‹ Mémoires du chevalier de Grammont (volume 2)Chapitre 26 sur 28 · JI4 MEMOIRES · texte numérisé non relu

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agréable au roi dans un voyage comme celui-là pour n'en pas être; et, de quelque secours que pût être sa conversation dans la solitude que cause l'absence d'une Cour, mademoiselle d'Hamilton n'avoit pas cru devoir consentir qu'il restât à Londres parce qu'elle n'en bougeoit. Il obtint la permission de lui écrire pour lui mander des nouvelles de la Cour. Il s'en servit de la manière qu'on peut Croire, et ce qu'il y disoit de ses propres affaires ne laissoit guère de place dans ses lettres pour des narrations étrangères durant le séjour qu''on fit aux bains. Comme l'absence rendoit ce séjour ennuyeux à son égard, il le prenoit à tout ce qui pouvoit engourdir son impatience en attendant l'heureux moment de son retour. Il avoit beaucoup d'estime pour l'aîné des Hamilton, autant d'estime et beaucoup plus d'amitié pour l'autre. C'étoit à lui qu'il s'ouvroit le plus confidemment de sa passion et de ses sentiments pour sa sœur. Il savoit aussi ses premiers engagements avec sa cousine Wetenhall, mais il ignoroit le refroidissement survenu dans un commerce dont les commencements avoient été si vifs. Il fut surpris de voir les empressements qu'il marquoit dans toutes les occasions pour mademoiselle Stewart. Ils lui parurent au delà de ces devoirs et de ces respects qu'on rend pour faire sa cour à la maîtresse du prince. Il y fit attention, et ne fut pas longtemps à découvrir qu'il étoit déjà plus épris qu'il ne convenoit à sa fortune ou à son repos. Dès qu'il fut bien confirmé dans cette conjecture par ses remarques, il résolut de prévenii- les suites d'un engage-

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ment pernicieux de toutes les manières ; mais il voulut que l'occasion d'en parler s'offrît d'elle-même.

Cependant tout ce qui pouvoit s'appeler divertissement amusoit la Cour dans des lieux où l'on se saisit de tout pour se désennuyer. Le jeu de boule, qui n'est en France que l'occupation des artisans et des valets, est tout autre chose en Angleterre : c'est l'exercice des honnêtes gens. Il y faut de l'art et de l'adresse. Il n'est d'usage que dans les belles saisons, et les lieux où l'on joue sont des promenades délicieuses; on les appelle boulingrins. Ce sont de petits prés en carré dont le gazon n'est guère moins «ni que le tapis d'un billard. Dès que la chaleur du jour est passée, tout s'y rassemble. L'on y joue gros jeu, et les spectateurs y trouvent à parier tant qu'ils veulent.

Le chevalier de Grammont, dès long-temps initié dans les spectacles et les divertissements anglois, avoit fait une course de chevaux qui n'avoit pas, à la vérité, réussi; mais il avoit au moins le plaisir d'être convaincu par expérience qu'un bidet fait ■vingt milles sur le grand chemin en moins d'une heure. Les combats de coqs lui avoient été plus favorables, et, dans tous les paris qu'il avoit faits aux boulingrins, le parti qu'il avoit soutenu n''avoit pas manqué de gagner.

A tous ces lieux d'assemblées se trouve d'ordinaire une espèce de cabaret portant le nom de pavillon de verdure, de salle à festin, ou de cabinet de rafraîchissements. Là se vendent toutes sortes de liqueurs à l'angloise , comme vous diriez du

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cidre, de l'hydromel, de la bière moussante et du vin d'Espagne. Là les rooks se rassemblent les soirs pour fumer, pour boire et pour s'éprouver les uns contre les autres, c'est-à-dire pour tâcher de s'entr'enlever les profits de la journée. Or ces roolis sont proprement ce qu'on appelle capons ou piqueurs en France : gens qui portent toujours de l'argent pour offrir à ceux qui perdent au jeu , moyennant une rétribution qui n'est rien pour les joueurs, et qui ne va qu'à deux pour cent à payer le lendemain.

Ces messieurs sont d'une supputation si juste, et d'une prudence si consommée dans toutes sortes de jeux, que personne n'oseroit se mesurer avec eux, quand même ils joueroient fidèlement.

Ils font d'ailleurs vœu de gagner quatre ou cinq guinées par jour, et de s'en contenter, vœu qu'ils ne rompent presque jamais.

