Jane Midleton j elle n'occupait pas un rang élevé dans la
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et cent autres du même éclat, qui brillaient à la €OUr^ mais c'étaient mademoiselle d'Hamilton^ et mademoiselle Stewart^ qui en étaient le principal ornement
société, mais sa beaaté était remarquable. Son portrait, dû au pinceau de Lely, est à Windsor, et il offre en effet les traits d'une igure charmai^te.
Saint-Ëvremond composa des vers à Toccasion de sa mort, et -écrivit son épitaphe.
1. Elisabeth, sœur de l'auteur de ces Mémoirety fille de sir George Hamilton, quatrième fils de James, comte d'Abercom et de Mary, troisième fille de Thomas, vicomte Thurles. Elle épousa le comte de Grammont et en eut deux filles : l'une, Claude- Charlotte, fut mariée, le 3 avril 1694, à Henry, comte de Stafford; l'autre entra •dans un chapitre de chanoinesses en Lorraine. Le portrait de miss Hamilton, peint par Lely, donne une haute idée des charmes de cette aimable personne.
Le comte etsa'femme quittèrent l'Angleterre en 1669; Charles II, dans une lettre qu'il écrivait à sa sœur, le 24 octobre de cette année, et qui a été insérée dans les Mémoires de Dalrymple, t. II, page 26, s'exprime ainsi : € Je vous ai écrit hier et j'ai remis une lettre au comte de Grammont, mais je sais que celle-^ci vous parviendra plus tôt, car il va par la route de Dieppe avec sa femme et sa famille ; puisque j'ai nommé sa femme, je ne puis que vous exprimer de rechef mon désir que vous soyez bonne pour elle, car, indépendamment du mérite de la famille de l'un et de l'autre «ôté, c'est la meillleure des créatures qui aient jamais vécu. Je croîs qu'elle passera en France pour une belle femme, quoique, 4epuis ses couches, elle n'ait pas recouvré la jolie taille qu'elle ^vait et que (je le crains) elle ne retrouvera plus. »
2. Françoise Stewart, fille deWalter Stcwart, devint l'épouse de Charles Lennox, duc de Richmond. Ce mariage qui eut lieu se- «rètement et qui déplut extrêmement au roi, fut publiquement déxîlaré au mois d'avril 1667. La duchesse devint veuve en 1672 et mourut en 1702.
Pepys, qui en fait souvent mention, la décrit comme la plua belle personne qu'il eût vue de sa vie; il la montre avec son chapeau retroussé et une plume rouge, ses yeux si doux, son petit nez aquilin et sa taille parfaite ; et il ajoute : € Elle l'emporte sur lady Castelmaine, si la chose est possible, du moins en ce costume, et je ne m'étonne pas si le roi devient inconstant; c'est, je
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La nouveîte reîne n'y ajouta guère d'éclat, ni par sa présence ni par sa suite. Cette suite était alors composée de la comtesse de Panétra, passée avec elle en qualité de dame d'atours, de six monstres qui se disaient filles d'honneur, et d'une duègne, autre monstre , qui se portait pour gouvernante de ces rares beautés.
Pour les hommes , c'étaient Francisco de Mélo , frère de la Panétra-, un certain Taurauvédez , qui se faisait appeler don Pedro Francisco Correo de Silva, fait à peindre, mais plus fou à lui seul que tous les Portugais ensemble. Il était beaucoup plus fier de ses noms que de sa bonne mine^ mais le duc de Buckingham, plus fou que lui, mais plus railleur, y ajouta celui de Pierre du Bois, Il en fut tellement indigné, qu'après beaucoup de plaintes inutiles et quelques menaces sans effet, le pauvre Corréo de Silva fut contraint de quitter l'Angleterre , tandis que l'heureux duc de Buckingham héritait d'une nymphe portugaise qu'il lui avait enlevée, aussi bien que deux de ses noms , et qui était plus affreuse encore que les filles de la reine. Il y avait outre cela six aumô-
crois^ le motif de sa froideur pour lady Gastelmaine. » Le roi était si épris de miss Stewart, qu'on supposa qu'il avait le projet de ré« pudier la reine afin d'épouser sa maîtresse ; et il paraît que l6 chancelier Clarendon, craignant les suites d'un pareil coup dd tête,, travailla de son mieux pour amener le mariage avec le due de Richmond.
Les traits réguliers, la taille gracieuse de la belle Stewart, lui valurent l'honneur de servir de modèle à la figure de la Grande- Bretagne, qui fut alors frappée sur la monnaie de cuivre de l'Angleterre, et qui s'est conservée jusqu'à nos jours. Le roi voulut ainsi consacrer d'une manière durable, sur le bronze et l'airain, «on admiration pour les charmes qui l'avaient captivé.
