CHAPITRE X
Le marquis de Chateauneuf ; ses ridicules. — La ceinture de diamans. — Le dîner des tabatières. — M»» de Chateauneùf. — M™« de Morangis, sa fille. —Le père de Castagnère, son neveu. — Sourdeval, secrétaire de Dubois.
— Lavergne, autre secrétaire. — Scène du Bourgeois gentilhomme, — La liste du Suisse. — Lettre de Dubois au marquis de Noce. -^ Heinsius, grand pensionnaire de Hollande. — Insolence de Louvois. — Lord Cadhogan.
— Robert Walpole. — MM. Las3ara2 et Basnage. — Guerre ouverte du père Castagnère contre Dubois. — M"« Dunoyer et ses deux filles. — L'embuscade. ^ Le secrétaire du diable. -^ Convention entre la France et TAngleterre* — ' Complimens ,de nouvelle année. — Signature de la triple alliance. -^ Lettre du Régent à Dubois. — Dîner diplomatique. — Dubois sacrifié. —
• Lettre au Régent. — Le poisson. — Lettre du roi d'Angleterre à Dubois. — Générosité peu coûteuse. — Départ de la Haye. — Avis mystérieux. — Les béguines d'An-' vers. — Retour au Palais-Royal. — Les boîtes de thé et le vin deTokay. — Dubois, secrétaire du cabinet du Roi.
Le marquis de Châteauneuf est un oisou des pieds à la tête; je n'en sais pas de plus iafatué
DU CARDINAL DUBOIS. H'jg
de ses aïeux j il est heureux lorsqu'il trouve Foct casioa de parler de très-haut et très^puissant 6ci« gneur Charles de l'Aubespine^ marquis de Ghâ-teauneuf^ rival du cardinal de Richelieu auprès de la belle duchesse de Chevreuse^ et prisonnier à la Bastille. Alors sa face pâle s'épanouit et il se rit à lui-même. Il est hérissé de petites finasses qui ne sont que ridicules ou inutiles. J'aurais Tair de le juger avec mauvaise foi^ si je passais soua silence deux hauts faits qu'il racontait à tout venant^ dès que sa femme lui disait, à l'instar de la sœur des Mille et une Nuits : «M. le marquis, dites-nous ce qui vous arriva du temps que vous étiez ambassadeur^à Constantinople ; ou bien le diner des tabatières. » Et AT. .le marquis commençait, avec sa voix nazillarde, par la formule accoutumée du Châteauneuf rival de Richelieu» Voici ces deux histoires dans leur intégrité.
Du temps que M. le marquis était ambassadeur à la Porte, il faisait avec magnificence les honneurs de l'héritage du Cbàteauneuf rival de Richelieu. Mais son désintéressement excitait l'admiration des Croyans. Les chrétiens de la Terre-Sainte, qui, comme on sait, sont tous des
aSo MÉMOIRES
millionnaires en haillons^ obtinrent de Fambascadeur de France les plus édatans services. Or, les chrétiens, qui sont fort reconnaissans, avisèrent aux moyens de le prouver. Ils envoyèrent au marquis des députés de banne maison, pour lui offrir une ceinture de diamans. Celui du Régent n était rien auprès. Mais M. le marquis refusa ce présent avec une grandeur d'âme à nulle autre pareille.
a Messieurs, dit-il à ces pauvres obrétiens, on ne me doit rien pour avoir fait mon devoir.
— Monseigneur, répondirent ces bonnes gens, comment vous témoigner notre gratitude?
— Hé bien ! puisque vous le voulez absolument, feprit-il, donnez à'Briancôurt, mon secrétaire...
— Que de bontés Votre Excellence a pour moi ! s'écria le secrétaire, pensant déjà tenir la ceinture de diamans.
— Que faut-il lui donner? demandèrent ces députés.
— Le titre de chevalier du Saint-Sépulcre , ;) répondit l'ambassadeur, sans- vouloir le moins du monde se moquer d'un vieux et iidèle serviteur.