Ce fut au milieu d'une bande de ces rooks qu'Hamilton trouva le chevalier de Grammont comme il venoit y boire un verre de cidre. Ils jouoient à la chance à deux dés, et, comme celui qui tient le dé à ce jeu en a tout l'avantage , les rooks avoient fait cet honneur au chevalier de Grammont par déférence. Il le tenoit encore quand Hamilton arriva. Les rooks, appuyés de leur avantage, poussoient contre lui comme des furies. Il topoit partout. Hamilton pensa tomber de son haut de voir un homme de son expérience et de ses lumières embarqué dans un combat si peu égal; mais il eut beau l'avertir du péril tout haut et tout

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bas, par signes et en françois , il méprisa ses avertissements; et les dés, qui portoient César et sa fortune, firent un miracle en sa faveur. Les rooks furent vaincus pour la première fois; mais ce ne fut pas sans lui donner tous les éloges et toutes les louanges de beau joueur qu'on prodigue à ceux qu'on veut engager pour une autre fois. Mais leurs louanges furent perdues et leurs espérances trompées. Cette épreuve lui suffit.

Hamilton contant au souper du roi comme il l'avoit trouvé témérairement aux mains avec les rooks, et la manière dont la Providence l'en avoit sauvé : « Ma foi, Sire, dit le chevalier de Grammont, messieurs les rooks sont déconfits pour le coup. » Et là-dessus il se mit à lui conter le détail de son aventure à sa façon ordinaire; c'est-à-dire attirant l'attention de tout le monde par le récit d'une bagatelle dont il faisoit quelque chose.

Après le souper, mademoiselle Stewart, chez qui l'on jouoit, fit venir Hamilton auprès d'elle pour lui faire ce récit. Le chevalier de Grammont crut s'apercevoir qu'on l'écoutoit d'une manière assez gracieuse. Cela ne fit que le confirmer dans ses premières conjectures; et l'ayant mené souper chez lui, la conversation s'ouvrit d'abord comme elle faisoit presque toujours. « George, lui dit-il, n'auriez-vous point besoin d'argent ? Je sais que vous aimez le jeu. Peut-être ne vous est-il pas aussi favorable qu'à moi. Nous sommes loin de Londres. Voilà deux cents guinées ; prenez-les, ce sera pour jouer chez mademoiselle Stewart. »

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Hamilton qui ne s'attendoit à rien moins qu'à cette conclusion, en fut un peu déconcerté. «Comment! avec mademoiselle Stewart? — Oui, chez elle. George, mon ami, poursuivit le chevalier de Grammont, nous sommes un peu clairvoyant. Vous en êtes amoureux, et, si je ne me trompe, elle ne s'en offense pas. Mais dites-moi comment vous avez pu vous résoudre à vous ôter la pauvre Peckham de l'esprit, pour vous coiffer d'une princesse qui ne la vaut peut-être pas, à tout prendre, et qui ne pourroit être qu'un traînepotence pour vous, quelque bien qu'elle vous voulût ? Par ma foi, vous et votre frère, vous êtes deux jolis garçons dans vos choix! Quoi! dans toute la Cour vous ne trouvez que les deux maîtresses du roi pour en faire les vôtres? Pour le frère aîné, encore passe ; il n'avoit pris la Castelmaine que quand son maître n'en vouloit plus, et que la Chesterfield ne vouloit plus de lui ; mais, pour vous, que diable croyez-vous faire d'une créature dont le roi, dans ce moment, est plus fou que jamais? Est-ce parce que cet ivrogne de Richmond s'est nouvellement remis sur les rangs et qu'il se porte pour amant déclaré ? Vous verrez comme il en sera bon marchand ! Je sais bien ce que le roi m'en a dit.

« Croyez-moi, mon petit ami, point de raillerie avec le maître, c'est-à-dire point de lorgnerie avec la maîtresse. J'ai voulu faire l'agréable en France auprès d'une petite coquette dont le roi ne se soucioit pas, et vous savez comme il m'en a pris. Je

conviens qu'on vous donne beau jeu; mais ne vous y fiez pas. Elles sont toutes ravies qu'un homme dont elles ne veulent rien faire devienne leur esclave de parade , seulement pour grossir l'équipage. Ne vaut-il pas mieux passer huit jours incognito dans le château de Peckham, avec la femme du philosophe Wetenhall, que de faire dire à la gazette de Hollande : « On nous mande de Bristol qu'un tel « est chassé de la Cour pour mademoiselle Stewart ; « qu'il va faire une campagne en Guinée sur la « flotte que l'on prépare pour cette expédition, « sous les ordres du prince Robert » ?

