‹ Mémoires du cardinal DuboisChapitre 9 sur 10 · IH · texte numérisé non relu

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3o6 MÉH<nftES

iroir en correspondance avectia souverain. Je mé mis k courir coinoie un fou , ma lettre à la main , la lisant à tous ceQKqtt0 }e rencontrais, à mon secrétaire, à mes valets, et même à mon hôte, qui n^ént^dait plis un mot de français, et la lettre lue, je me baus^s sur mes orteils comme pour me grandir, en répétant d'un air superbe: G^orges^ roil Ce. fut un des beaux jours de ma vie. Stanhopé, qui était arrivé le i5 à la Haye sans me trouver, me rey^rgnit à Amsterdam. Il venait me demander que Ici traité particulier avec TAugleterre, signé le 28 novcm^^re^ fut brûlé comme hmI; je .n'eus pas le courage âe*m!y op'* poser, et rholocauste eut lieu aa dessert d'un ^ grand ,repa^. De là \^ me r^n'dis au passage de Georges^ roi^ qui redoubla d'afiabilité. Les Etals de Hollande, les ministres étrangers ^ et inéme Mr* Dianoyer avec ses éternelles filles étaiept ve« , nus présenter leurs respects à Sa Majesté bVitan-- ! nique. M^ Dunoyer eut un pi esent dé soixante guinées ; mais tous les honneurs furent, pour moi. i lie roi George^ me retint pendant deui: heures à causer d'affaires d'Etat^ et l'estime qu'il avait pour mon petit mçrite s'en aùgmenia enepre. Bref,

DU CARDUfÀL BUfiOIS. 2o7

il m'invitk à venir Ye voir. en son* palais de Lob*» àtes^ et je ]e 4ui prbmis. Je le suivis qaelqu^s lieues en mer dans son. yatehl^ et \e crois qu'il Di'eùt emtnehé volontiees en Angleterre.

Je 'ne *spngeai définitivement: à mop départ qu'en apprenantla mission du lientenant-^éiiéral Dillon/qui avait étéénvojré a Avigilon j)0ur som* mer le chdvalieV dé Saint-Georges d^ quitter là FVaape. L'eixécntion • dé cet article du traité* en était la Mitlficâtion* Jb pris cû^igé do toutes les personnes qui m*avMeDt' témoigné i^ la;bonile volonté, et je réglai mes .cojnpte^, que ce scélé**^ rat dé Ga^agnèf e avait énflés'p'çHC mq faire p^àce. Quoique je maùgçasse chez M-.-deGhateaunwf'et souvent ailienrs/ je me vis assassiné de méo^oires d'apothicaire, de màîtrès*d'hôtel ^t du diable. Je payai te tout,* rogné et diminué, sêùiéaient pour avoir hi pâixl Mais pour me v<enger^de oette v^r letaille et de son chef le père Casta^oère , qui espérait faire de moi sa vache à' lait, j'imâgiçâi do garder les étrennes dé toulTe-motide. Je pris le temps qae le père Castagnère était^énvironné d^ tous les domestiques^ pour lui {aire remettre un bouleau de cent loais,.eir le priant de 'le di^tri*^

3o§ • TWlÏMOïRES

buer MixgejDs de sou oacle-Castagnère^ sans s^incpÉtiéteo de toutes les fnaias qiii ^e teodaiçiit déjà^ couriit deifiàndpr cenâeî4 ftumai*qu¥ de Cbâteaunetif^ qui défentVt à ses gens do TÎW cecevair de ma pàrt^^oas peine d'être chassés sur-}«-c}îaoftp • Mon roul«aii tâe reviQCiutact..Je<biVgeai moo Valet d'écurîé^X'Huiîlk'r 7 de fiurç mes dislfibu» lions' et de, tirer un reç« de t^acuii) p^rrce-que, lui: ékrje^ tu serais hoilûnQ à'CçmoiencQr par toi ^ inetee: L^^If uiiUer ne put ienidi^ «a seul aide dj9 cakiQe^'qudnd U fut question du terrible reçu yei \d rauleài^ me fut rendis tel q^e je l'avais donpdi'!Je/€Odtt:efis rhomm^^ ikçhé, et je traversai 'les anticbambres^. riant' sons <^p^^ et fépëtant tout LaUt'pour être enteiidH,: « ^e suis bien nialbeufecix qu'dn né veuille pas l'eeevoir mc^ argent 1' ]*âi vu des gens q^i se aeraieot fait fejser pour en 'voir la couleur ;.nmi» non ^ c'-est j un parti pris^iliandra qsierje ^rte d'ici^ cOmme un capucin..)» Je fis appeler Btifsière; val^t de chambre^ cbirurgîén 'de.M. deÇhàteamteuf, qui m'avait saigné ot^pilépiusieurs fqis :

a Mop anii, Itn dis^)e« tu es Limousin tomme itfoi^ tu He v«uài^s paaque j^fiQis déshonoré :

DtJ CAI^DmAi/ DUBOIS: ; Bog

fvenàs ce Jcoulâiu, de cdat lotiis^el dis partout»

ftte je he pMrsrpa^qp yikin.. . • ' . * ,. ,

— 1^1 ^ iBdnséîgDeiirv^ répon^t raufre sot^

Dieu iii'èngard€f'f:je.f)rG0draisplat6t'ïe,4^H<s q^»e ce roulÀu.M. râ(uba«0ade|ir cous a^fait/aire i ce su)^t des défenses si sévères, qu'oui crolfaitf^ yrainiefit^ae v()lrQ argent donne k peste*.

— Pestot.m'écriai-îeyvililà^efi'coquûis liguée pour me faire nuatrrîr. j» •

A ceg œot^.prânonçés'yitenirat^ |£^|etai^]6 lotdeaa par .{erre; t9us4es Loui^ se, xépandiVent dans la;€hambv6^ ei-Bussière s^6nfuit de peur 4^ succoniberàla teqtati6]»d6tiesvniinasse,r. Jb p^rie que les ^let^dc M« de.Chàl.aauiieuf B9è regardent caoïme \ç piln^. généreux, des hamijpesL

Àf^ist toutes les erabva^^ade/i .des adieux^ ^^ eoufiai à StOurdeVâl mes septoli8vaCix.et un grand. chariot rempli' de marchandises £ à^^ver^ne^ ma diaise de poste avec tÔHS les papiçrs j^le nioii> ambassade*' l^e . dea^mcr parût; pojo^^ §Uer ^m'attendre i Mawîick j lautre* devait fajr^-seul Je voyage jusqu'à Paris. Quand àmoî^je oi^nTai sûr le jacbt des Ét^ts/ préparé ^i orné p6iar a\e recevoir. MM.^asnage eULassaraz ine finent Flian-

3io MÉMOIRES

near' âe nraccompagner pendattt le trajet. Le navire sorlit dû port au briiit^a cailOD^ *au son ctes-tinîtaHcs et des trompettes. J^ëtaîs'^lebout EUT le poBt 'pendant cette ovatidn/ et* je faillis ifte déboiter lé cou ^' tépidè Jorsâle à force de salutations. ' - - *

« Monseighedr; me dit nâïveàent'Fofceville, .on dirait que ces brades gens sont enchantés que vous les quittiez. • ' '

— Imbécile y 'rép<)Daîs-je , ne vois-tu ^Vas que c'est tout fo coirtraire ? Tu" dbÏÈ ëlre bien fier d^avoîr pour maître Un homme tel' que moi ! »

.Le yacht marcha toute* la »uit'. ié là passai à parkr d'afiairés ifvec Basnage êtXassaraz. Vers cinq heul-es du matin qous arriviimés'a Mardick : l\itti))erie^ les instrunfens militaires sigbalèrent ma bienvenue.' Je 'doûnaî à l'équipage de quoi boire largement à n;a santé et à la triple alliance. Puis^ en embrassabt 'mes deux compagnons de voyage, je leur remis à chactm un èh'iiFrp de cor* respondance. Faligufé des eiribarrai de Ta gran* deut? ef^cjïi glorieux lintamaré des fanfares, je descendis àraubergeduPrince-d'Orange, ou je m^etounai Je ne point tMuverraa diaise de poste

BU CARBIKAJL DUBOIS. 3ii

avec Lavergne. je jurai contre ce relard y «t ce^ pendant je me couchai pendant quelrpaesheures* Au point da*jour, malgré la rigueur de la saisoft^ j étais à la fenêtre^ épiant avec une lunette d'approche Tarrivée de mon secrétaire. On débarqua enCn ma c)iaisc de po«te couverte de boue et à moitié brjsée. Laveçgne me racoHla en pleurant^ qu'ayant à traverser un pont de bois sans garde* foas^ la voiturç avait versé dans un fossé très-^ profood^ où il serait resté sous Teau^si leâ gens des enyirobs .n'eussent retiré la voiture à force de dievauz , de bras et de cordages» 'u Malheu* reux^'Iui dis-je^ j^'aitendrai que nous soyons à Paris pour jurer upiès ta maladresse 3 je n'ai pas le temps icf; vois à nous faire partir sans plus de délai; j'ai hàtç d'arriver moK ou vivant. » Au moment où j'allais moûter en voiture > une fille d auberge me glissa dans la main un cLifTon de papier : « Qn doit vous tuer en route. » Ma per*» plexité fut grande à cet avertissement si vague et û menaçant, je fus tenté de ne pas risquer l'aventure sans escorte j mais Lavergne qui entra me fit clianger d'avis. Il était vêtu d'un surtout doublé de .velours noir avec des boutonnières d'or. Je

3i< ^ MÉifams^

portais un luanteau de camelot grill sans orne* inent. P^rspnoe n'aurait distiogiié le foaitre du iwkt* .

a Lav^ergne^ mon enfimt^ lui dis-'je, retids«* moi le* service de passer pô«ir moi.

^^ A qam bon P reprit-il, on tous connaît ttrop.

--* C'est ce ijn'il faudra voir : He te refese ^as à f €rtle fantaisie^ .et je të pardonnerai de bon cœur > le dégât de nfa ekaise de pbstift. >» '

Cette convention faite- entre nbns^ je tn'en- £Miçai dans un coin de la voiture, inon feutre rabattu sur mes jeas. Le chemin me parut éternel j sempiternel ; )e né souffiaus mot, mais j'aVais Foreille aux aguets**

. u Monseigneur , mè dit Lavergne ^ si quel^ qu'un vous en voulait, ce ne serait pas tout profit pour moi d'être à v^tre place.

^*Tai8*tQi, interrompis* je, ne me troublia |)as, ou tu me suivras ii pied , si tu veux. »

. Mes craintes redoublèrent au milieu des landes d'Anvers, et' je m'attendais k th^tte instant à voir les assassins. Je commençai)» â -r^pirer lorsque je m'arrêtai dans une hôléilerie d* Angers P9ur y dîner. De jolies béguines qui s'y Irou-

DU CARDIHÀtr DUBOIS. 3l3

vaieot disgîpérenl tooles met terreurs et Ai'€«ih^<» dirent à reprendre mon oarattère^ ^

« Monsieur, me direot-^elles y Qotbs «omHies coQsacrfes à Dieu^ ne aouf faites pointpdcfaer. •

->— Ji% yons en faites pas&iite > 'rép6ndis«-fé», et ne soyez pas si cruelles; je suis ambattadeur da pape j ÎQ .TOUS 'ferai' venir djM pardonis et A<ts in^ dolgences de BoQEie. . * ^ •

— Vous^ l'ambassaâeur du pape^ reprit TiMie de ces colpmb^Sv «

— Sans doute > ma mië^ l'abbé- D«bpia«

— Ab! mon I)ieù ! ayçz pitié de nous la Ëiles s'enfuir^taT^c un efiVoi-qai révdilk le

mi^ : )e ne me savais pai^si CQittiai

(c Monsieur^ jne dit LaVergne^ iwùs vouW que je passe pour vous, .et d^tei^ le coptrairé à qui voijs veut entendre. * . • .

— Des chevaux^ «t*partons: » «

Je ne nie crits en iûreté^qu'en arriVant'à Paris. GependàDt j'ai réflécbi depuis à ta prétendu avis, et-jemesuis cîonvaineu qu'il était FjDOvrage deMaroy^fbrtliabiTeàmejoHeé*lltds6)ups;ou bien que mes etnji^mis «avairai inventé cet ^pëUiént pour me retenir en Holfiand^, jusqu'à te cjiu'^ls

su MÉMOIUES

enssent ruinë^eiitièreiiieQl le crëditda négocia-»

teur d\e la triple alliaoce. .

En effet; aossitàt que j^eas repris la livrée ec- 'Clësiastique^ ]& coUrus au Psdais-Royal , où je Iroiivai Soa Altease royale tout^ de glacer pour 80P cher Duboia :

« Hé biêo, l'abbé^ me dit4l iroDiqu^oiept, te ^ voîlà de reteur; tu dois être heureux Gomme k poisson dans Teau.

— Monseigneur^ repris-jc , yoqa V0m êtes bien porté peqdant les quatre .mois que j^ai été privé de vous^oir? ,

-^ Pas trop; jçbe sais quel mauvais génie m^a jeté un sc^rt et m'a noué l'aigmliette {bprfesco referen&I) - , *

^^Krprc/Vo fe, Monseigneur. Que ne veniesvous jusqu'en HoUaûde ?..••«

—A Rien «t'a fait', et depni» ce temps je suis devenu ermite. Gela m'a ooûté cent mille écus.

— • Parbieu ,- Alboseigneur, vous n'entendez guère récoaaipie^ j'aurais fait fouetter celte fille ^o guise de rtepi^âaièles. n ' ]

Il-'ne me f«llat que deux purs e^ quatre conférences pour recouvre]^ mon an^îen empire sur

DU CêaXSnJXXL DUBOIS. 5i5

iedac d'Orléans. Le ÎBarëclvil d!Haxdie< en fiut poar ses frais âe méçhàncelé.

Quand Sourdeval fat arrivé avec me» bagages»

j'envoyai p^ Laverig^c dmx boites de thé k M. Pecquet^ premier commis dôs affaires étraop^ gères y que j'avais an mettre d^us -mes iQtéreU avec. des pblitesses de peu d'impôrUoce. Lord Cadhogsm faisait présenta Son AUesi^ royale d^ deux petits .tonneaux de vin de Tokay^ avec ^^ Mc rempli de cailloux k mettredanskstonneaax^ à mesuré qu'on les viderait. C'était un vin précieux^ dont chaque bouteille valak au moins cent livres. Je ne voulus pas tjue ce tnagnifique pré' sent fut la proie des maîtresses ou de Madame^ qui s'appropriait tous les biens de soa fils;: je persuadai au Prince que ce vin serait moins en (langer dans ma cave^ ou it est encore : je n^en décach'éte un^ bouteille qu'aux' gratids galas; les Patabère^. les Sabraa^ le^ d'A^sero^i^uraient bu depuis long*U;mps jusqu'à laiiej^si^jeles avais laissé âiife. > . . ^ ..

