"* de Berri accourut en batifolant.
a Monsieur, disait le Roi à son petit-fils, il faut que jeunesse se passe; madame votre femme
ne se conduira pas toujours ainsi, et selon moi le
plus funeste serait un éclat auquel je ne prêterais
pas les inains.
— Sire , Sire, s'écriait M"' de Berri , vous qui
êtes si poli, daignez gournianderM. mon époux,
qui s'en va de Paris, avec toute sa maison, sans
m'ayertir.
-—Madame^ reprit le duc de Berri, qu'au**
riez-vous dit de cette lettre?
— Qu'allQ ne vftu^ ^iait pas a^re^ée ^M^$ doute ^ répliqua-t-çU^,
-r^ Vous méritçriets, madame...
— Mon Dieul J9is$ops \k hm mérites, €t qc^ «oDgeoDs qu a nous divertir. »
La duc de Berri , suffoquant de colère, saisit le moipent où la Dach<rsse piiTQuettait autour da fioi, pour lui donner brulalep^eat un coup de pied qui Fenvpya tomber dans les bras de M"' de Maintenons
« Afonsi^ur^ cria le Roi en lev^nl sa canne, vous é^es up indigne, §i p>H moi 9^^l qw \^ respecte e^ ne vow traita^it pw l^milP^e il QW^ vienh . .
— Berri, dit )a DucUe^^ m pl^i^raqt; «i j'étais bpmme vous n'aiiries p|is 9gi ayeo yne t^lJ(9 lâche^. ^
-rr- Macramé, reprit le jRoi, il me çppplialt tailtà-rheuire de vpy^ enfermer dans un (QPttvep^i niai^i lui seul ipa dans un^ prison 4!jÉ)(at5 *- •
— 3ire , répUiÇ(iPP le Frin^e, je ^i^is confus d'gn emportement si blâmable, et je vous prie de nw pardonner.
— Faîte^ cette prière à nia4ame; flioula le Rpi
t36 MtMOmS
d*noe roi% brève, et sonmetlez-Toos d'avance à la réparation qo^elle exigera.
-* Sire ^ dit en sonnant la Dnchesse/ n'est*il paf ]Oste qne fexécate ici la loi du talion? » Sans attendre de réponse , elle effectua des i représailles, bien douces^ en égard à l'affront j a Embrassesb-inoi^ M. de Berri^ dit-elle^ qt cette | fois ne^praignez rien de mes ongles: je fais patte \ de velours tant que le )our dure. »
Ainsi fut plâtrée la réconciliation; mais le doc de Berri , excité par la Maintenon contre sa femme et le duc d'Orléans, se promettait sa revanche, lorsqu'il mourut, bien confessé pour tpute consolation.
M** de Berri fut avertie sous main qu'il lui ménageait des obstacles dans ses amours, et peut-être pis ( car on ne sait pas ^squ'où peut aller la vengeance d'un prince). Ëlle^tait assez déterminée de son naturel pour ùe rien craindre do ses entreprises contre elle; mais elle s'effraya des dangers que courait La Haye. Elle le savait d'une trempe si timide qu'elle lui cacha son plan jusqu'au dernier moment. Elle le fit venir une nuit di^ns sa chambre toute pleine de caisses
DU CARDmAL DUBOIS. 187
et de préparatifs de voyage : elle était habillée de pied en cap, et lui non.
« La Haye, lui dit-elle^ dépêchez et partons.
— Il est bien question de partir, reprit -il d'un air hébété; couchez- vous plutôt.
— Nous allons en Hollande.
-Moi!
I — Vous m'enlevez.
— Je Vous enlève! et pourquoi faire?
— Si vous l'aimez mieux, ^c'est moi qui vous mlève! ^ - -
— A quoi bon! s'il vous plaît?
-" Je suis inquiète de notre avenir : le duc de îerri veut se venger de vous et de moij il est nuroois dans ses desseins : j'ai prévu à tout; un tirrosse nous attend; dans deux jours nous sewns hors de France.
— Bon !picu! Madame^ quelque chose qui irrive^ je serai plus sage que vous. »
Il s'enfuit à ces mots, et se renferma dans sa àambre^ de peur d'être enlevé de force : trois surs après , là duchesse de Berri ne songea plus t son voyage.