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niers, quatre boulangers, un parfumeur juif, et un certain officier, apparemment sans fonction , qui s'appelait le barbier de Tinfante. Catherine de Bragance n'avait garde de briller dans une cour charmante où elle venait régner. Elle ne laissa pas d'y réussir dans la suite. Le chevalier de Gramraont, dès longtemps connu de la famille royale et de la plupart des hommes de la cour, n'eut qu'à faire connaissance avec les dames. Il ne lui fallut point d'interprète pour cela. Elles parlaient toutes assez pour s'expliquer^ et toutes entendaient le français assez bien pour ce qu'on avait à leur dire.
La cour était toujours grosse chez la reine ; elle rétait moins chez la duchesse, mais elle y était plus choisie. Cette princesse avait l'air grand, la taille assez belle, peu de beauté, beaucoup d'esprit, et tant de discernement pour le mérite, que tout ce qui en avait dans l'un ou dans l'autre sexe était distingué chez elle. Un air de grandeur dans toutes ses manières la faisait considérer comme née dans un rang qui la mettait si près du trône. La reine-mère était de retour après le mariage de Madame, et c'était dans sa cour que les deux autres se rassemblaient.
Le chevalier de Grammont fut bientôt du goût de tout le monde. Ceux qui ne l'avaient pas encore vu furent surpris qu'un Français pût être de son caractère. Le retour du roi, qui avait attiré toutes sortes de nations dans sa cour, y avait un peu décrié les Français -, car, loin que les persotines de distinction y eussent paru des premières, on n'avait vu que de petits étourdis, plus sots et plus emportés les uns que les autres , méprisant tout ce qui ne leur res-
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semblait pas, croyant introduire le bel air en tiaitant les Anglais d'étrangers dans leur propre pays.
Le chevalier de Grammont, au contraire, familier avec tout le monde, s'accommodait à leurs cou-* tûmes, mangeait de tout, louait tout, et s'accoutumait facilement à des manières qu'il ne trouvait ni grossières ni sauvages *, et, faisant voir une complaisance naturelle au lieu de l'impertinente délicatesse des autres, toute l'Angleterre fut charmée d'un esprit qui dédommageait agréablement de ce qu'on avait souffert du ridicule des premiers.
Il fit d'abord sa cour au roi et fut de ses plaisirs. Il jouait gros jeu et ne perdait que rarement. Il trouvait si peu de différence aux manières et à la conversation de ceux qu'il voyait le plus souvent, qu'il ne lui paraissait pas qu'il eût changé de pays. Tout ce qui peut occuper agréablement un homme de son humeur s'offrait partout aux divers penchants qui l'entraînaient , comme si les plaisirs de la cour de France l'eussent quittée pour l'accompagner dans son exil.
Il était tous les jours retenu par quelque repas -, et ceux qui voulurent le régaler à leur tour furent obligés enfin de prendre leurs mesures, et de le prier huit ou dix jours avant celui qu'ils devaient lui donner à manger. Ces empressements devinrent fatigants à la longue; mais comme ces devoirs semblaient indispensables pour un homme de son caractère , et que c'étaient les plus honnêtes gens de la cour qui l'en accablaient, il en subit la nécessité de bonne grâce ^ mais il se conserva toujours la liberté de souper chez lui.
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L'heure de ses repas, à la vérité, dépendait du jeu, c'est-à-dire qu'elle était fort incertaine^ mais on y mangeait délicatement, avec Taide d'un valet ou deux qui s'entendaient en bonne chère , qui ne servaient pas mal, et qui volaient encore mieux.
La compagnie n'était pas nombreuse à ces petits repas, mais elle était choisie. Ce qu'il y avait de meilleur à la cour en était d'ordinaire*, mais l'homme du monde qui lui convenait le plus pour ces occasions n'y manquait jamais : c'était le célèbre Saint- ÉvremondS historien exact, mais trop libre, du Traité des Pyrénées; exilé comme lui, quoique pour des raisons fort différentes.