Son 'AJtesaer royale me donna, le r'avril-^ la charge de fi^rétairjs'du cabinet dur roi ^ vacante par la taort de M. de CilUèns^ membre de TAca-

àif6 HÉMOmES

AéfJûieffBnçÈiae^éiffai avait^të pléoipoteiiliaire de France au congrès de BMwick; le m'àccemnio* dai de éepoisson d'attil> maigre mie retenue de soixante mille Uvt^s^ que je fns siirle|mnt de ^ayer aux héritiers de CalUère ; mais, le Régent m'en exempta ^n 'considération des senricçs que f avais rendus au Roi dans la trip^le. aHiance.Tobtinsen;3urpltts mï bjpevet de retenne piireil à celai de mon prédécesseur. «Dubois est un lioiisiiue à cent main^ disaient les' jaloni.,»

DU CAJIDINAL DUBOIS. S17

CklAPITBE XI.

Le préstâiefit De^inais^os. -^. Le chancelier Voisins, ^-:- M. d'AguesM^aii^ syoxi portrait. — Le jeune roi confié aux hoiTimes. — Sa tristesse. — Portrait de Louis XV à sept ans. — Lé maréckat de Vilieroi, sgn gooTerneur. — ^ M. de Fletiry, son précepteur. — L'abbé Fleury, son confesseur. — Les Mœurs des Israélites ^ — ' MassiUon chez Madame^ — Les distractions de M*^ de Gordon. *— «- L'habit débotitoqné. *r^ W^ Gordon et Beuvron. *--r La princes&e Elisabeth.-^ P«tit Carême de Bfassilldn. — Sa nomination à l'évéché dé Ciermont. — Vo]ui'ge du czar Fierté I^"; son portrait. • — EotreTOe du Éé^ent et du Ceajr.. -^ Le Czar ajii Luxembourg. *^ -Louis SV e^ le Czar. — Le €«ar à TOpéira ; chez 1^ tluc d'Antin ; chez l<;.duc'du Maine; aux Invalides; itrAcadémie'; aux G6helîns ; à «la Monnaie ;^ auFademeiit. «^ Sa v^te à M«« de Maintenon. — yiprre I"et le cardiç^l de Hi»chelieu. -^Mémoire de la Sprbonae. -7-'Dépa»t du' Czar. '

 mon retour je trouvai Ijei présideDt Ùe^mai^ sons et Je chancelier Voisins ibçrtÇ; et M. d'Agues^au cli2^ncelier, à la ,p!ace de ce deraierl Pesr

àiS MËMOHUBS

maisons, qui, selon des engagemens pris afèc le cardinal de Noailles et ks jansénistes , devait avoir les sceaux après la mort de Voisins , s^était laisse mourir un mqia avant cefui'-ci , mais non sans de vi£s regrets; car il s'écriait en pleurant : ce Mon Dieu !' faut-il que je meure à la veille d'être quelque chose! » Il était ambitieux pai'tempéra* ment, et regardait sa présidence comme un marcke-pied pour arriver aux hontieurs. Le chancelier Voisins peut être asses bieo apprécié par Je nombre de ses ennemis, an nombre desquels je pouvais bien compter. C'était en tout point une mauvaise bêle, eraragée- contre le monde entier, excepté contre Louis XlV et 1^ Maintenon, qui rivait fait ce qu'il était. 11 n'avait à la bouehe que ce' mot : ^Le Soi le veut! <|ui lui échappait mç.me avec ses valets, çt avec une incroyable dis* tractipn. Un jour tl'ovage et de pluie, M"* de Caylus dit négligemment : \ ' '

fc Quel horrible temps il fait I

— Il faut bien se résigner, reprit Vdisins, le Roi le veut! ».•

Depuis la mort de Louis XIV, il trompait le Régeiit et entretenait de noires intelligences avec

DU GARDmAL DUBOIS. 3i$

la Maiotenoo. Il mourut le 2 février ati matin^ des sttitesd'une coKque, mal fort équivoque: Oa parla dé poison^ mais sa Pamillô se dépêcha de renterter^ au. lieu de .Is faire ouvrir, le cr oia qu'une colère concenlrée fut la premièi^e eauflb de cette mort; une indigestion fit le reste. A cette époque^ les marionnettes de Paris divertissaient les badauds aux dépens du Parlement^ etie chancelier n'était pas publié* lia plaîaanterie à laquelle son nom donnk Ueu lui a sdrvecii. JPojiichinelle montre soci derrière , et }e F^oiêin se met en colère.. . i > '. •

« Yoisiix, dit ' Polichinelle^ mils*- ifentèndeav pas cette affaire*. , ,

-^11 est vrai que je n'entends rien, -reprend le . Voisin; montres^moi ce. dont il ^'agit^ le Roi le veut. • , ^ ' •\ ' '

— Regar4ez«4noi par; datant, <TDiHr la preatance ; régardèz-moi par. derrière, Voisin , voilà la remontrance.' » .•. . . * ' * •

Vaisins était encore .tîèdô dans son lit, qjie les sceaur furent remis à^ M; d'Aguasseaa.^La veille 9U sair, lorsqii'on apprit au Palài^BoyaLla maladie de Voisins, il ; eut beaucoiit> d'ii|quîétc|des

320 ^lËMOI&ES

poiar savoir qael serait son su€cessear. Son Altesse royale Msait Tignoranty afin d'ët^Niier les opimbns:

(4 Je pe ms ; disait-^ii y qui je nommerai ciutn* âèVjorl ^ *■ , .

• -«-Celui que Votre AJ^essô Toildf», reprit vivement B^^vjn; niais toat.FMris a ide/a gnopané M. d'Agoesseau* N «« -

i D'Â^esseau est iw gros p^tit hommes avec une fiice plehié etca1>ioonde) austère sons la robe «etagrâiblJEf hdrs ie s^ charge. Il feirm^ à moitié sou teil droit, soit qu'il lise^ sôit qu'il ^ark. dettlî habitude Jbil dt>nne l'àirTâilleur^ quoique rien ne soit plus éloigné de sou caractètei II paraijUencore^ tant frais i^orti de Port<*Royal el lout gourmé det leçons^dé Leroaitre; poli avec froideur, 56f)reavec affectation, pédagogue njalgré sQo élcquenee^ -et paresseux âvee horceûr de la paresse. Je mentirais si.)edisais«'qile j^ t^aiixiéi il me rappelle les vieux por|Taits de famille de parleitectt. Jï'se vanQi^ bèaoçOvt> ^^ ne pojiitt avoir d'argueil^ et ce. défaut «rsâort de ses nunndres parolesi. Du teqips .qu'il it&it plrociijtear génital , scm iuiiie k vieille oiaréchalé d'£stjr<ées, }e vint

DU CARDINAX DDBOIS. 3ii

voir, et le trouva couché sur un lit de repos, plus endormi qu'éveillé :

« Monsieur d'Âguesseau ^ lui dit-elle, etesvous malade? >. .

— Moi, Madame^ \e devrais l'être, tant je suis affairé.

— En ce cas, vous faites bien de n'en prendre qu'à votre aise.

— : Puis-je me reposer lorsque je sais qu'il y a de^ hommes qui souffrent! »

En prononçant ces belles paroles, il bâilla et se rendormit. Il fait grand cas de sa .noblesse , bien qu'il soit d'une famille marchande d'Amiens ; ce qui lui fait dire : n La plus belle chose que je sache après la magistrature^ c'est le commerce. » Il n'a pas divorcé entièrement avec l'éducation de Port- Royal j il avoue lui-même qu'il est redevable à Gicéron de son éloquence, qui est grave ^ sonore et majestueuse. Sa manie est de ne pouvoir rien acfcever,^ et de voir bien loin en avant; il ne termine jamais la lecture d'un livre. sans dire ou penser : « Je voudrais avoir le temps de recommencer cet ouvrage ! » Sa bibliothèque, dont il a grand «soin j^ est moins con- XII. ai

sidérable, mais mieux choisie que la mienne^ surtout en livres grecs et latihs. D'Aguesseau a mis tout son amoar, tont son respect dans )e Parlement, qu'il appelle Y autorité. C'est un diable à cheval sur les vieux privilèges de ce corps respectable , que j'abaisserai toujours autant que je pourrai. Le Parlement est une plante parasite, malfaisante et inutile, qu'il faut couper dans sa racine. J'ai mes projets.

Le lendemain de «non arrivée , le jeu^ne Roi eut sept aùs acconiiplis. J^â&sistai à son passage d^s mains des femmes dans celles des hommes ; toute la cour affluait aux Tuileries, Son Altesse royale présenta à Sa Majesté le maréchal de Villeroi , son gouvenneur, et Fleury , son précepteur^ ainsi que les autres personnes qui devaient être employées à son éducation et à son service. Le Roi avait pleuré ; il était triste et silencieux ; k toutes les paroles du duc d'Orléans, il répondit par un signe de tête. Cette cérémonie n'eut pas l'éclat qu'on attendait, et personne n'obtint une parole du Roi , si ce n'est le bouffon Maranzac, à qui il dit en souriant : « Viens jouer avec nous sur la Terrasse, je te donnerai l'Ordre.» Cet ordre était

btJ CARDINAL DUBOIS. 3a3

une plaque ovale -et éiûaillée, représentant une étoile et le pavillon de Versailles, sous lequel jouait le rojal enfant avec d'autres de son âge : il le distribuait lui-même à ses plus chers compa- ^'nons de jieux. Maranzac alla deux jours après aurendex-vous^mais, au lieu de Fordre, le Roi lui attacha un paquet de feuilles à la boutonnière avec tin ruban bleu et blanc, qui étaient les couleurs de l'ordre de la Terrasse.

La tristesse du Roi valait de la brusque sépa* ration de M"" de Ventadour, qui ne le quittait jamais^ et qui^ le matin, s'était esquivée toute en larixies, en lui disant:

« Sire, ne vous faites pas de peine; ce soir je reviendrais

— C'est bien long ^ reprit l'enfant * mais vous me promettez de revenir?

— - Soyez bien sage pendant mon absence.

— Comment voulez-vous que je sois sage si vous m'abandonnez?»

Lé Roi fut plusieurs jours inconsolable de ne la point revoir, et la tendresse qu'il lui a té-^ moignée toujours a donné beaucoup à penser, surtout en observant qu'il se souciait peu des

ai.

3a/| MÉMOIRES

autres, femmes. Celte, M"* de Ventadour est une fine mouche, qui ^ toute vieille qu'elle soit, a des retours dé jeunesse : elle a passé «a- vie en galanteries , et j'ai peine à croire qu'elle n'ait pas donné de mauvais conseils au Roi. a Madame, disait-il à M"* de Berri, vous êtes bien jolie ce matin , embrassez-moi, s'il vous plaît. » J'en suis toujours pour ce que j'ai dit de M?* de Ventadour. L^ Roi a douze ans au jour que j'écris (i); il est d'une beauté merveilleuse; de plus charmant enfant, je n'en connais pas. Ses grands yeux noirs et ses longs cils frisés ont ce qu'on peut appeler un beau regard^ ses joues ont les couleurs de la pomme; sa bouche, celle de la cerise, et sa peau est d'un blanc lacté. Sa chevelure, abondante et bouclée, rend sa physionomie plus noble et moins enfantine. Il déploie sa petite taille en marchant d'un air tout royal, et il sait mieux qu'un grand-màître des cérémonies ce que c'est que le respect. Cependant, ce qui est remarquable dans un enfant égoïste comme tous les

(x) Ceci doit avoir été écrit à la fin de 172a.

{Note de l'£diteun}

enfaDS et taéuie un peu plus, il est affable et poli avec tout le monde, et ses. accès d'orgueil ne so^t pas (réquens. Le duc d'Orléans est le seul qu'il craigne parrdessus tout, quoique ce prince affecte pocir lui les plus grands égards. Ilestaussi trés^fier de sa personne, et quand il peut faire remarquef ses }olis pieds et i$es jolies mains, on dirait le paon ctaknt sa queue. Quant à ce qui est de l'esprit, il en a tout autant qu un roi doit en avoir, fort peu , mais avec l'assurance qu'il faut pour mettre bien d^s balourdises sur le compte dç l'esprit. Tous les jours la gent adulante n'a pas SLSse^ de cent voix pour répandre les bagartelles insignifiantes attribuées au jeune Roi, revues et corrigées. Il y a tel moi qui a fait pâmer d'aise Paris et la province, et qui est de Fontenelle ou de Lamothe. Tout ce qui a quelque reste de ^âçes et de figure parmi nos grandes dames s'empresse autour de Sa Majesté dans l'es^ pérance d'être remarqué. Elles seraient propres à le dresser en moins de rien ; mais le Régent, qui espère se maintenir encore à la tête du gouverne^ ment, met tous ses soins a empêcher que personne, et surtout une femme, prenne de l'empire

sur le Roi. Plus tard nous verrons '.à Télever comme j'ai fait du duc de Gl^artres. II montre déjà de belles dispositions^ et d'ailleurs tous les jeunes princes en ont plus ou moins : leur naissance les encourage à se créer des désirs quHls puissent contenter. Le Roi annonce un grand amour des exercices du corps et de l'adresse dans ce qu'il entreprend. H monte bien à cheval, danse bien^ et chasse avec une ardeur infatigable. Il est emporté et obstiné de caractère^ et le.seul esprit qu'il ait à un très-haut degré, c'est l'esprit de contradiction. Ce sera un roi dangereux^ s'il vit jusque là. Dieu me garde de lui vouloir du mal, ce pauvre enfant! mais il a des signes maladifs qui me font appréhender pour lui l'âge de puberté. Souvent son teint, de coloré qu'il est, devient terne et livide. Il ressent des déchiremens d'entrailles qui ressemblent à des suites de poison : Chirac m'a dit qu'il ne repondait pas de sa vie. En cas qu'il vînt à manquer, c'est le duc d'Orléans qui aurait la couronne. En attendant, bien m'en a fait d'arrêter le zèle du gouverneur et du pre'cepteur, la régence aurait pu finir plus tôt. Villeroi et Fleury

s'ëtaie.nt entendus pour s'emparer du Roi, qui déjà ne voulait plus voir personne de la famille royale, au point qu'il ne.touffrait pas que Madame l'embrassât. Il ne paj^lait qu'aux gens qu'il voyait d'habitude. Je ne tenais pas plus au gouverneur qii'au. précepteUJr.