Le Prince spn mari ne vivait pas plus mal avec
x4o MÉMOI&ES
conde dauphine m'a toujours paru mal placé/
— Encore une fois que voulez-vous dire ?
— Que l'on est trompé dans ses tendresses comme dans ses haines^ et je vous engage à ne plus tant regretter la duchesse de Bourgogne.
— Voilà un singulier langage en votre bouche.
-^ C'est celui de la vérité. Sire, et ces lettres vous prouveront que la mauvaise foi peut avoir de bien charmans dehors. »
Elle remit au Roi une cassette de lettres , toutes de la main de la Dauphine et renfermant la preuve de ses trahisons avec son père, le duc de Savoie. Louis XIY les lut avec une douleur muette^ puis les anéantit, afin que personne autre ne pénétrât jamais dans ces tristes- secrets de famille. M"* de Maintenon ne se contenta pas de si peu; elle avoua au Roi tçut ce qu'elle lui avait caché jusqu'alors de la vie débordée de la Dauphine. « Hélas 1 s'écria Sa Majesté en pleurant^ je vois bien qu'il n'est de certain ici-bas que l'amour de Dieu I » Ces révélations , loin de détruire son grand chagrin, y ajoutèrent un souverain mépris de tous les hommes.
La mort du duc de Berri faillit pro6ter au
DU CARDINAL DUBOIS. ^«i
duc du Maine qui en savait peut-être les causes. Une restait plus qu'un Dauphin de la famille royale^ et si faible^ si cbétif^ si euTironné de complots, qu'il ne semblait pas en état de ré- ^ner. II avait déjà été empoisonné une fois^ et le coDtre-poison qui le sauva lui avait laissé une tache noire au oôté^ qui ne s'est jamais effacée. Oa comptait si peu sur cette jeune téte^ que la coar commençait à re'Venir au duc d'Orléans comme à l'héritier présomptif de la couronne. Le Roi avait marié le duc de Bourbon avec M"* de Coati, et le prince de Conti avec M"* de Bourbon; ilcherchait à renouveler ainsi sa cour moissonnée si rapidement ; mais ces deux couples^ encore jeunes^ contrastaient tristement avec la. vieillesse in monarque survivant seul à ses enfans et à ses fetits-en&ns.Le duc du Maine ^ aidé de la Main^ tÉnonet du père Le Tellier, triompha aisément <ie la faiblesse et de l'insouciance du Roi^ qui^ déjà^ en 1710^ avait étendu aux enfans des bâtards les prérogatives attribuées à ceux-ci^ en les élevant au-dessus de tous les ducs et pairs. Celte nouveauté avait fait grandement murmurer; ce fut bien pis quand on sut les avantages que
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disait aux bâtards un testament secret du Roi. Le duc d'Orléans fût instruit dWance par le chancelier Voisin et par le dnc de Saint-Simon de l'existence de ce testament et de ce <}a'il cofh tenait.