La fortune, heureusement pourl'un et pour l'autre,
1. Passons rapidement sar cet écrivain dont la réputation est bien déchue, et qu'on ne lit guère. H a été judicieusement apprécié dans un article de M. J. Tissot (ReDue indépendante^ 10 mai 1846), dans un autre de M. Sayouz {Bihlioihèf^ %i/nwerselle de Genè«e, décembre 1849 et janvier 1850) ; consulter aussi VHiiioire de la lUté' rature française ^ par M. Nisard, t. II, pages 306-308, et voir ce qu'a écrit M. Sainte-Beuve {Port-Royal, t. III, page 495) : « Depuis quelques soirs, je me suis mis à lire Saint-Évremond. Je ne lis pas tout indistinctement, mais je fais un choix; de cette manière il me paraît délicieux ; c'est une conversation agréable et fine d'une parfaite justesse. Cet homme n'est pas mis à son rang... On ferait un volume charmant de ses écrits ; on élaguerait tous ses méchants vers et on ne ferait entrer que ses plus jolis essais de moraliste. Je voudrais exécuter ce projet et y mettre pour préface un portrait de ce gracieux sage. »
La duchesse d'Orléans (mère du Régent) parle en passant de Salnt- Ëvremond dans sa Correspondance, et elle remarque avec raison qu'il n'était pas à l'escole pour cognotfre Dieu. (Lettre du 28 décembre 1703.)
Charles II le nomma gouverneur de l'île aux Canards, mauvais lopin de terre, entouré de marais, où l'indolent monarque aimait à élever en grand nombre et à nourrir de ses mains ces volatiles, leur faisant ensuite l'hcnneur de les manger.
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î'avaît conduit en Angleterre quelque temps avant le chevalier de Grammont, après avoir eu le temps de se repentir en Hollande de la beauté de cette fameuse satire.
Le chevalier de Grammont était dès ce temps-là son héros. Ils avaient l'un et Tautre ce que l'expérience du grand monde et le commerce des honnêtes gens peuvent ajouter aux naturels heureux. Saint- Évremond y moins occupé d^entétements frivoles , faisait de temps en temps de petites leçons au chevalier de Grammont-, et par des réflexions sur le passé tâchait de le redresser sur le présent, ou de l'instruire sur l'avenir.
« Vous voilà , lui disait-il, dans le plus agréable train de vie qu*un homme de votre humeur puisse souhaiter. Vous faites les délices d'une cour toute jeune, toute vive et toute galante^ Pas une partie de plaisir que le roi ne vous y mette -, vous jouez du matin jusqu'au soir, ou pour mieux dire, du soir au matin, sans savoir ce que c'est que de perdre. Loin de laisser ici l'argent que vous y avez apporté, comme vous faites ailleurs, vous l'avez doublé, triplé, multiplié presque au delà de vos souhaits, malgré cette dépense exorbitante que vous faites imperceptiblement.
(( Voilà sans doute la plus heureuse situation du monde. Tenez-vous y, chevalier, et n'allez pas gâter vos afiaires par le renouvellement de vos vieux péchés. Fuyez l'amour en cherchant les autres plaisirs. Il ne vous a pas été favorable jusqu'à présent. Vous savez ce que la galanterie vous coûte. Tout le monde ici n'en sait pas tant que vous. Jouez fort et ferme.
et réjouissez la cour par votre agrément. Divertissez le roi par votre esprit et vos récits singuliers-, mais fuyez des engagements capables de vous ôter ce mérite, et de vous faire oublier que vous êtes étranger et banni dans cet heureux séjour.
a La fortune peut se lasser de vous y favoriser. Que fussiez-vous devenu si vbtre dernière disgrâce vous eût accueilli dans ces épuisements d'argent où nous vous avons vu ? Ménagez ce dieu nécessaire, en renonçant à Fautre. On s'ennuiera plutôt de ne vous plus voir à la cour de France, que vous ne vous lasserez de celle-ci •, mais, quoi qu'il en soit, faites provision d'argent. Quand on en a beaucoup on se console de son exil. Je vous connais, mon cher chevalier : s'il vous vient en tête de séduire une femme, ou de supplanter un homme, les gains du jeu ne suffiront pas pour vos présents et pour vos corruptions. Non; le jeu, tout favorable qu'il puisse vous être, ne vous saurait tant faire gagner que l'amour vous fera perdre si vous y succombez.
ce Vous êtes en possession de mille qualités brillantes qui vous distinguent ici : libéral, officieux, poli, délicat, et, pour l'agrément de l'esprit, inimitable. Dans un examen rigoureux, peut-être tout cela ne se trouverait-il pas au pied de la lettre*, mais ce sont de beaux endroits; et puisqu'on vous les passe, ne vous montrez point ici par d'autres : car en amour vous n'êtes nen moins que ce que je viens de dire, si tant est qu'on puisse donner le nom d'amour à vos façons de faire.