•VilJeroi, qui eàt été à meilleur droit maréchal

ferrant que maréchal- de France , a tous les vices

d'un noéchant liomme avec tous les défauts d'un

sot, ce qui empêche ses inéchancetés de réussir.

On nô conçoit pas qu'un pareil idiot, protégé

seulement par un nom de haute noblesse, soit

parvenu à quelque célébrité autre part que dans

les ruelles^ où les épaules valent du génie. Tant

qu'il fut ^eune, il fut le héros des femmes qui ne

veulent qu'un talent dans un homme. Lorsqu'il

perdit la bataille de Ramillies eu Italie , et qu'il

fut forcé de quitter le commandement^ ce fut une

criaillerie universelle contre une injustice faite

au plus robuste galant de la cour. Pour beau , il

ne l'a jamais été, mais il était agréable, et l'est

encore, en dépit d'un masque de rides. Dans

son bon teuâps, sa force d'Hercule ne s'effrayait

d'aucune fatigue. Je sais une grande princesse

Ba8 MÉMOIRES ,

qui lui a dit : « M. de Villerpi , il ne faut pas cherclier votre égal parmi* les animaux à deux pieds. » Ça toujours 'été un franc animal à la guerre comme au coo^eil j il se croit capable de tout^ plus habile que tous et le premier en tout, a Prenez un valet d'écurie, disait M™, des Ursins, j'#ntends un valet de bonne race, bien carrelet de visage pas trop déplaisatit, décrassez-le ^ habillez-le des pieds à la téte^ nomméz-le maréchal de France , et vous anrèi un second Villeroi. » Il était incomparable dans les affaires de politique, et l'on ne pouvait se garder de lui xire au nez, quand il parlait à tort et à travers; ce qui indignait de Torcy d'entendre de telles platitudes. Louis XIV avouait hautement que VUleroi, fut-il ministre, général ou roi de France , ne saurait jamâts que raconter des aventures galantes et chante;: des couplets libertins. Saint- Simon, qui lui a craché souvent ses vérités, va jusqu'à dire que Villeroi aurait fait un magnifique personnage d'opéra , monté sur un char , en costume grec ou romain. Lorsque tous les princes du sang royal périrent, et que le Dau* phin, aujourd'hui régnant, était à l'agonie.

* DU CARDINAL DUBOIS. Zig

Villeroi s'en allaîdisant partout, sans se comprendrelâi-mèaïe: ((Si celui-là. vientà nous manqaer, jesepài le Brutus! ))]ll se repentit de cette parole incoiisidérée, ^ui faillit lui attirer une affaire ; il ne sfe contenta pas de aï peu , et il calomniâ'Ip duc d'OHçâns d'une indigne manière. A Tepoque de la régence, il se jètM d'abord à la têfe dé cfe prince, qui.s'engagea de l'employer à certaines conditions. Je gémis de voir en quelles mains étà^ tombé ïe^enne Roi, et je n'eus dfe cesse que nous ne fussions délivrés de ce personnage inutile, puisqu'il était trop vieux pour présider le bal et diriger les modes,

Fleury est le.plus £h ambitieux que je connaisse ; ilsegliisse partout comme un fiLerpent, et de grimaud d'ébcxlier qu'il était, lorsque le cardinal de Bonzi le px)ùssa à la cour, il est devenu évéque de Fréjus ; puis il s'est démis dé^ son évêclié sous prétexte de faible santé, et le voilà précepteur duRoi. Je me trompe fort, s'il ne/neurt pas cardinal au ministre , peut-être tous les deux à la fois. Il est arrivé par les femmes, comme tous leg beaux confesseurs. Il a valeté pendant dix ou louze ans chez les Villeroi et les Noailles; il

S3o MÉMOIRES

portait les gants de M"* de Sakit-Gëran ^ le ri< dicule dé M^ de Castries, sans compter les siea propres. Le vieux Viliars disait que l'abbé it Fleary était un vieux meuble qui passait de M. (if Ségnelay à M. de Groîssy^ et qui n'appartenai! réellement qu'aux places dé ces messiôuii^- Fleun ne trouvait rien de trop bas pour se faire Jbiai venir .d'un puissant : il servait l'arôhevéqwe de Paris en courtisan pensionné.

' a Vous le verriez aux pieds de Sataof^ si Sata& était seulement Jiuissier d&la porte du Roi; di sait M. de Pomponne.

— N'ayez pas peur^ lui reprit Fleury, une fois en enfer ,j^e prétends bien avoir' la meilleure place. M

Le Roi lui pronostiquait une carrière d'honneurs en l'appelant le pape de Fréjns. Certes Fleuiy, avec cette servilité qui descend au plus bas y n'est pas bomme à se satisfaire d'une charge de précepteur, du Roi. Du temps qu'il était aumônier de la Reine, il hantait déjà les cardioaux, et flairait les alentours du sacré collège. U était bien baptisé Hercule, et il a vigoureusement soutenu ce nom. Dans le fond , je le crois bon

homme ^ quoique égoïste. Au reste, nous sommes ennemis je ne. sais pourquoi, sans cloute de naissance -: il a quatre ans de plus que nioi , et je suis devenu mipistre avant lui; c'est ce qu'il ne me pardonne pas. Nous nous faisons laj^tierre poliment, sans éclat, et Tautre jour il m'a fait demander quand je lui quitterai la place. Je lui ai fait répondre qu'il pouvait compter sur moi quand il serait pape. Il a sans contredit de l'esprit, sinon du meilleur, des manières nobles et élégantes, et,. comme je l'ai dit, une rare habitude des tionunes et des choses. Je me regarde comme le seul obstacle qui l'arrête dans la carrière des grandeurs.

Puisque je suis sur l'article des Fleury, je ne passerai pas le confesseur du Roi, qui s'en va mourir d'un kiioment à l'autre. C'est une vieille tête de jésuite à cheveux blancs. Ce Fleury- là ne m'aime pas mieux qu^f autre, et je les confonds dans ma haine. Celui-ci, membre de l'Académie française, est un homme d'un mérite solide, lourd si l'on veut, nourri de Bible et (îe livres de piété. Je ne le crois pas de bonne foi dans ses compilations religieuses, ou plutôt il est d'une nature

a^sez. peu crédule ^ qu'il a peine à plier aux croyances chrétiennes. On voit (ju'îl a lii Platon, et sa tolérance garde la neutralité au niiUeu des schismes et des bourreaux de son Histoire ecclésiastiaue. Si on pouvait'lui ôter son cœur de je* suite^ ce serait un savant du même esprit que Bajie. Son livre des Mœurs des Israélites est le motif- de notre antipathie mutuelle. Massillou^ je ne sais par quelle fan taisie ^ m'avait présenté à lui, et par malheur je n'avais jamais lu ses ouvrages^ qui se succédaient par gros in-quarto: j'étais alors précepteur du duc de Chartres :

« Hé bien! monsieur l'abbé ^ me dit'^il avec sa voix sèche comme sa personne^ vôtre élève étudie-t-il l'histoire sainte ?

— Oui, monsieur, répondis-je honnêtement.

— Vous vous servez sans doute des Mœurs des

Israélites.

— Dieu m'en préserve, monsieur! nous sommes trop bons chrétieqs pour vivre en juifs.

-^- Êtes-vous sûr que ce soit là le précepteur du duc de Chartres? répliqua aigrement Fleury eu se tournant vers M assillon.

-^ A.h ! pardon , m'écriai - je , me rappelant

Fouvrage de l'abbé, je croyais que vous me demandiez si j'avais fait circoncire Son Àliesse royale»

— Monsieur^ acheva d'un ton brusque Fauteur et le jésuite offensés dans une seule persoBne, en fait de circoncision j je vous conseille de vous faire conpel:: la langue; ce sera, sinon agréable à Dieu, du moins au prochain.» *

Depuis lors nous nous montrons leâ dents, et dernièrement, quand il se démit des fonctions de confesseur, il dit à Son A'itesse royale qu'il se retirait pour ne pas faire honte à certain abbé qui occupait une place aussi éminente et n'en était pas digne. Ce vénérable ennemi avait coopéré à l'éducation du duc de Bourgogne, et j'ai ouï dire qu'il y avait dans le Télémaque des pages entières de lui. 11 est maintenant tout encroûté de dévotion extérieure, et près de retomber en enfance : qu'il meure aujourd'hui ou demain^ je ferai dire des messes pour le repos de son âme.

Fleury n'a jamais sollicité un évéché; Massillon en aurait pris quatre, si on les lui eût donnés.

Depuis long-temps il me parlait de ses es[)é^

raaces , et me comptait parmi ses plus chauds protecteurs : nombre de grandes dames s'intéressaient à sa nomination y car le titre d'évéque ne donne pas peu de relief à un prédicateur et à un confesseur ; il prêchait, prêchait avec Tadmirable &cilité qu'on lui connaît; la cour et la ville s'étouflFaient pour l'entendre , et il avait promené de M. de Fleury de prêcher le carême de^ vaut le Hoi. Jelui conseillai de ne pas poursuivre deux lièvres à la fois^ si l'on peut comparer un évéché à un lièvre ; et je le décidai à s'encarémer de vive force. Il avait bien des rivaux, qui ne le valaient pas du côté du talent , mais qui s'ap- j puyaient de toutes mains. Enfin je l'accompagnai chez Madame^ qui était pojur nous rejugium peccatoriun. Madaçne, qui me haïssait si énergiquement^ jusqu'à me le dire en face avec des noms mal sonnans y ne m'a jamais rien refusé , tant je savais la prendre par son c6té faible. Elle se faisait vieille alors, partant dévote; ses correspondances la consolaient de ses chagrins domestiques, et elle s'acharnait à vivjre pour enterrer son ennemie irréconciliable, la MAÎntenon. Massillon se recommandait mal par son amitié

DU CARDINAL JOUBOIS. 33S

pour raoi*i mais il y avait au fond de ses paroles une force irrésistible ^ et Madarpe l'avait en i;ran de •estime, depuis son oraison funèbre de Louis XIV.

Nou& rencontrâmes dans la galerie la vieille M™ Gordon , g^rand'tanle de lord Hondley, dame dalours de Madapoe. Je me trompe fort, si -elle ne mourut pas le lendemain même, d'une chute qu'elle fit dans la cheoiinee, pensant s'asseoir snr sa chaise percée. Toute sa vi^ était une suite de distractions, dont chacun s'amusait. Lorsque Madame demandait sa coiffe pour aller à la cour, Gordon lui jetait a la figure ce qu'elle tenait à la main ; Madame riait, et la laissait s'affubler ellemême de cette coiffe. Un jour Gordon voyant la première femme de chambre qui bâillait, s'avisa de lui cracher dans la bouche , et cela sans méchanceté ni- malice. Il lui arriva pis encore, et ses rêveries furent mal interprétées, lorsqu'elle se coucha dans le lit de Monsieur, pensant que ce fut le sien. Elle était alors jeune et presque jolie. Madame en rit de plus bdle.

Dès que Gordon nous aperçut de la chaise où elle était assise à enfiler des perles , elle vint

droù àMassillbû, et commença en parlant a défaire les boulons de sôti collet : Massillon*. distrait autant qu'elle /n'y fit*pas attention ,-çt' je la | laissai faire :

«Madame, nous dit-elle, ne peutrecevôir personne. ' '

— Et pour quelle raison, s'il vous plaît? demandai- je ; serait-elle malade?'

— Elle l'a été en 1689.

— En vérité! je me réjouis qu'elle ait eu le temps de se rétablir. j> Et je passai outre.

«Madame^ criftMassilloi3> que faites- vous là?»

La distraction de ]\I"^ de • Gordon avait eu son effets et Massillon se trouvait par ses soins dans une toilette assez négligée. Je partis d'un éclat de rire, qui réveilla cette digne femme.

« Pardon, M. l'abbé, dit-elle pendant que celui-ci réparait les suites de la distraction ^ je suis suj ette à ces absences : je prenais les boutons de votre babit pour les grains d'un chapelet.

7— Madame, reprit naïvement MassiUon, Dieu vous saura gré de votre bonne intention.

— Figurez- vous, messieurs, continua la bonne

femoie^ aussi bavarde que distraite ^ que je me suis estropiée récemment par bonne intention : j'étais couchée^ et j'écrivais urte lettre à laquelle il fallut apposer ce cachet; je mis le fisu à la cire^et l'appliquant sur ma cuisse nue^^je më brûlai à en porteries marq ues. Voulez- vou^ les voir?...»

Cette fois Massillon fut assez prpmpt pour l'arrêter dans le moment où «lie s'apprêtait à nous montrer ses secrets de famille.

Nous entrâmes en riant chez Madame , qui faisait des signes de croix de la main gauche en écrivant : « Ne riez pas, messieurs, nous dit-elle gravement en continuant d'écrire; je raconte une histoire si indigue, que je prie Dieu de m'en pardonner b scandale j c'est le tentateur qui m'a inspiré d'en gâter ma correspondance. » Je ne reconnus pas Madame à cette superstition : l'esprit fort était devenu faible. .

«Madame, répondis- je, ce n'est pas Votre Altesse royale qui cause le moins du monde notre hilarité, mais bien la pauvre M"' de Gordon.

— Vraiment, reprit-elle en riant d'avance, encore quelque énorme distraction : contez-moi

QLOi

338 MÉMOIEëS

cela .y quQ je le couche tout au loug tians une

lettre qui o'a encore que dix pages* »

Je lui rapportai eu détait raccueil que M"* de Gordon à^«t fait à Massillon, qui rougissait en achevant de^rétablir la fiécence de sa toilette.

u Mon Dieu! a'écria Madame^ quand elle eut fini de rire et moi de narrer^ elle aurait mis Inonsieur en chemi3e; le tout fort innocemment! Ce n'est pas là première fois qu'elle s'attaque au vêtement nécessaire, san# penser à mal^je vous jure. Je me rappelle que, du vivant de Monsieur, «lie arrétiL dans la salle de Saint-Cloud Beuvron , capitaine des gardes, dont la laille était gigantesque^ comme vous savez. Gordon ne parie jamais à un homme sans jouer avec les boutons de sa veste; mais Beuvron était si grand q^i'elle n'atteignit qu'à la ceinture , et n'en fut pas plus en peine : la cwversation allait toi||ours son train« Beuvron recula de quatre pas pour rattacher ses chausses* Gordon ne s'aperçut de son ouvrage qu^auz édats de rire qui s'élevèrent autour d'elle.

--^ MassilloD n'est pas moins distrait , continuai*)e; il m'a raconté que devant prêcher aux

DU CAROmAL DUBOIS. 3^9

Sepl-Fqnts, il mopta ea chaîr^^ se mcueillit/un instant^ jet deçceûdit sans avoir pronoacé une parole el ts'ioîaginaût avoir débiié son sermoa.

