CHAPITRE VIII
Kelatlon du siège de Lérida; histoire de l'aumônier Poussatin.
Il RE, dit-il, M. le Prince assiégeoit 'Lérida. La place n'étoit rien ; mais don iGregorio Brice étoit quelque chose.
» C'étoit un de ces Espagnols de la vieille roche, vaillant comme le Cid , fier comme
DE GRAMMONT I^r
tous les Gusman ensemble, et plus galant que tous les Abencerrages de Grenade. Il nous laissa faire les premières approches de sa place sans donner le moindre signe de vie. Le maréchal de Grammont, dont la maxime étoit qu'un gouverneur qui fait grand tintamarre d'abord, et qui brûle ses faubourgs pour faire une belle défense, la fait d'ordinaire assez mauvaise , n'augura pas bien pour nous de la politesse de Gregorio Brice; mais M. le Prince, couvert de gloire, et fier des campagnes de Rocroi, de Norlingue et de Fribourg, pour insulter la place et le gouverneur, fit monter la première tranchée ea plein jour par son régiment, à la tête duquel marchoient vingt-quatre violons, comme si c'eût été pour une noce.
« La nuit venue, nous voilà tous à goguenarder, nos violons à jouer des airs tendres, et grande chère partout. Dieu sait les brocards qu'on jetoit au pauvre gouverneur et à sa fraise , que nous nous promettions de prendre l'un et l'autre dans vingt-quatre heures. Cela se passoit à la tranchée, d'où nous entendîmes un cri de mauvais augure, qui partoit du rempart, et qui répéta deux ou trois fois : Alerte à la muraille! Ce cri fut suivi d'une salve de canon et de mousqueterie , et cette salve d'une vigoureuse sortie, qui, après avoir culbuté la tranchée, nous mena battant jusqu'à notre grand'garde.
« Le lendemain Gregorio Brice envoya par un trompette des présents de glaces et de fruits à M. le Prince, priant bien humblement Son Altesse de l'excuser s'il n'avoit point de violons pour répondre à
la sérénade qu'il avoit eu la bonté de lui donner; mais que, s'il avoit pour agréable la musique de la nuit précédente, il tâcheroit de la faire durer tant qu'il lui feroit l'honneur de rester devant sa place. Le bourreau nous tint parole; et, dès que nous entendions : Alerte à la muraille! nous n'avions qu'à compter sur une sortie qui nettoyoit la tranchée , combloit nos travaux, et qui tuoit ce que nous avions de meilleur en soldats et en officiers. M. le Prince en fut si piqué qu'il s'opiniâtra, malgré le sentiment des officiers généraux, à continuer un siège qui pensa ruiner son armée , et qu'il fut encore obligé de lever assez brusquement.
« Comme nos troupes se retiroient, don Gregorio, bien loin de se donner de ces airs que prennent les gouverneurs en pareille occasion, ne fit de sortie que pour envoyer faire un compliment plein de respect à M. le Prince. Le seigneur Brice partit quelque temps après pour rendre compte à Madrid de sa conduite, et pour en recevoir la récompense. Votre Majesté sera peut-être bien aise de savoir le traitement qu'on fit au petit Brice après la plus brillante action que les Espagnols eussent faite de toute la guerre : on le mit à l'inquisition.
— Quoi ! dit la reine-mère , à l'inquisition pour ses services ! — Pas tout à fait pour ses services , dit-il; mais, sans égard à ses services, on le traita comme je viens de dire, pour un petit trait de galanterie que je conterai tantôt au roi.
« La campagne de Catalogne finie de cette manière, continua le chevalier de Grammont, nous re-
venions médiocrement couverts de lauriers. Mais, commeM. le Prince en avoit fait provision en d'autres rencontres, et qu'il avoit de grands desseins en tête , il eut bientôt oublié cette petite disgrâce. Nous ne faisions que goguenarder pendant le voyage. M. le Prince étoit le premier à nous mettre en train sur son siège. Nous fîmes quelques couplets de ces Lérida, qui ont tant couru, afin qu'on n'en fît pas de plus mauvais. Nous n'y gagnâmes rien ; nous eûmes beau nous traiter cavalièrement dans nos chansons, on en fit à Paris où l'on nous traitoit encore plus mal.