K — Mon petit faquin de philosophe, dit le chevalier de Grammont, tu fais ici le Caton de Normanr
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die — Est-ce que je mens? poursuivit Saint-
Évremond. N'est-il pas vrai que dès qu'une femme vous plaît, votre premier soin est d'apprendre si elle est aimée d'un autre, et le second, de la faire enrager ? car de vous en faire aimer n'est que le der» nier de vos soins. Vous ne vous mettez d'ordinaire sur les rangs que pour troubler le repos de quelque autre. Une mal tresse qui n'aurait pas d'amants serait sans appas pour vous, et sans prix pour elle, si elle en avait. Tous les lieux par où vous avez passé n'en fournissent-ils pas mille exemples? Parlerai -je de votre coup d'essai à Turin; du tour que vous fîtes à Fontainebleau, au courrier de la princesse Palatine, que vous volâtes sur le grand chemin ? Et ce bel exploit n'était que pour vous mettre en possession de quelques marques de sa tendresse pour un autre et pouvoir lui donner de la confusion et des inquiétudes par des reproches et des menaces que vous n'étiez pas en droit de lui faire.
« Qui jamais avant vous s'était avisé de se mettre en embuscade sur un degré, pour troubler un homme en bonne fortune, pour le retirer par le pied, à moitié monté dans la chambre de sa maltresse? Cependant voilà comme il vous plut d'en user pour votre ami le duc de Buekingham, lorsqu'il se glissait la nuit chez..., et cela sans être seulement son rival. Que de grisons en campagne pour la d'Olonne * ! Que de
1. Catherine-Henriette d'Angennes, bile du baron de la Loupe. En 1652, 6uy-Jo1y la mentionne comme Fane des plus belles personnes de France, et Retz lui fit la cour de très-prés, mais sans succès. Ce fut aussi en 1652 qu'elle épousa Louis de la Trémouille, comte d'Olonne, et bientôt elle se rendit célèbre par le laisser-aller de sa conduite. La Bruyère Ta désignée sous le nom de JUessaline»
stratagèmes, de supercheries et de persécutions pour la comtesse de Fiesque ' ! elle qui peut-être vous eût été fidèle si vous l'aviez forcée vous-même à oe Y être pas. En dernier lieu (car le détail de vos iniquités serait infini) permettez-moi de vous demander pourquoi vous êtes ici? N'en sommes-nous pas obligés â ce mauvais génie qui vous a témérairement inspiré la tracasserie jusque dans les amusements galants de votre maître? Soyez donc sage ici
La liste de ses amants serait presque interminable ; on y verrait le marquis de Beuvron, le duc de Gandale, Villarceaux, Saint-Ëvremond, le comte de Guicbe et une foule d'autres.
Madame de Sévigné écrivait en 1685 : « Le nom d'Olonne est trop difficile à purifier, » et V Histoire amoureuse des Gaules a immortalisé d'une manière terrible cette infatigable pécheresse.
Sa taille un peu courte manquait d'élégance, mais ses bras, ses mains et toute sa personne étaient admirablement modelés; ses cheveux étaient châtains, ses yeux brillants et vifs, son visage arrondi, ses traits délicats et mignards, sa bouche petite et gracieuse. (Walckenaer, Mémoires sur madame de Sévigné, 1. 1, p. 353.) Disons en passant que madame d'Olonne est Théroïnc d'un opuseule ordurier, intitulé : Comédie galante de monsieur D, B, Cologne, Pierre Marteau (Hollande), sans date. Cette édition est très-rare, et Touvrage a été attribué à Bussy-Rabutin, qui en est sans doute innocent, n existe une autre édition datée de 1667, et cette production, aussi plate que cynique, se retrouve dans un recueil publié sous le titre de Lettres philosophiques de M» de Voltaire ^ avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents auteurs, Londres, 1776, in-12 ; 1781, in-8.
Cette même comédie a été jointe, avec quelques changements et sous des noms travestis, à la suite d'un poème très-libre publié en 1780, in- 18, sous la rubrique de Londres, mais dont le titre ne saurait se transcrire.
Ajoutons enfin qu'il existe deux rédactions différentes de cette misérable production ; l'une est en un seul acte, l'autre est en quatre ; dans toutes deux, les scènes sont fort mal liées.
1. Cette dame épousa, en 1643, en seconde noces, Charles-Louis, comte de Fiesque ; elle était veuve du marquis de Pienne, tué à Arras en 1650, et sortait de la maison d'Harcourt. Elle mourut ea
sur ce chapitre. Toutes les places sont prises auprès des beautés de la cour^ et dç quelque docilité que soient les Anglais à l'égard de leurs épouses, ils ne sont point gens à s'accoutumer aux inconstances d'une maîtresse ni à souffrir patiemment les avantages d'un rival. Laissez-les en repos, et ne vous faites point inutilement haïr.