--r- Puisqqâ nott5 ea sommes sur le$ disiraclions, répliqua Madame, je n'omeUrai pas celle de m4 %mio la flrincesse Elisabeth, abbesse d'Hervord. Elle voulut un jour allier au bal maiqaé, ist demanda^ au lieu de masque, iin pot de çbaoïbi^e, qu'on lui apporta. Elle le prit par Tan^e en di^i^xit ; « Oii sont donc ies rubans pour l'attacher? » Puis : « Voilà un masque qWi sent man\W9 >pouali! » elle le jeta par terre, et au son qu'il rendit, die remarqua que c'c^tait son pot d^ toit d'argient. »

Ce^ iy:iecdptes avaient réveillé la bonne humear d# Madancie^ et je saisis l'occasion opportune 4ç lui parler des prétentions de Massillon. Elle 9'ojÇ:Cupait asseci des affaires spirituelles pour étra ^de bon secours à un coureur d'^'vécti^s.

s< Mon cker monsieur, dit-^edle à Massiilon, ypM9 ^wsez votre évécbé, iaais il faudra {attendre d'auire$ vacances. Celui de Naptes est promis à M. de Xreâsan; M. de Gaumartin aura celui de Vanoes; restent les abbés âe Mornay et de Lou-

vois qui sont sur les rangs. Pour ce qui est du carême à prêcher devant le Roi, j'aime trop à vous entendre pour ne pas souhaiter que ce soit vous de préférence à tout autre. Je vous promets de m'en occuper : quant à Tabbé Dubois, îl y ^ longr-temps que je l'ai nommé à l'évêché de Gharenton.

— En sortant du Palais-Royal, répondîs-je, je ne im'apercevrais pas en effet du changement. • —-Toujours insolent comme un valet d'Eglise,» reprit-elle. '

Massillon remercia Madame de vouloir bien prendre fait et cause pour lui ; je joignis mes remercîmens aux siens. Deux jours après, on annonça à Massillon qu'il eût à se préparer pour prêcher devant Sa Majesté dans la chapelle de Versailles , tous les dimanches du carême. Il avait déjà prêché son premier Avent en présence de Louis XIV, qui lui dit d'une voix émue : « Mon père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs dans ma chapelle, j'en ai été fort content; pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j'ai été fort mécontent de moi-même. ;> On peut dire que Massillon se surpassa dans ceque l'on ap-

pelle son Petit Carême \ c'est ainsi qu'il faudrait parler aux rois^ avec une vérité noble et hardie, exprimée dans un langage naturel, énergique, élégant. J'avoue que quelques traits me parurent dirigés contre moi et même contre Son Altesse royale. J'en fis des reproches à^assilion devant notre ami copoimun, M. Q^^t, amateur éclairé des^ arts, qui nous donnait de délicieux (liners au milieu de ses médailles et de ses pierres gravées. Massillon ( le Ressert avait fait disparaître le prédicateur) me plaisanta de mes scrupules en des termes assez peu orthodoxes, et me porta deux ou trois santés de vin de Chypre.

« Massillon^ lui dit Crosat,.ce qu'il y a de bon en vous, c'est que, si votre morale nops effraie, . votre façon de vivre nous rassure. » Le Régent voulut en avoir le cœur net^illefit appeler et lui demanda pourquoi il le traitait en ennemi. ccMonseigneuT, lui répondit Massillon , La Bruyère ^a été exposé à de pareilles interprétations, sa renommée de bonne foi les a détruites; je vous supplie de prendre ma défense contre quiconque me ferait le tort de me croire capable d'une mauvaise action.» Quoi qu'en dise Massillon^ je

34» MÉMOIEfiS

Dé doute pas qti'ii n'ait eu s^s tue$ daôbë&s. Le^ jennei Roi loi.dit en sortant de Tentendfe t ((Mdn père, )é préféré vos serkxsoits au brtllôt que tn^a fait dailser M; dé Villèroî, )i Màs'stllt>n, ^ob discours débité, s'ttllàit posler, les yétrt b^ti^^^ , ail sdriir dé h chapelle^ et il lui venait des bouffées d'eneehi^à la ÈgMte. Le difttancbé dé fa Passion^ le viénx Bardfl, plus grotesque qu'an singé ^n perruqiléy s'étàk dans lu pkbe la pltrs apparenté dé la chapelle, faisant dés grimàdes^ des ctmtorsions et des g^tes depuiis Texordc jusqu'à là péhotaison du discours qtiè débita Mâssilloh d'un accent gtàeiéUx tet cad^nc^. Bà^ fôti était avet^ un autre aëteur, duquel il dit tbut haut : « Mon artil^ Voilà un véritable orateur; nous né soinmes que des cDOïédîetts! » Il revint lé dimanche des Ràmeàbt, et hé fiit pas tuoins fidieule^ il joua rémerVeillé, coui*ut au prédicateur, lé Isécoua pat le bras, et lui dit d'Un tôû prètefctetir : *rt Contintieî», moii père, à dire -éemine vous faites : VOtis âVez un débit qui votis éîrt. propre; laîkseifc les règles aUi étoliét^s et au4 DAûcoutt. )♦ Massilbn S'égayait beaucoup à indïtéi" la hiine du balâdiu et sUU pârlét flûte'.

pu CARDINAL ÙUBOIS. 343

«Au reste, ajouWt-il, Baron m'a bien jugé^ car je me soQTÎena que le père Lalonr^de FOratoire^ me demanda no jour ce qne je pensais des on^ leurs les plus suivis, Fléchier^ Masttro n, Bossuet. Je leur ironve beaucoup d'esprit et de talent, r^ondis-je, omis si jamais je précbe, jene pire* obérai pas coaime eux.» Enfin le Petit Carême a fait la fortane et la réputation de Massillon, qui, au mois^ de septembre, pendant que fêtais en Angleterre, fut nomme à ['«vécfa^de Clennont, que Fabbé de Louvois avait refusé à cause de sa mau« Taise sanlé. J'écrivis au nouvel ëvéque.: a II £i«t m ciel et un enfer, un MassiUoo et un Dubois; je regrette de n'être pas à Paris, car je me serais pourvu d'un è^écbé, celui de Besançon, par exemple, que l'on vient de donner M'abbe de Mornay, ambaetodeur en Portugal :.n'ai-)e pas été am^ bassadeur en Hollande? les titres ne me manquent pas, et, ^il le £iut, je me ferai appuy^er de toutes les maîtresses du Régent. Au reste, je vise plus haut : )e ne perds pas de vue que le collège de Pomp/iiJour, où j'ai achevé mtfs' études, a fourni a l'Eglise quatre évéques et un pape.

Prêchez^ patrocinez jMqu!à la Pentecôte; je

vousdoûiie rendez- vous au conclave et autres lieux. >» Mes prçssentimens se sont réalisés , et bien que je ne prêche qu'en jurant Dieu et ses saints, î'ai laisse Massillon loin derrière moi. , Dépuis deux mois on attendait à Paris le czar Pierre le Grand, qui était ^n Hollande occupé à déjouer Ja conspiration de Goertz, ouvrage de ce cjiien enragé d'Alberoni. On avî^it.fait préparer le grand appartement du Louvre pour Sa Majesté Czarienne, qui voyageait pour s'instruire, et^ non pas pour recevoir des hommages par tous les pays où il passait. Je l'avais vu« dans la foule à Amsterdam; j'étais bien aise de le juger de près. Il entra en France si subitement et avec une telle rapidité, que l'on fut instruit presque en même temps, de son voyage et de son arrivée. Le maréchal de Tessé fut envoyé au-devaUt de lui, avec un grand nombre de seigneurs^ un escadrou de gardes et les carrosses du Roi; mais il n'était pas encore à Elbeuf que le Czar le rejoignit. « Monsieur, lui dit-il, ne vous étonnez pas de ma façon de voyager ; je vais souvent de Moscou à Saint-Pétersbourg en quatre jours^ et la dbtjance entre ces deux villes

n'a pas moins de quatre cents lieues. » Le Czar était accompagné des princes de Kourakin et Dolgorouki^ de son vice-chancelier baron Schaffirof, de son ambassadeur Tolstoy, et de sou maître d'écriture Sotof, qui lui servait de bouffon. Pas un de ces très-hauts personnages, qui n'ait été exile, ou emprisonné, ou disgracié, ou assommé avec le knout. Le Czar arriva dans la journée au Louvre, mais se voyant assassiné de courtisans, de poètes, de valets et d'étiquettes, il demanda un asilé contre ces persécutions qu'il n'avait pas le droit de faire cesser avec le knout, sceptre habituel des souverains moscovites. Villeroi, à qui cette demande s'adressait, proposa spn hôtel de Lesdiguières, à l'autre bout de la ville.Le Czar accepta sans objections, pria quelqu'un de le coaduire , et quitta le Louvre en se bouchant les oreilles. Il fit bonne chère dans l'hôtel de Villeroi, but largement, se coucha, et ;dormit en vrai bourgeois de Paris, c'est-à-dire fort tranquillement. Le lendemain, le duc d'Orléans, avec les grands oflSciers, lé vint saluer à son réveil. J'avais pris la place d'honneur à côté du Régent.

^S MÉMOIRES

Le c2ar Pierre avait Fabord et le visage dors et glacés^ comme le dîmat de son royaume ; itavait une taille de colosse , et admirablement couformfe, malgré sa maigreur^ la figure terrible à cauise de son regard feuve, de ses yeux perçans^ de ses sottrcils touffus, de ses grosses lèvres, de ses cheveux noirs et buifés, et de sa peau brunie. L'excès des liqueurs forles lui avait donné nn tic netvéux , qui contractait à chaque instant sa physionomie. Ses mouvemens étaient brusques , sa démarche hautaine et toute d'une pièce. Sa voix avait toujours le ton de la colère, et la majesté qu^il essayait de se donner^ prenait un caractère sativage et inculte. Je ne. sais pas d'homme plus curieux d'apprendre, et doué de plus d'intelligence, ïl lui suffisait de voir pour savoir, et illuî'est arrivé de rectifier les explications que les sa^ans et les artistes lui faisaient. De resprît, il en aval*, mais trempé dans ses neiges de la Russie. Acetbe, avare de paroles, il ne parlait que par inlerrogalion , et sans trop blasphémer la langue française. Des gcnâ de sa suite , Toïstoy était le seul qai s^erprimât en français d*trïie manière satisfaisante. Le bouffon Sotof, qui avait la charge

DU Cardinal diteois. S47

de dire k son makr» toutes le» fùMes possibles « saôs appi*ébender )és cort^ctîoùs dtt kfiout, ne porlmt Qt n'efileE>dsFit que le tixaée. C'était Un vieillard naio^ avéC de ïcfiigsthe veux blancs tombant sur les (épaules; tiile laideur et nnb dîffbrmitë insupportables^ à la vut, et uu acceùt pareil aU cri des grenOftiUeS. Il parait qu^il avait des saillies très-plaisantes^ carPierrfe le Grand ^ qui assista sauâ sourire à la Contédié^ se pâttiait à Tëcoutef» Le Giftf, en sa personne^ res^tnblâit plutôt à un charpentier qu'à nu grâtid Uiouarqué. Il ëtnit habilla fort sitnplenient^ de drap bruii. avec des boutoUs d'or^ sans gaâts, i^ans lâanchettes et souveiitsàas chapeau. Ses officiérsne portaient d'uuiforaiés qu'a leur fhntaisie; les uns adoptèrent les modes deParis, les autrtés conservèrent le costume national^ fourré en dedans et en dehofis»

Ce fut un échattgé dé complîttiens tnite le Czar et Soù AUèsse ihpyale, qui afifectâ la Mipèriûritë de la civilisation j le Ciar se reûfenhà dans sa rudesse moscovite, et n'ea sortit qu'après les prernières ouvertures côttiiriircialesfet politiques. Ils s'entretinrent à demi voix, et nous rtouséloi*

,34 B MÉMOIRES

gnàmes de manière à ne pas les géoer. Après un quart-d'heure de eonférence, le Régent éleva la parole, et le cercle se resserra autour 4' eux. Je ne m atlendais pas qu'il fut sitôt question d«moi.

« Monsieur, dit le Czar au Régent, on m'a assuré que vous aviez près de vous un ami véritable, ainsi qu^il en était pour moi du vivant de mon pauvre Lefort. .

— Sire, répondit le Régent, les vrais amis ne me manquent pas : voici MM. de Noce, de Noailles, de Saint-Simon, de Canillac...

— J'entends : ce sqnt là des serviteurs fidèles, mais non pas des amis. Je parle du négociateur de la triple alliance , l'abbé Dubois... ^

— Le voici, lui-même, Sire j en eflFet, jeFaime autant que je, puis aimer un homme d'esprit et de services.

— SirC;^ d^je à mon tour, en m'avançant avec de profondes révérences^ le nom de ce- M. Lefort , illustré par votre auguste amitié, est connu de toute l'Europe, et me comparer à lui, je ne l'aurais pas osé. ^

— M.Dubois, me#épondit leCzar, laissez dire les envieux; certes, l'ami d'un prince ne saurait

^Ire exempt de certaines taches^ inhérentes à sa condition; mais c'est encore un assez beau titre pour que vous en soyez jailoux. Je vous félicite d'avoir pu arracher à la Hollande le traité d'al* ]iaoce au préjudice de l'Empereur ; je voudrais avoir quelques hommes* de votre trempQ à employer. Les rois ne font pas les grands ministres ^ mais les ministres font les grands rois. »'

Sotof poussa un éclat de rire, suivi d'une saillie russe , qui fit froncer les sourcils de Pierre le Grand. Sotof se tut en grognante J'aurais pu m'i- . Qiaginer que le bouffon s^était moqué des rois que l'on rapetisse par le surnom de Qrand.

La duchesse de Berri arriva^ semblable à la reine deSaba, étincelante de diamans. Elle se pavanait au milieu de sa garde, de ses dames merveilleusement parées et des gentilshommes du Luxembourg. '

M N'est-ice pas M"»® d'Orléans? demanda le Cxar sans malice sans d^ute.

— ^Noû,Sire, c'est ma fille de Berri, » répliqua le Régent, qui rougit du quiproquo.