« Nous arrivâmes enfin à Perpignan un jour de fête. Une troupe de Catalans, qui dansoient au milieu de la rue, vint danser sous les fenêtres de M. le Prince pour lui faire honneur. M. Poussatin , couvert d'un petit casaquin noir, dansoit au milieu de cette troupe comme un vrai possédé. Je reconnus d'abord la danse de notre pays aux sauts et aux bonds qu'il faisoit. M. le Prince fut charmé de sa disposition et de sa légèreté.
« Je le fis venir après la danse; et, lui ayant demandé ce qu'il étoit: « Prêtre indigne, à votre ser- « vice, Monseigneur, me dit-il. Je m'appelle Pous- « satin, et suis de Béarn. J'allois en Catalogne pour « servir d'aumônier dans l'infanterie : car, Dieu <( merci, je vais bien du pied ; mais, puisque la guerre « est heureusement finie, s'ilplaisoit à Votre Gran- « deur de me prendre à son service, je la suivrois par- <( tout, et la servirois fidèlement. — M. Poussatin, lui « dis-je. Ma Grandeur n'a pas besoin autrement
(( d'aumônier; mais, puisque vous êtes de si bonne « volonté, je veux bien vous prendre àmon service. »
« M. le Prince, présent à toute cette conversation, fut ravi de me voir un aumônier. Comme le pauvre Poussatin ëtoit fort délabré, je n'eus pas le temps de le mettre en équipage à Perpignan; mais, lui ayant fait donner le justaucorps d'un des laquais du maréchal de Grammont qui restoit avec l'équipage, je le fis monter derrière le carrosse de M. le Prince, qui mouroit de rire toutes les fois qu'il voyoit la mine peu orthodoxe que le petit Poussatin avoit en livrée jaune.
« Dès que nous fûmes à Paris, on en fit le conte à la reine, qui d'abord en fut un peu surprise. Cela n'empêcha pas qu'elle ne voulût voir danser mon aumônier : car en Espagne il n'est pas tout à fait $i rare de voir danser les ecclésiastiques que de les voir en livrée.
« Poussatin fit des merveilles devant la reine ; mais, comme sa danse étoit un peu vive, elle ne put supporter l'odeur que son agitation violente répandit dans son cabinet. Les dames lui demandèrent quartier. Il y avoit de quoi vaincre tous les parfums et toutes les essences dont elles étoient munies. Poussatin ne laissa pas d'en remporter beaucoup de louanges, et quelques louis.
« J'obtins, au bout de quelque temps, un petit bénéfice de campagne pour mon aumônier; et j'ai su depuis que Poussatin prêchoit avec la même légèreté dans son village qu'il dansoit aux noces de ses paroissiennes. »
Le conte de Poussatin divertit fort le roi, La reine ne trouva plus si mauvais qu'on l'eût mis en livrée. Le traitement de Gregorio Brice la scandalisa bien davantage; et, comme je voulois justifier la Cour d'Espagne sur un procédé qui paroissoit si dur: «Chevalier de Grammont, dit-elle, quelle hérésie dans l'Etat vouloit introduire ce gouverneur dont vous venez de parler? De quel attentat contre la religion étoit-il accusé, pour qu'on le mît à l'inquisition? — Madame, dit-il, l'histoire n'en est pas trop bonne à conter devant Votre Majesté. C'étoit une petite gentillesse d'amour, à la vérité mal placée. Le pauvre Brice n'avoit aucune mauvaise intention. Son crime n'auroit pas mérité le fouet dans le plus sérieux collège de France, puisque ce n'étoit que pour donner une preuve de tendresse à certaine petite Espagnolette qui avoit les yeux sur lui dans une occasion solennelle. »
Le roi voulut un détail précis de l'aventure; et le chevalier de Grammont satisfit sa curiosité dès que la reine et le reste de la Cour ne furent plus à portée de l'entendre. Il faisoit bon l'écouter quand il faisoit quelque récit ; mais il ne faisoit pas bon se trouver en son chemin par la concurrence ou par le ridicule. Il est vrai qu'il n'y avoit que peu de gens à la Cour d'Angleterre qui eussent alors mérité son indignation. Le seul Russell étoit de temps en temps l'objet de ses railleries; encore le traitoit-il bien doucement, en comparaison de ce qu'il avoit coutume de faire à l'égard d'un rival.