« Vous ne réussirez point auprès de celles qui ne sont point mariées. On veut ici des desseins sérieux et des fonds de terre. Vous avez aussi peu des uns
1699. Saint-Simon en parle, et dit qu'elle avait passé sa vie dans le plus frivole du grand monde.
Elle joua un rôle dans les guerres de la Fronde ; il est souvent question d'elle dans les Mémoire» de mademoiselle de Montpensier, qui^ayant eu à s'en plaindre, en dit parfois du mal, et dans les Lettre» de madame de Sévigné, laquelle cite d'elle des mots assez spirituels (voir la Lettre du 17 décembre 1688). Madame Cornuel, qui créa pour elle la locution bien connue depuis de moulin à pa~ rôle», disait « que ce qui conservoit sa beauté, c'étoit qu'elle étoit salée dans sa folie. » Cette beauté a d'ailleurs été contestée. On lit dans les Mémoire» de Mademoiselle que la reine Christine étant venue à Paris, demanda si le comte de Grammont était toujours amoureux de la comtesse de Fiesque, ajoutant qu'elle n'était pas belle pour avoir fait tant de bruit.
Nous n'avons pas besoin de reproduire ici ce que tant de personnes ont lu dans VHi»toire amoureuse de» Gaule» : « Quoique lo chevalier de Grammont aimoit partout, il avoit pourtant un si grand foible pour la comtesse, que, quelque engagement qu'il eût ailleurs, sitôt qu'il savoit que quelqu'un la voyoit un peu plus qu'à l'ordinaire, il quittoit tout pour revenir à elle. Il avoit raison aussi, car la comtesse étoit une femme aimable ; elle avoit les yeux bleus et brillants, le nez bien fait, la bouche agréable et belle do couleur, le teint blanc et uni, la forme du visage longue, et il n'y a qu'elle au monde qui soit embellie d'un menton pointu. Elle avoit les cheveux cendrés et étoit toujours galamment habillée, mais sa parure venoit plus de son art que de la magnificence de ses habits. Son esprit étoit libre et naturel ; son.humeur ne se peut décrire, car elle étoit avec la modestie de son sexe de l'humeur de tout le monde. >
que des autres. Chaque pays a ses manières : en Hollande les filles sont de facile accès et de bonne composition-, et dès qu'elle sont mariées, ce sont autant de Lucrèces ; chez vous les femmes sont coquettes avant le mariage et beaucoup plus après; mais pour ici, c'est un miracle quand une fille écoute sur un autre ton que celui du sacrement, et je ne vous crois pas encore assez abandonné du Seigneur pour y songer. »
Tels étaient les sermons de Saint-Évrçmond. Maïs il avait beau prêcher, le chevalier de Grammont ne récoutait que pour le plaisir-, et, quoiqu'il convînt des vérités, il faisait peu de cas des conseils -, en effet, s.e lassant des faveurs de la fortune, ce fut justement en ce temps -là qu'il se mit à poursuivre celles de l'amour.
La Midleton fut la première qu'il attaqua. C'était une des plus belles femmes de la ville , peu connue encore à la cour ^ assez coquette pour ne rebuter personne, assez magnifique pour vouloir aller de pair avec celles qui l'étaient le plus , mais trop mal avec la fortune pour pouvoir en soutenir la dépense. Tout cela convenait au chevalier de Grammont. Ainsi, sans s'amuser aux formalités , il ne s'adressa qu'à son portier pour être introduit, et choisit un de ses amants pour son confident.
Cet amant, qui avait bien autant d'esprit qu*un au!.re, est le comte de Ranelagh* d'aujourd'hui, et
1. Richard, premier comte de Ranelagh, membre de la chambre des communes et vice-tréserier d'Irlande en 1674. Il occupa des postes importants pendant les règnes de Guillaume III et de la reine Anne, et il mourut le 5 janvier 1711. Burnet a dit de lui :
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s'appelait Jones en ce temps-là. Ce qui l'engageait à servir le chevalier de Grammont était le dessein de traverser un rival des plus dangereux, et d*être relayé par un autre d'une dépense qui commençait a lui peser. Le chevalier de Grammont pourvut à l'un et à l'autre comme il Tavait souhaité.
Bientôt grisons furent en campagne: lettres et présents trottèrent. On Técouta tant qu'il voulut, on se laissa lorgner, on répondit même , mais ce fut tout. Il s'aperçut que la belle prenait volontiers, mais qu'elle ne donnait que peu. Cela fit que, sans renoncer à ses prétentions sur elle, il se mit à chercher fortune ailleurs.