La petite duchesse, dès la première entrevue, s'émancipa en coquetteries, qui certainement

yjo umomm

roûnreot U Cwr à Paris vingt jours de plus qu^îl noyait projeté d'y rester. Elle se familiarisa en iQoios de rien avec cette Majesté farouche, qui l'alla visiter plusieurs fois en son palais, il y eut plusieurs orgies noctaroes ^ auxquelles ma rétention d'urine m'empêcha d'assister, et qui (tirent honorées de la présence active de Sa Majesté Czarienne. Pi erre r% entre autres passions^ avait celle du vin, qui compromettait sa dignité jusqu'aux plus basses fureurs. Rien n'a transpiré de ces bacchanales de débauche, où Ton dit que le Czar insulta grièvement le Régent, qui s'emporta jus* qu'à le OKinacer de la Bastille. M'^ de Berri, qui gardait de la raison même dans ces roomens où le plus sage n'en a pas, fit fermer les portes, et ne laissa sortir personne avant que chacun eût cuv^ le vin de la nuit. Le jour venu , les acteurs de ce désordre s'engagèrent par sermeot solennel i Xi'^n rien divulguer; le Régent, }e Czar et la duchesse de Berri s'embrassèlent pour s^cetler la réconciliation. Le serment a ^ti ^i bien tenu de part et d'autre, cpie je p'ai paseu d'autres détails à ce wj^t;cetti&ieinseiiie ont ntiair ai étraege, qu'ils poumieilt bien «Btre l'ouvrage de la •oâlomnie.

DU CARDINAL DUBOIS. 35i

Toujours est*il que depais lorg le Cxar refusa de prendre part aux nujts du Luxembdurg.

Deux jours après l'arrivée du Czar^ le Roi alla le saluer^ ave c toute la faïuilie royale. M. de Yil^ leroî^ avec sa bêtise miautlense, avait arrangé le céréoioaial : il s'agissait de donner le pas au Roi sur le Czar ; celui-*ci ne voulut rien entendre^ et quand on loi eut bien repété qu'il devait s'avancer vers Sa Majesté^ lui tendre la œain^ et mar^ cher derrière^ il haussa les épaules^ et parla russe avec son bouffon. La venue du Roi avait été débattue dans le conseil ; enfin^ M. de ViUeroi eut commission de l'amener à Thôtel Lesdisoieres^ où le Czar le viendrait recevoir à la porte. On avertit Pierre 1" que le carrosse royal approchait. Il se trouva^ ainsi que tous se^^ officiers^ à l'ouver^ ture de la portière; mais/ au lieu de se confor<mer à l'étiquette^ il prit brusquement Fenfant entre ses bras^ et le baisa en disant : <c Sire, ce ne sera pfis le baiser de Judas. ») Les beaux esprits. se moquèrent de cette phrase biblique ^ qui fut accompagnée des plus franches caresses. Ils mon** tèrent dans l'appartement, ou deux sièges de même hauteur avaient été disposés ; ils s'y assi*>

35a MÉMOIRES

rent, et le jeune Roi ne parut pas inquiet de Pair rébarbatif et sévère du Czar. Leur entretien fut une protestatipn réciproque d'amitié, et tout le monde remarqua que Sa Majesté jouait déjà son personnage. Le Czar, dans l'intervalle de sa visité au Roi, reçut les corps de ville, qui le haranguèrent par l'organe de leurs chefs respectifs. Il se rendit le soir chez le Roi, dont toute la maison était sous les armes. M. de Villerôi conduisit Sa Majesté au-devant du carrosse de Pierre !«% qui lui fit plus de caresses que la première fois, et lui dit ces paroles fort simples :

«Sire, vous commencez votre règne, et j'achève le mien 3 j'espère que vous accorderez votre amitié à mon successeur?

— Êles-vpus déjà si vieux. Sire? répondit le Roi-atteûdezquevoscheveuxblanchissentcomme étaient ceux de mon grand-père.

flélâs ! \e crains bien de n'aVoir pas le temps

' d'achever mon ouvrage: Pour vous, Sire, je vous prédis que vous surpasserez votre aïeul en sagesse, en gloire et en puissance,

Je l'espère , mais ne le crois pas. »

Le Czar laissa là cet entretien, qui décourageait

DU CA.RDINAL DUBOiîî. aS3

:sâ noble ambition : il dispit souvent aYjec tristesse : « A moins de vivre cent ans^ je jïe vi;^ndrai pas

à bout de faire de la Russiç un emgire floris-

San t..»

Ses visites terininées^ le Çxar reprit s^s habitudes de vi« erraatô. II. parcourut Paris en tous sens, examinant. les monUQieiis^ les théâtres , les manufactures, les tahtleaOx et les bibliothèques. Vêtu, comme le plus modeste bourgeois^ suivi d'un de .ses officiers et de Fontenelïe, qui avait eu Je privilège de lui plaire, i\ montait, dans le premier carrosse àé, place, et allait chercher, de ^ quoi s-i^struiçe. Je regrette bien que rincommodité dont j',ëtais alors tourmenté m'ait prive du plaisjir dé partager les excursions du Gzàr, que je re^rde copame.un graad prince, sinon comme un grand hooime. Fonténelle m'aurait volontiers admis en tiers auprès de ;sa personne. Je metrou* vai seulement à TOpçra le jour qu'il y vint avec le duc d'Orléans : il s'endormit pendant une partie du balliet, après avoir bu up verre dé bierre que lui. présenta le R4gent, debout et la tête découvert^. Quand, il -se réveilla, je lui demandai si ce spectacle l'ennuyait.

llf. 23

354 MÉMpU^ES

j< Bieh au contraire^ reprit-il; ipais j'ai préféré dormiT ppctr e^t çviter le daager.

-r--.Vous ave^*donc, ^ire^ assez d'empire sur T0us*mêtn6?... .

— Si je n'en avais, pas sarmoi,. comment ea prendrais^e sur l$^*autres? ».

Il ne retourna plus à l'Opéra.

Il marchjEiit de surp^rise^eu' surprise, d'encbantement en enchantement. Le duc d' AMi(i l'iaTita à dîner dans son palais de Petitbourg^ et quand le dessert fut sur .la table^ aux sons d'une suave harmonie^ latapisserie.se leyay etleCxarvitson portrait peint d'après. iiature«

M Sire, lui dit d'An tin , vouslaisse:l& de durablés souvenir^ dans tous Içs lieux pà tous passez.»

Il s'ennuya beaucoup chez Madame^ qui, pour s^étre Euise sous le joug dç l'étiquette , {x^rdjt toute sa gaité naturelle; ne voulut -olle pas prouver au Czar qu'elle étaitiin peas^.parente? Pierre T' fut accueilli à Scéq.uz avec de jsi. belles flatteries en prose, vers et feux d'artifice, qu'il deipanda en sortant si le dUc et la ducbesse du Maipe; étaient des comédiens. Il admira surtout l'Hôtel royal des Invalides, où le meua M^ de Villars. Pendant que

DU CAlipiNÀL DUBOIS. » 355^

les sol4ats étaient au «refectQire , il gOutaleqr soûpe et but nn yerire de viij, arec ées^ «ioU: iii^ votre santé ^. mes camarades !» Il fiit jtéûioia de plusieurs j^ai^cts de l' AvCàdëmie'/raoçaiâe. et . d43 1 rAcadéûiiie^ des/scîetices, et I^éloge qu'il en fit à Fontençlle.^ seéréfeirç de l'uK)è de xes académies, > peut-être attribue à Foolenelle ^eul*

a Monsieur/ lui dit-ii^-^ .Voyant les académies^ je n'ai'jien changé ài'opitiion qua Vous m'en avie^b donnée;.» Pierre PT p<^ssédant toutes les sciences, était en état d'appréçteF |:^arjui-n)émeee. qu'il voyait fil corrigea de* sa. Jmain une i^arte geo^apHqué. de sea Étàt^j'il fit de»«xpé|îences cbitni* ques aVec ^n Altçsse royale ,^ et il dressa, loiménie le plan du LouVte* Il Jii'oublîa.'{>as les Go^ belii^/ où il deoianda co]xi{)te d'e toiis les procédés qu'on :eaiploy9it dans là fâbricatioil dea plua beaux tapis du inonde.:* tf Messieurs^ dit^il aux. ouvriers^ .vous concoûjrez -aussi à' la: 'gloire* des roia. »' A la i]naDuraot(iré de'Sèvres Oii Idi offrit de magnifiques porcelaines^ Iju'il accepta en- disant r «J'ai besoin de ôiodèles pour 'tç& é^êr^)> Il vit frappcir des oiédailles da^ns la galerie du . Loutre : ixne de ces médaillée tomba comme pav

356 MÉMOIIIES

nfiégarde^ lui de là rapiasse» : «lleétait gravée à son effigie^ayecson nom et cette inàcriptioti cViresao quirit euhdo.U assista plusieurs fois aux délibérations du Parlement, et il çn sgrlit péoéti^é de respect et d^admiratiop pour les ministres de la justice: «Les lois^ disait-il, ont bespin d'âp|)ai; on ne les respecte qnf autant qjEi'ôn les feitrespeptier.»

La plus singulière particularité de ce vojrage , à la manièi^'de Py thagore . chez les Égyptiens, fut la visite du C^^ar à M^de Mâintenon. Il parlait de la vieille aveô curiosité, et^s'informant de son. genre jde vie à Sain^Cj^r^ il Ipi échappa plusieurs fois de l'appeler fo Reine-; mais il s'aperçut que ce titre étonnait^et il ne te iiépéta plus. Enfin il envoya demandera la Mâintenon la permission de la voir. Elle n'^ut garde de dire non, et je ne jurerais pas qu^^Ue'u^ait peqséià profiter de cette honorable visite. Fagon, courtisan à près de cent ans, montra sa vieille figure fanée à Pierre le Grande et lur servit d'iqtroducteur dans le couvent.

. Ce Fagon l'assomma pendant toute la routç de son livre: Les admirables qualités du Quinquina, confirmées par plusieurs expériences , as^ecla ma-

DU CARDINAL pUBOIS. 35?

nièpe de s"" en servir dans tùUlesJièvfeSf pour toute sorte d^âge.

« Je parie j. lui dit le Gz«r impatienté, que votre livre nesl pa3.4]o^ag qu^^çè qaevx)us.'m'eii dites.» *•

Ils arrivèrent à Sàint-Gyr à sept hetir^s (ïu soir. L&Mdlnleûop}'après s'êtrç lavée, parfumëeet farâëe, s'était mi^e au lit aVjèctaus les rideaux fermés j les 'daiuqs de Saint-Louis se tenaient dans la eliambré pour là décence.liie Czar eatra sans- mot dire, tii'a les rideaul,: et s'âfesîtau chôvettlu lit en CO0'sxdérant la vieille,' que la toilette rajeunissait de quelque viligt'ans : « Étes*votis malade. Madame? lui deosattda'-t-iL

— Fagon me laisse mt)urir de faim ; réppnditeUe^ il me refirsemémë un potage.

— Mais qtiel est voire mal?

— ^ Mon grand âge. •

— Cf^st un mal cpii ne se guérit pas. »

Il Ven dit*pas davantage ; mais comme il faisait sombre dan^ la. chambré, il s'approcha si près delà Maintenon, qu'elle s^écria.: «Votre Majesté nie fait rougir r» Elle y avait mk ordre. Quant au G^utr, il ïiê répondiç pas, mais sortit

3S8 - il|ÉMOm£6

brus.^iKïiiièiit et «n silrace. li û& reparla plurale-

puis d^ là Maintenon.

AvaYlt son' départ il alla en Sorbonûe, et comme on "loi Élirait ycxtr dans l'église le tombeau du cardinal de Rîchelieu, iLse mit à genoux^ embrassa la statue en s'ëcrîanX : t( O grand bomme^ queu^^tistes-tu de ntion ten»pslf je te doûnerâis la moitié de mes: Étâttf pour appreitdve de toi à gouverner! l'autre ! n Certainement cette belle parole ne fijt pas dite ainsi , et Fiontetielle se ch:trgea de; la rédiger. D'ailleurs , si le Czar était si curieux d'avoir le cardinal dé Richelieu À ce prix, je le lui atirais vendu de grand cœur. Les sorbonnistes, frères tenardàs. Vil :en.f)fjtt,imagineirent de faire, servir la visite da.Czat à l^^intérét des Jésuites et du pa,pe ^ ils compostent tm fuéiîioire pour le supplier dé réunir Féglise grecque à l'église romaine'. Pierre V' prit.'Ve mémoire que les docteurs lui présentèreiit hiTmbleràeîit:; toutefois il*ne leur rit pas au ne2^ ëâ^ le relnêttant à son fou, à qui il se. conlëntafâS dire enrussie : m Sotof, ceci te regarde, ! n En effet, l'année suivante il chassa les Jésuitèa;<}e son toyaume pour le conserver,et il nomma soa botrffon Pape avec deux

BU CARDIÎÏAJL IKJBOIS. îSy

mille roubles pour l'aider à feire honneur à un Sacre'-CoUége compose âefpus, et toujours ivre d'eau-de-vie. La Sorbopne voulait feire payer au Czar l'hospitalité magnififjue qu'il rçcevait du rpi de France. »

Pierre I*' partit de Paris croporlaftit peu.de regrçts y n)ais des presens dignes. de sa majesté : il refusa seulement une épée montée en diamans^ sans doute pour ne pas être obligé de rendre un don égal en. richesse. Il n'était pas avare , mais U était pauvre. Son voyage qe lui eoàèa pas plus de soiscante mille livres; il; est vrai qu'il n'eqt pas à payer dedanseuse d^i'Opéra.Il içe. témoigna tant d'èstinie^ que je balançai à le suivre en Russie, où j'aurais été fait ministre en arrivant , et peutêtre pape à la place deS(M^o£; mais la peur du knput et ma. rétention d'uîine me forcèrent à la rcsideacç. . . ^

3t)o MÉMOIRES

C|[yiPITRE XII.

Les secrétaires. — Le fau» seing. — Le pari du priqce de Rohan. — Les créanciers. — Dubob, père malgré lui.

— Les vins de la cour, — «• Le chat. — Procès contre les princes légitimés; — Le «duc d&.Bourbon; son portrait.

— Maman la carogne, — Amours de M. le Dub avec M"»« de Nesle. — Les nlaris. -^ M"« de PoTignac. — La marquise de Prie. — M"»* la Diichesse; son portrait ; son mariage; sa mort; ses gaUnteries. — Lassey; Duchallar.