Le dîner des tabatières, maintenant. Du temps
DU CARDINAL DUBOIS. . aSi
que M. le marquis était ambassadeur à la Haye^ quelques années avant ma venue , son imaginalive surpassa celle d'Ulysse le trompeur. 11 pria toutes les femmes et les filles des ministres hollandais à un dîner où il n'y avait d'hommes que lui et son neveu le jésuite: Le dîner fiit aussi gai qu'il pouvait l'être avec de pareils convives. Les dames profitèrent de l'absence de leurs maris pour en prendre à leurs aises. Leurs têtes s'exaltèrent tellememt, qu'au dessert elles parlaient sans s'entendre ^ et M. le marquis les entendait sans parler. On servit, au Keu de surtout, une pyramide de tabatières d'or toutes du même poids et du même travail, et en nombre égal à celui (les dames hollandaises. Ce fut un délicieux régal pourelles. M. de Cbâteauneuf, rival de Richelieu, n'aurait rien trouvé d'aussi galant. Les. tabatières furent comparées, changées^-et Farabas* 3adeur, profitant de la bonne humeur des dames pour les faire jaser,, se figura avoir appris tous les secrets de l'Etat. L'une lui disait: « Monsieur, vous êtes uh digne messer^ l'autre le hoUandisait en l'appelant van Châteauneuf; celle-ci ^ui parlait de ses enfans; celle-là, de son.com-
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merce d'eau-de-vie. Enfin le vin tourna toute» les t^ies^ et M, h marquis ne s'est jamais rappelé les foliés qu'il a dites et faites; On ignore { Gomment il se trouva que le jésuite fut possesseur d'une tabatière d'or que personne ne réclama. ,
Pour en finir avec cette burlesque famille > je ne dirai qu'un mot de M"^ l'ambassadrice^ autre* ^ ment M"* la marquise, squelette féminin , déplo- ^ rable débris de trente amours ^ et contrainte, bien malgré elle, à vivre de^ souvenirs. Je me ^ ménageai tout d'abord son amitié avec des flatteries dont j'évitai par bonheur les con;séquen- . ces; mais j'obtins ce que je voulais, c'est-à-dire la communication des papiers de l'ambassade. On. , m'a iàit une cruelle injure, en m'attribuant d'au- , très rapports avec cette anatomie vivante , que . Sourdeval nommai tla haquenée de VApocalypsOi Au reste, ce n'était pas une méchante femelle; elle avait pour moi mille soins de la cave au grenier^, et depuis elle s'est chargée poliment de mes em- , plètes de linge et de draps en Hollande. La fille de M. le marquis a suivi, suit et suivra jusqu'au, tombeau l'exemple de sa mère. Son mari, le cpmte de MoraDgis, lui permet deux amans par mois^. j
DU CARDINAL DUBOIS. a83
ilà tout. Le neveu^le pèra dèGastagûère^jësiiite^ ait accaparé l'esprit d'oncle et tapte : ]é sais pew hoaimes que j'aie autant détestés; cependant suis certain de le juger sans prévention, quand dis que je n'en sais pas de plus jésuitiquement suite y laid au dedans comme au dehors, valet isolent, menteur^ impudique, voleur; le reste l'avenant. Il m'a si bien espiimné pendant mon Ijour à la Haye, que je doute qu'il travaillât our son propre compte. Je ne me repens pas de avoir desservi tant que j'ai pu. J'aurais voulu envoyer au Mississipi en équipage de unssion-^ aire.
