‹ Mémoires du chevalier de GrammontChapitre 14 sur 54 · This ajLOînted princess, madam NeUy · texte numérisé non relu

This ajLOînted princess, madam NeUy

Whose first employment vas, with open throat To cry fresh hirringsî even ten a groat ï Then iras, by madam Ross, exposed to town.,.*

INTRODUCTIOH. XlY

Elle parlait au roi avec une familiarité qui lui plaisait^ et souvent avec bon sens. Charles^ ennuyé de trouver du respect cbez ses maîtresses^ se divertissait à être traité sans façon par *

cette créature qui se ressentait toujours de son origine.

c Dis-moi, Nelly, que faut-il que je fasse pour apaiser mes sujets? ils crient contre moi commodes enragés et me rendent tout à fait fou. » Ainsi parlait un jour le roi àractrioe. Elle lui répondit : «Votre Majesté n*a qu'un seul parti à prendre, et il est bon : qu'elle renvoie toutes les dames dont elle est entourée et qu'elle ne s'occupe plus que de ses affaires. »

Elle passait un jour en carrosse dans les rues d'Oxford , la populace la prit pour sa rivale , la ducbesse de Portsmoutb; les invectives , les épitbètes mal sonnantes retentissaient de tout cété. Nelly ne se déconcerte nullement, elle met la tète à la portière et s'écrie : « Bonnes gens, vous vous trompez ; je suis la p...n protestante.»

Voici comment elle s'y prit pour amener le roi à accorder au fils qu'elle avait eu de lui les titres qu'il avait donnés à ses autres enfants naturels; le roi était chez elle et l'enfant s'amusait et faisait du bruit : « Restez tranquille, petit bâtard^ » s'é6riart-elle. Charles trouva le mot un peu dur et la réprimanda doucement. cJ'en suis bien fâchée, dit^Ile , mais je n'ai pas d'autre nom à donner à ce pauvre marmot. » Peu de jours après, des lettres patentes accordèrent à l'enfant sans nom les litres de baron d'Heddington et de comte de Burford.

Elle n'était point impopulaire; et la baine de la naUon était réservée à ses aristocratiques et avides rivales.

Le roi ayant fait cadeau d'un superbe service en or massil à la ducbesse de Portsmoutb, le peuple criait qu'il aurait bien mieux valu faire couler cet or tout fondu dans la gorge de la ducbesse, ou du moins le donner à Nelly.

Boman, alors jeune et fameux pour sa voix, chanta dans un concert donné cbez Nelly Gwyn; il n'y avait que le roi, le duc d'York et un trè^petit nombre de courtisans admis d'ordinaire à ces réunions intimes. Le concert étant fini, le roi se montra très-satisfait et fit le plus grand éloge de l'artiste. Nelly dit alors : « Sire, montrez que ces paroles ne sont pas des choses dites en l'air, et veuillez, je vous prie, faire au chanteur un beau présent. » LeToi répondit qu'il n'avait pas

XÏVI liNTRODUCTIÛN.

d'argent sur lui et il demanda au duc s'il en avait. Le duc répliqua qu'il croyait avoir dans ses poches une guinéo ou deux. Alors la dame se tournant en riant vers les assistants et imitant une expression favorite du roi, en contrefaisant sa voix, s'écria : tOdd^sfish^ avec quelles gens est-ce que je me trouve * l •

Il sera plus d'une fois question d'elle dans les extraits que nous donnerons du Journal de Pepys ; en attendant nous placerons ici quelques lignes empruntées à ce chroniqueur naïf de la cour et de la ville sous Charles II.