Selon la parole de ]a Bible, }e croisses en honneurs et en fortune. Le Régent^ pour se mettre k l'abri de mes ia>porlumtés,in*accordait tout ce que je demandais et^même ce que je ne demandais pas^ Il m'avait doi^né entrée au con^ seil des afiCaires étrangères, malgré les desservie es que me readaît le maréiôhal d'Huxelle^. Tessé était neut)re, et de Torcy se déclarait patir moi. Mes occupations- augmentaient ea- raison des

DU CARDINAL DUBOIS. ' 36t

places que j'occupais; j^'elmployais quelquefois trois ou quatre secrétaires .à niéscocrespondauces en Ahgteterre et ep Hollande^. Iiavçi^nô faisait mes écritures privées depuis le renvoi, de-

* Sodrdeval. J'avais encore à nia solde Émale, plus intelligent qu'un scribe de métier. H m^étaitfort utile, malheureusement dans une fcolêre.je Ta^a- -

I rtropbai autrement que du titre. d€ jflonsieui^ et il me quitta pour le marquis de Rossi, -à ©ruXel- ' les y où il qst encore. Je regrettai ipoin^i le vicfte Lejeune, écrivain des Charniers, ixifîrmeyiôbtird

! et prp^UjB aveugle. Pafr charité* je ii'avai^ pjas diminué ses gages, et je Jui.permcttâisdé travailler dans son grenier, souvçnt -sans feu et spiifflatit dans ses doigts au lieu d'écrire. C'était unavate, qui jouait la misère' jusqu^à laisser. manquer de • tout sa fille, belle et vertueuse en sippareUce. li me l'envoyait toujours qUêter«de Targçnt... Je préfère ne p^ liii soupçonner dé mauvaise intention dans cemânége ; c'était au moins del'ictiprudeQce; car enfin On est homme de chair et d'os. Je résistai cepeudeM à Toccdsion et jsiirtôuit'à la tenla**' tion; mais le maudit arabe voulut' me prèijdre pour sa Vâchëà lait^ et m'accusa d'avoir voulu

362 MÉMOIBtËS

sfiiluîi:e 8ii:fiUe. Je ne cherchai pas seulement à lui pvpiiver le contraire^ oe qu'il savait mieux que ipoi; mais îe'leinis à la porte, eu'dépit des pjeuri dé la doja^çUe^ que f engageai à porter ailleurs sa piété filiale. i

J'ai fait de Lavergpe uûhotpme à moi^ qui est dé* moitié d^ns tous mes secrets, et qui ue les irahita^aoïais^.parcô (|u'il sait les moyens que fai de' le puaîr. Jer ne. Taime pas, et si les dehors ne sout pas tronipeùrs, je le sQupçoune de qe pas m'étretioti plUs. attaché ; xïéa|>inoinaila plus pear 4é qroique je 'n'en ai de tout ce qu'il ppaA*a dire.

'D'un mot'ji» Fet^verf^ais-pourrir à la Bastille ; d'un Qtot je.le feraiis pendre ea- bonne justice. Je l'ai rendu coupable d'un faux qui s& répète totts les jpurs.: j'^. agi en cela plutôt inconsidérément que par réflezioja.^ mais^e «^inest tiré, il le faut

. ivoire. A l'époque^dont je.pai4e, bien que je me sevrage .de meis pllaisits Icfs plus néceçsaires, je n'aynis pas'.assez de liemps pour mes triatyàux cousans* J'entretenais surtout/ une con^spondance

xtrèsrimpojtaiîte et trê^active avec lordS tànhope.

,Il's!agissait d'affaires fietrètes, pour lesqtlelies Son Altes&e iiîoyale m'avait ^onnéses pieins pouvoirs^

DU CARDINAL PUBOIS- 353

je dressaiif moi-mépse les projets de leHres, que Lavergne écrivait en détail. Cbmiire je ne pouvais in'absentér du conseil, qui savait lieui .rheûré^de la pOÂtej'j'imajjiiïài' d'apprendre- k Lavérgne à contrefaire ma signature, qu'il avait combissibn d'apposer à «ta placé «lu bas des lettres qn^ilirasscrivâit; Cette mesure dangereuse) qui n'était que poar*les*€as urgens, dériva bientôt eii habitude, et Laverie- encore maintenant sigae plus de lettres à mon npm^ que moi-même. Je me ménageais par là une sàre i^traite dans toutes 'idaes négocif^tions, et pour me sauver, j'aurais perdu Lavergne sans remocds/puîsqti'il en agirait «de même à mon égard ^ s'il le pouvait sans danger. .Ainâi donc, quoi^u'irlayrivè, je sais'coûitnent me laver les maids des bévues de mon secrétaire/S'il «le se tient pas bito à son« poste, il ira^iitair ses jours en prison; c'ast le tuoins qu'il mérite.

11 jevti eu <i^ tejaàfsAk xm inrpertineiit pari entre M^ de pQlignàc et }e ptnsice de.R<ihàn, qciiprél<^dait quJe jeprétak sur gages : ignoble accu^aûon^ dtint j'ai .toujours dédai^é àè niedéfendre. Je rapporte- ce pari que permit ce prinroè, malgré ^ rase lufeitade. Il démontrera claire-

luent qvie l'usure n'est pas la seule infamie que les méebans m'aient prêtée bien, gratuitement. M. .de Rohan ùie dépêcha im 'gendarme du corps qu'il commandait^ et ce gendarme^ fils d'tm épicier de Brives-la^Gaillardé ^ que j'avais connu dans mon enfance^ vint me prier, de lui avancer quelque, argent; J'étais assez mal en fonds pour me feire tirer l'oreille j néanmoins , je in'aventurair à Ini offrir cent ebus^ qu'il accepta tromme un don.

« Monsieur l'Abbé^ cm dit -il, que puis-|e vous -laisser en gage? ^

— Rien, mon pauvre gar^n, lui répondis'}e; un billet, si* tu veux.

— Volontiers;^ mais, pour plus de sûreté, je puis déposer dans votre hôtel mon équipage de gendarme, If lii ne me saisira pas pendant mon

congé.

•^Que diable vjsnx-t.uque je fasse de ton équipage?, me prends'-tii pour un gendarme?

— :Npn, Monseigneur, mais vous me garderez ces Qbjets jusqu'à mon retouret jusqu'à celui de votre argent. ». »

Je permis au.. perfi4e gendarme d'encojpbrer

'DU CARdIc^AL DUBOIS. 365

iQûOQ garde-meuble de ses guenilles, c^est-à^^dire

I uD vieil habit d-ordonnance mangé par les vers et la pbussiére^ un chapeau râpé, des battes percées, une selle'et des pistolets hors d'état de servir. Je ne tardai pas à me repentir de ma com-

I plaisance. On vint de la part de M. le prince de ' Rohan , commandant des gendarmes , réclamer réquipage* complet de mon débiteur. Je* ne ^ aucune difficulté de me dessaisir de ces friperies; mais on ne trouva qu'une partie des, èflTets, et dégarnis di;i. galon d!or. Jeius contraint de payer le dégât pour éviter un procès, et )6 mis des gens en campagne, qqi découvrirent mon homme au fond d'un cabaret. Xies craintes qu'il eut d^étre poni copdme il méritait, le forcèrent à proclamer qu'il ne m'avait confié .ses bardes qu'à titfe;de dépôt. Le pifince doBphan ne. g^gaa pas soùpari; le gendarme, qui n'avait pas suivi^esânstructions, fut mis au^ arrêts, et ma justification ne fit p9s tomber ces bruits ridicules quîfont de moi un usurier. - . . •. .

J'appris. <^e l'ingrjU; Lavei^ne donnait cours à ces bruits par des mensonge doM sans doute iUe faisait payer. Dans une ei^plication que nous

earnes eosemble à ce sajet^ }e le maltraitai tle tant de coups et d'injures ^ qui'il 'mè dit fièrement de lui accorder sohvongé, parce qu'il ne voulait pas attendre que je le'tuasse/t< Volontiers, re'pondiâhîe; donnea^-moi votre heure, qae je vous fesse délivrer une lettre de cachet.

—A inoi,.nionsieur! Pourquoi, s'il vous plaîl?

— ^Voiis êtes initié dansles secrets de FÉtat^qui aout.les miens, et je ne. suis pas assez sot pour voi^s laisser . me vendre^ au comptant.

-^*- Moi ! Monseigneu», je ne vous quitterais que pour>ia^BastiUel

— ^A fOQoins que ce ne fut pour la potence èomuie faussaire: que tu es:...

-^A-hl ])ïeû{.n'es|-cei)|is voiis qui m'avesc ord%>i|ne..d'imiter votre signàtiii^e? ,

-*— Qu'importe*? /ceja n'est .pas éé^ïî, et personna nete croira. » Layergne no m'a.jaœais menacé d0'^rtir de.m^ipaisôn, depjris^ qu'il sait la retraite que je lifi réserve.» : ^ . Ce n'e§t pas.quç je ne^. fusse tenté vingt- fois de le jeter. par la fenêtre. Un jour que j'étais iVersailleSy il in^i^oduisit dans mon appartement uue fille qui ne.fut cruelle que^pour moi ,• elle reniar--

DU CARDINAL DUBCrtS. 367

quasurla «heminëet une boarse de louis ([ue j'avais oublié d^ serrer; le seul oubli de êç gelure que j'aie 6^ me reprocher; elle était apparemment* pourvue de jetons eu cas dç b^i^in ,. car ctUe eu . remplit ma bourse apr èsl'avoir vidçe an préalablr. Leaoir ma colère se- déversa sur tout mon.doznest^. tique ; car lorsque Ton soupçonne quelqu'un , il est boQ d'aceuser tout le monde*. Lavergne m'avoua ce qu'il ea.était^ et je lui €s gràcej^ à. condiw tion que je me r^oquittemis sur ses gi9tgeâ« Le plus* désagpéable de ce vol, c'est qu'on/m'en attribtia les causes 9 et la fille de Lavergnem^est restée $ur la coDscieoce.

Je me suis convaincu qu'obliger les ^ens équivaut à donner des verges popr se. fouetter. Tje fils de Pierrette, coznuie je l'ai dit/ne fut pas le seut. qu'on m'attribua : je fréquentais • sans pensera mal la boutique dé Lagrègê /tailleur ^ à rimâge. de Saint- Ambroiàe^ rue DaUpiiine: Ce- tailleur, qui babillait ma livrée; avait pour t-oul jnérite. ane jolie femme qui n'était prud'e que de jour.} je ne l'avais jamais vue la nuit; mais le pirémîer garçon de son mari était plus privilégie , ,ct la damfe appartenait moins au lit conjugal qrfÊiu

3f)8 M£MOIK£S

sien. Làgrège faisait son profit des repos où le laissait sa moitié, et travaillait à'soa état^ les îambeç croisées^ tlu matin au soir. Gomme. je jetais :quelq^ue argent dans la maison , le tailleur avait intçrét à m'amadoaer, et la coquine ne s'y .épargnait paçayec des rqulemens d'yeux, ^es grimaces, études 720/1 répétés de la plus galante manière. Enfin }e m^aperçus que \e ventre de la defme faisait plus.ée progrès que mon amour^ et dès. lors. )e. cessai mes visitçs^ de peur de me voir responsable des faits et gestes d'un autre. Ce fut unmyslèred^iniquité.M"'* Lagrège vint un matin

. me ^lUppUer de conserver ma pratique à son pauvre diable de mari ^. comme elle l'appela. Je me laissai aller à ia pitié, mais je ne restai pas plus d'une heure avec celte pécheresse^ que le mari ajrriva;f4isant esclandre et se dionnant à lui-même son véritable nom f Je le laissai dire, et n'en eus

. pas denouve.Ues jusqu'aux couches de sa femme, .où l'on m'annionça que j'eusse à prendre soin de mon enfant. Je fus indigné^ surtout lorsque ma prétendue paternité servit d'amusement aux bonnes âmes de la cour. Le garçon .tailleur, par un insigne guet-à«>pens , pénétra jusqu'à mon ca-

bu CARDINAL DUBOIS. 869

binet^ ses grands ciseaux à là main^ jurant qu'il me mettrait hors d'état de faire des enfaus^ si je ne reconnaissais pas le mien. Un geste qu'il m'adressa m'ayant décidé à entrer en accommodement, je consentis à me débarrasser de ma fille moyennant une pension de cent livres^ Cela me rappelle ce voleur dont parle Gilblas^ qui demandait -l'aumône avec une carabine. «Votre fille, me disait le bourreau, ne peut être reniée; elle a toute votre physionomie! « J'aurais pu châtier ce drôle, et le forcer à reprendre ses droits, mais je préférai la tranquillité au scandale de cette affaire; d'ailleurs, je n'aurais eu rien à répondre à une coquine qui m'aurait soutenu que Tenfant était de moi. Il n'est pas jusqu'à Massillon qui n'en fut persuadé, à cause de la ressemblance. La mère vint me féliciter à ses relevailles , et je ne pus lui faire entendre qu'elle me prenait pour on autre. L'année dernière ma fille était en âge d'être mariée ; c'est une dépense dont un mort a fait les frais. Massillon se trouvait exécuteur testamentaire deAl. Yon, conseiller au Parlement, qui avait légué en mourant une somme de sept mille deux cents livres pour marier douze pau- III. a4

vres fiUes; Massillon avait choisi parmi les ouailles de son diocèse celles qu'il devait doter. Je ]e priai de confondre dans ce nombre ma filleule (car je me disais son parrain^ pour sauver les apparences). Massillon avait asse^ de charité chrétienne pour ne pas voir la paille dans mon œil 7 et la somme de sept cents livres qui fut appliquée à «ma filleule lui fit épouser Lepol^ boulanger du chapitre de Notre -Dame; elle ne me nomme que son illustre parrain^ et moi je la traite comme ma propre fille. C*est une des personnes qui me sont le plus attachées ; aussi je lui fais une rente qui lui a valu cette fameuse chanson :

La boulangère a des écns Qui ne lui coûtent guère, etc.

Toutes les foi$ qu'elle vient me visiter, la valetaille se meta chanter l'air de la 'boulangère. Il paraît que les petits polissons de son quartier lui donnent la même aubade (i).

(i) Cette boulangère aux ecus mouruf huit jours après âon parrain le cardinal, du chagrin qu'elle eut de perdre un proteeteur et un héritage. [Note de l'Editeur.)

Mes eroportemens étaient moins f^éf|i^en$ depuis quelques années^ mais i^ls n'étaient pas moins terribles : je me corrigerai petit à petit avec le temps. Ce sont des rag^s nerveuses et coavulsiyes où je m'en prends à moi-np,éi»e quand je n'ai là personne à qui çp'en prendre : je m'égratigne^ je m'arrache les cheveux^ je pâ* lis et je rougis à la fois; j,e suis capable de me tqer de ma propre n^in^ Dieu merci! Un jour je ren,voyais un valet qui i?^'avait manqué, et je criais tout baut :

« Il feut qu^ Je fttôse maison neuve, que je reqYoie t^ut \e monde, et si je 1^ pouvais je me repverrais iQoi-môflCïe.