Il y avait une des filles d'honneur de la reine qui s'appelait Warmestré* -, c'était une beauté toute différente de l'autre. La Midleton, bien faite, blonde et blanche, avait dans les manières et le discours quelque chose de précieux et d'affecté. L'indolente langueur dont elle se parait n'était pas du goût de tout le monde. On s'endormait aux sentiments de délicatesse qu'elle voulait expliquer sans les comprendre; et elle ennuyait en voulant briller. A force de se tourmenter là-dessus, elle tourmentait tous les autres*, et l'ambition de passer pour bel esprit ne lui a donné que la réputation d'ennuyeuse, qui subsistait longtemps après sa beauté.
€ Il élaît Irés-capable et très-vicieux ; sa conversation enjouée plaisait beaucoup au roi, et il avait en affaires une grande dextérité. » 1. Il parait que le nom de Warmcstré n'est pas le nom véritable de celle fille d'honneur, et qu'elle se nommait Mary Kirk, sœur de la comtesse d'Oxford. Son portrait, dû au pinceau de Leiy, fait partie de la galerie de Windsor, et, de fait, c'était une charmante personne.
L'autre était brune. Elle n'avait point de taille ^ encore moins d'air-, mais, avec des couleurs trèsvives, c'étaient des yeux pleins de feu , des regards agaçants, qui n'épargnaient rien pour engager, et qui promettait tout pour retenir. La suite n'a que trop fait voir qu'elle consentait à ce qu'ils promettaient de plus téméraire.
C'était entre ces deux déités que flottaient les vœux du chevalier de Grammont , et que ses présents étaient partagés. Les gants parfumés, les miroirs de poche, les étuis garnis, les pâtes d'abricot, les essences et autres menues denrées d'amour arrivaient de Paris chaque semaine, avec quelque nouvel habit pour lui ^ mais à l'égard des présents^ plus solides , comme vous diriez boucles d'oreilles, ^iamants, brillants et belles guinées de Dieu, cela se trouvait en espèces dans la ville de Londres, et les belles s'en accommodaient comme si cela fût venu de plus loin.
La beauté de mademoiselle Stewart commençait alors à faire du bruit. La comtesse de Castelmaine s'aperçut que le roi la regardait. Mais, au lieu de s'en alarmer, elle favorisa t^nt qu'elle put ce nouveau goût, soit par une imprudence ordinaire à celles qui se croient au-dessus des autres, soit qu'elle voulût, par cet amusement, détourner l'attention du roi du commerce qu'elle avait avec Jermyn. Elle ne se contentait pas de paraître sans inquiétude sur une distinction dont toute la cour commençait à s'apercevoir ^ elle affecta d'en faire sa favorite, la mit de tous les soupers qu'elle donnait \u Toi'y et, dans la confiance de ses propres charmes^
poussant la témérité jusqu'au bout , elle la retenait souvent à coucher'. Le roi, qui ne manquait guère à venir chez la Castelmain3 avant qu'elle se levât, ne manquait guère d'y trouver aussi mademoiselle Stewart au lit avec elle. Les objets les plus indifférents ont des attraits dans un nouvel entêtement : cependant l'imprudente Castelmaine ne fut point jalouse que cette rivale parût auprès d'elle en cet état, sûre, quand bon lui semblerait, de triompher de tout ce que ces occasions auraient eu de plus avantageux pour la Stewart*, mais il en alla tout autrement.
Le chevalier de Grammont voyait ce manège sans y pouvoir rien comprendre 5 mais, comme il était attentif aux penchants du roi, il se mit à lui faire sa cour, en exagérant le mérite de cette nouvelle maîtresse. C'était une figure de plus d'éclat qu'elle n'était touchante. On ne pouvait guère avoir moins d'esprit ni plus de beauté. Tous ses traits étaient beaux et réguliers -, mais sa taille ne l'était pas. Cependant elle était menue, assez droite, et plus grande que le commun des femmes. Elle avait de la grâce, dansait bien, parlait le français mieux que sa langue naturelle -, elle était polie, possédait cet air de pa«
1. Cette familiarité, qai nons paraît un peu étrange, n*avait alors làen qui sortît des habitudes reçues. Madame de Maintenon cou* ehait avec Ninon de Lenclos. La fille de madame Lecocq couchait vec madame de Langey, à ce que nous apprend Tallemant des eaux (édit: de 1840, t. X, p. 197). La fille fle M. de Monlbazon avait épousé le beau connétable de Luynes : « leur ménage ne manque pas d'originalité ; Louis XIII couchait de temps en temps avec eux, je ne sais en queUe place du lit. » Ainsi s'exprime M. Paul Boiteau dans une de ses notes sur XB\$lowt amoureux de$ Gaules.
rure après lequel on court, et qu'on n'attrape guère, à moins que de Tavoir pris en France dès sa jeunesse. Tandis que ses charmes faisaient leur chemin dans le cœur du roi, ceux de la Castelmaine se donnaient du bon temps au gré de tous ses caprices.