Hamilton, que toutes les vérités de cette harangue frappoient à mesure qu'il y faisoit attention, parut comme revenu de quelque songe après y avoir rêvé quelques moments ; et, s'adressant à lui d'un air reconnoissant : « Vous êtes, lui dit-il, l'homme du monde qui avez l'esprit le plus agréable, avec la raison la plus droite pour le bien de vos amis. Vous venez de m'ouvrir les yeux. Je commençois à me laisser séduire le plus ridiculement du monde, entraîné plutôt par de frivoles apparences que par un véritable penchant: je vous ai obligation de m'avoir arrêté sur le bord du précipice. Je vous en ai bien d'autres; mais, pour vous témoigner ma reconnoissance de celle-ci, je veux suivre vos conseils, et me mettre en retraite chez la cousine Wetenhall, pour m'ôter de la tête le reste de ces visions. Mais, bien loin d'y aller incognito, je veux vous y mener au retour du voyage. Mademoiselle d'Hamilton sera de la partie ; car il

est bon de prendre ses précautions avec un homme qui a beaucoup de mérite, et qui dans ses rencontres n'a pas trop de bonne foi, du moins s'il en faut

croire votre philosophe — Ne vous avisez pas

d'en croire ce faquin-là, dit le chevalier de Grammont; mais, dites-moi comment vous vous êtes fourré dans la tête d'en vouloir à cette grande idole de Stewart.

— Que diable sais-je ? dit Hamilton. Vous connoissez toutes les enfances dont elle s'occupe. Le vieux Carlingford étoit un soir chez elle qui lui montroit à se mettre une bougie tout allumée dans la bouche, et le grand secret étoit de l'y tenir long-temps parle bout allumé sans qu'elle s'éteignît. J'ai, Dieu merci, la bouche raisonnablement grande ; et, pour renchérir par-dessus son maître , j'y en tins deux tout à la fois, et fis trois tours de chambre sans qu'elles s'éteignissent. Tout le monde m'adjugea le prix de cette illustre épreuve, et Killegrew soutint qu'il n'y avait qu'une lanterne qui pût mêle disputer. Elle en pensa mourirde rire. Me voilà donc dans la familiarité des ses amusements. On ne peut disconvenir que ce ne soit une figure toute charmante que cette créature-là. Depuis que la Cour est en campagne, j'ai eu cent occasions de la voir que je n'avois point eues devant. Vous savez que le déshabillé du bain est d'une grande commodité pour celles qui, sans offenser les bienséances, ne sont pas fâchées d'étaler leurs attraits. Mademoiselle Stewart est tellement persuadée des avantages qu'elle a par-dessus toutes les autres

qu'on ne peut si peu louer quelque femme de la Cour, pourde beaux bras et une belle jambe, qu'elle ne soit toute prête à le disputer par la démonstration ; et je crois qu'il ne seroit pas difficile, avec un peu d'adresse, de la mettre nue sans qu'elle y fît réflexion. Il faudroit, après tout, être bien insensible pour que ces bienheureuses occasions ne fussent d'aucune conséquence et ne fissent aucune impression ; outre que la bonne opinion qu'on a toujours <ie soi-même fait qu'on s'imagine qu^une femme est prise dès qu'elle vous distingue par une habitude de familiarité qui bien souvent ne veut rien ■dire. Voilà le fait à mon égard; ma présomption, •sa beauté, le poste éclatant qui la relève, et mille gracieusetés, m'avoient empêché de faire des réflexions ; mais il faut vous dire aussi, pour excuser mon impertinence, que la facilité de lui faire les plus tendres déclarations en la louant, et les confidences qu'elle me faisoit sur certaines choses qu'elle n'auroit pas trop dû me confier, auroient été capables •d'en éblouir un autre.

« Je lui ai donné le plus joli cheval d'Angleterre. Vous savez la grâce infinie dont elle est à cheval. Le roi, qui n'aime guère les chasses que celle de l'oiseau, parce qu'elle est commode pour les dames, y étoit ces jours passés entouré de toutes les beautés de sa Cour. Il partit après un faucon, et toute la brillante escadre après lui. Les jupes de mademoiselle Stewart, qui couroit à toute bride, effrayèrent son cheval, parce qu'il voulut bien attendre celui que je montois, qui étoit son com- Mém. de Grammont. 41

pagnon. Je fus donc le seul témoin d'un dérangement dans ses habits qui présenta mille beautés nouvelles à mes regards. J'eus le bonheur de faire des exclamations assez galantes et assez exagérées sur ce charmant désordre pour empêcher qu'elle n'en ftît interdite. Au contraire, ce sujet d'admiration a souvent été depuis un sujet de conversation qui ne paroissoit pas lui déplaire.