Le duc de Saint-Simon est nn courtisan délié dans la circonstance; il prend tous les tons ^ toas les airs^ tons les masques, toutes les allures t ainsi le même jour il sera doux et colère ^ flatteur et brutal^ franc et menteur : do reste, toujours à cheyal sur la généalogie, qui fait toute sa scîenoe. En fait de péchés mortels, il ne coumiit que les fausses noblesses ou, ce qui pour lui est tout un, les noblesses d^hier. Parlez» lui blason, annoirîe^ alliances, et vous le Terrez déployer «a science en fait de dates, d'anecdotes et d'obserrations sur ce 4:hapitr6. Ç^est son bonheur, c'est sa vie: il faut le voir éplucher une généalogie , la poursuivre dans ses plus obscurs commencemMB , connaître les rameaux étrjuogera, ce qulL uomme le gui d'un arbre généalogiqtiie : il se dit tout haut plus noble de deux quartier^ que le roi de Fraoce, -et c'est merveiUe de TenteiKlre ifecuter les de^ grés de parenté entre les premières maison^. A
propos de Fobjet Je plus indifFërent^ il arbore quelque écusson en champ de gueule ou d'asur. Nomme^t^n devant lui une Ville , un château , une bicoque , il a toujours en résçrve un Saint-- Simon d'autrefois à y placer comme une enseigne. Il s'était, complèteijaent brouille aveo Madame^ noa moins enragée de sa généalogie^ et cela pour lai avoir prouvé que les Palatins s'étaient enca^ m'//ft9 plusieurs fois avec des^ filles de comtes de l'Empire* « M» de Saint-Simon > disait-elle^ est jaWx de tcmtçs les noblesses ; à l'en croire il serait seul d'un sang pur et sans mélange \ le petit orgueilleux ne se souvient donc pas qu'un de ses cossins était écuyer de M"" de Schomberg?» Madame aurait pu ajouter que cet écujer avait un frère dans une fortune plus basse encore. Quant à Stint-Simon^ il ne s'embourbe pas dans les explications : d'un LeBossUy bourgeois et juge de Mayence ^ qui a épousé l'héritière de la branche ûoée de sa maison^ il fait d'un coup de plume un irès«hant et très*^uîssa«àt personnage de la maison de Bosstt. U n'est pas jusqu'à mon noiû de D^oiSy dont avec un peu de bonne volonté il &e put faire qndtqûe chose. Au reste^ voici l'ori-
ginp de la haine dont il m'honore. J'osai lui de-"
mander en plaisantant :
«Pensez-^ous, M. le duc , que nos aïeux n'aient pu se trouver. parens par alliance^ il y a de cela mille atis?
•^- Impossible, monsieur., reprit- il sèchement.
— Pourquoi pais? mon nom a pu c]^anger en route conime tant d'autres. » Il rougit et ne ré-* pondit plus. « Au reste, ajoutai*je , s'il était permis à un cardinal d'avoir des enfans légitimes, je crois que vous né refuseriez pas d'allier nos deux maisons.
— Je consentirais à tout plutôt que de consentir à ce déshonneur.
•= — Peste ! un déshonneur qui vaut plus de cent mille livres de rentes n'en à pas qui veut, M. le duc.»
Depuis cette discussion^ il me traite avec autant de mépris qu'un écuyer de M"* de Schomberg.
Le duc de Saint-Simon n'a pas cru faire une mésalliance en épousant une fille du maréchal de Lorges, laide, et eç revanche très-fiére j elle se vante de ce que personne n'a formé de complot
DÇ CARDINAL DUBOIS. 145
contre sa vertu inabordable. Je le crois bien. De ses deuxenftinâ^ sa fille est monstrueusement laide et sotte ; ce qui ne Tempéthe pas d'aroir une généalogie remontant à 980. Le duc a du moins une figure bumaine. On remarque en lui une roideur de corps qui se retrouve dans ses manières et dans son esprit^ des yeux vifs et enfoncés^ une physionomie de marbre j la parole brève et la voix dure. Son stjle^ au contraire, est un modèle de prolixité, d'obscurité ^ lorsqu'il écrit quelque rapport, le Régent lui dit constamment : a M. de Saint-Simon, de grâce un point*
— Tout ce que je puis faire, Monseigneur, c'est de mettre un point et virgule ou deux points.
— Vos pbrases', lui dis-je un jour, ressemblent à votre généalogie, elles n'ont ni commencement ni fin. » Cependant il y a dans sa manière d'écrire d'admirables qualités, des expressions neuves et spontanées, des mots qui peignent. On sait qu'il iàit des mémoires , et lui-^méme ne s'en cacbe pas; mais on ne les connaît que par ouï dire. « C'est la vérité toute nue que je fiais sortir de son puits, me disait-il un jour.