Madame Hyde * tenait un rang considérable parmi les beautés qu'une prévention aveugle avait coiffées du mérite de Jermyn. Elle venait d*épouser un homme qu'elle avait aimé. Par ce mariage elle était belle-sœur de madame la duchesse : brillante par son propre éclat, pleine d'agréments et d'esprit. Cependant elle crut que tant qu'on ne parlerait point d'elle pour Jermyn, tous les autres avantages ne seraient rien pour sa gloire; et ce fut pour y mettre la dernière main qu'elle s'avisa de se jeter à sa tète.
Elle était d'une taille médiocre-, .elle avait la peau d'une blancheur éblouissante, les mains jolies, et le pied surprenant, en Angleterre même. Une longue habitude avait tellement attendri ses regards, que ses yeux ne s'ouvraient qu'à la chinoise -, et quand elle lorgnait on eût dit qu'elle faisait quelque chose de plus.
Jermyn la reçut d'abord-, mais, ue sachant bientôt qu'en faire, il trouva bon de la sacrifier à la Castelmaine. Le sacrifice ne lui déplut pas. C'était beaucoup pour sa gloire d'avoir enlevé Jermyn à tant de concurrentes, mais ce n'était rien pour le reste.
1. Théodosie, fille d'Arthur Capel, première femme d'Henri Hyrc, deuxième comte de Clarendon. Son portrait, peint par Lely, nioritrc une fort jolie femme, douée d'un embonpoint voluptueux.
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Jacob Hall, fameux danseur de corde, était en vogue à Londres en ce temps-là *. Sa disposition el sa force charmaient en public : on voulait voir ce que c'était en particulier ; car on lui trouvait dans son habit d'exercice une toute autre conformation et bien d'autres jambes que celles du fortuné Jermyn. Le voltigeur ne trompa point les conjectures de la Castelmaine, à ce que prétendaient celles du public et ce que publiaient maints couplets de chansons, beaucoup plus à Thonneur du danseur que de la comtesse -, mais elle se mit au-dessus de tous ces petits bruits, et n'en parut que plus belle.
Pendant que la satire s'exerçait à ses dépens, on se battait tous les jours pour les faveurs d'une autre beauté, qui n'en était guère plus chiche qu'elle. C'était madame de Shrewsbury.
Le comte d'Arran, qui l'avait servie des premiers,
1. La symétrie et Télégance des formes de ce baladin, son agl« llté et sa vigueur le rendirent célèbre ; les dames se plaisaient à reconnaître chez lai :
Force d'Hercule et grAce d'Adonis, Dons fortunés, prisés en tous pays.
La duchesse de Cléveland en devint éprise et lui flt de riches cadeaux; elle menait cette intrigue de front avec une autre dont Facteur Goodman était le héros. Pepys raconte qu'il soupa avec Hall le 21 septembre 1668, et que racrobate, qui lui parut doué d'une grande force, lui dit qu'il était souvent tombé, mais sans jamais se casser de membres.
Le portrait de Hall a été peint par Van-Vorl ; il révèle une figure agréable que rehausse une longue chevelure flotlante. Ne le eonfondons pas avec son presque homonyme, l'acteur Hart, que Pepys nomme aussi à plusieurs reprises, et qui fut également Vobjet des caprices de la Gastelmaino.
n'avait pas été des derniers à la quitter. Cette beauté, moins fameuse pour ses conquêtes que pour les malheurs qu'elle a causés, mettait son plus grand mérite à être plus sémillante que les autres. Comme personne ne pouvait se vanter d'avoir été seul dans ses bonnes grâces, personne aussi ne pouvait se plaindre d'en avoir été mal reçu. Jermyn trouva mauvais qu'elle ne lui eût pas fait d'avances, sans considérer qu'elle n'en avait pas le temps. Sa gloire en fut piquée •, mais ce fut mal à propos qu'il s'avisa de l'enlever à ses autres amants.
Thomas Howard \ frère du comte de Carlisle, en était un. Il n'y avait point d'homme en Angleterre ni plus brave ni mieux fait. Quoique son air fût froid et que ses manières parussent douces et pacifiques, personne n'était ni plus fier ni plus emporté. La Shrewsbury, donnant tète baissée dans les premières agaceries de l'invincible Jermyn, Howard ne le trouva pas bon. Elle s*en mit peu en peine : cependant, comme elle voulait le ménager, elle consentit à recevoir une collation, qu'il lui avait si souvent proposée qu'elle n'osa plus s'en défendre : un certain jardin, nommé Spring-Garden, devait être la scène de cette fête.