« Le vieux Carlingford, et ce fou de Crofts (car il faut bien vous faire ma confession générale), cesméchants plaisants donc lui faisoient à tout bout de champ des contes assez éveillés, qui ne laissoient pas de passer à la faveur de quelques vieilles turlupinades, ou de quelques singeries dans le récit, qui la faisoient rire de tout son cœur. Pour moi , qui ne sais point de contes, et qui n'ai pas le talent de les faire valoir quand j'en saurois, j'étois fort embarrassé quelque fois lors qu'elle s'avisoit de m'en demander. « Je n'en sais point, Mademoiselle, lui dis-je « un jour qu'elle me tourmentoit. — Inventez- « en un, me dit-elle. — C'est ce que je sais encore « moins, lui dis-je; mais je conteroi, si vous vou- « lez, un songe fort extraordinaire, parce qu'il est « encore moins vraisemblable que tous les autres « songes n'ont coutume d'être. » Cela lui donna une curiosité qu'il fallut satisfaire dans le moment. Je me mis donc à lui conter que la plus belle créature du monde, que j'aimois passionnément, étoit venue me voir la nuit. Je fis alors son portrait à elle-même, en peignant cette beauté merveilleuse; mais je lui dis que cette divinité, m'étant venue

trouver avec les plus favorables intentions du monde, ne s'étoit point démentie par des rigueurs inutiles. Ce ne fut pas assez pour satisfaire la curiosité de mademoiselle Stewart; il fallut presque lui faire le détail des bontés que ce tendre fantôme avoiteues pour moi, sans qu'elle en parût surprise ou déconcertée, tant elle étoit attentive à cette fiction, tant elle me fit recommencer de fois la description d'une beauté que je peignois, autant qu'il m'étoit possible, d'après sa figure et d'après ce que je m'imaginois des beautés qui ne m'étoient point connues.

« Voilà ce qui véritablement m'a pensé tourner la tête. Elle vojoit bien que c'étoit d'elle que je parlois. Nous étions seuls, comme vous pouvez croire, en lui faisant un tel récit, et mes yeux faisoient tout de leur mieux pour lui persuader que c'étoit elle que je peignois- Je ne la vis point offensée de cette connoissance, ni sa pudeur alarmée de la fin d'une aventure faite à plaisir, et qu'il n'eût tenu qu'à moi de finir d'une manière encore moins discrète. Cette audience tranquille me fit donner tête baissée dans tout ce que les conjectures avoient de flatteur pour moi. Je ne songeai ni au roi, ni à sa passion pour elle, ni aux périls d'un tel engagement; enfin, je ne sais à quoi diable je songeois, mais je vois bien que, si vous n'y aviez songé pour moi, j'étois capable de me perdre au milieu de ces folles visions. »

Quelque temps après, la Cour revint à Londres , et ce fut depuis ce retour qu'une maligne influence s'étant répandue sur tout ce qui regardoit la ten-

dresse, tout alla de travers dans l'empire amoureux. De dépit, les soupçons ou la jalousie se mirent en campagne pour désunir les cœurs. Les faux rapports, ensuite la médisance et les tracasseries, achevèrent de tout bouleverser.

La duchesse de Cléveland étoit accouchée pendant le voyage des bains. Jamais elle n'étoit relevée si belle. Cela lui fit croire qu'elle étoit en état de reprendre ses premiers droits sur le cœur du roi, si elle pouvoit paroître avec ce nouvel éclat devant ses yeux. Ses partisans étoient du n>ême avis. On prépara son équipage pour cette expédition ; mais, la veille du jour qu'elle devoit partir, elle vit le jeune Churchill, et fut atteinte d'un mal qui s'étoit déjà plus d'une fois opposé aux projets qu'elle avoit formés, et dont elle ne s'étoit jamais défendue que foiblement.

Un homme qui , d'enseigne aux gardes , se voit élever à cette fortune, a sans doute un grand fonds de prudence quand il se possède assez pour ne pas s'éblouir de son bonheur. Churchill se para donc partout de sa nouvelle faveur. La Cléveland, qui ne lui recommandoit ni la modération ni la retenue sor aucun chapitre , itt se mit point en peine qu'il fût indiscret. Ainsi ce nouveau commerce faisoit tout l'entretien de la ville à l'arrivée de la Cour. Chacun en raisonnoit à sa fantaisie. Les uns disoient qu'elle lui avoit déjà donné la pension de Jermyn avec les appointements de Jacob Hall , d'autant que les différents mérites se trouvoient réunis dans le sien. D'autres soutenoient qu'il avoit

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l'air trop indolent et la taille trop effilée pour soutenir long-temps sa faveur. Mais tous convenoient qu'un homme qui étoit favori de la maîtresse du roi et frère de celle du duc se produisoit par de beaux endroits , et ne pouvoit manquer de faire fortune. En effet, le duc d'York lui donna bientôt après une charge dans sa maison ; cela étoit dans l'ordre. Mais le roi , qui ne se crut pas obligé de lui faire du bien parce (Jue madame de Cléveland lui en vouloit beaucoup , lui fit défendre de paroître à la Cour.