— Prenezrgarde, repris-je, que la vérité ne vous Ira. »o
envoie à la Bastille^ dont vous ne sortirez pas. --* Je ne crains rien. Ces mémoires ne seront «publiés qu'après ma mort; oe sera un prodigieux tnmnlte* — Parmi les généalogistes surtout. »
Saint-Simon^ très-ambitieux^ n'était pas encore parvenu à jouer un rôle: son ambassade en Espagne n'avait pas eu l'éclat qu'il: souhaitait ; ses campagnes en Flandre né l'avaient pas distingué comme habile capitaine. Louis XIV faisait assez peu de cas de ^es talens ; il le regardait comme le premier homme a parchemins de France. Saint- Simon, qui avait été élevé avec le duc d'Orléans et le dnc dû Maine, restait indécis entre cds deux princes, ne sachant à la destinée duquel s'attacher. Il lui fallait beaucoup d'adresse pour aller de Fun ht l'autre sans se brouiller avec toiis les deux. La prééminence sur les ducs et pairs accordée aux énfans et descendans du duc du Maine lui fit prendre ce prince en aTersion.Cependant, lorsque le duc d'Orléans ^ vit accusé calomnieusement et abandonné même de ses créatures, il flactoa plus que jamais, faisant un pas en avant, un pas en arriéré, tl s'arma enfin d'une résoiatipn tardive^
'DU CiUlDINAL DUBOIS. 147
et se déclara en faiveur du duc d'Orléans^ dont il proclamarinnocenceauz dépens dadacduMaiiie.
Lors de la mort du duc de Berri^ il hésita de nouveau^ demeura neutre quelque temps^ et re« vint, plus chaud que jamais, vers le duc d'Orléans^ qu'il pressentait devoir être régent ou roi. Je gage qu'il se êenAt voulu du mal si le duc du Maine avait eu la Régence à la mort de Louis XIV.
Un soir Saint-Simon accourut tout éssouOSé au Palaiis-^Royal, fit éloigner tout le monde, et s^euferma seul à seul avec le dnc d'Orléans, qui ne se tommenta pas de ces grandes démonstrations de mystère , connaissant l'homme fort cou» ttunier du fiiit. Cette fois le mystère n'était pas une comédie; le soir même Son Altesse roy$kle me raconta les détails, de l'entrevue, u Monseigneur, dit Saiât-^Simon , je vous viens apprendre ane nouvelle fraîche d^anjourif hui et qui vous surprendra fort.
— Laquelle^ Monsieur^ s'il vous plaît?
— Le Roi a fait un testament.
— Un testament! et d'où le tene^yous?
— Du premier président, aux mains de qui est la clef ^une cachette faite dans le mur d'une tour
i48 MÉMOIRES
du Palais 9 fermée par deux portes defcr^ en la^
quelle a été iuclùs le testament.. ^
— Des. points! M. de Saint-Simon^ et nous nous comprendrons mieux.
— Certainement Sa Majesté aura testé ^ lepoi-» gnard bu le crucifix sur la gorge , car elle a dit chez M™ de Mainterion : « On m'a tourmenté pour faire mon testament: j'ai acheté le repos à cjs prix^ j'en connais Fimpuissance et partant Tinutilité : nous pouvons tout ce que. nous voulons en vie ; morts^ nous sommes moins que le dernier de nos sujets. Qu^a fait le testamept du roi mon père après sa mort? Je le savais; mais ils l'ont voulu. On ne m'a donné ni paix ni trêve qu'il ne fut fait. Or donc, Madame, il deviendra ce qu'il pourra 5 ce n'est plus mon aiFaire; il ne m^en reste que des 1 regrets. » Le Roi a dit à peu près là inéme chose en le remettant à M M. de Mesmes et d'Aguesseau •
— Ceci n'annonce rien de bon : mais on ignore la teneur du testament?
—■C'est un serpent prêt à changer de peau 5 il faudra le mettre en pièces , ayant soin que la têto ne se rejoigne pas avec la queue. Ce testament: reg«irde M. du Maine, à qui le Rôi a dit sévère —
ment -.«Vous l'avez voulu, Monsieur; mais si, ' quelque grand que je vou9 fasse etque vous soyez démon vivant, vous n'êtes rien après moi, c'est à vous, à faire valoir si vous pouvez, ce que j'ai /ait pour vous; et Dieu vous soit en aide ! Après tout, je n'y compte pas. ».
—Pas de doute que M. du Maine ne soit ëleve à mon détriment....
— Au détriment de. la grande noblesse de Franco! -.
— Enfin-, que me oonseillez-vous?