Dès que la partie fut liée, Jermyn en fut averti sous main. Howard avait une compagnie dans le régiment des g^jrdes -, et un des soldats de cette com* pagnie jouait assez bien de la musette. Cette musette fut de la fête, et Jermyn se trouva dans le jardin
1. Celait le quatrième fils de sir William Howard, n mourut en 1678; il avait épousé Marie, duchesse de Richmond, filio du duc de Buckingham.
comme par hasard : enflé de ses premières prospérités, il s'était mis sur son air de vainqueur pour achever cette dernière conquête. Dès qu'il parut dans le jardin, la Shrewsbury parut sur le balcon.
Je ne sais comme elle trouva son héros, mais Howard ne le trouva pas à son gré. Cela n'empêcha pas Jermyn de monter au premier signe qu'elle lui fit -, et, ne se contentant pas de faire le peti^ tyran dans une fête qui n'était pas à son intention, après s'être emparé des lorgneries de la belle, il épuisa ses lieux communs et toute sa petite ironie à railler le repas et à tourner la musique en ridicule.
Howard n'était pas grand railleur -, mais, comme il était encore moins endurant, trois fois le festin fut sur le point d'être ensanglanté; mais trois fois il supprima son impétuosité naturelle pour faire éclater ailleurs son' ressentiment sans obstacle.
Jermyn, sans faire attention à sa mauvaise humeur, poursuivit sa pointe, parla toujours à madame de Shrewsbury, et ne la quitta qu'après le repas.
n se coucha fier de ce triomphe, et fut réveillé le lendemain par un cartel. Il prit pour second Gilles Rawlings , homme de bonne fortune et gros joueur-, Howard se servit de Dillon, adroit et brave, fort honnête homme, et, par malheur, intime ami de Rawlings.
Dans ce combat la fortune ne fut point pour les favoris de l'amour : le pauvre Rawlings y fut tué tout raide, et Jermyn, percé de trois grands coups d'épée, fut porté chez son oncle avec fort peu de signes de vie.
Pendant que le bruit de cet événement occupait la cour, selon les divers intérêts que Ton y prenait, le chevalier de Grammont eut avis par Jones, son ami, son confident et son rival, qu'un autre s'empressait auprès de la Midleton. C'était Montague * peu dangereux pour sa figure, mais fort à craindre par son assiduité, par l'adresse de son esprit, et par d'autres talents qui sont comptés pour quelque chose quand il est permis de les faire valoir.
n n'en fallait pas la moitié tant pour mettre en mouvement toute la vivacité du chevalier de Grammont sur la concurrence. Ses inquiétudes réveillèrent en lui ce que le désir de vengeance, le malin vouloir et l'expérience peuvent imaginer d'expédients pour troubler le repos d'un rival et pour désespérer une maîtresse. Son premier mouvement fut de lui renvoyer ses lettres et de lui redemander son argent avant de commencer à la tourmenter-, mais, rejetant ce projet, comme indigne de l'injustice qu'on lui faisait, il était sur le point de travailler à la désolation de la pauvre Midleton, lorsqu'il vit par hasard mademoiselle d'Hamilton. Dès ce moment plus de ressentiment contre la Midleton, plus d'empressement pour la W^rmestré,
r. Rulph Moutâgu, second fils d'Edouard, lord Montaga. Il fut grand écuyer (master of the horse) de la reine, .et en 1669 i. fut envoyé en France comme ambassadeur extraordinaire. Plein de zèle pour la cause protestante, il quitta la cour et s'éloigna de V Angleterre dans les dernières années du règne de Ctiarles II; il prit une part active à la révolution qui renversa Jacques II ; en 1689 il fut créé comte et en 1705 duc de Montagu. Il mourut en 1709 âgé de soixante-treize ans.
plus d'inconstance, plus de vœux flottants. Cet objet les fixa tous, et de ses anciennes habitudes il ne lui resta que l'inquiétude et la jalousie.
Ses premiers soins furent de plaire-, mais il vît bien que pour réussir il fallait s'y prendre tout autrement qu'il n'avait fait jusque lors.
La famille de mademoiselle d'Hamilton. assez nombreuse, occupait une maison grande et commode près de la cour. Celle du duc d'Ormond n'en bougeait. Ce qu'il y avait de plus distingué dans Londres s'y trouvait tous les jours. Le chevalier de Grammonty fut reçu selon son mérite et sa qualité. Il s'étonna d'avoir employé tant de temps ailleurs ; mais, après avoir fait cette connaissance, il n'en chercha plus.
Tout le monde convenait que mademoiselle d'Hamilton était digne de l'attachement le plus sincère et le plus sérieux. Rien n'était meilleur que sa naissance, et rien de plus charmant que sa personne.