Le bon prince commençoit à être de mauvaise humeur. Ce n'étoit pas sans raison : il laissoit tout le monde en repos dans leur commerce , et cependant on avoit souvent l'insolence de troubler le sien. Mylord Dorset, premier gentilhomme de la chambre, venoit de lui débaucher la comédienne Nell Gwjn. La Cléveland, dont il ne se soucioit plus, ne laissoit pas de le déshonorer par des inconstances réitérées , par des choix indignes , et le ruinoit par des amants à gages. Mais le chagrin le plus sensible de tous étoit le nouveau refroidissement et les menaces de mademoiselle Stewart. Il y avoit long-temps qu'il lui proposoit tous les établissements et tous les titres qu'elle auroit agréables, en attendant qu'il pût faire mieux. Elle s'étoit contentée de les refuser, sous prétexte du scandale que donneroit une élévation dont l'éclat choqueroit le public ; mais , depuis qu'on fut de retour, elle prit d'autres airs. Tantôt elle vouloit se retirer de la Cour pour calmer les inquiétudes éternelles

de la reine, tantôt c'étoit pour fuir des tentations, par où elle vouloit faire entendre que son innocence n'avoit pas encore succombé. Enfin c'étoit continuellement ou des alarmes, ou quelque humeur chagrine qui désoloit la tendresse du roi.

Comme il ne pouvoit s'imaginer à qui diable elle en vouloit, il crut qu'il falloit mettre la réforme dans son ménage d'amour, pour voir si ce n'étoit point la jalousie qui l'inquiétoit. Ce fut pour cela qu'après avoir solennellement déclaré qu'il n'auroit plus de commerce avec madame de Cléveland depuis l'affaire de Churchill , il se mit à faire une Saint-Barthélémy de tous les autres menus amusements qu'il avoit par-ci par-là dans la ville. Les Nell Gwyn , les miss Davis, et la troupe joyeuse des chanteuses et des danseuses des menus plaisirs de Sa Majesté, furent congédiées. Tous ces sacrifices furent inutiles. La Stewart continuoit à désespérer le roi, mais il eut bientôt découvert la véritable cause de ses froideurs.

L'officieuse Cléveland prit ce soin. Elle s'étoit déchaînée sans réserve , depuis sa disgrâce , contre mademoiselle Stewart, qu'elle en accusoit par son impertinence, et contre l'imbécillité du roi, qui, pour une idiote revêtue , la traitoit avec tant d'indignité. Comme elle avoit encore des créatures dans la confidence du roi , ce fut par leur moyen qu'elle fut informée de l'état où les nouveaux traitements de mademoiselle Stewart Pavoient réduit, et, dès qu'elle eut trouvé ce qu'elle cherchoit, elle ie rendit dans le cabinet du roi par l'appartement

d'un de ses valets de chambre nommé Chiffinch. Cette route ne lui étoit point inconnue.

Le roi revenoit de chez la Stewart de fort mauvaise humeur. La présence de madame de Cléveland le surprit , et ne la diminua pas. Elle s'en aperçut; et, l'abordant d'un ton ironique et d'un sourire d'indignation : «J'espère, dit-elle, qu'il m'est permis de venir vous rendre mes hommages, quoique la divine Stewart vous ait défendu de me voir chez moi. Je ne veux point vous en faire des reproches , qui séroient irop indignes de moi. Je viens encore moins excuser des foiblesses que rien ne peut justifier, puisque votre constance pour moi ne me laisse rien à dire, et que je suis la seule que vous ayez honorée de votre tendresse , et qui s'en soit rendue indigne par sa conduite. Je viens donc ici vous consoler dans l'abattement où vous ont mis les froideurs ou la nouvelle chasteté de l'inhumaine Stewart. » A ces mots un éclat de rire, aussi peu naturel qu'il étoit insultant et démesuré , mit le comble à son impatience. Il s'étoit bien attendu que quelque mauvaise raillerie suivroit ce préambule ; mais il ne crut pas qu'elle dût prendra de ces airs bruyants, vu les termes où ils en étoient. Et , comme il se préparoit à lui répondre: «Non, dit-elle, ne me sachez point mauvais gré de la liberté que je prends de me moquer un peu de la grossièreté dont on vous en impose. Je ne puis souffrir qu'une affection si marquée vous rende la fable de votre Cour, tandis qu'on se moque impunément de vous. Je sais que la précieuse Stewart vous renvoie sous prétexte

de quelque incommodité, peut-être de quelque scrupule de conscience ; et je viens vous avertir que le duc de Richmond sera bientôt avec elle , s'il n'y est déjà. Ne m'en croyez pas , puisque ce pourroit être le ressentiment ou l'envie qui me le feroit dire. Suivez-moi jusqu'à son appartement, afin que vous n'ajoutiez plus de confiance à la calomnie, et que vous l'honoriez d'une préférence éternelle si je l'accuse à faux, ou que vous ne soyez plus la dupe d'une fausse prude qui vous fait faire un personnage si ridicule. »

