‹ Mémoires du chevalier de GrammontChapitre 19 sur 54 · INTRODUCTION. XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXVII

Il soudoya un jour le colonel Blood, coupe-jarret célèbre, afin de se défaire de son adversaire politique, le duc d'Ormond; Blood arrêta le duc en pleine nie^ et il allait audacieusement le pendre à Tybum, lorsqu'un accident empêcha raccomplissement de cet attentat, lequel resta complètement impuni.

Saint-Ëvremond, écrivant à la duchesse de Mazarin, raconte comment Rochester, aidé de Buckingham, enleva la femme d'un vieux puritain; ^il la nomme Philis); ce rapt amena la mort du mari.

Lord Buckhurst, depuis comte de Dorset, fut impliqué dans une affaire de vol, mêlée d'assassinat.

Lorsqu'il n'y avait pas de crime dans les actions de ces jeunes seigneurs, il y avait scandale éclatant.

Buckhurst et Sedley, s'amusant une nuit (ce n'était pas sans doute en hiver) à courir les rues dans un costume extrêmement primitif», un constable les arrêta; ils furent traduits aux assises par ordre du Xwà ehief justice. On verra le récit de ce fait dans le Journal de Pepys, lequel nous fournit quelques détails sur les orgies où se plongeait la jeunesse

dorée:

c (SO.maî 4668.) Je fus à Fox-Hall, et je rencontrai Henry Rilligrew, undrêle récemment revenu de France, mais encore en disgrâce à notre cour, et le jeune Newport et d'autres , les plus grands vauriens qu'il y ait au monde, et toujours prêts à se saisir de toutes les femmes qui se trouvent sur leur chemin. Nous fûmes souper dans un bosquet ; mais, Seigneur ! quel mal au cœur me fit leur conversation extravagante! J'appris alors ce qu'on entendait par la société des Ballers. Henry me dit que c'était une réunion de jeunes viveurs dont il faisait partie, et que milady Bennett et ses dames en étaient aussi, et qu'on y dansait nu , et qu'on y faisait toutes les sottises ima-

1 . L*histoire aneedotique de la toat de Fniiee , dans la première moitid da xTii* siècle , offre des exemples de ees étranges plaisanteries. Tallemant des Réaux raconte que Monsieur le Prince (le père du grand Gondé) en une a desbauche passa tout nu à oheral par les rues de Sens en plain midy, avec je ne scay combien d* antres nus aussy. • {BiêtorieUeij t. Il, p. 435, édit. de 1854.)

Une note que Boileau mit en marge d^une édition de ses œuvres , et que son éditeur Brossette n*a pas osé reproduire dans toute sa crudité, dit que la Neveu était une courtisane fameuse que le duc d*0rléans (frère de louis XIII)

XXXVIII INTRODtCTiON.

ginables *. Seigneur ! quelle mauvaise compagnie que celle où je me trouvai cette nuit , quoique ce fussent tous gens pleins d*esprit! Et il est bon qu'on s'y trouve une fois afin de connaître quelle est la conversation de ces gens-là et comment ils vivent. »

Disons maintenant quelques mots de l'épouse de Charles II, presque aussi nulle à la cour d'Angleterre que Marie-Thérèse l'était en même temps à la cour de France.

C'était une princesse de Portugal ; son père avait fait des ouvertures à Charles !•', lorsque la princesse n'avait que sept ans, mais ces propositions n'eurent pas de suite; on n'admettait pas à Londres que l'héritier du trône pût épouser une catholique* Plus tard, quand Charles II, ayant repris le sceptre, pensa que la politique lui faisait un devoir de se marier, les plus sages de ses conseillers l'engagèrent à épouser une protestante; malheureusement il y avait alors peu de princesses nubiles appartenant à cette religion. L'Allemagne en offrait bien quelques-unes, mais elles étaient laides et maussades. On se décida pour l'infante, et l'on prétend que Clarendon contribua beaucoup à faire adopter ce choix, parce qu'il croyait savoir que la princesse était hors d'état d'avoir des enfants ; le roi se trouvant sans héritiers légitimes, la couronne passait

promenait quelquefois la nuit dans Paris dans on costume plus que léger (Voir la Corretpondance inédite entre Boileau et Brossette , publiée par M. Laverdet, 1858, p. 429, et la note de M. Fournier dans sa bien curieuse édition des Chansons de GaulHer-Garguille, 1858. Jannet, p. 124).

1 • Nous ne partageons pas Topinion de M. Forgues qui exprime Payis que cette lady Bennett est la comtesse d'Arlington ; Pannotateur de Pepys (édit. de 1844, t. IV, p. 438) fait obseryer qu'il s'agit d'une dame de maison en anglais a bawd) qui se nommait Bennett, et à laquelle les libertins de l'époque donnaient le sobriquet de lady. Il est question dans le Tatler (n<> 83) de la eélèhre madame Bennet, et, d'après le Spectateur (n? 266), ce fut à elle que Wicherley adressa la dédicace de sa comédie the Plain- Dealer (riTommeMns/bpon^ dédicace qui est un modèle d'ironie. Ce qu'iyoute Pepys rappelle quelques-unes des orgies que l'on a racontées de la cour du Régent. La correspondance de la mère de ce prince, la duchesse d'Orléans,, relate des faits du même genre, mais on sait que tout ce qu'écrivait cette Allemande transportée à Versailles n'est pas parfaitement authentique. Voir dans rédition de Stuttgart, 1 843, ce qu'elle dit de la duchesse de Rais (Retz), p. 519 (Welche sich gleich in allen desbeaucben auch so dass sie dem Due de Richelieu zu gefahlen gantz nackendt milt Ihm undtseinen gutten freunden zu naht gessen) ; voir aussi, p. 486, ce qui concerne le comte de Charolait. et madame de Saint-Suipice.

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