—Si mes avis ont quelque poids, Monseigneur, je vous conseille de vous assurer des principales maisons nobles, de gagner les troupes et le paiv 'âment,et de vous tenir prêt comme si le Roi iàt mourir demain.
— Son terme approche; je le sais par l'expé-^ ieoce des verres d'eau l
— LoÎH la chimie oula niagie. Monseigneur!
los messieurs du parlement n'entendent point ûUerie sur ces matières.
—Monsieur, reposez- vous sur ma reconnaistnce, qui se fera jour tôt ou tard; en attendant, ^oissezt de toute mon.amitié. »
!$• MâfOIRES
Le bruit du testament se répandit bientôt dans le public avec une Qonstematâon indicible; tontes les calomnies auxqudles le duc d'Orléans avait été en butte disparurent pour laire place à l'intérêt le plus vif ; Tinjustice qu'on lui faisait révolta tous les cœurs : on murmura contre Louis XIY; on méprisa le duc du Maine; on s'emporta contre la Main tenon, ce mauvais génie du père Le Tellier.Xe duc d'Orléans, pour s'encourager à tout entreprendre à la tonservation de ses droits, se répéta souvent à lui-même, <x>mmé à ses plus intimes : « J'ai la cause de mes euËEins à défendre!» Madame, qu'il instruisit de ses projets, loin de l'en détourner, l'anima contre la vieille, le petit boiteux y et le p^it pape. CTest ainsi qu'elle intitulait la favorite, le bâtard et le confesseur.
Suivant le conseil de Saint-Simon, les arcsbauUms de la Coastituli<m fiirent appelés à soutenir la maison d'Orléans ; le cardinal de Noailles entra avec joie dans une ligue contre les «cardinaux de Bissy et de Rohan ; les Jansénistes firent une levée de boucliers contre les Jésuites* Ces derniers étaient mal en cour de parlement, parce
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qtie le père Le Tdlier avait excla des grands bénéfices les enfàsis de magistrats; il se vengeait contre eux de certaine condamnation.... Le par* lemeot se précipita dans la ligue de Son Altesse rojale ; le duc de Guiohe^ colonel aux gardes françaises, gagna tous les officiers de ce corps , présent à Paris ; d'autres régimens furent entrai*^ nés dans la même défection. Saint-âimoa fit son affaire des ducs et pairs.
Il fallut négocier et dresser un traité en formes. Des conférences furent ouvertes au Palats-Rojal et à TArchevéché. Le lieutenant de police d'Ar* geoson y entièrement dévoué à Son Altesse, ferma lesyeox sur ces assemblées secrètes et nocturnes, ioai faisaient partie le cardinal de NoaiUes, le président de Maisons, M. d'Agaesseau, procureur général, M. Joly de Fleury , avocat général, les abbés de Fortia, Pucelles, Gaudiontj les ducs de Saint-Simon et de GuicLe. Lord Stanliope,quise trouvait de passage à Paris, n'était pas sans motif admis à ces conciliabules, ou cbacun se rendait de nuit par quelqu'une des maisons alternantes au jardin du Palais-Royali U devait nons faire un allié du nouveau roi d'Angleterre,
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en cas que Son Altesse royale fut forcée de recourir à la voie des armes. On connut bientôt les dispositions du testament.
Louis XIV y réglait la forme de gouvernement qu'il prétendait être suivie après sa mort: . il établissait un conseil de régence, dont il nommail les membres^ et devant lequel les affaires devaient se décider à la pluralité des voix; le duc d^Orléans était déclaré chef de ce conseil^ sans autre prérogative que celle de la présidence. Ce conseil était composé du duc de Bourbon^ quand il aurait vingt-quatre ans accomplis; du duc du Maine, du comte de Toulouse, du chancelier , des maréchaux de Yilleroi, de Tallard, de Vil* lars^ d'Harcourtj des quatre secrétaires d'état et du contrôleur-général.. Le jeune Roi était mis sous la tutelle et garde du conseil de régence, et le duc du Maine, chef et commandant absolu de la maison diji Roi , avait la charge de veiller à sa conservation. Oh! le beau gardien! Ënfin^ le duc de Villeroi était nommé gouverneur du Prince j le père Le Tellier, son confesseur, cl Ficury, son précepteur.
