‹ Mémoires du chevalier de GrammontChapitre 3 sur 54 · Sainte-Beuve, Cauteries du lundis t. I. p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Cauteries du lundis t. I. p

2. Il y a ici une petite erreur *• liUlcgrew ne fut jamais comte.

nr INTRODUCTION.

et trop étendus pour être admis dans un commentaire qui serait devenu très-digne de réprobation s'il avait élé plus long que le texte. On trouvera ensuite les Mémoires accompagnés des nofes nécessaires; enfin viendra Textrait du Journal de Pepys, quelques dépêches de l'ambassadeur qui représentait la France à Londres au moment où Grammont s'y trouvait, et un appendice où nous réunirons des renseignements qui donneront, nous Vespérons, à notre édition une supériorité véritable sur celles qui l'ont devancée.

Philibert de Grammont, né en 1621 , mort le 40 janvier 4707; fut l'homme a la mode du xvn* siècle. Ses combats, ses amours, ses aventures ne lui auraient toutefois pas été des titres suffisants pour passer à la postérité ; mais, en écrivant ses Mémoires, Haiiiilton l'a rendu immortel.

Après avoir lu ce récit, chef-d'œuvre de finesse, de grâce et de légèreté, on connaît à fond le héros de cette narration aussi légère qu'ingénieuse, et nous pouvons nous dispenser de l'apprécier. Nous n'entendons d'ailleurs nullement défendre la moralité du chevalier; il est difficile de lui pardonner d'avoir trompé au jeu ^ ; il faut reconnaître que sa morale est des plus accommodantes; mais ses torts, très-graves sans doute, n'étaient-ils pas ceux de son époque, ceux du monde où il vivait» plutôt que les siens?

i ■ Obtenrons sor ce point délicat qu*an ztii* tiède on n*aTait pas à set égard les idéei qui dominent aujourd'hui avee raison.

Grammont trompait Mazarin ; mais, d'après les Métnoireê du comte de Brienne (sont-ilt parfaitement authentiques?) publiés par H. P. Barrière (1828, 2 Tol. in-8), le cardinal croyait que tous les gros Joueurs ayant la réputation de tromper, il ne lui était pas défendu de faire comme les autres, ce qu*il appelait, d'un ton plus doux, prendre ses avantages.

Il ne manquait pas de trieheurs à la eour de Louis XIV. Un grand seigneur, M* de S... (on ne nous 4 livré que ^initiale de son nom, et U charité nous interdit toute recherche k ce sujet), reçut du roi Tordre de se retirer loin de la cour ; il avait gagné cinq cents mille écus avec des cartes ajustées, et ruiné toas ceux qui jouaient avec lui depuis deux mois (Voir la lettre de madame de Sévigné, en date du 1 1 mars 1 670). La spirituelle marquise écrit une autre fois k ta fille : « Vous croyes ^ae tout le monde joue comme vous. Rappelei •

INTRODUCTIOH. ▼

Un des amis de Grammont, Saînt^remond, le traite assez peu favorablement dans une pièce de vers qu'il lui adresse à lui-même :

Insolent en prospérité,

Fort courtois en nécessité,

i'àme en fortune libérale.

Aux créanciers pas trop loyale.

Mais il tient un autre langage dans Tépitaphe qu'il fit du comte, et il la fit avant la mort de celui qu'elle devait célébrer. Plaçons ici ces vers, parfois assez heureux, plus souvent faibles :

Passant, tu vois ici le comte de Grammont, Le héros étemel du vieux Saint-Ëvremond.

Suivre Gondé toute sa vie,

Et courir les mêmes hasards

Qu'il couroit dans les champs de Mars, T'es plus vaillants guerriers pourroit faire l'envie.

Yeux-tu des talents pour la court

Ils égalent ceux de la guerre ;

Faut-il du mérite en amour?

Qui fut plus galant sur la terret

Railler sans être médisant,

Plaire sans faire le plaisant;

Garder son mime caractère,

Vieillard, époux, galant et père :

C'est le mérite du héros

Que je dépeins en peu de mots.

Alloil-il souvent à confesse?

£ntendoit-il vêpres, sermon?

S'appliquoit^il à l'oraison?

tons ce qui t*est passé dernièrement à Th&telde la Tieuville? Tous souTÎent-U de cette volerie? »

Saint-Simon rapporte divers exemples de tromperies an jen ; sons ne les signalerons pas, ne voulant point donner trop d*extension k une note qui menacerait de devenir fort longue (Voir, pour plus de détiili, la deuxième partie de l*ouTrage de M. Paul Boiteau, intitulé les Carte» à jouer; 1854).

Tous les escrocs qn'çn démasquait ne prenaient point d^ailleurs la chose aussi au sérieux qu'un certain Souscarrière, espèce d'aventurier , quelque peu bâtard de Bellegarde, dont Tallemant des Réaux fait mention (t. V , édlt. de 1855):

« Il était pipeur; on jour qu'il joooit à la prime, son adversaire s*aperçut qu'il avoiA. dérobé une prime quUl tenoit sur ses genoux. Voilà un bruit de diable. Il avoit soixante dix-sept ans. La vieillesse et le chagrin de cette ivenlure le tuèrent, a

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