Je changeai bientôt de secrétaire. Sourdevai levenait sourd , pour remplir les conditions de on nom; il avait en ^Normandie une femme et les enfans dont le nombre augmentait en raison le son absence; il n'avait pas de trop de ses deux QQille livres pour nourrir et vêtir toute cette fa* mille, et cependant il la nourrissait » il la vêtis-sait, peut-être à mes dépens. En outre, sa pa-^ resse m'impatientait autant que sa douceur. Je lui demandai s'il ne connaissait personne à Paris qui fut capable de l'aider jusqu'à la fin de mon
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anîbass^e; il ine répondit qu'un de ses ami( nomme Lavei^ne, qui avait travaillé chezi| banquier^ ferait fort bien mon affaire^ et il m^ frit de lui écrire. Uabbé de Targny, sous-bibli| tbécaire duRoi^ m'avait souvent recomttiandét Lavergne, qui s'était faufilé dans la maison du cardiqal de NoaiUes. J'écrivis à l'abbé deTargii de m' envoyer ce mauvais sujet ^ et par hasard] retins la lettre qu'adressait Sourdeval à son m Il le dissuadait d'entrer à moir service, et cet dans des termes qui me décidèrent à en faii sortir maître SourdevàL Je me souviens du fo$ trait qu'il faisait de mon individu^ portrait ^ sçz ressemblant^ quoique peu flatté. «Figure^ vous, disait-il, ce prestolet en habit noir^ Fépé au côté : vous verrez une tête de linotte encliâs sée dans une grande perruque, un front ride un nez froncé, des sourcils recoquillç's et mena çans, SQUS lesquels on découvre des yeux de sai glier, un visage chafoin et plein de boutons . un air renfrogné et revêche, et le reste encor plu3 déplaisant »
Je me promis bien de me débarrasser de c fidèle serviteur aussitôt que je pourrais le for
S danger; car ee maudit Sourdeval^ avec sa le cafarde^ s'était approprié plusieurs de mes rets^ entre autres celui de mon mariage. Je fis semblant de rien jusqu'à ce que le traité Iliance eût été signé. Alors je profitai du déqu'avait Sourdeval de revoir sa famille pour renvoyer en Normandie, avec une pension dé lie écus sur le trésor. Laivergne me le fait sou» it regretter;
Ce Lavergne m'écrivit lui-même potir me prier accepter ses services^ et pour me donner un tiantillon de son écriture^ qui est admirable, m'adressa ce vieux madrigal, en guise dé lettre I recommandation : *
Un philosophe très-parfaite Dit qae rien de rien ne se Êiit, L'opinion en est commune.
Mais je la démens pour le coup j Car si Votre Excellence a soin' de ma fortune, pe rien elle fera beaucoup.
arriva bientôt par le carrosse de Bruxelles,- ; je ne le fis pas rougir en lui disant :
« Voyons ce qu'on pourra faire de vous ; il y
«86 MÉfiiOIRES
a quelquefois ud hoonéte homme dans Téta
d'an coquin.
-^ Votre Altesse^ répondit-il^ me juge bi mal****
— Vas-ta recommencer, avec ton Altesse, scène du Bourgeois gentilhomme?
— *Non^ Monseigneur, je sais seulemeot < que je dois à Votre Excellence.
— Encore une fois, laisse là toutes tes dijoi tés , qui m'assomment*
^— • Oui, monsieur ram^bassadeur. 1
— Peste soit de monsieur Vamhassam butor I ne saurais-tu prononcer un mot sans toij cette litanie? Dis Monsieur ;\e te fais grâce J reste.
— Je vous obéirai , monsieur Pabbé. »
liC drôle ne s^est pas encore corrigé de cel^
méchante habitude d'assourdir mes oreilles d titres et dç qualités. Mieux vaudrait Dubois ton court.