En achevant ce discours, elle le prit par la main comme il étoit encore tout irrésolu, et l'entraîna vers le logement de sa rivale. Chiffinch étoit dans ses intérêts : ainsi la Stewart n'avoit garde d'être avertie de la visite, et Babiani, dont madame de Cléveland avoit fait la fortune, et qui la servoit à merveille dans cette occasion, lui vint dire que le duc de Richmond venoit d'entrer chez la Stewart. C'étoit au milieu d'une petite galerie qui conduisoit par un dégagement du cabinet du roi à ceux de ses maîtresses. La Cléveland lui donna le bonsoir comme il entroit chez sa rivale, et se retira pour attendre l'issue de cette aventure. Babiani , qui suivoit le roi, fut chargé de lui en venir rendre compte.

Il étoit près de minuit. Le roi trouva les femmes de chambre de sa maîtresse, qui se présentèrent respectueusement à son passage et lui dirent tout bas que mademoiselle Stewart avoit été fort mal depuis qu'il l'avoit quittée; mais que, s'étant mise au lit, elle reposoit, Dieu merci. « C'est ce qu'il

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faut voir, » dit-il en repoussant celle qui s'étoit plantée sur son passage. Il trouva véritablement la Stewart couchée, mais elle ne dormoit pas. Le duc de Richmond étoit assis au chevet de son lit, qui vraisemblablement dormoit encore moins. L'embarras des uns et la colère de l'autre furent tels qu'on se les peut imaginer dans une pareille surprise. Le roi, qui étoit le moins violent de tous les hommes , témoigna son ressentiment au duc de Richmond dans des termes dont il ne s'étoit jamais servi. Il en fut interdit, et quelque chose de plus. Il voyoit son maître et son roi justement irrité. Les premiers transports que la colère inspire dans ces occasions sont dangereux. La fenêtre de mademoiselle Stewart étoit commode pour une vengeance subite : la Tamise couloit au-dessous. Il y jeta les yeux; et, voyant ceux du roi plus animés de courroux qu'il ne les en avoit crus capables, il fit une profonde révérence, et se retira sans répliquer à une quantité de menaces qui se succédoient.

La Stewart, un peu revenue de sa première surprise, monta sur ses grands chevaux au lieu de se justifier, et dit les choses du monde les plus capables d'aigrir les ressentiments du roi : que , s'il n'étoit pas permis de recevoir les visites d'un homme de la quaUté du duc de Richmond avec des intentions qui lui faisoient honneur, c'étoit être esclave dans un pays libre; qu'elle ne savoit aucun engagement qui l'empêchât de disposer de sa main ; mais que, si cela n'étoit pas permis dans son royaume^

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elle ne croyoit pas qu'il y eût de puissance capable de l'empêcher de passer en France et de se jeter dans un couvent pour y chercher la tranquillité dont elle ne pouvoit jouir dans sa Cour,

Le roi, tantôt outré de colère, tantôt attendri par quelques larmes, et tantôt effrayé de ses menaces, étoit tellement agité qu'il ne savoit que répondre ni aux délicatesses d'une créature qui vouloit faire la Lucrèce à sa barbe, ni à l'assurance dont elle avoit l'effronterie de s'emporter à des reproches. Cependant l'amour, près de triompher de tous ses ressentiments, l'alloit mettre à ses genoux poui lui demander pardon de l'injure qu'il lui faisoit, lorsqu'elle le pria de se retirer et de la laisseï en repos, du moins pour le reste de cette nuit, sans scandaliser par une plus longue visite ceux qui l'avoient accompagné ou conduit chez elle. Cette impertinente prière acheva de l'outrer. Il sortit en la menaçant de ne la plus voir, et fut passer la nuit la moins tranquille qu'il eût passée depuis son rétablissement.

Le lendemain, le duc de Richmond eut ordre de sortir de la Cour et de ne se plus présenter devant le roi; mais il n'avoit pas attendu cet ordre, et l'on sut qu'il étoit parti dès le matin pour sa maison de campagne.

Mademoiselle Stewart, voulant prévenir le mauvais tour qu'on pourroit donner à l'aventure de la nuit précédente, fut se jeter aux pieds de la reine. Ce fut là que, faisant le personnage nouveau d'une Madeleine innocente, elle lui demanda pardon de

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tous les chagrins qu'elle avoit pu lui causer; lui dit qu'un repentir continuel l'avoit obligée de chercher tous les moyens de se retirer de la Cour; que cela l'avoit engagée d'écouter le duc de Richmond, qui la recherchoit depuis long-temps; mais que, puisque cette recherche étoit cause de sa disgrâce et d'un éclat qui peut-être tourneroit au désavantage de sa réputation, elle conjuroit Sa Majesté de la prendre sous sa protection , et d'obtenir du roi qu'elle se mît dans un couvent pour finir tous les troubles que sa présence causoit innocemment à la Cour. Tout cela fut accompagné d'une honnête quantité de larmes.

