XLII INTRODUCTION
Usé par les excès, le roi fut enfin frappé d'apoplexie, et, après avoir langui quelques jours, il expira le 6 février 46S5, âgé de cinquante-cinq ans : il était resté un quart de siècle sur le trône. On attribua sa mortau poison, et, selon Burnet, la duchesse dePortsmouth affirma qu'il en était ainsi; mais rhistoire n'a pas accueilli ces rumeurs, qui se reproduisaient infailliblement alors à l'occasion du trépas de tout personnage important.
II n'est guère de mort illustre au xvi« et au xvii* siècle qu'on n'ait expliquée par le poison. Mazarin, Louvois, mademoiselle de Fontanges, le fils et les petits-fils de Louis TU V, bien d'autres encore moururent empoisonnés, s'il faut en croire des assertions contemporaines. Le fait est que la plupart de ces personnages furent victimes de l'ignorance de leurs médecins (Voir dans l'édition ûe^Philippiqttes de La Grange-Chancel donnée par M. de Lescure, la note sur la strophe 7 de la première ode, p. ?61 ; Paris, 1858). De tous ces crimes il n'en est qu'un qui paraisse prouvé (celui qui coûta la vie à Henriette d'Angleterre); un autre encore semble probable : la reine d'Espagne, nièce de Louis XIV et femme de l'inepte Charles II, ne semble pas avoir succombé à une mort naturelle.
La reine ne vint pas voir le roi à son lit de mort ; elle allégua la douleur extrême qui l'accablait, et elle le fit prier de lui pardonner : c Pauvre femme I c'est elle qui me demande pardon ! » s'écria assez naturellement Charles. Il eut près de lui la duchesse de Portsmouth, qui lui prodigua ses soins. Il la recommanda en mourant à son frère, ainsi que la duchesse de Cleveland, et ses dernières paroles furent : « Que la pauvre Nelly ne meure pas de faim. »
Evelyn dit, en parlant de la fin du roi : c Je ne saurais oublier la scène de corruption, de dissipation et d'oubli de Dieu dont je fus témoin la semaine dernière, dimanche soir : le roi badinait avec ses concubines Portsmouth, Cleveland, Mazarin, etc. ; un petit Français chantait des vers sur des paroles indécentes; une vingtaine de personnes de la plus haute distinction jouaient à la bassette autour d'une table sur laquelle étaient étalées vingt mille livres sterling au moins en or. Six jours après, tout cela n'était que poussière^. »
i. Feu de temps auparaTant BTelyn éeriTait dans son Journal'^ « Je fuf
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INTRODUCTION. XUII
M. Barrière (la Cour et la Ville, p. 376) rapporte, d'après des témoignages qui nous paraissent fort suspects, que Charles II avait des goûls plus dignes de l'ancienne Grèce que de la vieille Angleterre, et qu'il haïssait naturellement ies femmes ^ La vie entière de Charles nous semble attester surabondamment sa ferveur pour le beau sexe. Faut-il esquisser une énumération de la postérité illégitime que lui donné* rent ses maîtresses? Lucy Walters le rendit père du duc de Monmouth et d'une fille qui se maria en Irlande. Il eut de lady Castlemaine six enfants: trois garçons , qui devinrent ducs de Southampton^ de Grafton, de Northumberland ; trois filles : l'une épousa sir Edward Lee, une autre fut comtesse de Sussex; la troisième se fit religieuse à Pontoise.
Nell GvTyn eut deux fils : l'un fut duc de SaintrAlbans, l'autre mourut jeune. La duchesse de Portsmouth fut mère du duc de Richmond. L'actrice Mary Davis eut une fille qui épousa lord Ratcliffe. La vicomtesse Shannon mit au monde une fille, Charlotte Beyie, qui épousa Charles Howard, petitfils du comte de Suffolk, et plus tard sir Robert Yaston^ créé comte d'Yarmouth. Une maîtresse peu connue, Catherine Pey, rendit Charles père d'une fille qui mourut dans sa première jeunesse, et de Charles Fitz-Charles, mort à Tanger. Voilà déjà seize enfants naturels; il y en eut d'autres, mais ils restèrent obscurs^ et nous les laisserons dans l'oubli.
Quant à la liste bien complète des maîtresses de Charles, nous ne nous chargerons pas de la dresser ; on peut ajouter aux divers noms que nous venons d'indiquer celui de miss Ro*
•e soir à la fête donnée à Tambatsadenr deTemperear de Maroc dans les magnifiqaet appartements de la duchesse de Portsmouth à White-Hall ; il y aTait mi grand banquet ayec accompagnement de musique, ^ambassadeur et sa suite se comportèrent avec une décence remarquable ; chaque Maure arait une dame à droite et à gauche ; là étaient les enfants naturels du roi, la duchesse de Portsmouth, Nelly, etc., les concubines et tout le bétail {eatUe) de cette espèce, toutes ces femmes aussi splendides qu*on peut l*être. •
1 . €^ en disait autant de Guillaume III qui renversa la dynastie des Stuarts . Voir dans les lettres de la duchesse d^Orléans, mère du Régent (p. 59 d* l'édition de Stuttgart, 1843), un passage curieux que Ton peut traduire ainsi: • Le roi Guillaumie change souvent de favori ; on dit qu'un nouveau va prenbre la place d* Albermale ; il ne faut pas s^étonner si la reine sa femme n'a pas trouvé de rivale, car, à ce qu*on prétend, le penchant du roi Guillaume n'est pas vers les femmes. Je suis devenue si savante en France sur cette choselà que Je pourrais là-dessus écrire des volumes. •
SLIV INTRODUCTION.
berts^ fille d*an ecdésiastique qui, au moment de mourir, en 1679, envoya chercher Burnet et lui exprima un repentir sin* cère; il l'engagea à écrire au roi afin de l'engager à s'amender, mais elle n'en eut pas la force. Burnet adressa alor? à Charles, en son propre nom, une lettre très-hardie ; le monarque la lut, la jeta au feu et ne parla jamais qu'avec aigreur du conseiller qui lui avait fait passer cette exhortation infructueuse
Pepys raconte dans son Journal (26 avril 4667) qu'Evelyn lui dit que lady Byron, qui avait été la diX'Septièmemdïiresse du roi 1 lorsqu'il était en pays étranger, ne lui avait pas laissé de repos jusqu'à ce qu'elle eût obtenu de lui un ordre pour avoir de l'argenterie d'une valeur de 4,000 livres sterling; mais bien des délais furent mis à la chose, et^ grâce à Dieu, ajoute le chroniqueur, milady est morte avant d'avoir ce qu'elle voulait.
I . Eléonore, fille du vicomte Kilmurrey et veaye de Pierre VfTarburton , wf remaria ea 1644 à lord Byroo, t< mourut eu 1663. Elle n*étaJtd<»icpasjeuQ< lorsqu'elle captiva le rci.