Lavergne est un monstre au physique comn»
au moral. Dans le bon temps des nains, il aof^ bien joué son rôle : louche^ estropié, des jamw rampantes, des bras jusqu'à terre, unelanff*
le serpent. Le vilain petit homme m'est trèsutile en ce qu'il ne me cause nulle jalousie dans mes afiaipes politiques et amoureuses. Je sais bien que son plaisir est de me déchirer autant qu'il me flagorne, mais je }elui rends en brutalités de tout genre. Il me remercie du tout. M. de Ghâteauneuf^ à qui je l'envojai d'abord^ faillit me le débaucher en lui donnant quelques mon* naies. C'est un intéressé faquin que ceLavergne^ et il fait chez moi plus de profits que je ne voudrais. Je m'étonne qu'il ne m'ait jamais volé os-* tensiblement : ce q^e j'attribue non à la peur du vol^ mais de la Bastille. A la Haye ^ il était chargé de transcrire la liste des personnes qui me venaient voir ou envoyaient chercher de mes nouvelles. Parmi les défauts de ce valet, l'ivrognerie et la distraction sont les moindres. Il avait l'accoutumance de s'enivrer tous les jours* avec le suisse de la porte, et au lieu des noms que je voulais, il écrivait mille sornettes de buveur. M. de Narvick n'eut pas été charmé de se voir accolé sur ma liste à AT. Tonneau et M. Deux^ Pintes.
Cependant, selon mon expression, j'étais bon
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à jeter dans le canal de Mardick. Mon traité d'alliance n^âvançait pas; lés ministres anglais me laissaient faire j les EtatsrGe'nérafux demeuraient dans l'inaction ; le grand pensionnaire Heinsius et la marquis de Rie battaient en brèche tous mes plans; mes ennemis de Paris soufflaient feu et flamme contre moi. Le découragement mel gagna^ et peu s'en fallut que je ne prisse la route de France. Je me décidai à écrire à Noce, maître de la garde-robe du Régent, afin que mes plainte» parvinssent indirectement à Son Altesse royale. Je n'avais pas alors démasqué ce double traître,i qui minait mon crédit souterrainement.
u Monsieur,
» Dans le temps que tout ce qu'on a pu dé- Msirer tourne entre mes mains au-delà de toute » espérance, on in'écrit des lettres très-désobli- » géantes, où l'on me reproche, sans rime ni rai- » son, des variations j et sans savoir l'état présent » des choses, sur d'anciennes idées et *de vieux » lieux communs, on m'envoie des ordres qui dé- » rangent tout mon système : ce dont j'enrage.
DU C4RDIIiâL DUBOIS. «89
» Et Son Altesse royale a la facilité de souscrire )) à tout cela ! ce .qui m'oblige de ^kyr écrire poor » ]» supplier de révocjuQr ses .ordres ou de me » révoquer moi-même : aussi biei\ je ne me con- )) soWpas d'être aussi loûg-tenips éloigné de vous» M II ne faut pas vctuloir raisonner de si loin, et je » vous assure qu'ils n ontp^s d'idée de ce pays- » ci. Mitte sapientenï et nihil dicas» On a plus » de. peine *à Jies désa];)ùser qu'à leur faire faire ))raffaire principale,* et on«mploie à leur faire »des dissertations le temps dent on aurait be-< Asoin poujr le service ^ d'ailleurs, il faut tenir »en bonne bumeutceux que l'on, emploie ei ne » pas. donner la.maln ià ceux qtii veulent ks cha«- » griner et ]es embarrasser ..Dorénavant^ je tien- Adrai'pour un miracle au-dessus des miracle^t » de Saint-Antoine de Padoue, quand une âf-* ^Êire étrangère . ré»ssira« J'ai des choses fort » importantes que je n'Dse éerirp de peur qu'el- » les ne tombent entre 'les mains dé ceux qui ne » peuvent souffrir ceux qui sont attachés au » Prince personnellement,, et qui chefiûnent «droit* Ce .qui m'afflige, car il y a des moyens » pour lui faire faire le plus grand personnage m. 19
2<)o MÉMOIRES}
» du iBonde. Aidez-moi à jcombatlr.e ks envieux » qui* l'exdb^Bt et ma rèèODnais$aiice ne prehdra » pas de fii>;Lesfeinpi>çsdacepap,spnt,èomrae »moi^ aux ô/dr^s de Soji j^Uesèe, grandes, » belles pour Va pU]part/4iaàis froides et Anaré- » cageiises.* » , , * * . ^ -
Je rapporte cette l«,rtre, toute déBguçée qu'elle soit pài: rooD bauiru de secrétaire ; elle prouve qu^à cette époque où Nôcç me desservait si cbaritablemeiit, je le traitais plus "que jamais en ami frajQc et loyal. J'ai, par là sambléu ! t>i^n' fait de ne pa» lui quitter la partie.