— Nç vous gênez pas, me dit mon frère, qui • m'écoutait, et mettez- moi à votre place. »

JJ^ soiv que, mécontent de pn>i, je revenais a mon logis cherchei^un repos dont j'avai^ grand besoin, je jurçiis enti'b mes dents coqtre les femmes et poutre pioi principalen^pnt. « J'ai manqué à rnon dpvqir, disai^-rjç tput baut, je suis un homme à pendre ! je devrais mourir de honte. » Un bourgeois qui passait, en ent^endai^t mes jérémiades ; me prit tout au moins pour un

voleur. « Monami^ me dit-il , je vous conseille àê vous repentir plus bas^ si vous êtes en effet un homme à pendre^ c'e^t bien assez d'être trahi par sa mine. » Je me faisais couvent plus de mal à moi-même qu'aux autres^ tant j'étais inquiet et irascible : de là vient que les auteurs des yins de la cour y sorte de satire ^ss&Im plate contre les princes^ princesses et grands seigneurs, m'ont désigne sous le nom de F'in malfaisant. Au reste, je ne suis pas Je plus mal partagé dans cette liste, où le Régent est désigné par le nom àe f^in diabolique; la Parabère, par // sent mauî^ais; le peuple , par F^in du pressoir, et Law, par f^in empoisonné. On m'a envoyé une copie de cette pièce, avec cette note à mon nom : « Je vous conseille de mettre de l'eau dans votre vin. » J'attribue cette plaisanterie au comte de JSocé. ♦

L'envie et la méchanceté ont fait pire contre moi : un matin que je me rendais à l'audience de Son Altesse royale, je fus accosté dans Tescalier par un fripon d'Allemand qui était resté quelques mois à mes gages. wM. l'abbé, me ditîl d'une* voix haute, quand me paierez-vous IW-

DU CABDINAL DUBOIS. 37,^

gent que vous me devez^ et deux habits usés à votre service? Je ne perdrai rien, je vous jure; j'enlèverai plutôt vos meubles , et j'irai ensuite me plaindre au duc d'Orléans. ».Le scélérat me tourna le dos après ce discours, qui fat entendu et répété, quoique je m'écriasse que je ne devais pas une obole à ce traître menteur. Je fis quelques pas en avant, et un sieur André, drapier, m'arrêta encore en me disant : « Monseigneur, vous m'avez acheté, avant votre voyage de Har novre, trois pièces de drap.écarlate dont je vous prie d'ordonner le paiement. » Ma colère fut telle que je passai, sans répondre : ç^ drap avait e'ié mis dans le compte du Régent. Un autre fâcheux vint se jeter à ma rencontre en criant : «Je vous trouve enfin, M* Dubois 3 je vous avertijs que si vous ne me payez pas, je vous y obligerai par voie de contrainte ! » £t il disparait sans m'a nprendre à qui j'avais affaire. J'arrive dans l'antichambre, le front cardinalisé, quand un valet de chambre de Madame, qui m'y attendait, me présente une quittance de deux robes vendues sans garantie aux demoiselles de M. Dubois.

Ce vajet, qui faisait la contrebande, me procu-

rait des indiennes et des mousselines au comp-^ tant. « Maîlieureux, lui dis-je, va-t'en, où je te fais emprisonner comme voleur et contrebandier. » Le complot des *ftiux créanciers était si bien fcfrmé que je me sentis reténu par thon habit et même par 'ma perruque. J'arrivai devant Son Altesse le visage décomposé et la bouche écumante. « Monseigneur, lui dis-je, à en croire ces gens-là, j'aurais plus de créandiers que d'éeus. » Le Régent se Ôl raconter en détail cette mascarade, niais on ne retrouva pas un seul créancier. Cepetidant tel est reflet de h, prévention: les mêmes gens qui aujourd'hui me reprocheût d'être riche, me supposent des dettes que je ne paierais pas. J'ai soupçonné de la farce des créanciers un prince à qui j'avais refusé un prêt codsidérable ; c'eût été lui donner mon argent, intérêts et princip'aK

Si je voyais clair dans les complots les plus obscurs, il n'en était pas de même quand je ne m'aidais que de knes yeux affaiblis par toute espèce de travail. Un taatm qu'assis avec mon sèct-éfaire devant une fenêtre ouverte du côté du cul-de-sac de l'Opéra, je dictais des dépêches,

en regardant distraitement les maisons voUioes^ je cruis apercevoir à une lucarne des toits une jeune fille qui me faisait des signes; j^arrêtai ma vue sur elle ^ et mon imagination aidant^ je lui prêtai les .charme;s que je lui «souhaitais. Il me sembla que la jolie inconnue m'adressait des baisers, sans compter les loeillades ks plus incendiaires. Je commençai de bonne foi à répondre dans le même langage, et ce fut un commerce des gestes les plus tendres ; j^oubliai. dépêches et âe«crétaire ; .mais < celui-ci <me :tira de ima contemplation amoureuse en me'demandi^nt : ^ '

« A qui < en avez-vous donc ^Monseigneur?

— iPas à.toi, sans doute;. mais à la plus char* mante ifillette

— iVous faites comme César d^ix choses à la fois y une • dépêche et L'amour.

— iVoi^tu les agaceries qu'elle me fait? il faut que je l'envoie quérir par Manet.

— Où<est*elle?:je ne vois^ien.

— fTî^ns, }e vais lui lancer un baiser qu'elle ue gardera^pas par-devers elle. Âs^tu vu?

— Je vous vois vous échauffer en signaux^ mais voilà tout.

— Gomment? à cette petite fenêtre? auprèii des gouttières....

— Oui, je distingue un chat...

—7- Un chat !

— Blanc et noir, qui fait sa toilette avec sa patte ^ c'est signe de phiie.

— En vérité, je croyais avoir le bonheur de lui plaire. »

Depuis une année, le duc de Bourbon poursuivait, contre le duc du Maine et le coœtede Tour louse, un procès dont l'issue fut une déclaration totale du 2 juillet 171 7, qui privait les princes légitimes des noms, droits et prérogatives des princes du sang. Cette affaire, qui causa d'abord un étonnement général, se termina par un coup d'éclat, la conspiration de Cellamare ou plutôt d'Albéroni. Le duc d'Orléans se réjouit de l'abais? sèment de l'orgueilleux boiteux, et dédommagea le comte de Toulouse par de nouvelles faveurs ^ mais le duc d'Orléans ne fut pour rien dans ce procès remarquable , dont le duc de Bourbon et M. de Saint-Simon préparèrent tous les fils et }e hardi scandale. Personne^ je crois, ne plaigniV le duc du Maine, sinon ses créatures^ et la du-

chesse d'Orléans^ s^ sœur; quant à moi^ je ne fis que désirer le plus de mal po^ible à ce bâtard maudit. M. de Saint-Simon n'avait pas grand sujet d'en vouloir à M. du Mainej mais il s'indignait pour rhonneur de sa généalogie^ en voyant des princes illégitimes élevés au-dessus des ducs et pairs du royaume. Le mémoire qu'il lut à ce sujet, dans un conseil de régence^ est plein du ressentiment qu'il avait contre eux. M. de Bourbon fut poussé à ce procès terrible^ par une haine ardente, envenimée, contre les du Maine, à cause d'un différend dans la succession des Condés, auxquels le duc du Maine était allié par sa femme : ce différend, aigri par des paroles réciproques, n'était d'abord qu'un procillou qui fut engraissé jusqu'à ce qu'il devînt un gros procès j celui-ci n'eut pas Ueu, toutefois, grâce à un accommodement subit. Le duc de Bourbon a dit de tout temps qu ilavait pour M. du Maine une aversion comme on en a pour certaines bétes. C'était une antipathie de naissance, et dont personne n'a deviné le secret. M. du Maine disait du duc de Bourbon : « Son nom est sorti de la boue ^ et lui se plaît à y rentrer. » *

Dès que le procès fut intenté aux princes legitimes, les déHces de Sceaux prirent le deuil; la comédie, le bal et la musique furent remplacés pardes conseils d'avocats, des Cujas et des Barthole in-folio, des parchemins et des papiers en sacs. Gens de loi et de dhicane se Jetèrent comme des harpies sur cette bonne curée , et Sceaux ne fut plus le rendez-vous des gens de lettres, et, ce qui vaut mieux, des gens d'esprit. Le duc du Maine jaunissait, maigrissait et conférait avec des agens d'Albéroni; M"* du Maine passait les jours et 'les nuits à lire des coutumes et des ordonnances ; M"" de Launay , sa femme de chambre, ne lui parlait plus que d'assignations et de déclarations, non pas d'amour, ce dont elle enrageait. Foritenelle alla un matin rendre visite à la duchesse, quille reçut couchée^ comme son lit était écrasé de livres en tas : « Vous voyez, lui dit-elle , je ressenlble à Encelade sous le mont Etna.» Chaque jour paraissaient des mémoires , dont la pauvre duchesse avait donné au moins les idées ^ rien ne fitj ni'ï'académicien Boivio, qui prétendit tirer un exemple de la famille de Nemrod ; ni un abbé , qui citait les Fèves

de r Église ; ni ttne cottitesse^ qui quêtait partout au nom de M"* dû Maine des consuls et des dîners. Le duc de Bourbon triompha.

Ce fut un coup de foudre pour M"* du Maitte 5 elle se comporta comme dans ses fureurs d'amour; elle brisk les glacefe et les meubles, voulut se laisser mourir de fai'm,*et dît d'une voix tonnante, â son ex-prince du saiig :

M II ne me reste donc pins que la honte de vous avoir épousé.

— Madame, reprit le duc en homme de sangfroid , il faut Souffrir ce que la 'loi du plus fort veut faire, mais y revenir en temps et lieu. »

Il y eut dès lors, entre Séeatix et S^int-Gyr, une correspondance que mon voyage en Angleterre àae fit perdre de vue j la M^i'ntenon était le preliïier ministre d'Albéroni en France. Goilçoit-^on (Jue cette momie de quatre-vingt-six ans (i) songeât encore à régner !

M. de Bourbon, Tennemi mortel du duc du Maine et dé toute la bâtardise, quoique' sa femme

(i) M** de Mâintenon, en 1717, n'avait pas plus de quatre-vingt-deux ans, étant né en i633.

(Note de l'Editeur.)

38o MËMOIRES

en fut sortie^ est le plus laid de tous ksprrnccÀ;, c'est pourquoi la princesse douairière de Gontl l'appelle le prince des laids. Il me semble que , jeune^ il avait la figure agréable autant que les manières^ mais l'amour l'a fait pire qu'un monstre^ tant il se desséche à pleurer^ à soupirer et à gëmir aux pieds d'une belle ittfidéle, en style d'opéra. Ses yeux^ dont l'un lui fut crevé par le duc de Berri à la chasse, sont si rouges, si larmoyans, qu'oii ne saurait discerner le bon du mauvais ; il est d'une maigreur qui fait ressortir sa grande taille voùtee, sgs grosses lèvres, sur des jambes longues et minces comme celles d'une cigogne^ son visage ne ressemble pas à un visage ; avec son nez eMé et pointu, son menton saillant^ ses joues creuses et son teint verdâtres, il n'a pas mal l'air de Don Quichotte de la Manche , et la duchesse du Maine ne le nomme pas autrement que le Chevalier de la triste figure. Il se connaît si peu qu'il se regarde à tout instant dans la glace, qu'il s'épuise en galanteries , et que les plus belles dames ont fait ce qu'il a voulu, tant il est vrai qu'un prince du .sang est toujours assez beau. Je crois en Dieu , mais non pas à l'esprit du duc de

Bourbon 9 à moins qu'il ne le cache depuis sa naissance. En revanche il a de la politesse et sait bien vivre, il ne parle pas de ce qu'il ne sait pas, et comme il ne sait presque rien, il parle fort peu. U ne serait pas capable d'être commis d'un marchand , à cause de son ignorance, de son dégoût des affaires^ et de son impatience. Ce serait up plaisant ministre, que la première fine catin conduirait sans qu'il s'en doutât. Il a quelquefois de la noblesse d'âme, de la grandeur d'apparat et rarement un bon maintien : il ne saurait rester en place durant une heure , sans tousser et cracher, remuer, se lever et fredonner un air. Quand il en veut à quelqu'un, il n'est pas d'insultes , il n'est pas de sarcasmes qu'il ne se permette. Dernièrement, au bal de l'Opéra, il suivit la jeune princesse de Conti en chantant à haute voix :

Maman çà, Maman là, Maman la carogne !..^

La pauvre princesse ne savait où se réfugier, lorsque des masques arrêtèrent le duc de Bour-

38u MÉMOIRES

bon^ et lui désignèrent un autre masqué qui était sa belle-mère, la douairière de Coati : «La voilà plutôt la carogne,» dirent-ils. Ce petit monstre, ainsi que tous les bossus, ne voit rien au monde de plus beau que lui; il se regarde au miroir avec complaisance, et s^étonne quand les' femmes ne lui font pas compliment de sa figure. Madame m'a raconté que la dernière année de la vie de Monsieur, M. de Bourbon, dans un bal de Saint-Cloud, leur avait dit qu'un masque Tavait pris pour Monsieur, qui cependant était droit et bien fftit.u Ce devait être un aveugle, répondit Madame. Au reste, monsieur, mettez celsL au pied du Crucifix pour avoir des indulgences. »

M. le Duc est toujours en affaire d'amour; il lui faut des mains à baiser, des genoux à embras* ser^ il est heureux de pouvoir appeler une dame perfide ou déloyale. Peut-on se mêler de chevalerie avec ce visage ! Il s'est d'abord passionné pour M"*" de Nesle, qui ne lui a jamais été fidèle, et qu'il a soufferte pendant un mois ; cela donnait à cette dame une sorte de relief el faisait oublier la quantité de ses galanteries. M. de Richt-

DU CARDiNAL DUBOIS. 383

lieu est venu ensuite^ qui a eu les restes de tant de gens, qu'il n'a découvert rien de nouveau dans cette beauté libertine quand eile n'aime pas^ I terrible quand elle aime. Mieux valait nq pas quitter le borgne de Bourlxm , comme elle l'appelait, que de le remplacer par le prince de Soubise, âme de bête avec une figure de veau : <tM. le Duc a bien tort de ne pas se consoler, disait^il ^ quand il voudra, il en trouvera cent de bonne volonté sur quatre-vingt-dix 5 d'ailleurs je lui perinets de coucher avec M"*" dç Nesle. » Cette dame a des regards si enflammés que force ^^ de s'y brûler comme le papillon à la chandelle» Elle est parfaite dé corpa et d'e;sprit; heureux ceux qui arrivent dans la terre promise !