Ce Russell étoit un des fiers danseurs d'Angle- Mim. dt Grammont. 19
terre; je veux dire pour les contre-danses. Il en avoît un recueil de deux ou trois cents en tablature, qu'il dansoit toutes à livre ouvert; et, pour prouver qu'il n'étoit pas vieux, il dansoit quelquefois jusqu'à extinction. Sa danse ressembloit assez à ses habits : il y avoit vingt ans que la mode en étoit passée.
Le chevalier de Grammont voyoit bien qu'il étoit fort amoureux ; et, quoiqu'il vît bien aussi qu'il n'en étoit que plus ridicule, il ne laissa pas de s'alarmer du dessein qu'il apprit qu'il avoit de faire demander mademoiselle d'Hamilton ; mais il fut bientôt délivré de cette inquiétude.
Russell, sur le point de faire un voyage, crut qu'il étoit dans l'ordre d'informer sa maîtresse de ses desseins avant son départ. Le chevalier de Grammont étoit un grand obstacle aux audiences qu'on souhaitoit d'elle; mais, un jour qu'on vint le chercher pour jouer chez madame de Castelmaine, Russell prit son temps, et, s'adressant à mademoiselle d'Hamilton d'un air moins embarrassé qu'on n'a d'ordinaire dans ces occasions, il lui fit sa déclaration de cette manière : « Je suis frère du comte de Bedford; je commande le régiment des gardes; j'ai trois mille jacobus de rente, et quinze mille en argent comptant. Je viens. Mademoiselle, vous les offrir avec ma personne. L'un des présents ne vaut pas grand'chose sans l'autre, j'en conviens; c'est pourquoi je les mets ensemble. On m'a conseillé d'aller aux eaux pour un petit asthme, qui vraisemblablement ne durera pas longtemps, car il y a
plus de vingt ans que je l'ai. Si vous me jugez digne du bonheur d'être à vous, je ferai la proposition à monsieur votre père, à qui je n'ai pas cru devoir m'adresser avant que de savoir vos sentiments. Mon neveu Guillaume ne sait encore rien de mon dessein; mais je crois qu'il n'en sera pas fâché, quoiqu'il se voie par là frustré d'un bien assez considérable : car il a beaucoup d'égards pour moi, outre qu'il s'attache volontiers auprès de vous depuis qu'il s'aperçoit que je vous aime. Je suis fort aise qu'il me fasse sa cour par ses assiduités ici, car il ne faisoit que dépenser son argent auprès de cette coquine de Middleton, au lieu qu'il ne lui en coûte rien à présent dans la meilleure compagnie d'Angleterre. »
Mademoiselle d'Hamilton avoit eu quelque peine à s'empêcher de rire pendant cette harangue. Cependant elle lui témoigna qu'elle étoit fort honorée <]e ses intentions pour elle; encore plus obligée de ce qu'il avoit bien voulu la consulter avant que de les déclarer à ses parents. « Il sera, lui dit-elle, assez temps de leur en parler à votre retour des «aux; car je ne vois pas beaucoup d'apparence ■qu'ils disposent de moi que vous ne soyez revenu. En tout cas, si l'on me pressoit beaucoup, votre neveu Guillaume aura soin de vous en avertir. Ainsi vous n'avez qu'à partir quand il vous plaira; mais gardez-vous bien de négliger votre santé pour précipiter votre retour. »
Le chevalier de Grammont apprit le détail de cette conversation, et s'en divertit le mieux qu'il put ;
car il y avoit de certaines circonstances de la déclaration qui ne laissoient pas de l'alarmer, malgré le ridicule des autres. Enfin il ne fut pas fâché de son départ. Il en reprit un ton plaisant, et fut conter au roi la grâce que Dieu lui faisoit de lui ôter un rival si dangereux.