HeiosiuÇ) qui était grand pën^onnaire de Hollande depuis trente*»six ans*^ avâil de*toui, temps faijt preuye de q[Uiuv«ise volonté à l'égard de la France. C'était un ministre. pFobe^ et pourtant préférant les intérêts de sa buine a ceux de son pays. J'avoue qu'à sa place ^e n'aurais pas gardé moina de reasesttiment d'une injure^que lui fit Louvois^ je Fai ouï conter, par lui - fsaéme avec une indignation que qufarante années n'avaient pas aâaiblie. Heiâsius fut envoyé en France comme aiabassadeur pour constateP'ks droits du roi Guillaume à la principauté d'Orange. Heio-
DU CARDI]imi DUBOIS. 291
sius À'aila briser conire Forgueil de l&QOVôis. an recevait les DJÎuîstre^ étrangers compae Un régent de collège. lU s'él^evà »énlre eysr nn^l discussion chauàq* des . deux ' ^ârts-* relativement. «i la yiHe d'Orange^ que qIiacuiI • voulai( retenir* dans ses froiUières. •. • ..^ * .
« MCM3si^ur>. lui dit-Heinsiûs> Ae quel droit me parles^vou^ avec pet !àir ^'aiitorite. Je suis* renvoyé d'i^ne Dation libre ^ et qui ne reconnaît* pas de tnaitre/ . • . — ^ Hé Ëiçn I répondit Louvo^is en fureur,, par- . tez ^ et- np ma tap^rbu^tez /pas davantage*
-'^Jlrai dire à m^ colicitoy:ens*Ii| réceptiail quatn!iV faîte un tniiiistre du roi'de France.
—r* Prenez gardé, Monsieur, ^ue je ne vous fasse enfermer 4 la Bastille. » : . - *
Heinsius sortit sans répondre, et Louvois, re-f venu k dé plus sage^sentïmens, empêcha son départ par des excuses «qqi ne rachetèrent pas celte * imprudente parole. Heîn$ius ressemblait au pay« San du Panube,/tel que l'a^peinf' La FoDjlaine; il avait.Vabord loup-^ganbiix ^ et. paraissait tour jours d« mauvaise hanieur. Ses del^ors grossiars ne le dissuaclaieotpas de la galanterie^ qu'il pra-
tiquait à 'Sar^ manière^ et la Q)ontre à la main^
comme disait;, mon courrier Mafoyi* . ' '
Lôrd Caâliegàn et Horace Walpt>lGi'agens de rAaglelerre, me témoignaient plus d'estime que je ne valais. Le premier parlait peu ^ se fatiguait en révérencos^' nîapgeait'et buvait beaucoup; il a même composé un parallèle des cuisiues anglaise let française. Marlboroug, dpnt il avait partagé la dfsgrâçe fin tçmps de la' reipf Âiine, servait de texte au peu qu'il disait. Walpole n'avait pas la supevbe *de son frère ; mais aussi^ n'eaavait^il pas le mérite : c'était un politique timide. Je ne crois pas qu'il .£^it*changé depuis. Il sentait tellement la supériorité 'de. Bobert Walpole, qu'il s-'appuyait sans cesse dé l'extoiple de »celui^i/Il ne fallait rien ajouter lorsquHl avait^dit : Mon frère pense ainsi. Je fréquentais encore assidûment M. Lassaraz, agents dl^s Ligues-grises et Basnage. Ce Lassaraz* était up véritable hollandais^ apathique, lourd d'esprit comme de* corps; du reste , un cœur ouvert dé tous côtés, ^asnage^ un des hommes de génie qu'enleva ^Ja F^-ance la révocation de l'édit de Nantes/ est bien plutôt un ministre d'Etat qu'un ministre de paroisse^
