‹ Mémoires du chevalier de GrammontChapitre 4 sur 54 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

II en laissait le soin à la comtesse.

Il peut revenir un Gondé; Il peut revenir un Turenne; Un comte de Grammont est en vain demandé : La nature auroit trop de peine.

Bussy*Rabutin trace ainsi son portrait physique : tLes yeui riants, le nez bien fait, la bouche belle, une petite fossette au menton, qui faisait un agréable effet sur son visage; je ne sais quoi de fin dans la physionomie, la taille assez belle s'il ne fût point voûté. »

Hamilton ayant communiqué à Boileau son Épître au comte de Grammont, le fameux satirique lui répondit, le 8 juillet 4705, en s'exprimant ainsi : « Vous prétendez que si j'entreprenais d0 louer M. le comte de Grammont, je courrais risque, en le flattant, de le dévisager; trouvez bon que je transcrive ici huit vers qui me sont échappés ce matin en faisant réflexion sur la vigueur d'esprit que cet illustre comte conserve toujours^ et que j'admire d'autant plus qu'étant encore fort loin de son âge, je sens le peu de génie que j'ai pu avoir autrefois entièrement diminué et tirant à sa fin. C'est sur cela que je me suis récrié :

Fruit d'un plus pur limon, Grammont à son printemps N'a point vu succéder l'hiver de la vieillesse ; La cour le voit encor brillant, plein de noblesse,

Dire les plus fins mots du temps, Effacer ses rivaux auprès d'une maîtresse: Sa course n'est au fond qu'une longue jeunesse, Qu'il a déjà poussée à deux fois quarante ans \

Les écrivains contemporains qui ont parlé du comte de Grannmont, s'accordent Dour le peindre , ainsi que le dit M. Auger (Notice sur Hamilton), comme un homme moins heureux en amour qu'au jeu, ne cherchant dans la conquête d'une femme que le plaisir de l'enlever à un autre, et ne parvenant à persuader aucune de sa tendresse, parce qu'il en parlait en riant comme de toute chose; mais se vengeant cruellement de celles qui ne l'écoutaient pas et de ceux qu'elles

I . Un des éditeun de Boileau , H. Daunoa, trouve avec raison que ces ters sont assez peu dignes de Pautenr de VArt poélique^ mais il faut faire la part de l*&ge avancé qu^avaitle potte lorsqu'il les composa.

INTRODUCTION. Vil

écoutaient; corrompant leurs valets, contrehisant leur écriture, interceptant leurs lettres, déconcertant leurs rendez-yous, en un mot, traversant leurs amours par tout ce que pouvait imaginer et faire un rival artificieux , prodigue et infatigable. Les liens les plus étroits du sang ne mettaient point à l'abri de ses noirceurs.

On lit dans Tallemant des Réaux {Historiettes de fnadame de Rohan^ t. III^ p. 454), édition de M. Paulin Paris, une anecdote relative à Grammont qui doit trouver ici sa place ^

< Le chevalier ^ s*avisa de devenir amoureux de mademoiselle de Rohan et appela Chabot en duel. Chabot y va ; mais comme il gelait, Tabbé lui dit qu'il avait bien froid et qu'il ne se voulait plus battre*. Le maréchal de Grammont, enragé de de cela, disait qu'il le voulait envoyer à son père dans une va* lise, par le messager, pour le faire moine, n

La bravoure du chevalier fut en effet assez contestée, et c'est ce qui amena l'abbé d'Aumont, mécontent d'un vaudeville attribué à notre héros, devenu vieux, à lui décocher le couplet suivant :

Quoi! fait-on des chansons à votre âge,

Cher chevalier de Grammont?

Sous une permqoe à cheveux blonde, Bn amour vous monstrei vieux visage,

Et au combat les talons.

Tallemant parle assez longuement du maréchal de Grammont; quant au petit Grammont, frère d'un président de Toulouse, à l'égard duquel on peut voir dans les Historiettes (t. VIII , p. 36, édit. de 4840; et t. VI. p. 109 , édit. de 4855), des

i. Oa abbé. U était «ton abbé et cbeTalier; pins tord U defint comte, quand son frère le maréchal da Goiehe, après la mort de leur père, t'aj^la maréehal de Grammont.

t, La chose se passa en janTÎer 1043. Une lettre d'Henry Amaold ao président Barillon, datée dn S8 de ce mois et citée par H. P. Paris, s^eiprimo ainsi : «La querelle de l*abbé de Grammont, qui se fait maintenant appeler d'Andouins ayec Chabot, cause ici quelque désordre. Andelot a fait un second appel pour Andouins, duquel on a fort mal parlé sur ce que, deux jours auparayant, ayant fait appeler Chabot, il sembloit qu'il n'a^oit tenu qu*à luy qu'ils se fussent bastus. La querelle yient pour la marquise de Piennes , qui a défendu sa maison à l'abbé qui s'est imaginé que c'étoik par le conseil de -Chabot, qui'ast un peu son parent. > Et trois jours plus tord, Arnauld écrit : « H. le maréchal de Guiche a dias&é d'ici l'abbé de Grammont, son (rèrp, qui y faisoit mille folies*»

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