« Il est donc parti, chevalier? lui dit le roi. — Sûrement, Sire, dit-il. J'ai eu l'honneur de le voir embarquer dans un cocheman avec son asthme et son équipage de campagne, la perruque à calotte proprement renouée avec un ruban feuille-morte, et le chapeau ambigu, couvert d'un étui de toile cirée, qui lui sied à merveille. Ainsi je n'aurai plusà faire qu'à Guillaume Russell, qu'il laisse résident auprès de mademoiselle d'Hamilton; et, pour lui,, je ne le crains ni sur son compte, ni sur celui de son oncle. Il est trop amoureux lui-même pour appuyer les intérêts d'un autre; et, comme il n'a qu'une méthode de faire valoir les siens, savoir de sacrifier le portrait ou quelques lettres de la Middleton, j'ai, ma foi, de quoi faire paroli de ces. sortes de faveurs. J'avoue qu'il m'en coûte un peu.
— Puisque vos affaires vont si bien du côté des Russell, lui dit le roi, je veux bien vous apprendre que vous êtes délivré d'un autre rival beaucoup plus à craindre pour vous, s'il n'étoit déjà marié. Mon frère est nouvellement amoureux de madame de Chesterfield. — Que de bénédictions à la fois! s'écria le chevalier de Grammont; je lui sais si bon gré de cette inconstance que je le servirois de bon cœur auprès de sa nouvelle maîtresse.
s'il n'avoit Hamilton pour rival. Votre Majesté ne sauroit trouver mauvais que je serve le frère de ma maîtresse contre le vôtre. — Hamilton n'a pourtant pas si besoin de secours dans une affaire comme celle-ci que le duc d'York, lui dit le roi; mais, de l'humeur dont je connois mylord Chesterfield, ilne souffrira pas si patiemment que le bon Schrewsbury qu'on se batte pour sa femme. Il mérite pourtant assez la même destinée. »
Voici ce que c'étoit que ce mjlord Chesterfield. Il avoit le visage fort agréable, la tête assez belle, peu de taille , et moins d'air. Il ne manquoit pas d'esprit. Un long séjour en Italie lui avoit communiqué la cérémonie dans le commerce des hommes, et la défiance dans celui des femmes. Il avoit été fort haï du roi , parce qu'il avoit été fort aimé de la Castelmaine. Le bruit commun étoit qu'il avoit eu ses bonnes grâces avant qu'elle fût mariée; et, comme ni l'un ni l'autre ne s'en défendoit , on le croyoit assez volontiers.
Il avoit recherché la fille aînée du duc d'Ormond dans le temps qu'il avoit l'esprit encore rempU de ■sa. première passion. Celle du roi pour la Castelmaine, et l'établissement qu'il espéroit par cette alliance, firent qu'il pressa ce mariage avec autant d'ardeur que s'il eût été passionnément amoureux. Il avoit donc épousé madame de Chesterfield sans l'aimer, et il vécut quelque temps avec elle d'une froideur à ne lui pas permettre de douter de son indifférence. Elle étoit fine et délicate sur le mépris ; elle en fut affligée d'abord, indignée dans la
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suite; et, dans le temps que son époux commençoit à lui faire voir qu'il l'aimoit, elle eut le plaisir de lui faire voir qu'elle ne l'aimoit plus.