L'anli-r testament, qui fut dressé au Palais-
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Royal ^coiûprenait mieux nos intérêts. H futcoii- . venu, après ample déhbération^ quele ducd^Or* léans serait déclaré^e'gent du royaume^ et que la pelrsonne du Roi lui serait confiée avec le comniandement général des troupes et la distribution de toutes les grâces. Cette clause fut imaginée a iQOD avantage. Nous décidâmes que le cardinal de Noailles serait chef du conseil de conscience; qae le président de Maisons^ et^ a son défaut, M. d'AguesseaUy aurait la charge de chancelier; que M. Joli de Fleury succéderait à M. d'Aguesseau en sa charge de procureur général ; que les abbés Fortia, Pucelles, Gaumont seraient employés honorabkment et lucrativement ; qu'en toutes choses le. parlement serait écouté , consulté et rétabli dans ses anciens privilèges ; enfin nos Jansénistes demandèrent que le père Le Tellier et ses âme;s damnées^ le père Doucin et Germon, fassent chassés ignominieusement et exilés; qu'il ne fut plus parlé de la Constitution, et que Port- Royal fût réédifié. On accorda toi^t, quitte à tout refuser en temps et lieu. Je me gardai bien de ine réserver une petite part dans la régence ; j'en voulais une grande, que je n'ai pas lâchée, Diou
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merci ! Les autres, pour la plu parfont da se çoo- j
tenter de promesses.
Stanhope retournait i Londres. Le d«c d'Orléans, qui me savait négociateur d'instinct, sine donna ordre de raccompagner avec une mission secrète auprès du roi Georges I^. Le duc du Maineétait si assuré de l'effet du testament, qu'il s'endormait dans sa confiance, et ne voulait pas croire lesavisqu'on lui faisait passer, GependaniV comme bien des yeux étaient ouverts sur la conduite du duc d'Orléans et de ses agens, j'eus la prudence de déguiser mon voyage^ dont quelqu'un avertit le Roi.
c( Bon! dit-il, l'abbé va voir ses ami$ d'Angleterre.
-^ Ses amis ne sont pas les vôtres , l^re, i> reprit Tallard, qui avait toujours à cœur notre ambassade.
J'avais pourtant dépisté les soupçons en prenant la route d'Orléans/ où j'arrivai à, minuit cbestsie chevalier de Longueville, gentilhomme du duc d'Orléans; il me reçut avec distinction ^ et me donna ce qu'un voyageur fatigué préfère tout, bon souper et bon lit. Je me levai avant
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le jouf^ et )e remerciai Longaeyille de son hospitalité*
« Taime ta maison^ lai dis-je^ parce qu'an y fait de beaux rêves : moi , qui te parle , ^e me suis vu cardinal en aonge.
— Ne t'endors pas là-dessus^ Tabbé^ » me cria-t-il pendant que je montaiis en voiture.
Mon séjour en Angleterre fut court et mystérieux : je vins à bout de servir mon maître mieux que je n'espérais. Le roi Georges m'ac-^ cueillit favorablement^ et coipme plénipoten»* tiaire du Régent. Je ne veux pas répéter ici ce qne je dis de cette négociation dans mon Jouroal (i), où j'ai réuni les pièces et les lettres. Enfin ^ dans ce voyage^ je touchai pour la dernière fois la pension que je devais à. la munificence anglaise. Je cessai depuis toute relation particulière avec ce gouvernement. Mais j'avoue que tant qu'a régné Louis XIV, ou plutôt la Maintenon, j'ai regardé cet argent comme de
(i) n semble, d'après ce passage et plusieurs autres, que Dubois avait écrit des Mémoires politiques, dont persoune ne paraît avoir eu connaissaoce. C'est encore unte restitu- |ion qu'on nou< fera tôt ou tard. [Note de l'Editeur.)
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bonne prise. Foin des scrupules ! Le secret de mon retour en France ne fut pas évente , et lorsque je descendis au Palais'Royal ; je rencontrai Maréchal^ pale, égaré ^ qui me dit tout bas cria en bochant la tétè : « Le Roi est perdu I >i
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