C'est un spectacle bien agréable qu'une rivale qui, s'humiUant à vos pieds, demande pardon et se justifie en même temps. Le cœur de la reine se tourna tout d'un coup; ses pleurs accompagnèrent les siens. Elle l'embrassa tendrement après l'avoir relevée, lui promit toute sorte de faveur et de protection ou pour son mariage, ou pour tout autre parti qu'elle voudroit prendre , et la renvcjya , résolue d'abord d'y travailler tout de son mieux ; mais, comme elle avoit beaucoup d'esprit, les réflexions qu'elle fit après ce premier mouvement lui firent changer d'avis.

Elle savoit que les penchants du roi n'étoient pas capables d'une constance opiniâtre; elle jugea que l'absence le consoleroit, ou qu'un nouvel engagement efîaceroit à la fin le souvenir de mademoiselle Stewart; et que, puisqu'elle ne pouvoit éviter de se voir une rivale , il valoit encore mieux

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que ce fût elle, dont la sagesse et la vertu venoient d'éclater par des preuves si manifestes. D'ailleurs, elle se flatta que le roi lui sauroit éternellement gré de s'être opposée à la retraite et au mariage d'une fille qu'il aimoit alors à la fureur. Ce beau raisonnement la détermina. Toute son industrie fut employée à persuader mademoiselle Stewart; et, ce qu'il y a de rare dans cette aventure, après avoir obtenu qu'elle ne songeroit plus au duc de Richmond ni au couvent, ce fut elle qui prit soin de raccommoder ces deux amants.

C'eût été dommage qu'elle n'eût pas réussi dans cette négociation. Aussi n'en fût-elle pas à la peine, car jamais les empressements du roi ne furent si vifs que depuis cette paix, et jamais ils ne furent mieux reçus de la belle Stewart.

Mais ce prince ne goûta pas long-temps la douceur d'un raccommodement qui le rendoit de la plus belle humeur du monde, comme on va voir. L'Europe entière jouissoit d'une paix profonde depuis le traité des Pyrénées. L'Espagne se flattoit de respirer par la nouvelle alliance qu'elle venoit de contracter avec le plus redoutable de ses voisins; mais elle n'espéroit pas pouvoir soutenir le débris d'une monarchie sur sa décadence, quand elle considéroit l'âge ou les infirmités du prince, ou la foiblesse de son successeur. La France, au contraire, gouvernée par un roi infatigable dans l'application, jeune, vigilant, avide de gloire, n'avoit qu'à vouloir pour s'agrandir.

Ce fut en ce temps-là que ce prince, qui ne vou-

loit point troubler la tranquillité de l'Europe, se laissa persuader d'alarmer les côtes de l'Afrique par une tentative de peu d'utilité, quand même elleauroit réussi; mais la fortune du roi, toujours fidèle à sa gloire, voulut depuis faire voir, par le peu de ■succès de l'entreprise de Gigery, qu'il n'y avoit que les projets formés par lui-même qui fussent dignes de son attention.

Peu de temps après, le roi d'Angleterre, voulant aussi visiter les bords africains, arma cette escadre pour l'expédition de Guinée dont le prince Robert devoit avoir le commandement. Ceux quiensavoient quelque chose par leur expérience, contoient des merveilles des périls de cette expédition ; qu'il faudroit combattre non-seulement les habitants de la Guinée, peuple endiablé, dont les flèches étoient empoisonnées, qui ne faisoient jamais de quartier que pour manger leurs prisonniers ; mais qu'il faudroit essuyer des chaleurs insupportables, ou des pluies dont chaque goutte se changeoit en serpent ; que, si l'on pénétroit plus avant dans le pays, on étoit assailli par des monstres mille fois plus inconcevables et plus affreux que toutes les bêtes de l'Apocalypse.

Mais ce fut en vain que ces bruits se répandirent: loin d'inspirer de la terreur à ceux qui dévoient être du voyage, ce fut un aiguillon pour la gloire de ceux qui n'y avoient que faire. Jermyn se présenta tout des premiers, et, sans songer que le prétexte de sa convalescence avoit différé la conclusion de son mariage avec mademoiselle Jennings, il de-

manda la permission du duc et l'agrément du roi pour y servir de volontaire.