Ils en étoient dans ces termes, lorsqu'elle s'avisa d'ôter Hamilton, comme elle venoit de faire son époux, à tout ce qui lui restait de tendresse pour la Castelmaine. La chose ne lui fut pas difficile. Le commerce de l'une étoit désagréable par l'impolitesse de ses manières, ses hauteurs à contre-temps et ses imaginations et inégalités perpétuelles. La Chesterfield, au contraire, savoit armer ses attraits de tout ce qu'il y a de séduisant dans l'esprit d'une femme qui veut plaire. Elle étoit, outre cela, plus à portée de lui faire des avances qu'à nul autre. Elle logeoit chez le duc d'Ormond, à White-Hall. Hamilton, comme on a dit, y avoit les entrées libres à toute heure.
Son extrême froideur, ou plutôt le dégoût qu'elle témoignoit pour les nouveaux empressements de son mari, réveillèrent le penchant naturel qu'il avoit aux soupçons. Il se douta qu'elle n'avoit pu tout d'un coup passer de l'inquiétude à l'indifférence pour lui sans quelque objet caché d'un nouvel entêtement; et, selon la maxime de tous les jaloux, il mit finement en campagne sonexpérience et son industrie pour la découverte d'une chose qui devoit troubler son repos.
Hamilton, qui le connoissoit, se mit de son côté sur ses gardes; et plus ses affaires s'avançoient, plus il étoit attentif à lui en ôter jusqu'aux moindres soupçons. Il lui faisoit les confidences les plus-
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belles et les moins sincères du monde sur sa passion pour la Castelmaine, se plaignoit de ses emportements, et lui demandoit à deux genoux ses conseils pour réussir auprès d'une personne dont lui seul avoit véritablement possédé les affections.
Chesterfield, que ses discours flattoient, lui promit sa protection de meilleure foi qu'on ne l'avoit demandée. Hamilton n'étoit donc plus embarrassé que de la conduite de madame de Chesterfield, de qui les gracieusetés se déclaroient un peu trop hautement à son gré. Mais, tandis qu'il étoit discrètement occupé à régler le penchant qu'elle marquoit en sa faveur, et à la conjurer de tenir ses regards en bride, elle donnoit audience à ceux du duc d'York, et, qui plus est, leur faisoit des réponses assez favorables.
Il crut s'en apercevoir comme tout le monde, mais il crut que tout le monde s'y trompoit comme lui. Le moyen de croire ses yeux sur ce que ceux de la Chesterfield sembloient dire à ce nouveau rival ! Il ne trouvoit pas de vraisemblance à se figurer qu'un esprit comme le sien pût avoir du goût pour des manières dont ils avoient mille fois ri tête à tête ; mais ce qu'il jugeoit encore moins possible étoit qu'elle voulût commencer une autre aventure sans avoir mis la dernière main à celle oia ses avances l'avoient engagée.
Cependant il se mit à l'observer de plus près ; et toutes les découvertes qu'il fit par ses observations lui firent voir que, si elle ne le trompoit, elle en avoit bien envie. Il prit la liberté de lui en dire
deux mots ; mais elle le prit si haut , et le traita tellement de visionnaire, qu'il parut confus sans être convaincu. Toute la satisfaction qu'elle lui fit fut de lui dire fièrement qu'il méritoit que des reproches si déraisonnables fussent mieux fondés.
Mylord Chesterfield avoit pris les mêmes alarmes ; et, ne doutant plus, par les observations qu'il avoit faites de son côté , qu'il n'eût trouvé l'heureux amant qui s'étoit emparé du cœur de sa femme, il se le tint pour dit; et, sans la fatiguer d'inutiles reproches, il ne chercha plus que de quoi la confondre avant que de prendre son parti.
f Comment, après tout, rendre raison du procédé de madame de Chesterfield, si on ne l'attribue à cette maladie de la plupart des coquettes, qui, charmées de l'éclat, mettent tout en usage pour enlever la conquête d'une autre, et n'épargnent rien pour la retenir?
Mais, avant que de passer au détail de cette aventure, jetons la vue sur les fortunes galantes de Son Altesse avant la déclaration de son mariage ; parlons même de ce qui précéda cette déclaration. Il est permis de s'écarter un peu du fil de son récit lorsque les faits véritables et peu connus répandent sur la digression une variété qui la rend excusable Voyons ce qui en arrivera.
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