DU CjLRDINAL DUBOIS. agi
m comme pense Sou Altesse royale^ qui lui écrit
souvent pput avoir son avis. Basnage n'a pas'|)e« (itemeht contribué ''à la ^gnatur<^' de l'alliance.^ et moi je me-suis^employé'à kii faif*e restituer les biens confisqué^ qu'il avait en -France. Basnage tenait auprès 4u graod pjénsidnnaire' là place de confesseur de rej. Ses copseils étaient des oracles, «etdaift; ses prédiipations^ empreintes d'une si pure meralé;^ il essayait toujours de rompre en viâiére l'-aVers^en des Hollandais, contre . les français. Je faisais son éWô dans mes lettres à Massillah :*« Basnage,. lui ëcrivais-je, n'est pas plus protestant 'que catholique j* c'est un pbilo7 50pbe ennemi des^etrp'erstitions et ami de la Di*^ vinité. 1) parle comme vous, de ixianière^à faire aimer la religion domtil çstl'apdtre; ii abandonne le dogme pour frapper à 1^ porte des coeurs. Je le regar^ comme votre précurseur. >i. . -
Le père de Castagnère suivait sa 'viocâtion, qui était de me contrec3rrer, quelqiïe cbose -que je fisse. Je redoutais k un tel point ce jésuite enragé, (jue dans mes absences .du soir je me faisais accompagner de mon secrétaire pour donner à ma conduite un air diplomatique. Deux fois pai' se-
2q4 ^ MÉMOIRES-
iQàine^'a la Duît tombanië, je m'enveleppais de mon maDteaû âe^camelot^ris '^oûbte' de vcflours aroir^ et coiffé. d'un çllapeaitisn ci^bavid, j'allais me refaire, de (ne» travs^ux diui:niiesj»D'ordiQaire, l«'fin*jésil!tem'àUencËîit à la port^ y et me criait : V M. Dràbois / ne voûiez-ybus pé^ qu'on pr^are nd carro&se? » Jesortats jss^ns root dire, et au premier tour de* rue j'ispvoyais Iljrv^rgne à la grâce de Dieu. J'jiIIats de'moQ Ç6téà.mes affaires, el souvent je né rentrais quefcirt t.ardà i'bôtel de Jl'arobassadé.' Crotté , mouillé , hanissé et presque honteux ,j'avais.peine à me fair^ ouvrir, iet le suisse criait penda&t une hetire.: « Qui estce? où «JteK-vons? que voiileztvous? » L'infatigable Castagnère répondait'tottjours p^ur moi,* il accourait avec dfe la lupaiêr^^eq criant plus fort que le suisse : U Ehl n4voyéfc-vo«s pas que c'est l'a'bbé Dubois?')) Je me coucbais éiôurd^tde ces bruyantes pépeptions^qui^elendemaio donnaient lieu â*mîllè éplgràmmes.