Il y avoit quelque temps que la belle Jennings commençoit à revenir de l'entêtement qui l'avoit séduite en sa faveur. Ce n'étoient plus guère que les avantages de l'établissement qui lui donnoient du goût pour ce mariage. La mollesse des empressements d'un amant qui sembloit ne rendre des soins que par habitude la rebutait, et le parti qu'il venoit de prendre sans son aveu lui parut si ridicule pour lui, et si choquant pour elle, qu'elle résolut dès ce moment de n'y plus songer. Elle ouvrit petit à petit les yeux sur le faux brillant qui l'avait éblouie, et le fameux Jermyn fut reçu comme il leméritoit, lorsqu'il vint lui donner part du projet héroïque dont nous venons de parler. Il parut tant d'indifférence et tant de liberté d'esprit dans les railleries dont elle lui fit compliment sur ce voyage qu'il en fut tout déconcerté, d'autant qu'il avoit préparé toutes les consolations qu'il avoit crues capables de la soutenir en lui annonçant la funeste nouvelle de son départ. Elle lui dit qu'il n'y avoit rien de plus glorieux à lui, dontle mérite avoit triomphé de tant de libertés en Europe, que d'aller étendre ses conquêtes dans une autre partie du monde ; qu'elle lui conseilloit de ramener toutes les captives qu'il feroit en Afrique pour remplacer les beautés que son absence alloit mettre au tombeau.

Jermyn trouva fort mauvais qu'elle eût la force de railler dans l'état où il la croyait réduite ; mais il s'aperçut que c'étoit tout de bon. Elle lui dit

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qu'elle prenoit cet adieu pour le dernier, et le pria de ne lui en plus faire avant son départ.

Jusque-là tout alloit bien pour elle. Jermyn nonseulement étoit confondu d'avoir eu son congé si cavalièrement, mais il sentit redoubler tout le goût qu'il avoit eu pour elle par ces marques de son indifférence. Elle avoit donc le plaisir de le mépriser, et de le voir plus sensible que jamais. Ce ne fut pas assez, elle voulut mal à propos outrer la vengeance.

On venoit de mettre au jour les Epîtres d'Ovide, traduites par les beaux esprits de la Cour. Elle se mit à faire une lettre d'une bergère au désespoir, qui s'adressoit au perfide Jermyn. Elle prit pour modèle l'épître d'Ariane à Thésée. Le commencement de cette lettre étoit mot pour mot les plaintes et les reproches de cette amante outragée au cruel qui l'abandonnoit. Tout cela étoit accommodé tellement quellement aux temps et aux conjonctures présentes. Elle avoit eu dessein d'achever cet ouvrage par une description des travaux, des périls et des monstres qui l'attendoient en Guinée, pour lesquels il quittoit une tendre amante abîmée dans la douleur ; mais, n'en ayant pas eu le temps, ni celui de faire transcrire tout cela pour l'envoyer sous le nom d'une autre, elle mit étourdiment dans sa poche ce fragment écrit de sa main, et plus étourdiment encore le laissa tomber au milieu de la Cour, Ceux qui le ramassèrent reconnurent son écriture, et en tirèrent plusieurs copies qui eurent cours par la ville. Cependant sa conduite avoit si bien établi l'idée de sa sagesse, qu'on ne fit aucune difficulté de croire

3J€ MÉMOIRES DE CRAMMONT

que la chose s'étoit passée comme on vient de dire. Quelque temps après, l'expédition de Guinée fut remise pour les raisons que tout le monde sait, et le procédé de mademoiselle Jennings la justifia sur cette lettre ; car, quelques efforts que fissent le mérite et les nouveaux soins de Jermyn pour la ramener, jamais elle n'en voulut entendre parler.

Mais il ne fut pas le seul qui se ressentit de cette bizarrerie, qui prenoit plaisir à désunir les cœurs pour les engager bientôt après à des objets tout différents. On eût dit que le dieu d'Amour, par un nouveau caprice, livrant tout ce qui reconnoissoit ^on empire aux lois de l'Hymen, avoit en même temps mis son bandeau sur les yeux de ce dieu pour marier tout de travers la plupart des amants dont on a fait mention.

La belle Stewart épousa le duc de Richmond ; l'invincible Jermyn, une pecque provinciale ; mylord Rochester, une triste héritière ; la jeune Temple, le sérieux Lyttelton ; Talbot, sans savoir pourquoi, prit pour femme la languissante Boynton ; George Hamilton, sous de meilleurs auspices, épousa la belle Jennings ; et le chevalier de Grammont, pour le prix d'une constance qu'il n'avoit jamais connue ■devant, et qu'il n'a jamais pratiquée depuis, trouva l'Hymen et l'Amour d'accord en sa faveur, et se vit enfin possesseur de mademoiselle d'Hamilton.

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