Le duc de'Bourbon vengea M"" de Nesle d'une plaisante manière, qui n'allait à rien moins qu'à nier la vertu, des femmasen général; je tiens pour de$ exceptions, fut-ce une fois par siècle. Le marquis de Villequier, fiU du dttc d'Aumout, ou du moins passant pour tel > croit volontiers le mal, hors en ce qui le concerne- Sa belle-mère la corrompu jusqu'au fond du cœur; il s'est marié, pour faire une fin^ avec une assez belle femme.

iSi^ MÉMOIRES

sage seuletnent en apparence. Il donna lé premier dans le piége^ et s'engoua de cette innocence plâtrëe; il devint bon mari, sans pourtant se retrancher une seule des infidélités courantes. Un jour qu'il rendait visite à son ancienne maitresse, M"* de Nesle, elle vint à lui dire en se moquant :

(( Villequier, quelle jolie réputation tu t'es faite ! on assure que tu es amoureux de ta femme !

— ^Amoureux ! je m'en défie, reprit Villequier^ mais j'aime ma femme d'une amitié fondée sur l'estime ; du reste , je la vois fort peu de près ou de loin, car nos humeurs diffèrent étrangement : mais je l'admire comme une des plus honnêtes femmes de France , je dirai presque îa seule honnête. »

M"* de Nesle se sentit morveuse; elle ne répondit pas cependant, msàs le lendemain se plaignit au duc de Bourbon d'une insulte que Villequier lui avait lancée en face. M. le Duc , en galantissime chevalier, promit de tirer vengeance de cette félonie. A quelques jours de là, Villequier fut invité à dîner chez le marquis de Nesle*

Il y avait force dames galantes^ force maris comme ils sont tous. M"" StrafFord de Grammont^ M™ la comtesse d'Uzès, M"' de Coligny , le marquis de Gèrses, M. de La Carte, M»* de Nesle, M"' de Bouillon, le comte de Donzi et d'autres. A la fin du dîner, qui fut gai et né pouvait, être autrement en si bonne société, le duc de Bourbon s'écrii^ ex abrupto : « Bien foa qui se croit privilégié, prédestiné pour être û couvert du cocuage, qui mesem-^ ble la condition iine qua non du mariage! eœperto crede Robertô. J'ai d'abord pensé qu'en épousslnt un monstre de l'Apocalypse je mettais à l'abri ma pauvre tête; mais d'honneur c'était bien Is^ précaution inutile. Un vilain y nommé Ducballar, plus laid et moins aimable que moi... — Vous vous flattez^ interrompit M"** deNesle.

— Enfin, vous comprenez; du reste, tous tant que nous sommes ici , nous avons l'honneur de nous donner la main.

— Oh! ahl hi! eh! se récrièrent les principaux;

— Parbleu ! reprit le duc de Bourbon, je vous conseille de vous en défendre ? c'est bon pour le marquis de Gèvres, parce qu'il ne se mariera pas, m, a 5

3S6 MÉMOIRES

éUnt ÀmpuissaDt ou ennemi des daines; M. de la Carte so trouve dans le même cas^ et il 0e seïl^it p^siH^ri impunément. M"^ de Grammont a substitué ù M. 'de Grammont Scot de la Mésangère, malgré ses -cheveux roux; M"' d'Uzèsn'a pas attendu quelle fût au pouvoir d'époux pour exerce le sien sur une foule de cœur percés d'outre en o^tre j M"' de Bouillon sait oe que je pourrais dir«,..

— Bien, bien, interrompit M. de Nesle, je vois cjuo je resterai comme Tarche sainte.

— Vous, M. de Nesle, continua M. le Ikie au milieu des éclats de rire,, vous êtes cocu de ma part, pour commence* par la fin. Vons connais*sez non moins que madame^ M. de Richelieu, le marquis de Pomponne^ Ijebar, Yentadour, le marquis de Brèves...

-— ^ Pourquoi pas tout le genre humain, M. de Bourbon? repartit de Nesle, en riant aussi fort que l'auditoire. N'est-ce pas, m^ bonae anùe, ditil à sa femme, que M. le Duc çst charmant aujourd'hui?

— E^nâp, messieurs et dames, ajouta le prince, pour finir comm© le songe d'Atrée, par un coup .

de tonnen'ey il n'est pas jusqn'i VUlequier qui ne soit des nôtres. Je gage que vous ne croyee pas l'être, M. ifc ViUequier ? w Villequier rougit, secoua la tête et garda le sUenoe.

(c Hé bien, j% vous apprendrai que le chevalier d« Peaay vous fait ce que vous êtes.

' — En vérité, M. le Duc, nposta^Ylllequi^r en rougissant de colère, j'avoue que jusqu'à présent j'avais pensé échapper à k loi commune ; mais je vous remercie de lïie tirer- d'erreur j pui&que je me vois en si bonne compagnie , f aurais grand tort de faire le lâché. »

Depuis il ne s'avisa plus de parler des honnêtes femmes et tnême de la sienne.

Lorsque M"* de Nesle lui donna son congé, il se mit aux fers de M"** de Poligûac- Cette dame, avec une figure de Sévîgné, de beaux cheveux et une belle peau, m'a toujours représenté la lusure personnifiée : elle n'avait pas plutôt un amant qu'elle en cherchait un autre j de cette manière elle a passé en revue toute la cour. Elle n'a jamais aimé M. le Duc; et le moyen? elle ne refusait pas de lui plaire et d'avoir pour lui quelques complaisances qu'il payait en prince du

3dB MEMOIRES

sang, selon mon expression ordinaire. Il eut Fëtrange idée d'en faire une maîtresse fidèle^ Je chevalier de Bavrère, grand séducteur allemand^ avec des moustaches blondes et des yeux verts ^ eut la préséapce sur le xluc de Bourbon, qui en sut plus qu'il n^envaulaity delà bouchede La Chapelle 9 pourvoyeur en chef du prince de Conti. Il s^indigna du partage et Gt d« vifs reproches à M"* de PoUgnac^qui m'a tbut conté, et qui courut du même pas chez son chevalier. M. le Duc en fut informé dans Tinstant, et le soir ayant donné rendez -vous à sa perfide, il eut soin de rassembler dans son cabinet tous ceux qui avaient eu les faveurs grandes et petites de M"' de Polignac; ils étaient bien là trente plus ou moins maltraités par la dame. Elle arriva en cornette de nuit; le duc de Bourbon la fit entrer parmi tous les hommes, et la prenant par la main : « Tenez, monsieur le chevalier, dit-il au Bavarois, voici votre tant douce compagne, elle n'aura pas besoin de compter sur ses doigts pour vous reconnaître.» La séparation suivit aussitôt, et M. le Duc estencore maintenant empêtré deM"*dePrie, gui succéda par droit de conquête à la Polignac.

') M"' la marquise de Prie, fille de Berllïelot de Pleneuf, entrepreneur de vivï^, est mieux "^ que fille de duc et pair, car elle a grâces, beauté, '- esprit; c'est une séduisante personne^ et M. le - Duc se fait honneur de Tavoir choisie entre deux. ^ danseuses de FOpéra , trois nymphes et quatre ^ duchesses. Ce fut elle qui Fagaça dans un bal mas-r que, et une heure d'entretien lui suffit pours'em- ' parer du duc de Bourbon, corps et âme. Elle a. plus que de la beauté^ car la beauté 'déplaît quel*> quefois , et M"^ de Prie plaît à tout le monde ; jlout le monde ne lui plaît pas, comme de raison. Je l'ai surnommée Sjrrène, à cause des dangers, que Ton court à la voir^ à lui parler et même à l'aimer; elle joue la naïveté a merveille, et au fond, de la vertu, delà pudeur, elle s'en moque de toutes ses forces; elle excelle dans tous les raffinemens de volupté qu^elle apprit pendant l'ambassade de son mari en Italie. Enfin, dèsc l'âge de douze ans, elle fit l'amour, à l'exemple de sa mère, qui la maria pour ne pas se voir disputer ci enlever ses amans* Elle tromperait le plus aigrefin, et comme elle est ambitieuse, elle ne s'arrêtera pas à des bagatelles. ,Si h Rgi était en âgç

d avoir une maîtresse en titre^ ell^ le «erait déjà. Les amans ne lui manquât pas], et souvent mal lui en arrive«iElLs diangea un jour son rôle d'accasée en celni d'accusateur , et elle persuadai, la fine langue, au pauvre duc de Bourbon qu'il avait apporté dans la communauté de mauvais fruits qui venaient d'elle seule. Voilà pourquoi elle se contente aujourd'k^i de trois ou quatse adorateurs , sans compter M» le Bue. Le Régent y revient de temps en temps, comme à ces mets qui réveillent un appétit blasé. Le prince de Carignan et le beau Lion, premier maiired'bôteldn Roi,sont deux rivaux de bonDeintelligence.Quan^îau mari , qui ne fraie point avec tout ce- monde, ils&ulage sa bile en appelant sa moitié coquine et en la corrigeant assez rudement, lorsqu'il la reneontre en tête à tête. M. le Duc a plusieurs fois reçu avis des noirceurs de sa reine, comme il la désigne; mais il ne veut pas y croire^ou bien il se plonge dans une mélancolie qui influe sur sa santé, et ne résista pas à la première caressede M"** de Prie.

M"^ la Duchesse, qui estmorte il y a deux ans, au grand préjudice de son mari, déshérité en faveur de M**" de La Roche-Gnyou, sœur de la dé-

DU CARDINAL DUBOIS. 3f^t

fnnie, ëtait bien endiablée avec M. ie Duc. Oïl raurait pu faire voir dans les foires colxifne uri phënotiiène^ tant elle était contrefaite de tout ie corps. On ma naêrne aa^urë {{n'elie avait ^ur le ventre une sorte de peau ëcailleuse^ parce <\ue sa mère, dans sa grossesse, avait rêvé qu'elle couchait avec le diable en personne. Elle n'était guère plus appétissante à voir 3 une taille tortue, courbée, en forme de Z ; des pieds et de» mains. à la Ghatlemagnef un eout^alongé et përfclié en avant, soutenant tant bien que mal une tête assez^ \oUey surtout si on la compare au reste du corps. Aussi ne changeait-elle pas de ch^nise devant le monde! ËUe avait de tfesprit, et surtout celui de cacher ses défauts; méchante comme la Maintenon ; fausse comme Fagon , et dévergondée comme son amie M** de Berri ; Fagréable femme qu'avait prise M. le Duc, bien malgré lui, je le iure l Voici comtiie se fit ce mariage.

Elle ét^rit en liaison intime avec la duchesse de Berri qui lui faisait la leçon. M"* de Berri souhait«iit que ses soeurs épousassent le prince de Conli et M. le Duc, « Laissez faire, lui dit la bossue , je prends tout sur moi; je sais à qui m'a-

dresser^ et le mariage se fera comme je l'entends.)) M™ de Berri ne songea bientôt plus à son projet, mais non pas M"* de Conti, car elle s'en alla trou-^ ver le Roi, alors fort chagrin de voir sa cour dégarnie.

«Sire, lui dit -elle, j'ai à vous conter un complot qui se fait contre votre volonté; M. le duc d'Orléans et M"' de Berri veulent à votre insu marier M"' de Valois à M. le Duc,

— Ahl ils veulentl reprit le Roi ea riant dans sa moustache.

— Sans doute, et une autre demoiselle d'Orléans à mon frère de Conti.

— ^Bon ! je ne permettrai pas ces alliances^ que mon neveu n'a pas préparées sans motif; et au préalable, vous prendrez la place de M*^ de Valois.» En effet, elle fut mariée à M. le Duc, qui a toujours pensé qu'on avait pris plaisir a unir ensemble deux antipathies : pour elle^son butfutrempli^ car elle tenait moins au mari qu'au mariage.

Cependant la haine s'affaiblit comme l'amour; ils ont fini par faire assez bon ménage, et lit à part. lisse racontaientmutuellementleurs prouesses et s'encourageaient a se surpasser l'un l'autre.

Iji^* la Duchesse a de beaucoup abrégé sa vie en l'épuisant dans des orgies et de fouguetises tendresses. Elle était si fausse y qu'après sa mort la princesse de Conti, sa belle^sœur^ demanda si on Tavait ouverte. On lui répondit que non. «On a bien fait, dît-elle, car on n'eût trouvé que des faussetés des pieds à la tête. » Son bonheur était de tourmenter les gens qu'elle aimait le plus, si elle était capable d'aimer. Elle a . failli empoisonner un de ses favoris en le gorgeant de mouches^cantharides, et cela par égo!sme. Elle buvait long-temps sans noyer sa raison dans le vin , et ses plus hauts faits se sont passés dans lé Luxembourg, sanctuaire libidineux de la duchesse de Berri^ Dans sa dernière maladie, elle appela sa sœur M"* de La Roche-sur- Ybn , et lui dit : « Ma chère, ]e ne veux pas que le pauvre Bourbon me regrette , c'est pourquoi je te prie de me garder en dépôt ces billets de batiqùe; tu me les rendras si je ne meurs pas. » Elle mourut ; mais, son testament instituait sa sœur héritière de tous ses biens. M. le Duc à pris le bon parti de tout garder^ mais il aura tort contre la justice.

Elle vécut ouvertement avec le j^eune Lassay

qui trouvait à celte passion son intérêt. ArOpéi a, avec elle on ne voyait queLassaj; à ia promenade^ Lassay; aux visites encore Lassay ; Lassay partout. M"** la Duchesse douairière le nommait lepaui^re amant lassé. Mais lorsqu'elle adressait à sa bru des reproches de cette conduite ^ on lui ripostait :x< Madame^ il y a donc bien long-temps que vous n'avez vu M. de Mailly, dont vous étiez si jalouse ? » M^ la Duchesj^e poussa k scandale jusqu'à se faire voir à tout Paris en robe de toile p^nte et en bonnet de nuit, d'une fenêtre de la Samaritaine^ où elle prenait desbains avecLassay. Lorsqu'elle mourut^ son amant était le chevalier Duchallar^ laid, comme di;^it 51. lelktc, mais non pas autant qu'il lé disait. DiichaHar n'avait d'autre mérite quason amour infatigable. Les Espagnoles l'avaient grandemefi t apprécié. M""* la Duchesse morte, la mère Ae celle-<;i, inconsolable, écrivit à Duchallar pour le prier de la venir voir, attendu qu'il était en quelque sorte le cœur et l'âme de sa fîHe. EHe lui promettait de plas de lui tenirlieu,a utaul que possible, de celle qu'il avait perdue. Duchallar obéit à un appel si râalernel, et la princesse douairière de Gonti lai sut

bon gré de cette complaisance. U a retire de cette mart plu5 que h^ssa^y de toute fia galairterie. Duchallar pourrait acheter dix ou douze abbayes de ses fonds et deuiers ; ce lui serait une occasion de faire dire des messes pour le repos de Tâme de sa chère maîtresse.

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