Je ne saurais compter^ les tours qu'inventait ce diable de jésuite, Je le reiacontrais partout sur mon passage» J^vais lies relations de deuxsorted avec M"*' Dunoyer^ qui composait une partie dcj
DU ÇAAPINAL DUBOIS. ijS
la Gazette de HoUande. Cette dame, qui n'était ])lu6 feune, ni joiig, pi g^Wti^^ avaU quitté la FrgfBce et sa celigiop poû^ trouve^ un prétexte de quitter sûQ njiari.^ qui jtVetUiJt des grilles autour d'elle. M*"' DûUô^er avait vécu de son industrie en Angleterre , et . Vf vaif de\cellé de set deux filles en Hollande. Elle* habitait le. diàteau de Riswick avec ces deux *d6n:^Ues^ fô)*t bieç dressées'^ connue }e /ai /slU pitr expériei^ce. La.mèYie,
à la solde des librail>es np'rès avoir été à la solde
de S9S yàipans, gagnait sa pauvre vie ù faire de^ libelFes^ ^t «je n'aurais pas ;été épa^rgné, sijq n eusse pas doré sa.pljiqie/ EK ^Q« d^ux filles^ 1 flinée pétait sous la.dpminationliollândaise d'un marchand riche et avare , coninte i1s,le soQt-tous en ces parages ; la seconde', qoi ^t mariée Tan dernier à M. Winterfeld^ malgré m J^lle répudiation^ faisait .assaut dé pruderie aVecsasceur. Elle avait, d'après' le conseil de sa mèfo^ joué si biefi Tipnocejaite'^ que le jeune ÂjH)aet, avait manqué, de *Vépottser^ te qui iLuràit &it pour elle une dupe de même. L'éclat que la mère donna^ je ne sais pourquoi/ à cette intrigiie, procura de nombreux adorateurs à cette vertu de troisième
QigS ' MÉMOIRES *
OU qaatricme main. Je passe «ur la oaturô des services que 4e. dus. à' cette iîjle; mais M*^ EUinoyer m'eh reiidit de pla& efficacos.et de moins payés. Tous les trois • jqlirs j'envoyais Laver gœ QtL Maroj à Riswick avec $les nbtes à imprimer dans la Gazette de,HoIlao4e« Ces notes^ attendu qu'on ne fait bien, ses affaires que soi-même ^ concejrnaient mes négociations ^et l'encens m'arrivait à pleiti nez de ma propre main. Maroy, »en garçon bien appris^ employait ces petits voyages à ses plaisir^ : un courrier va vite en ^mours^ siy^tout auprès d'une fille de M*"'.Dunoyer. Gastagnèce; qui voyait mon éloge remplir la Gazette de Hollande^ se douta de l'objet des coûrsQs que faisaient Lavergne. et Maroy. Il promit à son oncle de lui apporter les; preuves écrites de moii manège secret, et le jésuite tint parole« Il s'alla poster un jour en embuscade sur Ja route que devait tenir Lavergne, daos le fourré d'un .petit bois isolé. Il avait' e^-soin dçse pour- /^""^ voir d'un déguisement et d'un masque de diable.
Il attendit de pied ferme Lavergne, qui cheminait en vidant; bouteille. Il lui cria en grossissant sa voix t (( Misérable! si tu ne jettes ^as.a terre
les papiers doât tu e$ porteur^ ^e i^empbrte, daus jenfer* » A ces mots terribles , le jésuite agita le feuillage, et se mbntra.a distancé respectueuse. Lavergne, qui rie croyait^ pas en. Dieu ^ eut peur (la diable, el ne songea pas à défendre )5e^ dépêches. Castagnére'les ramass\ en riant, j3eU- (lâot que inotï secrétaire s'enfuyait sans rçgatder derrière lui. Je le vis revenii' pâle et à mçitié converti'; j 'entrai dans une si épouvantable^ co-' 1ère, que je le •menaçai dé .le jeter dans le canal de Marditk. Mais .bientôt }'appris quel était* le diable', et mes notés à la" Gazette de Hollande furent exavoyées au Eégent-, qui .û'ea fit que rire. Depuis lors il; m'arrivfi souvent d'appeler Lavergne ynaUdit ^ecrêUiire du diable l
« A la banfne heure, s'écria Son Altesse qui m'entendit lui donner ce noar^- voilà puBois'qul se rend^ justice î » ^ * . r
Ce Lavepgne m'a cauEë bien du^'tourment. Son plus grand grief est d'avoii^ ^t un pâté d'encre, sans doute pap méchanjceté,^sur l'original * du traité d'alliauce/j'en pleurai der f âge : a Ah 1 Mon- «eignejir, dis-jç au JRégent, en lui meatrant ce malencontreux fàté*, c'est la seule taqhe cjftfil