<( Madame Piercé me raconta que les deux Marshall, actrices du théâtre du roi , sont les filles d'Etienne Marshall , le fameux presbytérien. Nelly Gwyn etBeck Marshall se prirent l'autre jour de querelle ot Beck reprocha à Nelly d'avoir été la maîtresse de lord Buckhurst; celle-ci répliqua : « Je n'ai été que la maîtresse d'un seul homme, quoique j'aie été élevée dans un mauvais lieu afin de donner à boire aux messieurs qui y venaient, mais vous, qui êtes la fille d'un grand prédicateur, vous êtes la maîtresse de quatre ou cinq hommes. »

Un autre écrivain, plus sérieux que Pepys, Evelyn, s'exprime ainsi dans son Journal (4«' mars i671) : «Je me promenais dans les jardins de White-Hall et je vis le roi en conversation très-familière avec une impudente actrice qu'on appelle madame Nelly; elle était sur une terrasse et le roi dans l'allée au-dessous. Je fus extrêmement affligé de ce spectacle *. »

Burnet parle d'elle en ces termes : a Gwyn^ la plus indiscrète et la plus extravagante personne qui parut jamais dans une cour, conserva ungrand crédit jusqu'à la mort du roi, et était entretenue à grands frais. Le duc de Buckingham me dit que lorsqu'elle fut présentée au roi, elle ne lui demanda que cinq cents livres sterling qu'il lui refusa. Mais, environ quatre ans après, il me déclara qu'elle avait reçu de Sa. Majesté plus

1 . Il aurait fallu dire Gocti /Uh, poisgon de Dieu , mais la Meoséance introduisait une altération de syllabeg comme celle qui se traduit en France par morbleu.

2, Un joli tableau peint par H. Ward représente cet épisode ; on le trouve gravé sur bois, à la tète d'un ouYrage de M. Peter Cunningham : The Bistory oflS'ell Gioynj Londres, 1852 ; ce travail curieux nous fournira quelques détails que nous placerons dans Tappendice qui suivra ces Mémoires ; ils tiendraient trop d espace dans cette introduction*

INTRODUCTION. XXVH

de soixante mille livres sterling. Elle jouait ses rôles avec tant de vivacité, et amusait tellement le roi, qu'Une nouvelle maîtresse même ne put la faire renvoyer ; mais il n'eut jamaig pour elle les mêmes égards que pour une maîtresse. »

Madame de Sévigné, dans une de ses lettres, fait un portrait assez piquant de Nell Gwyn : « Kéroualle (depuis duchesse de Portsmouth) n'a été trompée sur rien. Elle ayoit envie d'être la maîtresse du roi ; elle l'est.... Elle a un fils qui vient d'être reconnu, et à qui on a donné deux duchés. Elle amasse des trésors, et se fait aimer et respecter de qui elle peut; mais elle n'avoit pas prévu trouver en chemin une jeune comédienne dont le roi est ensorcelé. Elle n'a pas le pouvoir de l'en détacher un moment. La comédienne est aussi fière que la duchesse de Portsmouth : elle la morgue, lui dérobe souvent le roi, et se vante de ses préférences. Elle est jeune, folle, hardie^ débauchée, et plaisante ; elle chante, elle danse, et fait son métier de bonne foi ; elle a un fils , elle veut qu'il soit reconnu. Voici son raisonnement : Cette demoiselle, dit-elle^ fait la personne de qualité. Elle dit que tout est son parent en France. Dès qu'il meurt quelque grand, elle prend le deuil. Hé bien, puisqu'elle est de si grande qualité, pourquoi s'estelle fait une c...? Elle devroit mourir de honte. Pour moi, c'est mon métier. Je ne me pique pas d'autre chose. Le roi m'entretient ; je ne suis qu'à lui présentement. J'en ai un fils, je prétends qu'il doit être reconnu ; et il le reconnottra, car il m'aime autant que sa Portsmouth. Cette créature, continue madame de Sévigné, tient le haut du pavé, et décontenance «t embarrasse extraordinairement la duchesse. »

Elle mourut en 4694 ; et le docteur Tennison, depuis archevêque de Cantorbéry, qui était alors vicaire à Londres, fit son oraison funèbre. Ce dut être une tâche assez difficile. Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer ce morceau oratoire; nous en aurions volontiers offert une analyse. Divers témoignages de l'époque attestent d'ailleurs que la pécheresse mourut dans de sincères sentiments de repentir.

Son portrait, peint par Lelly, reproduit une physionomie piquante et pleine de charmes ; le pinceau téméraire du peintre n'a pas voulu cacher les trésors de la gorge de la jolie actrice, et nous devons ajouter qu'à cet égard les révélations sont en*

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